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Paroles de miraculés

De
110 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 67
EAN13 : 9782296307056
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Louys RI CLAFE

HenriDEMAY

PAROLES DE MIRACULÉS

Éditions L'Harmattan 5-7 rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

cg L'Harmattan, 1995 ISBN: 2-7384-3522-X

"Qui pourra jamais expliquer pourquoi un charmant petit village du Limousin verra, en quelques heures, toute sa population massacrée gratuitement par une horde de sauvages? Pourquoi cette innocente communauté de la France, blessée pour toujours dans l'âme et dans le corps devint, ce 10 juin 1944, l'amphithéâtre de l'horreur ?"

Préface

Tout a été dit sur le massacre commis à Oradour-surGlane par les S.S. de la division Das Reich, le 10 juin 1944. Six cent quarante-deux morts: 207 enfants, 245 femmes et 190 hommes... Oradour, c'était un village de moins de 2 ()()()habitants, où vivaient sans histoire, depuis des siècles, des gens simples, que rien ne distinguait des curiosités du vaste monde. Sans le savoir on y était heureux... à condition de ne pas chercher ailleurs qu'au village, des joies plus vives que celles que peuvent donner le beau temps, des enfants bien portants, un travail assuré et de bons dimanches... Tout cela, qui ne se décrit pas, qui ne se mesure pas, qui n'a pas de prix, mais qui se vit, a été balayé en quelques heures d'un bel été, quelques heures de soleil et de sang, par une poignée de singes, déguisés en hommes fous, en soldats! Ils avaient prévu, préparé le massacre. .. Ils savaient d'avance comment il fallait s'y prendre pour réduire en cendres, en deux ou trois heures, pas seulement des hommes, des femmes et des enfants mais les demeures, les ateliers, les boutiques ou tous ces gens simples respiraient, aimaient, vivaient et façonnaient jour après jour, depuis des siècles, leur calme et petite cité! Leur coup fait, on ne les a pas revus... Ils ont disparu dans quelque ville ou campagne de l'Est. Peut-être s'en trouve-t-il encore quelques-uns de vivants? Quelques-uns qui ne se souviennent pas? Quelques-uns qui se disent incapables de toucher à un cheveu de leur pire ennemi? Ils ont oublié leurs mitrailleuses et le feu, et le sang répandu. .. Ils ont disparu à l'Est, dans les brouillards de 7

l'oubli et les accidents de l'actualité (1)... À moins qu'ils ne soient morts comme leurs victimes d'Oradour ? Peu importe! Morts ou vifs ils sont dans notre souvenir, dans les ruines atroces et sublimes de ce village qu'ils ont assassiné! Je .me revois dans ce qui reste de l'église... Des hirondelles allaient, venaient, croisaient sous la nef à ciel ouvert, en piaillant... Impossible d'oublier les hirondelles d'Oradour ! Elles me rappellent un silence chargé d'images de morts, de feu, d'horreurs... Oradour, c'est ce silence terrible qui m'étreint, parfois, les soirs d'été, quand il fait si bon vivre...
Frédéric Pottecher

(1) Vingt-deux des accusés alsaciens, engagés de force dans la WaffenSS, ont été jugés à Bordeaux en 1953 et renvoyés dans leurs villages. 8

Avant-propos

La tragédie d'Oradour-sur-Glane revêt un caractère unique. En effet, l'anéantissement du bourg limousin, par les S.S., fut l'aboutissement d'une abominable "opération" ourdie, préparée, organisée minutieusement, jusque dans ses moindres détails, sous l'autorité première de la
Gestapo; et ce

-

autre dramatique

particularité

-

avec

"l'inspiration" complice, l'aide, puis le soutien actif et zélé des miliciens locaux (1)... Bien entendu, la "programmation" de l'ignoble crime excluait, avant tout, que quiconque conservât la moindre
(1) En quelques chiffres, éloquents à cause de leur sécheresse, faut-il rappeler le vertigineux bilan de la Seconde Guerre mondiale (du Il septembre 1939 au 2 septembre 1945, date de la capitulation du Japon) ? Quelque 95 millions de personnes semblent avoir été mobilisées; dont 25 en URSS, y compris les travailleurs, hommes et femmes; dont aux USA: 14 millions; dans l'Empire britannique: 12 millions; en Chine: 6 millions. Dans les pays de l'Axe (Allemagne, Italie, Japon: 30 millions [dont 17, en Allemagne], etc. On évalue à quelque 60 millions de personnes les pertes humaines causées par le conflit; parmi elles, 10 millions de morts dans les camps de concentration nazis. L'URSS comptera, à elle seule, 20 millions de morts au moins (dont 7 de civils) ; les USA: 300 000 ; l'Empire britannique: 470 000 (dont 92 000 civils) ; la Chine: 1,3 million; la France: plus de 600 000 (dont environ 350 000 civils) ; la Pologne: 6 millions (dont 5,7 millions de civils, sur lesquels 3,2 millions œ Juifs), etc. De leur côté, les pays de l'Axe dénombreront environ 7 millions de morts: Allemagne: 4,5 millions (dont 800 000 ci vils) ; Italie: environ 500000 morts (dont 150 000 civils) ; Japon: 2 millions (dont 700 000 civils). (Cf. Le Petit Robert 2 - 1974). 9

possibilité de s'échapper de l'enfer... Pourtant, il y eut quelques rescapés, dont la chance tint alors du miracle. Leurs témoignages poignants sont réunis ici - et pour la première fois - dans un seul et même ouvrage. Ces survivants d'aujourd'hui nous y rappellent les épreuves horribles et indélébiles qu'ils subirent alors. Ils le font avec une sincérité et une émotion qui, sans nul doute, laisseront des traces profondes au cœur et à l'esprit de chaque lecteur. Louys RICLAFE Henri DEMAY

10

I La division Das Reich Juin 1944 Cinq journées capitales: du mardi 6 au samedi 10

Bref historique de la Das Reich

(1)

Créée comme service d'ordre et de protection de Hitler, la "troupe de choc Adolf Hitler" devient, en 1925, la Schutzstaffel : la SSe Dirigée par Himmler (2) à partir de 1929 - la SSe devient - dès la prise du pouvoir par Hitler en 1933, le réservoir des hommes de confiance que le Parti national-sosialiste place aux postes clés de tous les organismes de l'Etat. Un véritable pouvoir parallèle s'instaure peu à peu, de~stinéà maintenir le régime. C'est ainsi qu'on parlera de l'Etat SSe C'est de la SSe dont~ dépendent, par exemple, la Gestapo (police secrète d'Etat), les formations "Têtes de mort" (Totenkopfverbande) chargées de la surveillance des camps de concentration, et le service de sécurité et de renseignements (Sicherhei tsdienst). La s.s. aura son armée: la Waffen SSe
(1) A l'intention d'abord des lecteurs non limousins, nous rappelons entre autres - et très succinctement - les quelques évènements clés qui se produisirent, en Haute-Vienne, surtout, juste avant la tragique après-midi du samedi 10 juin 1944. Les indications de cette chronologie nous semblent essentielles, pour une claire compréhension du drame. (2) HIMMLER (Heinrich) - (1900-1945) - Entré dans les SS (1925), il organise ce "corps d'élite" sur la base d'une stricte sélection raciale et d'une fidélité absolue au régime. En 1934, il devient chef de la Gestapo. TIfait régner la terreur, et est l'organisateur méthodique des camps de concentration. TIest ministre de l'Intérieur (1943). En 1945, le Führer apprend qu'Himmler a pris contact avec les alliés (par l'intermédiaire du comte Bernadotte) ~il le démet de ses fonctions. Arrêté par les Anglais, Himmler s'empoisonne. (cf. Le Petit Robert 2 - 1974). 13