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Philippe II, roi d'Espagne

De
236 pages

Philippe II fut le seul fils légitime de l’empereur Charles V. Il naquit le 21 mai 1527 dans la vieille ville castillane de Valladolid. Sa mère était l’impératrice Isabelle, fille d’Emmanuel-le-Grand, roi de Portugal. Il descendait par son père des maisons de Bourgogne et d’Autriche, et par ses deux parents à la fois de Ferdinand et d’Isabelle, car Jeanne, mère de Charles V, et Marie, grand’mère de sa femme, étaient toutes les deux. filles des rois catholiques.

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Reinhold Baumstark
Philippe II, roi d'Espagne
AVANT-PROPOS
DU TRADUCTEUR
J’offre aux lecteurs amis des études historiques la traduction d’un petit livre, mince de volume, mais gros de mérites, où ils trouveront, pour la première fois peut-être, un e portrait exact, fidèle et complet du célèbre champi on de la cause catholique au XVI siècle. Ce roi, en général, n’a rencontré que des d étracteurs en dehors de son pays : parmi ceux même que l’évidence des faits a contrain ts, de nos jours, à le laver d’une partie des accusations absurdes dont il est l’objet , la plupart ne semblent avoir rempli leur devoir qu’à regret, et en cherchant à se donne r une compensation sur tous les points où son innocence était moins solidement étab lie. A cela, il y a une raison péremptoire : c’est que, depuis trois siècles à peu près, l’opinion publique n’a été faite chez nous que par les protestants, et que Philippe a été l’ennemi déclaré du protestantisme. Il n’en pouvait toujours être ainsi , et c’est d’une terre protestante, c’est de la savante Allemagne que nous vient aujourd’hui ce bel ouvrage où, à l’impartialité la plus rigoureuse, à l’érudition la plus sûre, se joignent tous les charmes d’une diction que je n’ose me flatter d’avoir su transporter dans notre langue. Mais, quelles que puissent être les trahisons du traducteur, on se co nvaincra facilement de la supériorité de cet écrit sur tous les autres qui ont traité le même sujet. Je ne parlerai pas de cette connaissance approfondie du génie espagnol, dont l’ éminent auteur a déjà donné tant de preuves dans ses ouvrages précédents, et qui éta it indispensable dans un travail comme celui-ci ; je signalerai surtout sa fermeté d e jugement, sa netteté de vues, sa rectitude d’appréciation, qualités que jusqu’ici au cun historien de Philippe II n’a possédées au même degré. Nous avons affaire, en M. Baumstark, non à un détracteur systématique, non à un apologiste intéressé, mais à un juge éclairé, impartial, indépendant, dont l’intégrité et la compétence ne s auraient être contestées sérieusement. Je n’ai pas besoin de dire sous quel jour se présente enfin la physionomie du roi d’Espagne après le jugement qu’e n porte notre auteur : tout lecteur sincère souscrira sans aucun doute à ses conclusion s, et distribuera à son héros le blâme et l’éloge dans la même mesure. Un mot seulement sur cette traduction. Je me suis c ontenté de reproduire l’original le plus fidèlement que j’ai pu, sans y rien ajouter ni rien en retrancher, sans me permettre aucun changement, pas même là où, sur des questions de détail, j’ai pu ne pas me trouver d’accord avec l’auteur. J’ai seuleme nt fait disparaître une demi-douzaine d’allusions qui, pour des lecteurs françai s, auraient été inintelligibles ou dépourvues d’intérêt ; en somme, ces suppressions s ont insignifiantes et se réduisent à une vingtaine de lignes tout au plus. Il me reste à ajouter, pour ma décharge, que j’ai f ait cette traduction à la campagne, pendant les vacances, et que je n’avais aucun livre sous la main, de sorte qu’il m’est arrivé de retraduire en français certains documents originaux cités par l’auteur, sans que je pusse me servir soit du texte espagnol, soit de la version française qui en existait déjà. J’ai également dû traduire de la ver sion allemande le billet d’Élisabeth à M. de Fourquevaux, dont l’original en français est donné par M. Gachard, dans son livre intitulé :Don Carlos et Philippe II,II, p. 524. J’aime à rencontrer ce nom en t. finissant ces quelques lignes, et à rendre hommage aux vastes travaux qui l’ont immortalisé. Si le présent ouvrage a été possible, si le XVIe siècle commence à être
mieux connu, c’est à M. Gachard qu’on le doit avant tous les autres. M. Baumstark le reconnaît dans le cours de son écrit, et il sera pe rmis à un écrivain belge d’exprimer sa juste fierté pour les services que les savants d e son pays ont rendus à la science historique.
PRÉFACE DE L’AUTEUR
Comdien e questions e la plus haute importance se présentent à l’esprit, quan on étuie le règne e Philippe II ! Ceux qui connai ssent à fon le sujet ne croiront-ils pas qu’il y a e la témérité à traiter une pareille matière ans le care restreint et sous la forme peu savante e ce petit livre ? Et pourtant, ans l’espoir ’être utile à la cause e la vérité, j’ai écarté ces consiérations et ’autres encore. Je suis ’ailleu rs dien éloigné ’avoir prétenu écrire une histoire u temps e Philippe II ; j’ai simplement voulu tracer un portrait u personnage. Si j’ai parlé souvent es événements o nt il fut contemporain, c’est parce que mon sujet le réclamait, et non parce que j’en c royais être l’historien. Ma seule prétention, c’est que cet écrit puisse ren re quelque service. Constance, été e 1874.
REINHOLD BAUMSTARK.
RAISON D’ÊTRE DE CE LIVRE
Une vertueuse horreur s’attachait de temps immémori al au nom de Philippe II d’Espagne, dans l’esprit de tout honnête citoyen de notre nation de penseurs. Aux yeux d’un public prévenu, le roi catholique apparai ssait comme une gigantesque araignée au centre d’une toile puissante, dont les fils ultramontains, noirs ou striés de sang, s’étendaient dans toutes les directions. couv rant ce vaste empire où le soleil, voilé d’épouvante, ne se couchait jamais. Dans les larges mailles de cette toile, on voyait pendre les restes sanglants de ses épouses e t de ses enfants immolés, on voyait palpiter, comme des mouches prisonnières, le s innombrables victimes de sa perfide et sanguinaire politique d’obscurantin. Et, comme pour donner un repoussoir éclatant à ce sombre tableau, au-dessus du champ fu nèbre où sévissait le vampire ultramontain, le démon du Sud, on voyait planer la virginale Elisabeth d’Angleterre, pareille à un ange lumineux. Ces fantasmagories n’étaient pas l’apanage exclusif des élèves de gymnase ou des garçons de boutique : on a vu des esprits de premie r ordre, des princes de l’art qui croyaient à ce rêve hideux. Quel homme fut plus dig ne du respect et de l’amour de ses concitoyens que Frédéric Schiller ? Moissonné trop tôt dans la carrière où son esprit s’éclairait et se transfigurait graduellement, il n e put voir que l’aube pâle et naissante de la vérité religieuse. Dans son drame émouvant deDon Carlos, dans son brillant ouvrage sur laRévolution des Pays-Bas,a encensé comme tout le monde les il préjugés protestants, véritables idoles de l’opinio n vulgaire. Bien plus, c’est précisément son irrésistible diction, c’est sa sple ndide mise en scène qui ont rendu presque incurables, ces farouches préventions contre le roi d’Espagne. Il était réservé à notre siècle de voir s’ouvrir en fin les archives où, depuis si longtemps, se cachait une bonne partie au moins de la vérité sur Philippe II. En Espagne, en Belgique, en Hollande, des chercheurs i ndépendants, nullement ultramontains, ont à l’envi déblayé le gigantesque amas de préjugés sous lequel trois siècles nous avaient caché la physionomie véritable du fils de Charles-Quint. On a publié par milliers les documents originaux de cett e époque orageuse et tourmentée. Dès longtemps on savait, on soupçonnait du moins qu e jamais monarque n’avait travaille avec un zèle plus infatigable que Philipp e II. Mais depuis que les parties les plus importantes de son immense correspondance poli tique ont vu le jour, ce roi tant calomnié nous apparaît sous des traits tout nouveau x. C’est ce qu’attestent tous ceux qui. avec une volonté droite, ont puisé à cette gra nde source de renseignements authentiques Malheureusement, cette rectitude de la volonté fait défaut bien souvent, non moins qu’une compétence suffisante et une raison ferme et sereine. Prescott lui-même, le dernier historien important de Philippe II, dans so n ouvrage resté inachevé, n’a pas toujours su secouer les lourdes chaînes des vieux p réjugés. Il y a quelques années, un autre Américain — et celui-là d’origine espagnol e — Gayarré, osait encore présenter au monde le portrait complétement faux et défiguré d’un prince auquel le peuple espagnol a voué plus d’affection et de fidél ité qu’à aucun autre de ses nombreux souverains. Je ne ferai donc pas une besogne inutile en m’effor çant de répandre, dans le grand public allemand, une connaissance plus exacte, une appréciation plus impartiale de Philippe II. Tel est le but de ce petit ouvrage, et la raison de la forme succincte que je lui ai donnée.
Au demeurant, on se tromperait si, de ce que j’ai d it plus haut, on voulait conclure que j’ai entrepris une apologie ou même un panégyri que de Philippe II. Au contraire : mes études préparatoires à ce livre m’ont amené à l a conviction que l’on ne peut excuser certains côtés de son caractère, et certain es actions importantes de sa vie. Mes sympathies personnelles ne me portent pas vers lui, elles m’en éloigneraient plutôt ; mon imagination ne se sent point inspirée par ce sujet. Je pourrais même dire que, loin d’y travailler avec goût, avec plaisir, j e n’ai pris la plume qu’à regret et pour obéir à une suggestion de ma conscience.
er CHAPITRE I
Enfance du prince royal
Philippe II fut le seul fils légitime de l’empereur Charles V. Il naquit le 21 mai 1527 dans la vieille ville castillane de Valladolid. Sa mère était l’impératrice Isabelle, fille d’Emmanuel-le-Grand, roi de Portugal. Il descendait par son père des maisons de Bourgogne et d’Autriche, et par ses deux parents à la fois de Ferdinand et d’Isabelle, car Jeanne, mère de Charles V, et Marie, grand’mère de sa femme, étaient toutes les deux. filles des rois catholiques. Une auréole de gloire, de puissance et de grandeur terrestre entoura le berceau de l’enfant impérial. Son entrée dans ce monde fut sal uée avec joie, non seulement par ses parents, qu’unissait la plus grande tendresse, mais aussi par toute la loyale nation espagnole, si attachée à ses souverains. Trente ans auparavant, grâce à la sage et puissante politique de Ferdinand et d’Isabelle, l’E spagne était sortie victorieuse des guerres sanglantes du moyen-âge et d’une lutte huit fois séculaire contre l’islamisme ; elle s’était unifiée et était devenue un grand État . Le sol de la patrie se trouvait délivré des mécréants qui l’avaient envahi ; la conquête de la plus belle partie de l’Italie, la découverte du Nouveau-Monde, allaient bientôt augme nter l’éclat et l’importance de ce royaume. Depuis 1516, Charles avait saisi avec bonheur et ha bileté les rènes de la monarchie espagnole, qui lui était échue en sa qualité de pet it-fils de Ferdinand et d’Isabelle. Il possédait déjà les riches et florissantes provinces des Pays-Bas, que lui avait léguées son père Philippe. En 1519, la couronne impériale d ’Allemagne était venue orner son front. Dans l’entretemps, le Mexique et le Pérou av aient été découverts et conquis. Jamais encore les empereurs romains eux-mêmes n’ava ient réuni autant de puissance et de gloire que n’en avait déjà dès cett e époque le jeune souverain de l’Espagne. Ce fut alors qu’au milieu de la joie générale, écla ta, comme un son discordant, la nouvelle de l’emprisonnement du Pape et du pillage de Rome par les troupes impériales. C’est à tort qu’on a essayé de faire cr oire que Charles V avait été de connivence dans celte action odieuse avec le Connét able de Bourbon, commandant de son armée. Charles V fit tous ses efforts pour p rouver son innocence ; il interdit immédiatement toutes les réjouissances qui se faisa ient à l’occasion du baptême de son fils. Cette cérémonie religieuse eut lieu le 25 juin 1527. Le prince reçut le prénom de son grand-père paternel, que les Autrichiens app elaient Philippe-le-Beau et qui portait en Espagne le titre de Philippe premier. Philippe n’avait que onze mois, lorsque, d’après le s vieilles coutumes espagnoles, il fut reconnu héritier légitime du royaume de Castill e par les Cortès réunies. Peu après, Charles V dut quitter l’Espagne pour longtemps. Pen dant son absence, il confia son fils aux soins maternels de l’impératrice et au dév ouement éclairé d’une dame portugaise, Eléonore Mascarenhas. Lorsque l’empereu r revint en Espagne, l’enfant avait près de sept ans. Il était arrivé à l’âge où son éducation devait être réglée conformément au rang élevé qu’il occuperait un jour. Ce fut à un prêtre plein de piété, Jean Martinez Si liceo, professeur à l’Université de Salamanque et plus tard cardinal et archevêque de T olède, que l’empereur confia l’éducation scientifique et surtout religieuse de s on fils. Jamais Philippe, depuis les premiers pas de son enfance jusqu’au seuil de la to mbe, ne semble avoir chancelé
ans son attachement à la foi catholique. On le prés erva soigneusement de toute influence dangereuse, et cependant celle précaution était inutile, tant le caractère de l’enfant était sérieux et austère, et tant il se to urnait avec prédilection vers les choses éternelles. Philippe fit de tels progrès en latin, que pendant tout le cours de sa vie, il écrivit cette langue avec correction et élégance. I l ne connut que médiocrement les langues vivantes, parmi lesquelles il n’aimait que l’espagnole. Il étudia, avec un goût particulier, les mathématiques et l’architecture ; il avait l’esprit juste, mais peu large. Il apprit à connaître tous les arts plastiques et il e n critiquait les produits avec une entière connaissance de cause. Le gouverneur de Philippe fut Don Juan Zuniga, desc endant d’une ancienne et noble famille castillane. C’était un homme de cour, mais en même temps un honnête homme dans toute la force du terme. Tous ses effort s tendirent à rendre son élève simple, sérieux et noble ; il éloigna avec précauti on tout ce qui aurait pu le porter à la ruse, à la fausseté ou à la dissimulation. Cependan t on remarquait dès lors dans le jeune prince une tendance à cette lenteur, à cette indolence corporelle, à ce manque de vivacité qui devait rester durant toute sa vie u n de ses signes distinctifs. Aussi ne poussa-t-il pas les exercices de chevalerie plus lo in que ne semblait l’exiger à cette époque la dignité royale ; quant à la chasse, il ne s’y livra jamais que dans l’intérêt de sa santé. Se connaître et se posséder soi-même, tel fut, dès l’enfance, l’idéal de Philippe, et son âme était douée de la manière la p lus favorable pour réaliser cet idéal. Sa jeunesse s’écoula sans éclair de génie comme aus si sans les passions impétueuses de cet âge. Il se distingua par une rai son froide et précoce, par un esprit plein de mesure. Il ne dépassa jamais son horizon b orné, mais dans ce cercle restreint il embrassait toutes choses, et son sens réfléchi e t calme prêtait à sa volonté cette activité infatigable et cette constance que rien ne pouvait ébranler. Philippe n’avait que douze ans lorsqu’il eut le mal heur de perdre sa mère. La sage et vertueuse Isabelle, la digne petite fille de la sainte reine dont elle portait le nom, mourut en 1539. Charles ne se remaria jamais. A par tir de ce moment les jeux de l’enfance cessèrent pour Philippe ; il se vit entra îné dans la vie sérieuse et dans le tourbillon des affaires. De bonne heure il apprit à comprendre son père, à l e respecter et à l’aimer. Il s’efforça de se pénétrer et de s’inspirer des princ ipes politiques de cet homme qui, malgré des revers passagers, se trouvait toujours à la tête de l’Europe, grâce à la supériorité de son esprit et à son infatigable acti vité. Ces douces relations de père à fils, Philippe dut plus tard, lorsqu’il fut devenu père lui-même, en sentir l’absence d’autant plus douloureusement, qu’il avait mieux ap pris à les apprécier pendant sa jeunesse. L’empereur était rassuré sur le compte de son héritier : accablé par la maladie et dégoûté des hommes, il put de bonne heur e penser à déposer les couronnes terrestres et leur éclat trompeur. Philip pe n’avait que 14 ans, lorsque son père revint de son entreprise malheureuse contre Al ger. Il lui écrivit alors pour le consoler de ce revers, et il le fit en des termes s i éloquents et si pleins de gravité qu’on aurait dit un ami écrivant à son ami. Peu après, Philippe débuta dans la carrière des arm es en marchant contre les Français qui s’étaient jetés sur le Nord de l’Espag ne. Ceux-ci rentrèrent aussitôt dans leur pays sans avoir tiré l’épée. Néanmoins la cond uite du jeune héritier du trône obtint les applaudissements universels de l’armée et de la nation, et durant tout le cours de sa vie ces applaudissements ne lui firent jamais dé faut. Au sortir de cette courte campagne, il reçut les serments des États d’Aragon, de Catalogne et de Valence dans la réunion des Cortès à Monzon. En 1543, Charles-Qu int quitta de nouveau le pays