Notes indo-chinoises

Notes indo-chinoises

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Français
257 pages

Description

Au petit jour, sur la rivière de Saigon.

Le bateau va lentement, comme intimidé par le silence de la nature et las des récentes attaques de la mousson de nord-est.

On se croirait au « pays des matins calmes » dans cette Cochinchine qu’une lumière grandissante ne parvient pas à secouer de sa nocturne torpeur. Quelques lourds vols d’aigrettes rasent le sol. Debout à l’arrière de leurs embarcations, des Annamites rament en cadence pour gagner la baie des Cocotiers avec le jusant.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 23 septembre 2016
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EAN13 9782346103058
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Langue Français

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M. Moncharville
Notes indo-chinoises
Cochinchine et Cambodge
Au petit jour, sur la rivière de Saigon. Le bateau va lentement, comme intimidé par le silen ce de la nature et las des récentes attaques de la mousson de nord-est. On se croirait au « pays des matins calmes » dans c ette Cochinchine qu’une lumière grandissante ne parvient pas à secouer de s a nocturne torpeur. Quelques lourds vols d’aigrettes rasent le sol. Debout à l’a rrière de leurs embarcations, des Annamites rament en cadence pour gagner la baie des Cocotiers avec le jusant. Et c’est là les seules manifestations de la vie. On cherche en vain un oiseau qui piaille à l’aurore , un poisson qui, par ses bonds hors de l’eau, nargue le mastodonte noir venu d’occ ident. Ni mugissement de buffle, ni lointain miaulement de panthère. Pas même au ciel u ne de ces fuites de nuages qui révèlent au moins l’action d’une force invisible. Tout est figé, les longs aréquiers au tronc blanc, les cocotiers dont le feuillage de dentelle semble créé pour frissonner sous la caress e du vent, les palétuviers trapus qui lancent sournoisement leurs racines jusque dans le fleuve. C’est l’immobilisation intégrale d’un coin du monde où le sol lui-même, éc rasé par on ne sait quel poids irrésistible, est tout juste parvenu à se soulever dans une suprême convulsion au Cap Saint-Jacques, tel le dos d’une énorme baleine. Sans doute, l’homme a eu l’intuition que, dans ce d écor, son activité devait se faire la plus discrète possible, pour ne pas jurer à l’ég al d’un contresens. Caché par le rideau de palétuviers, enfoncé dans l’eau jusqu’à m i-corps, il travaille, paraît-il, à la 1 rizière ; mais on ne le voit ni ne l’entend. Ses ka inhas sont dissimulées dans des bouquets d’arbres. A peine une misérable pagode et deux villages, l’un en terre ferme, l’autre sur pilotis, témoignent-ils de sa présence. Moins discret, le conquérant a bariolé le Cap Saint-Jacques de constructions enropéennes e t coupé la campagne de fils télégraphiques haut perchés sur d’énormes pylônes. En France, ces fils seraient convertis en joyeuses brochettes de moineaux ou d’h irondelles ; à perte de vue, ils se déroulent, ici, lamentablement nus. Pays de mort, dira-t-on ? Peut-être. Et cependant, malgré sa solitude, malgré le souvenir des vies humaines qu’on lui a sacrifiées, malgré la conscience du lourd tribut qu’on lui paie encore sous forme de maladies, ce n’ est pas de la tristesse qui s’en dégage. Le soleil, levé maintenant, remplit d’une t elle allégresse un ciel bleu laiteux entr’aperçu comme à travers un voile de gaze légère ! Il se joue si délicieusement dans le vert sombre des palmiers d’eau, dissipant d e-ci de-là quelques traînées de brume attardées sur la brousse et faisant rougeoyer la surface de la limoneuse rivière ! L’air matinal est si frais, si léger à respirer au sortir des moiteurs de l’Océan indien ! Les senteurs balsamiques et un peu âcres apportées par la brise de terre troublent si profondément l’odorat ! Quoi qu’on en ait, c’est le triomphe de la sensation, le commencement de la prise de possession de l’individ u par la nature éternellement séductrice. Tout à coup, après un dernier tournant, apparait Sa igon : une ligne de quais auxquels sont accostés quelques vapeurs, des jonque s ventrues remplies de riz, des chaloupes officielles et d’innombrables sampans. Pu is une masse épaisse de verdure dans laquelle se cachent les maisons et d’où émerge nt les deux flèches roses de la cathédrale. Enfin, le port de guerre où dorment côt e à côte pontons, canonnières, torpilleurs et sous-marins.
* * *
Suivant la coutume, de nombreux Saïgonnais sont ven us accueillir le courrier de France. C’est, à l’appontement, un groupe compact d e coloniaux, hommes et femmes, tous vêtus de blanc. Casque et dolman pour les uns, ombrelle légère, large chapeau, corsage de mousseline pour les autres, on dirait d’ un uniforme. Cette tache claire tranche singulièrement sur le rouge brique du sol, le vert mat de la végétation et le bleu du ciel qui tourne au gris à mesure que le sol eil monte. Et cette symphonie en quatre couleurs vous enchante jusqu’au moment où vo us constatez que les physionomies sont toutes pâles ou terreuses, que la finesse des silhouettes féminines se double d’un excessif amaigrissement et que les r eprésentants du sexe fort sont, pour la plupart, parcheminés ou ornés de l’avant co rps baptisé œuf colonial. Grande est l’animation en ville, car le courrier am ène le nouveau général, commandant en chef des troupes, qui vient prendre o fficiellement possession de son poste. Partout, ce ne sont que fanfares, sonneries de trom pettes et de clairons, défilés de cavaliers et de fantassins à l’uniforme blanc, sur lequel se détachent seulement la patte rouge des artilleurs, l’épaulette jaune des m arsouins, les aiguillettes blanches et bleues des gendarmes et les galons rouges ou dorés des gradés. Les cuivres lancent allègrement leurs notes dans l’air matinal, dont la résonance parait exagérée. Montés sur de petits chevaux annamites qu’ils enfourchent au point de presque toucher terre, les officiers vous prennent des allures de géants. Rien de joli comme ces masses blanches s’avançant au pas sur le macadam rouge, da ns les rues droites ombragées par les hauts tamariniers formant ogive, tandis que , sur les trottoirs, des indigènes, des Chinois, des Japonais, des Hindous regardent, l es uns impassibles, les autres visiblement amusés. De tout cela, l’œil du nouvel a rrivant demeure charmé aussi longtemps qu’il n’a pas remarqué les mines défaites de nombreux soldats. Mais, peu à peu, les troupes ont regagné leurs quar tiers, rendant à la capitale sa physionomie habituelle du plein jour, faite d’un pe u d’activité, de beaucoup de torpeur et de silence dans le mouvement. Des boys vont au m arché en chiquant le bétel et lancent de temps en temps un jet de salive écarlate qui ajoutera sa tache à celles dont les trottoirs sont déjà criblés. Par hasard, passe un malabar attelé d’un petit cheval. Il est vraiment drôle ce fiacre de l’Extrême-Orient, h aut sur roues, minuscule quand on le juge du dedans, énorme quand, du dehors, on le comp are à l’animal. Les ouvertures y sont multipliées, parce que le courant d’air est la vie dans ce pays de moiteur chaude, et l’impression de fragilité que dégage le véhicule s’en trouve singulièrement accrue. Des pousse-pousse à pneumatiques roulent sans bruit . Pieds nus, coiffés d’un chapeau conique sur leur noir chignon et vêtus d’un e livrée bleu marine à grosse lune blanche au dos de la vareuse, des coureurs les remo rquent. Des vaguemestres, des plantons civils vont chercher les nouvelles de Fran ce dans le hall somptueux de l’hôtel des postes pendant que, vis-à-vis, quelques âmes pi euses sortent de la rose cathédrale à l’atmosphère lourde et moite. Quelques pas plus loin, sur un large boulevard à l’extrémité duquel se dresse, majestueu x, le palais du gouverneur général, des fonctionnaires se hâtent vers leurs oc cupations. Même calme dans presque toutes les rues ; on les pr endrait volontiers pour les allées ombreuses d’un parc immense. Cependant un pe u de vie circule dans la grande artère commerciale du lieu, une sorte de cochinchin ois boulevard des Italiens : la rue
Catinat. C’est là que les dames européennes vont fa ire leurs achats, que les étoiles du monde galant se donnent en spectacle aux flâneurs, que les chettis hindous, accroupis dans leurs « compartiments se livrent à l eurs opérations de change et de banque ; là aussi que les congayes viennent aviver leur coquetterie aux devantures des bijoutiers, en attendant qu’elles aient obtenu de la faiblesse de leurs amants le collier en perles d’or ou le bracelet convoités. A coup sûr elle y a exhibé maintes fois sa nuque d’ ivoire, l’énigmatique Frisson de Bambou, l’héroïne de Myriam Harry. A chaque a petite épouse » rencontrée, on croit la reconnaître. Mais toutes se ressemblent. Les formes sont graciles, les attaches fines, les yeux impénétrables, les dents laquées noir, le nez légèrement aplati, la démarche hésitante, grâce aux chaussures non ajustées ni att achées dont le talon claque à chaque pas sur le sol. Le même miaulement sort de l eur bouche dans cette langue 2 presque sans consonnes qui est la leur. Le même kéa o s’ouvre sur le large pantalon. Impossible, décidément, d’identifier la vraie Friss on de Bambou. Aussi bien, à quoi bon s’obstiner à transporter dans le monde réel l’o bjet d’une des plus charmantes fictions qui soient. Voici maintenant l’heure du repos méridien pendant lequel la ville entière s’assoupit. Des innombrables bureaux du Gouvernement, des magas ins, des offices commerciaux, s’écoulent les fonctionnaires, les sal ariés de tous ordres. Quelquefois parce que le domicile est loin, en général parce qu e l’on est déshabitué de l’effort physique, on hêle un pousse-pousse pour aller trouv er le déjeuner chez soi ou dans une de ces pensions, largement ouvertes, de plain-p ied sur la rue, où les pankas se balançent en mesure au-dessus des longues files de tables. On goûtera ensuite les charmes de la sieste, avec ou sans opium, on retour nera vers le milieu de l’après-midi aux occupations professionnelles et on gagnera ains i la fin du jour. Tous l’attendent impatiemment cette heure où l’atmo sphère se fait plus clémente, où l’homme cesse de se sentir guetté par une nature im placable. Le soleil, noyé dans les brumes de l’horizon, ne darde plus que de timides r ayons. Une certaine fraîcheur, venue de la campagne, élimine peu à peu les lourds effluves d’un sol surchauffé. Les nerfs commencent à se détendre, les poumons à se di later. C’est le retour quotidien à la vie. L’heure exquise, aurait dit Verlaine. Exquise ? Oui , certes, si l’on fait le jadis classique Tour de l’Inspection sur une route moëlle use comme un tapis, à travers les bouquets de manguiers, de bananiers, d’aréquiers, d ’ananas et de palmiers où sont enfouies les annamites kainhas. Oui, si, dans la Pl aine des Tombeaux, par delà les rizières et les tumulus funéraires, on va se repaît re l’œil des perspectives infinies et contempler le coucher du soleil. Oui encore, si, da ns un jardin parfumé, rougi de bougainvillées en fleurs, sous des ombrages travers és de lumière finissante, on échange des propos d’exil avec une de ces Française s toutes de finesse et de courage comme en recèlent nos colonies, quoique pré tendent les esprits chagrins. Malheureusement, c’est aussi l’heure de l’absinthe, « l’heure verte » puisque tel est son nom. Pendant que quelques Saigonnais vont respi rer la brise hors de la ville et que d’autres remplissent leurs devoirs mondains, le s grands cafés de la rue Catinat
regorgent de monde. Le poison national coule à flot s, remplissant de son arôme tous les alentours du théâtre. Dans des verres géants, d es hommes à la face de cire se versent des portions à faire frémir les consommateu rs de la métropole. Une heure, deux heures durant, ils accomplissent le geste cons acré à l’égal d’un rite. Ne parlant pas, ils sirotent le liquide aimé, au son d’une val se viennoise quelconque. Le dîner leur impose un intermède ; mais à partir de neuf he ures ils reprennent place sur le même trottoir pour ingurgiter de nouvelles boissons glacées tandis qu’à l’intérieur fonctionne un cinématographe, ou chante une divette en jupe courte. Et demain, ce sera de même. Inconscients de la tristesse du spect acle qu’ils offrent par les stigmates dont le climat les a marqués, ils feront observer avec orgueil au nouveau venu la foule que leur cité peut concentrer sur un point, ils proclameront que Saigon a, sans conteste, mérité le nom de perle de l’Extrême-Orient.
* * *
Européanisme revu et corrigé à l’usage des pays cha uds, telle est la caractéristique de la capitale cochinchinoise et en bonne justice, on doit le reconnaître, cette correction ou, en d’autres termes, cette adaptation de nos conquêtes matérielles a été faite avec un rare bonheur. Larges artères où l’air circule à flots sous des om brages dignes de stimuler le courage des piétons ; maisons généralement isolées, aux vastes vérandas, encadrées de fleurs ou d’arbres tropicaux ; éclairage abondan t ; eau potable parfaite ; voirie merveilleuse que l’on retrouve bien loin dans l’int érieur, à la satisfaction des automobiles et autres véhicules : voilà dont il fau t savoir gré à l’administration. Que les voyageurs en chambre, dénigrateurs systématiques de toute œuvre française, extra-continentale, aillent juger par eux-mêmes ; qu’ils portent aussi leur attention sur des centres importants, comme Pnom-Penh, Hanoï, Haiphon g, pour ne parler que de l’Indo-Chine. Qu’ils daignent ensuite se tourner ve rs quelques colonies anglaises, et ils rendront hommage aux résultats de nos organisations municipales, sans en excepter la police dont la supériorité, chez nos voisins, es t pourtant devenue un axiome dans l’opinion publique. Peuplée de fonctionnaires civils, de militaires, de marins et de commerçants occidentaux, Saigon est la fille de l’Europe, le ce ntre officiel d’où semblent s’être écartés le grand commerce et l’industrie. C’est que ceux-ci restent, non loin, chez sa sœur asiatique, la chinoise et annamite Cholen, à q ui elle tend la main sous forme de villas, dont le nombre augmente chaque année. Il s’ en faut encore que la jonction soit près de s’accomplir, car l’extension de Cholen a li eu précisément dans le même sens. Tout un côté demeurera d’ailleurs en dehors de la l ente soudure ébauchée par la capitale, je veux dire la Plaine des Tombeaux. Il est singulièrement impressionnant, ce plateau pr ivé de végétation, tout couvert de petits tertres, serrés les uns contre les autres et surmontés d’anonymes pierres funéraires au milieu desquelles serpente la route. Ni épitaphes, ni fleurs. C’est la foule des miséreux qui repose là, respectée sans plus, da ns la partie élevée du pays, à l’abri des inondations qui pourraient déranger les corps et par conséquent irriter les
âmes. Cependant, quelques enceintes boisées dénotent un p ropriétaire riche. Sont-elles habitées seulement par des morts ou aussi par des v ivants, on ne sait. Il faut entrer 3 pour être fixé. En voici une qui appartient à l’anc ien phu de Cholen. Ah, la charmante réalisation des antiques Champs-Elysées ! Tamisant en longues zébrures la lumière, des philaos profilent leurs aiguilles vert pâle sur le pâle bleu du ciel et leur silhouette nonchalante se détache sur la sveltesse vigoureuse des tamariniers qu’ils frôlent, à la façon d’une ondulation de femme sur une élégante dé marche masculine. Des herbes folles montent à l’assaut de caféiers épars. Cà et là des groupes de manguiers étalent leur ombre et le parfum discret de leurs fleurs imp règne tout ce sous-bois où flânent, respectueuses du recueillement du lieu, de muettes pintades. Au centre de l’enclos, un pavillon bas, avec autel des ancêtres, tables, sièges et divans, attend les réunions de famille consacrées a ux anniversaires. Il y a donc des défunts dans ce champ du repos, si bien en harmonie avec l’idée de la mort telle qu’on la devrait concevoir si notre civilisation n’en ava it fait la suprême terreur rehaussée du plus lugubre appareil ? Il faut presque les cherche r pour apercevoir leurs pierres tombales, tant a été grand le souci, inconscient pe ut-être, de les ensevelir loin les uns des autres, dans les coins les plus écartés et les plus ombreux, comme si, en les isolant jalousement de l’agitation humaine, du brui t, de la lumière et même de leurs voisinages respectifs, on assurait mieux l’éternell e quiétude à laquelle, vivants, ils n’ont cessé d’aspirer. Il n’est pas jusqu’au temps dont l’action lente n’accentue cet individualisme d’outre-tombe, en faisant plus épais se l’enceinte du bosquet de chacun par l’envahissement progressif de la végétation. Une clairière, plus vaste que les autres, reste dég agée. Deux cénotaphes de granit s’érigent au milieu de la surface herbeuse et leurs couvercles également en granit, posés sur des rouleaux de bois, sont prêts à se sou lever pour livrer passage aux corps qu’ils doivent abriter. C’est là que dormiron t le phu et la compagne de sa vie. Sans doute ils se sont fait préparer dès longtemps leur dernière demeure ; la pierre est déjà fendue et a pris l’aspect vétuste des ancienne s constructions. « La paix perpétuelle ! Belle inscription à mettre à la porte d’un cimetière ! » a-t-on dit. Ce sont bien des idées de repos, de sérénité, sans regrets superflus du passé, comme sans terreurs folles de l’au-delà, qu’évoque cette discrète oasis de la mort. Le seuil franchi pour en sortir, l’impression d’intimi té disparaît, en même temps qu’à la pénombre et aux minuscules horizons de verdure succ èdent la grande lumière et l’étendue sans limite. Mais l’esprit n’en reste pas moins pénétré d’un calme infini à travers la plaine ponctuée de pierres tumulaires qu i continuent à se dérouler en rangs pressés. Enfin les morts font place aux vivants. Sans transi tion, sans cette banlieue à demi déserte qui précède tant de villes, Cholen apparaît, Cholen la cité asiatique, et aussitôt le contraste s’affirme, saisissant, avec l’autre ci té de par delà les tombeaux. Là-bas, c’est la capitale officielle, un peu froide et compassée, soignée dans ses atours à l’européenne, mesurée dans les manifestati ons de son activité, comme il sied à une grande dame sachant qu’elle a un rôle à jouer et qu’on a les yeux fixés sur elle. Ici c’est la capitale jaune où grouillent, confondu s, Chinois et Annamites ; c’est le centre de la vie économique du pays avec juste asse z d’importations à la française pour maintenir ordre et propreté, sans détruire la couleur locale.
1Maisons indigènes.
2Long vêtement de dessus, généralement noir, fendu sur le côté à partir des hanches et semblable à une chemise.
3Gouverneur indigène.