Préhistoire du Sahara et de ses abords
273 pages
Français

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Préhistoire du Sahara et de ses abords

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Description

Plus qu'en d'autres régions, la Préhistoire est marquée au Sahara par d'innombrables questions dont l'énumération, tout en dessinant les insuffisances de la recherche, en souligne aussi les nombreux apports. Cet ouvrage est construit autour des interrogations de plusieurs générations d'étudiants de diverses universités. Il tente de réunir l'essentiel des données disponibles et d'élaborer la construction qu'elles permettent aujourd'hui. Certaines hypothèses sont confortées, d'autres balayées. Ce premier volume s'articule en huit chapitres présentant le contexte environnemental, les hommes, les grandes phases de la Préhistoire telles qu'elles sont perçues à travers les vestiges matériels, et l'émergence de la spiritualité.

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Informations

Publié par
Date de parution 23 juillet 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782336877914
Langue Français
Poids de l'ouvrage 14 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Ginette Aumassip

avec la collaboration de
Yasmina Chaïd-Saoudi




Préhistoire du Sahara
et de ses abords



Tome 1

Le Paléolithique ou le temps des chasseurs





Nous adressons des remerciements très appuyés et très amicaux aux divers collègues
et autres personnes qui nous ont apporté leur concours dans la préparation de ce
manuel de préhistoire, notamment à F. Mori, F. Wendorf, A.E. Close, M. Krzyzaniak.
Une pensée particulière va à Irène Lhote, B. et J. Choppy, A.M. et M. Van Albada et à
ceux qui ont facilité sa mise à jour, A. Mikdad et M. Nami qui ont familiarisé l’une de
nous avec les remarquables séquences qu’ils ont mises au jour. Nous adressons aussi
nos remerciements aux éditions l’Harmattan qui ont bien voulu répondre à la demande
estudiantine par cette nouvelle édition.



© L’Harmattan, 2019
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

EAN Epub : 978-2-336-87791-4A V E R T I S S E M E N T
La Préhistoire, dans son sens le plus restreint, se propose d’étudier l’homme d’avant
l’écriture et par ce biais de retrouver l’origine de l’humanité, son évolution physique et
psychique. L’ambition est d’autant plus grande que les moyens sont réduits, la plupart
des restes de ces hommes ayant disparu ainsi que la plus grande part des objets qui
les accompagnaient, soit l’essentiel de ceux qui n’étaient pas en pierre. L’entreprise,
difficile et aléatoire, n’en est pas moins fondamentale, aussi tout doit-il être mis en
œuvre pour « faire parler les pierres ».
« Histoire exceptionnelle du vécu humain » écrivait E. Anati, la Préhistoire n’a pas
deux siècles. Science encore jeune, elle est néanmoins loin du temps où Boucher de
Perthes découvrant dans les terrasses de la vallée de la Somme des objets dont les
formes lui paraissaient incompatibles avec un fait naturel, émettait l’hypothèse d’un
travail humain et, par leur position stratigraphique, leur octroyait une haute antiquité.
D’abord simple objet de curiosité, la Préhistoire figure aujourd’hui en bonne place
parmi les sciences et parmi celles qui connaissent un intérêt croissant. Dans le Sahara
et ses abords, elle a été souvent, et reste encore, le fruit de découvertes fortuites, de
l’intérêt que lui portent nombre d’amateurs éclairés, plutôt que l’aboutissement de
travaux coordonnés. Le fait est dû à l’histoire même de la discipline qui attira de
nombreux érudits et curieux avant que, ces cinquante dernières années, son étude ne
se trouve étroitement liée au développement de méthodes sophistiquées, les
processus physico-chimiques qui se sont déroulés dans les gisements lors de leur
constitution puis au cours du temps, étant devenus des marqueurs particulièrement
pertinents. Les datations absolues en sont une parfaite illustration en permettant
d’établir avec une bonne précision des échelles stables pouvant mettre les
événements en situation chronologique. Loin des mouvances antérieures, les
corrélations que l’on dresse ainsi renouvellent la connaissance que l’on pouvait avoir
des phénomènes globaux. Le cas le plus spectaculaire réside probablement dans les
équations période glaciaire = période pluviale ou période glaciaire = période aride,
équations qui opposèrent des années durant les spécialistes et dont la seconde s’est
montrée, il y a peu, la plus exacte. Cette notion de contemporanéité apportée par les
datations doit cependant être pondérée. Même dans les conditions d’observation les
plus favorables, ce concept n’est qu’une apparence à application analogique, le seuil
de résolution temporel des procédés de datation, même les plus sophistiqués,
n’autorisant pas à réfléchir dans la synchronie parfaite ou la courte durée. Or même
restreint, ce repère chronologique est indispensable pour dépister les caractéristiques
des modèles d’implantation territoriale des groupes humains.
Plus qu’en d’autres régions, la Préhistoire est ici marquée par d’innombrables
questions dont l’énumération tout en dessinant les insuffisances de la recherche, en
souligne aussi les nombreux apports. Les pages qui suivent, construites autour des
interrogations de plusieurs générations d’étudiants de diverses universités, tentent de
réunir l’essentiel des données disponibles et d’élaborer la construction qu’elles
permettent aujourd’hui. On ne pourra donc s’étonner que certaines hypothèses émises
depuis des décennies se trouvent confortées et qu’il s’en substitue à celles qui
tombent, marquant ainsi une nouvelle étape dans les connaissances. On ne pourra
s’étonner que le pan méthodologique soit délaissé, moyen d’accès aux connaissances,
il appartient à un domaine autre auquel de nombreux écrits sont consacrés.
Un premier volume traite des temps paléolithiques et des populations de chasseurs.Il s’articule en huit chapitres présentant le contexte paléoenvironnemental, les
hommes, les grandes phases de la Préhistoire (Paléolithique ancien, inférieur, moyen,
supérieur à éclat et à lamelles) telles qu’elles sont perçues à travers les vestiges
matériels, et l’émergence de la spiritualité.
1Un second volume traite des temps néolithiques, de leur mise en place, de leur
évolution. Il se développe en neuf chapitres. Les trois premiers abordent les questions
d’environnement, d’hommes et de modes de vie, ce qui conduit à une révision de la
notion d’Epipaléolithique. Le Néolithique est présenté avec sa complexité, en trois
grandes séquences (Néolithique ancien, Néolithique moyen, Néolithique récent et
apparition de la métallurgie), mettant en relief leurs diverses cultures. Deux chapitres
sont consacrés aux expressions spirituelles, l’un à l’art, l’autre au monde des morts. Un
dernier chapitre évoque les premières grandes concentrations humaines qui ont
conduit aux organisations urbaines et le rôle des deux grands fleuves africains, le Nil et
le Niger.
Chaque volume se clôt sur des annexes comportant les listes-types traditionnelles
indispensables à un langage commun, les décomptes des industries lithiques des
gisements présentés quand ils sont disponibles et un glossaire.
1 Paru en 2004, chez Maisonneuve Larose (Paris), des raisons éditoriales avaient conduit à
subdiviser ce manuel en deux tomes, ce qui explique l’absence de table des matières et de
bibliographie dans le tome I « Au temps des Chasseurs Le Paléolithique » La parution du
tome II « Au temps des Paysans Le Néolithique » n’a pas eu lieu en raison des difficultés
connues par la maison d’édition, puis des options de ses repreneurs. C’est une version
révisée qui est présentée ici.INTRODUCTION
En recherchant les faits humains avant qu’ils puissent être saisis par le biais de
l’écrit, la Préhistoire plonge ses racines dans les Sciences de la Nature, occupant ainsi
une place très particulière au sein des Sciences humaines. La Préhistoire est aussi
une Science historique et, à ce titre, ne saurait se dispenser du tuteur qu’est pour elle
la chronologie ; c’est elle qui « gère » son dynamisme, c’est par elle que les faits
devenant évolutifs, prennent toute leur signification.
Les faits humains, ce sont d’abord l’identification des hommes et de leurs objets
usuels, ceux-ci permettent de saisir les gestes des hommes, la manière dont ils
s’abritaient, se nourrissaient ; on tente ainsi d’atteindre leur mode de vie qui est
l’élément le plus accessible, la structure des groupes, leur évolution. Les faits humains,
ce sont aussi, au fil du temps et des progrès, les modes d’intégration à un
environnement pouvant être hostile, la façon dont cet environnement fut maîtrisé,
domestiqué, dominé. Alors apparaît ce qui est peut-être la question essentielle :
peuton saisir le « moteur » de ces transformations ? d’ordre philosophique, la question
dépasse le but de ce manuel.
Les filtres de la recherche
Les résultats tangibles que les travaux permettent d’obtenir doivent passer par trois
filtres : les techniques d’étude employées, les travaux antérieurs qui demeurent les
seuls témoins des données fugaces voire même dans de nombreux cas des données
matérielles et sont, à ce titre, inestimables, et les vestiges eux-mêmes dont on oublie
trop souvent qu’ils ne représentent qu’une fraction, non quantifiable, du sac à outils de
l’homme préhistorique.
Les vestiges
Des produits de l’activité humaine, pierres taillées, os, bois aménagés, cuir,
vannerie, restes de nourriture..., seules les pierres taillées sont courantes. Dans
l’identification des anciennes sociétés, il est fait appel non seulement à ces objets
euxmêmes, mais aussi à leur disposition, car elle témoigne de la manière dont l’espace
était structuré ; mais il ne faudra pas perdre de vue, ainsi que l’a fort justement
souligné P. Janet en 1946 dans « Les études philosophiques », que les données
traduiront un comportement et non une psychologie. Pour avoir accès à cette
documentation, la fouille privilégie les larges décapages qui seuls conduisent à une
analyse spatiale et à une reconstitution topographique partielle de chaque niveau
d’occupation identifié. Ils permettent de dresser des plans montrant la répartition des
outils avec, quand cela est possible, les liaisons introduites par les raccords. Les sites
de surface, si fréquents en zone saharienne, facilitent cette appréhension car « la
fouille est faite » et la surface occupée accessiblr dans sa totalité. Il faut en effet se
débarrasser de l’idée ancienne selon laquelle de tels sites ne sont que d’intérêt
secondaire, cela n’est plus depuis que les progrès de la Géomorphologie et l’existence
de radiodatations rendent possible leur échelonnement chronologique. Mais il faut
rester prudent à leur égard car les horizons télescopés, les possibles remaniements
sur place – en particulier ceux liés aux tourbillons – peuvent ne livrer qu’une
connaissance défigurée et, s’agissant de phénomènes aléatoires, les mesures
radiométriques peuvent être affectées de divers coefficients d’erreur. Néanmoins, une
grande vigilance et beaucoup d’expérience permettent d’y saisir les détails significatifs,ils apportent alors des indications beaucoup plus nombreuses que les sites enterrés. Il
faut donc apprendre à les lire...
Cette collecte de l’information va ouvrir sur diverses notions : celles d’espaces de
vie, de territoires, d’économie, d’évolution. Suite aux décisions du symposium de Burg
Wartenstein tenu en 1965, on pourra parler de « civilisation » lorsque l’on disposera de
données permettant l’accès au mode de vie, au développement intellectuel d’une
société, éléments qui cernent sa « personnalité ». On parlera de « culture » quand on
ne saisira que sa technologie et son vmode de vie, « d’ensemble industriel » lorsque
1seuls les outils sont connus.
L’analyse des vestiges
L’analyse des matériaux implique l’emploi d’un langage codé car la précision est
impérative si l’on veut éviter les confusions. En langue française, on dispose de divers
ouvrages tels que ceux de M. Brézillon (1968), G. Camps (1979), A. Leroi-Gourhan
(1988) qui sont à même d’éviter les faux problèmes que sont ceux de terminologie.
L’analyse s’accompagne de la nécessité d’ordonner les données car, ainsi que l’ont
fort justement souligné M.A. El hajraoui et M. Aberkane (2002 : 46) « classer revient à
mettre de l’ordre pour l’esprit » et avec eux, on ne peut que déplorer que « certains
chercheurs rejettent cette approche d’étude et se limitent à retracer les différentes
phases de la chaîne opératoire ». Cette nécessité a conduit à différents types de
classification, fonctionnelle et technologique, morphologique, technique. Typologie et
Technologie sont des voies d’accès essentielles. L’une approche davantage la culture,
l’autre « l’ingénierie ». L’une qui amène à une quantification des objets et à la structure
des ensembles industriels, s’appuie sur la constance de certaines formes qui a conduit
à établir des types, « témoins des diverses solutions techniques mises en œuvre pour
2répondre au besoin général de moyens vulnérants » . L’autre s’appuie sur les moyens
utilisés pour obtenir ces objets, oubliant souvent, pour ces périodes anciennes où
l’intervention humaine reste modeste, les contraintes de la pierre. N’offrant qu’un
nombre restreint de solutions, elles conduisent à confondre effet technique et effet
culturel ; les gestes techniques restant limités, les séquences mises en œuvre dont
l’imbrication pourrait définir des cultures, sont peu nombreuses, courtes, pas forcément
significatives. D. De Sonneville-Bordes soulignant en 1960 « la souveraineté de la
typologie sur la technique », montrait comment le Paléolithique supérieur du Sud-ouest
de la France s’individualisait par de tels critères. La création d’outils nouveaux par une
culture, leur disparition avec celle-ci, font de certaines formes de véritables fossiles
directeurs pour lesquels, ainsi que l’a précisé ce même auteur, une grande variété de
techniques a pu être mise en œuvre. La typologie quelles que soient les critiques
menées actuellement à son égard est un élément des plus appropriés pour établir des
ensembles, faire valoir des changements qu’ils soient d’ordre technologique,
chronologique ou culturel. Elle permet d’identifier et donc de nommer, ce qui, par le
pouvoir du nom, donne existence au sujet. Cela appelle un langage commun ou à
défaut implique une définition précise du vocabulaire utilisé. Moyen d’établir des
fréquences, elle permet une approche statistique à laquelle on ne saurait donner valeur
absolue mais qui a montré son potentiel significatif. Dans le Sahara et ses abords, elle
est particulièrement efficace pour la fin du Paléolithique où elle a permis
d’individualiser les cultures et voire même, en l’absence de moyens radiométriques,
3leur approche chronologique . Cette fiabilité de la méthode a été mise en évidence à
diverses reprises. Avant d’y découvrir des charbons qui permirent de la dater de 14270
4± 600 B.P. (Alg) ce qui se traduisait par 12220 B.C. en un temps où la calibration desrésultats de laboratoire n’existait pas et où le passage en temps historique se faisait
èmesimplement en soustrayant 1950, C. Brahimi rapportait l’industrie de Rassel au 13
5millénaire par comparaison des profils typologiques ; de même El Hassi était situé au
ème6 millénaire par l’un de nous (GA) avant d’être daté de 7520 ± 110 B.P. (UW310)
6traduit alors en 5570 B.C. ces données marquaient alors une avancée spectaculaire
face au flou qui existait par manque de chronologie. Si les facilités de datation ont
aujourd’hui réduit cette incidence, les « listes-types » et les courbes cumulatives que
l’on peut établir par ce biais, conservent l’avantage d’une lecture aisée. Mais ce moyen
de comparaison, particulièrement significatif quand les cultures possèdent un éventail
d’outils assez large et des pièces fortement stéréotypées, perd son intérêt pour les
périodes où l’éventail est trop faible comme au Paléolithique inférieur. Il en est de
même quand cet éventail est trop vaste et surtout quand les outils sont peu
stéréotypés comme au Néolithique. Les identités seront alors appréhendées plus
volontiers à l’aide de fossiles directeurs qui devront toujours être constitués par un
ensemble d’objets dont on s’assurera qu’il ne s’agit pas de produits de négoce, et ces
identités pourront être appuyées par l’enchaînement des gestes les ayant produites,
quand il s’avère typique d’une culture. Identités et différences ouvrent alors à
l’identification de faciès culturels.
Ces représentations graphiques qui parachèvent les données typologiques,
contrairement à certaines opinions, ne sont pas des fins en elles-mêmes, mais des
moyens aisés de lecture. Elles permettent de rendre la physionomie d’un ensemble
industriel à l’aide de diagrammes et d’en faire une comparaison rapide ; mais elles
n’ont de valeur que celle accordée à l’échantillon traité. Il est donc particulièrement
important d’en connaître le niveau de représentativité. Un moyen simple consiste à
tracer la courbe représentant le nombre de types en fonction du nombre de pièces ;
quand elle devient à peu près parallèle à l’axe, tous les types courants sont
représentés, donnant avec cette première esquisse de l’ensemble industriel, le seuil
en-deçà duquel l’échantillon ne peut aucunement être pris en compte.
Ces méthodes visaient essentiellement à établir un engrenage archéologique,
préalable à toute compréhension de l’histoire. En livrant avec l’objet subsistant son
contexte, les techniques de fouilles actuelles ouvrent en outre vers la connaissance
des paléoenvironnements, des modes de vie, des techniques, éléments
indispensables à l’appréhension des sociétés. En donnant accès à la fréquence, elles
favorisent l’application de méthodes mathématiques, la définition de nouveaux critères.
Parallèlement, l’introduction de méthodes informatiques multiplie ces moyens d’étude
et permet de les affiner en leur appliquant diverses analyses, dont des analyses
7multivariées . Les techniques d’étude font de plus en plus appel au remontage qui peut
préciser des liens entre dépôts, orienter vers des sélections dans l’usage des outils,
elles développent la tracéologie qui permet d’apprécier l’usage possible de l’outil. Elles
cherchent de plus en plus à retrouver les techniques employées. Elles ne doivent pas
perdre de vue l’incidence de l’objet en préhistoire et se souvenir de l’importance du
nom dans l’élaboration de la pensée humaine.
Elles cherchent aussi à dater l’objet de leur étude. Après le radiocarbone qui
n’ouvrait qu’un créneau réduit pour le Paléolithique, de nouvelles méthodes
d’investigations chronologiques permettent de dater des vestiges dépourvus de
carbone organique ou trop anciens pour utiliser ce procédé. La thermoluminescence,
abrégée TL, s’est imposée pour la datation de terres cuites et pierres brûlées, voire
simplement passées au feu (par exemple en vue de faciliter la taille) ou longuementexposées à un soleil « brûlant ». Elle permet de remonter jusqu’aux environs de
700000 ans avec une marge d’erreur de l’ordre de 5% dans de bonnes conditions. Elle
utilise les particularités de certains cristaux qui piègent les particules radioactives et
dont les pièges se vident lors d’un chauffage, elle permet donc de dater le moment de
ce chauffage en mesurant la radioactivité piégée et l’activité annuelle dans
l’environnement de l’objet. Elle s’appuie sur un présupposé, des pièges totalement
vides au moment zéro, point de départ du nouvel effet environnemental.
De principe proche, la technique de datation par luminescence stimulée
optiquement, abrégée OSL, mesure le temps écoulé depuis la dernière exposition à la
lumière solaire des échantillons selon le même schéma de vidage-remplissage de
pièges à particules. Cette technique est de plus en plus utilisée pour dater non
seulement des sédiments fluviatiles et dunaires, mais aussi des dépôts
archéologiques ; elle pose de même des problèmes quant à l’évaluation de l’instant
zéro, le vidage initial des pièges s’avérant souvent n’avoir été que partiel, moins
précise que le radiocarbone, elle ne prend tout son intérêt que pour les temps
paléolithiques. Autre technique souvent appliquée à l’émail dentaire la résonance
paramagnétique électronique RPE ou résonance de spin électronique RSE (ou ESR)
s’appuie sur ce même principe du vidage de pièges sous l’effet de la chaleur puis de
l’accumulation des électrons piégés sous l’effet d’un champ magnétique.
Ces moyens d’accès aux activités humaines doivent garder en mémoire l’élément
fondamental de la recherche, l’homme. Lorsque à travers les produits de fouille, on
tente de le faire revivre, il est difficile de se passer de modèle. Tout en sachant
combien la comparaison peut être utopique, l’ethnographie va fournir ces modèles. Ils
peuvent être affinés par ordinateur car celui-ci permet d’introduire diverses variables
théoriques au cours de la simulation. Pour intéressante qu’elle soit, la méthode
demande toutefois une grande prudence ; l’emploi d’œufs d’autruche réunis par les
Bushmen dans un filet pour quérir l’eau, illustre peut-être l’usage que firent les
préhistoriques de tels objets quand on les trouve regroupés, mais ne peut exclure
d’autres emplois.
Nombre d’autres éléments apportent des indications sur les modes de vie. Les types
8de gisements, site de plein air longuement utilisé, halte brève, abri sous roche ou de
chaos rocheux, kjökkenmöding renseignent sur l’habitat et les occupations. Les
rapports strontium/calcium et magnésium/calcium dans les os sont des indicateurs
d’alimentation, le strontium et le magnésium se trouvant en plus grande quantité dans
les plantes et les os des herbivores ; ils soulignent donc la part des végétaux dans la
nourriture, de même la teneur en azote 15, en zinc et cuivre, qui sont plus élevées
chez les carnivores que chez les herbivores. La teneur en carbone 13 permet de
distinguer une alimentation à base de graminées, ses proportions se répercutant dans
la chair et le collagène des herbivores et de leurs prédateurs ; elle est moins élevée
chez les espèces forestières que chez les animaux de milieux ouverts en raison d’une
photosynthèse réduite par manque de lumière et dont l’importance globale appauvrit le
milieu en gaz carbonique. Il permet de distinguer les plantes dites « en C3 » de celles
dites « en C4 » selon qu’elles fixent trois ou quatre atomes de carbone dans la
première étape de la photosynthèse ; ces dernières traduisent une végétation de climat
chaud et sec, celles en C3 une végétation de climat frais et humide. Les cut-marks
permettent d’associer les ossements à une activité humaine. Les anomalies de la
structure de l’émail des dents (bandes de Wilson) et les défauts de minéralisation de
l’émail (stries de Retzius) traduisent des stress pouvant informer sur l’histoire de
l’individu ou d’une population si les mêmes traits se retrouvent chez les individusappartenant à la même population.
La sphère d’action autour d’un site peut être esquissée à l’aide des matériaux qui y
furent utilisés. Les matériaux peuvent aussi traduire des contacts, souligner des
préférences. Une donnée des plus importantes provient des restes animaux, la relation
homme-animal étant l’une des plus riches. Les impératifs écologiques liés à chaque
espèce identifiée, l’association d’espèces permettent d’apprécier divers facteurs de
l’environnement, la végétation, la température, l’humidité. Un intérêt particulier peut
aller aux migrateurs. C’est par leur intermédiaire que dans la vallée du Nil ou à l’Aïn
Misteheiya en Algérie, on a pu conclure à une occupation saisonnière. Grâce aux
oolithes, aux vertèbres des poissons, à la microstructure du cément dentaire de
nombreux mammifères, aux insectes, il est également possible de mettre en évidence
une époque d’occupation, de chasse ou pêche préférentielle, de retrouver les secteurs
de chasse, d’établir des courbes de mortalité, de saisonnalité et d’abattage. Qu’il ait
été obtenu par la chasse ou le charognage, l’animal a été à la fois une source de
nourriture et de matière première : les os, en particulier les diaphyses, ont servi à
façonner de nombreux objets, les peaux ont permis de confectionner des vêtements,
des sacs et probablement des tentes. Moins prosaïquement, l’animal a aussi participé
à certains rituels comme le laissent deviner ses inhumations ou les massacres de
mouflon ou de bœuf associés à des inhumations d’hommes ibéromaurusiens et qui se
retrouveront plus tard dans la vallée du Nil. Cette place de choix des animaux se traduit
bien dans l’art, qu’il s’agisse de peintures, gravures ou sculptures. Le monde animal
s’oppose ainsi au monde végétal dont les représentations sont exceptionnelles.
La connaissance du monde végétal est souvent d’accès délicat. La palynologie
souffre de transport à longue distance qui invite à une grande prudence.
L’anthracologie peut pâtir de choix au sein des ligneux qui sont susceptibles de fausser
la représentation du paysage. Diverses autres disciplines doivent donc aider à préciser
les données, à en établir une chronologie.
L’état des connaissances
Toute connaissance repose avant tout sur la somme des travaux antérieurs qui, peu
à peu, au fil des découvertes, permet d’élever un édifice plus ou moins stable. Les
premières découvertes d’instruments préhistoriques montraient simplement une très
ancienne présence humaine. Au Sahara, dès 1864, H. Duveyrier pouvait rapporter
l’existence d’un site, Tihodaïne, qui devait s’avérer remarquable. En 1872, ch. L.
Féraud faisait connaître un gisement dans la région de Ouargla. C’est aussi vers la fin
du siècle dernier qu’étaient faites de multiples découvertes, bifaces à Ouzidane aux
environs de Tlemcen, à Tighnif (Ternifine) non loin de Mascara. En 1875, G. Bellucci
mentionnait des silex taillés dans la région de Gabès, en 1881, le docteur collignon
découvrait le site de Gafsa, en 1884, A. Pomel celui d’Aboukir, en 1894, L. Gentil celui
du Lac Karar... Longtemps les découvertes se succèderont surtout au hasard des
travaux de géologues. Elles seront plus tardives à l’ouest, où hormis les découvertes
du docteur Bleicher vers 1875, celles de H. Duveyrier vers 1893, elles ne datent que
des environs de 1910, voire 1930 ; elles le sont encore plus à l’est où l’engouement
pour l’Egyptologie oblitéra très longtemps un passé plus lointain malgré les
découvertes faites sur la montagne thébaine par E.T. hamy et F. Lenormant dès 1869.
Du côté de l’art rupestre, dès 1847, le docteur Jacquot accompagné du capitaine Koch
avait reconnu Thiout, Moghar et Tatahni dans le Sud-oranais ouvrant la voie à la
reconnaissance d’un art préhistorique. Dix ans plus tard, H. Barth faisait connaître
Telizzaren au Fezzan qu’il avait reconnu dès 1850. A partir de 1892, les découvertesse multipliaient, de nombreux noms, A. Pomel, A.M. Hassanein Bey, L. Joleaud, M.
Dalloni et bien d’autres, y sont associés. G.B.M. Flamand réunissait une somme de
données qui allait conduire à la première synthèse d’art rupestre Les pierres écrites
ouvrage posthume paru en 1921. Il était suivi de Das Alter der vorgeschichtlichen
Felskunst Nordafrikas de H. Obermaïer qui faisait connaître les découvertes de L.
Frobenius, puis en 1933, R. Vaufrey livrait L’art rupestre nord-africain, P. Graziosi
L’Arte rupestre della Libya en 1942, H. Rhotert Libyschee Felsbider en 1952.
C’était l’année où le congrès panafricain de Préhistoire réuni à Alger marquait le pas,
assurant pour l’Afrique du Nord, une révision générale des sites, rafraîchissant
certaines coupes, reprenant des fouilles afin de montrer aux congressistes les
éléments majeurs de la préhistoire du Nord de l’Afrique. Peu après, en 1955,
paraissaient plusieurs synthèses. L. Balout dans Préhistoire de l’Afrique du Nord, Essai
de chronologie ordonnait les informations en une vaste fresque qui reste l’armature des
connaissances actuelles. Il faisait valoir une intervention humaine dans la facture des
galets aménagés trouvés par C. Arambourg à l’Aïn Aanech. L’Atérien dont la position
stratigraphique avait fait l’objet de controverses des années durant, trouvait sa place
incontestablement entre le Paléolithique inférieur et l’Epipaléolithique. La notion
d’Epipaléolithique était introduite avec deux cultures, l’Ibéromaurusien et le capsien,
qui se seraient partagées le territoire du Nord de l’Afrique. Le Néolithique se serait
èmemanifesté au 4 millénaire et aurait trouvé son origine dans la vallée du Nil.
Beaucoup plus analytique, l’ouvrage de R. Vaufrey Préhistoire de l’Afrique livrait le
détail des produits de fouilles. Il accordait une place essentielle au capsien et à ce qu’il
voyait comme son prolongement, le Néolithique de tradition capsienne,
l’Ibéromaurusien n’étant pour lui qu’une subdivision du capsien supérieur. Dressant le
schéma de la Préhistoire à l’échelle de l’Afrique et non plus de l’Afrique du Nord,
l’ouvrage de H. Alimen Préhistoire de l’Afrique replaçant les connaissances dans un
vaste cadre, s’intéressait moins au détail. Quelques années plus tard, s’appuyant sur
ses fouilles d’Haua Fteah, C.B.M. Mc Burney, dans The stone age of Northern Africa,
axait davantage sa synthèse sur la partie orientale du Nord de l’Afrique.
Les travaux qui suivirent, apportaient des précisions qui devaient entraîner un
remodelage de ces données pour les périodes récentes. Avec le congrès panafricain
tenu à Dakar en 1967, sous l’influence de H. Faure, la Géologie du Quaternaire faisait
une entrée en force dans la Préhistoire, sous celle de R. Coque et P. Estorges, la
Géomorphologie l’avait précédée de peu ; elles allaient devenir l’appui essentiel de
toute recherche et permettre d’établir une méthodologie adaptée à la zone
9saharienne . Les nouveaux schémas qui se dessinaient furent présentés en 1974, par
G. Camps, dans son ouvrage Les civilisations préhistoriques de l’Afrique du Nord et du
Sahara. A la lumière des datations absolues, l’Ibéromaurusien trouvait place bien avant
le capsien. Un foyer de néolithisation se dessinait dans le Sahara central. Le
Néolithique lui-même éclatait en trois domaines majeurs bien différents. Seule la part
faite au Paléolithique restait modeste, aucun nouvel élément fondamental n’étant
intervenu. Quelques années plus tard, avec la publication de l’ensemble du matériel
paléolithique inférieur trouvé dans la vallée de la Saoura au cours d’une dizaine
d’années d’études des formations quaternaires, H. Alimen enrichissait ce volet.
Parallèlement aux recherches menées en zones saharienne et tellienne, la
construction du barrage d’Assouan en Egypte, conduisait à de nombreux travaux d’où
émergeait la connaissance du pays avant qu’il ne fasse son entrée dans l’histoire. En
Libye, les actions pratiquées par les équipes italo-libyennes esquissaient un pont entre
les deux domaines et devaient fortement participer à la modification fondamentale desconnaissances sur le Néolithique. Depuis, et surtout récemment, les travaux s’y sont
multipliés.
Au sud du Sahara et dans le Sahara méridional, les travaux sont récents et restent
encore très ponctuels ; tous conduisent à l’idée d’une migration de populations vers la
èmepériphérie du Sahara avec l’accroissement de l’aridité au cours du 3 millénaire.
Certains secteurs privilégiés ont permis de suivre la succession et l’évolution des
ensembles industriels sur un territoire restreint. C’est le cas dans la vallée de la Saoura
avec une séquence très étoffée allant du Paléolithique ancien au Paléolithique
supérieur, dans les Tadrart Akakus où un ensemble d’occupations couvrent en totalité
l’holocène, Tassili n Ajjer, où, dans le secteur de Tin Hanakaten, la série est continue
depuis l’Acheuléen ancien jusqu’à l’époque subactuelle, dans l’arrière pays
d’hammamet en Tunisie avec une succession d’occupations allant du Paléolithique
ancien évolué au Néolithique, c’est aussi le cas à Casablanca où la séquence
acheuléenne est particulièrement bien représentée et plus récemment dans le Rif avec
des séquences continues couvrant le Paléolithique moyen et supérieur.
Les « vides » dont l’état des connaissances dans les années cinquante avait nanti la
Préhistoire du Sahara et de ses abords, en particulier au Nord, et qui avaient pris
valeur de hiatus, se sont peu à peu effacés montrant qu’il s’agissait d’une insuffisance
des connaissances, du délaissement de données encore mal cernées, et non de vide
humain.
Dans cette partie de l’Afrique, la série « villafranchienne » voit les premières
manifestations humaines ; celles trouvées à l’Aïn Aanech sont indiscutables à cet
égard. Dans la vallée de la Saoura, au Maroc atlantique, on peut suivre une évolution
de l’Acheuléen. En divers points, un passage au Moustérien transparaît, mais les
rapports entre celui-ci et l’Atérien s’avèrent de plus en plus des rapports complexes et
non une progression linéaire. Ainsi une lignée humaine évolutive qui conduira à Homo
sapiens sapiens est saisie dans l’ouest du Maghreb. La néolithisation n’apparaît plus
comme un fait récent, issu d’une colonisation de la zone saharienne, mais un
èmeprocessus ancien qui remonte au moins au 9 millénaire dans le Sahara central et
dont les racines sont seulement soupçonnées plus au sud.
1 Brézillon 1968, p. 19.
2 Les chaînes opératoires faisant partie de sa culture.
3 Si la structure des ensembles industriels paraît significative à cet égard, parfois elle peut
être pondérée par les particularités régionales.
4 Le calibrage actuel traduit cette date en 16200-14610 av. J.-C.,, modification qui se
retrouve sur les éléments de comparaison utilisés.
5 Suivant les recommandations du colloque de Maghnia (1989), nous exprimons les
millénaires, qui sont des âges et non des mesures, en valeur calendaire.
6 rapporté à 6470-6270 av. J.-C., par calibrage.
7 Ces nouvelles pratiques posent de plus en plus un problème de stockage. Cf Colloque
international L’objet archéologique africain et son devenir. Paris 4-6 novembre 1992, CNRS,
Paris.
8 On devra être vigilant à propos de sites trouvés dans les terrasses d’Oued qui peuvent être
des dépôts secondaires, laissés par les écoulements.
9 Cf Méthodes d’approche de la Préhistoire saharienne. Les gisements, reconnaissance et
exploitation.1996, CNRS-Alif, Paris-Tunis.Chapitre I
LE SAHARA ET SES ABORDS AU QUATERNAIRE
Limité au nord par les effets du front polaire, au sud par ceux de la mousson soudanaise, le Sahara est une zone aride à hyperaride qui se
place sommairement entre 32° et 18° N. en latitude et 18° W. – 35° E. en longitude (fig. 1). Il ne connaît que de rares pluies, irrégulières,
dont beaucoup se vaporisent au cours de leur chute en raison d’une saturation insuffisante des basses couches de l’atmosphère. Au nord, il
est bordé par une zone qui passe rapidement à un gradian méditerranéen favorisé par la présence de la mer. Au sud, il passe
insensiblement à une zone sahélienne.
Des ponts nuageux majeurs, centrés selon les saisons sur la Mauritanie, le Massif central saharien, la côte de la Mer Rouge, peut-être le
Tibesti, assurent un lien entre les zones tropicales du sud et tempérées du nord. Ils confèrent à certaines régions une humidité un peu plus
importante, ainsi en est-il actuellement de sa partie ouest bien moins aride que sa partie orientale.
Les temps quaternaires
Epoque de refroidissements rapides du climat, le Quaternaire est marqué par une succession de périodes glaciaires et interglaciaires. Sa
base, définie dans la stratigraphie marine, a d’abord été saisie dans les formations méditerranéennes où se voyait alors un changement
faunique qui a conduit à en fixer formellement le début à 1,8 Ma par le congrès de Londres de 1948. En domaine saharien, les formations
continentales ne montrant aucune discontinuité, aucun changement dans un laps de temps intégrant ce moment, on voyait plutôt ses débuts
1à 3,5-3 Ma ou à la limite inférieure de ce qui avait été nommé Moulouyen au Maroc.
Suite à l’identification de nouvelles phases glaciaires à la base du Quaternaire, la commission internationale de stratigraphie (IcS) a
recommandé sa révision ; en 2009, l’Union Internationale des Sciences Géologiques (IUGS) a décidé de reporter la base du Quaternaire à la
2base du Gélasien soit à 2,6 Ma, moment où les nouvelles données situent la péjoration climatique, ce qui tend à rejoindre les données
sahariennes et par ailleurs correspond à l’apparition de Homo. Le débat sur la réalité d’un « homme tertiaire » qui alimenta de longues
polémiques, est ainsi, involontairement, fermé !
Dans les années 90, une nouvelle tendance était apparue, qui plaçait la limite du Quaternaire à 1,67 Ma, sommet de l’inversion
magnétique d’oldoway, ce qui est un repère synchrone sur l’ensemble de la planète. Jusqu’à cette date, les variations de ∂18O sont de faible
amplitude et de longue période alors qu’à partir de 1,67 Ma, elles restent de faible amplitude mais sont de courte période. Elle a été écartée
au profit de la limite actuelle d’ordre stratigraphique et donc plus traditionnelle.
Antérieurement, la notion « d’ère quaternaire » était révolue. Pour assurer la rupture avec ce qui précède, elle suppose un
macrophénomène d’ordre géologique ayant touché l’ensemble de la planète, ce qui n’est pas ; cependant les formations attribuées au Quaternaire
possèdent des particularités telles qu’il a semblé souhaitable de conserver le terme. Ainsi entendu, le Quaternaire est devenu un
« système » de l’ère tertiaire.
3Le Quaternaire est subdivisé en deux étages , Pléistocène et holocène, dont la séparation est placée à 11800 B.P., fin de la dernière
période glaciaire. Le Pléistocène lui-même se subdivise en Pléistocène inférieur qui comporte ainsi deux phases-ancienne (2,6-1,8 Ma),
4récente (1,8-0,7 Ma) –, Pléistocène moyen également subdivisé en deux phases – ancienne (0,7-0,42 Ma), récente (0,42-0,14 Ma) – et
Pléistocène supérieur (140000-11800). En 2015, la commission internationale de Stratigraphie précise certaines dates amenant ainsi le
début du Pléistocène inférieur à 2,58 Ma, celui du Pléistocène moyen à 781000 et celui du Pléistocène supérieur à 126000. L’holocène
5débuterait à 11800-11700 .
Au cours du Quaternaire, la forme des continents a peu changé. Il en résulte une grande continuité dans les dépôts. Peu d’éléments
permettent de préciser les étages récents, en saisir les nuances, et les particularités locales peuvent conduire à des désaccords
momentanés entre spécialistes. A cette stabilité géologique s’opposent d’importants changements climatiques, les glaciations, qui ont
entraîné de multiples modifications écologiques et l’émergence de nouvelles notions, celle de cycle climatique en zone froide, tempérée et
6méditerranéenne , de cycle climato-sédimentaire en zone aride et subaride. L’étude des terrains, matrices des vestiges laissés par les
hommes, ne peut être menée selon les modalités traditionnelles de la géologie ; aux latitudes qui nous intéressent, la géomorphologie va
prendre le pas.
Tout au long du Quaternaire, le développement ou la réduction de la calotte glaciaire a engendré des variations du régime des pluies,
modifiant sans cesse les limites du Sahara et son degré d’aridité. Ces fluctuations résultent des déplacements en latitude du Front
7InterTropical (FTI) dont la position est la résultante de celle des Fronts Polaires (FP) nord et sud, qui s’éloignent plus ou moins des pôles.
Les zones arides sont en effet sous la dépendance de la position des cellules de hautes pressions, en particulier de l’anticyclone des
Açores, qui se trouve tantôt au nord, tantôt au sud des tropiques selon le bilan thermique général de la planète. Théoriquement, ces hautes
pressions migrent vers l’équateur lors de périodes glaciaires, favorisant ainsi les pluies cycloniques, pluies d’ouest qui amènent une plus
grande humidité sur l’Afrique du Nord ; elles migrent vers la zone méditerranéenne lors de périodes chaudes, favorisant les pluies
8intertropicales . Ces déplacements sont essentiellement contrôlés par le développement de l’inlandsis arctique en raison de ses variations
notables, les limites de l’inlandsis antarctique ne connaissant quant à elles que peu de changements par suite du faible développement des
terres. L’abaissement de température qui accompagne le développement glaciaire étant de ce fait plus marqué dans l’hémisphère nord que
sud, il s’en suit une migration et un écrasement des zones thermiques vers l’équateur.
Les glaciations, des périodes de grande aridité ?
Les correspondances glaciation-aride ou glaciation-pluvial ont longtemps fait l’objet de controverses. Actuellement, les comparaisons que
l’on peut mener grâce aux datations absolues montrent qu’en phase glaciaire, l’aridité règne sur les basses latitudes, en phase interglaciaire,
une période pluviale ou humide s’y installe avec, toutefois, des retards qui seront plus ou moins importants selon les lieux. La plus grande
quantité de poussières désertiques qui se trouve dans la sédimentation marine lors des maxima glaciaires, souligne une plus grande action
des vents, ce qui accroît la nébulosité et, en réduisant l’insolation, abaisse la température. Parallèlement, la réduction, voire la disparition, du
couvert végétal modifie l’albédo qui augmente, entraînant une stabilisation de l’atmosphère défavorable à la formation de pluies. Ces mêmes
données permettent d’associer un début de glaciation, l’anaglaciaire, à un début de phase marine régressive, la fin de la glaciation, le
cataglaciaire, correspondant à la fin de la régression, sans qu’il y ait parfaites concordances.
Les glaciations seraient dues à un refroidissement lié aux oscillations de l’orbite terrestre qui modifient la quantité de chaleur reçue par la
9terre . Le système climatique actuel semble s’être mis en place entre 3,2 et 2,7 Ma, avec l’installation de la calotte glaciaire et s’être
développé lentement, l’avancée glaciaire qui a entraîné une baisse du niveau marin de 100 m, n’est marquée que vers 2,7-2,4 Ma.
L’englacement de l’hémisphère nord paraît lié à la conjugaison de deux faits. D’une part, la fermeture de l’isthme de Panama, il y a 4,6 Ma
qui, entraînant un bouleversement des courants océaniques, a créé le gulf stream, ce qui s’est traduit entre autres par une augmentation de
l’humidité de l’air dansFig. 1 – Le Sahara et ses abords (d’après Dubief 1959)
l’Arctique. D’autre part, l’orogenèse alpine qui, avec la surélévation du plateau tibétain (2 km en 10 millions d’années) et de la chaîne alpineau SW de l’Europe (1 km en 20 millions d’années), a dévié les courants aériens ; par effet altitudinal, elle a été suivie d’un lent processus de
refroidissement global dont on trouve déjà les prémices à la fin de l’Eocène. La conjugaison des deux faits serait responsable de
l’englacement. Dès lors le climat oscille. On admet que les calottes glaciaires s’entretiennent par la masse d’air froid qu’elles créent. Le
refroidissement s’établit lentement avec des moments de réchauffement relatif. Passé un certain seuil, le développement des inlandsis
s’accélère car il est favorisé par l’alimentation neigeuse. Quand la langue glaciaire déborde du continent et du plateau continental, elle
s’amenuise, se fragmente et aborde la décrue glaciaire. L’eau douce qui se déverse dans l’océan, plus légère que l’eau océanique, entraîne
une modification des courants marins et un ralentissement de l’effet du gulf stream qui s’enfonce ; dans l’hémisphère nord, il en résulte un
refroidissement de l’atmosphère jusqu’au moment où le froid devient suffisant pour engendrer une nouvelle glaciation.
L’abaissement de température lié au phénomène glaciaire n’est pas le même selon que l’on se trouve à la périphérie de l’inlandsis où il
peut atteindre 10° à 15°, ou en zone intertropicale où il n’atteint guère que 2°, ou peut même ne pas se manifester. Entre les deux,
l’abaissement se fait plus ou moins régulièrement. L’effet de la glaciation sur la température sera donc essentiellement variable d’un lieu à
l’autre mais aussi d’une glaciation à l’autre.
Le facteur climatique devient ainsi essentiel dans l’étude de la Préhistoire, il doit prendre en considération deux éléments, la température
d’une part, les précipitations d’autre part, responsables l’une et l’autre des changements de milieu. La vie humaine en zone saharienne et
périsaharienne a été scandée par leurs variations majeures.
Les successions de phases glaciaires et interglaciaires, leur développement en phases interpluviales et pluviales aux basses latitudes,
10arides et humides en zone désertique, ont été précisées par des études de carottes océaniques . L’oxygène reflétant les changements de
température, des mesures de ∂18O faites dans les carbonates des tests de foraminifères, ont créé la notion de « stade isotopique de
11l’oxygène » (OIS) ou « stade isotopique marin » (MIS) . Depuis 1 million d’années, 23 stades alternativement chauds (les stades impairs) et
froids (les stades pairs) ont été identifiés (fig. 2). Ils ne se sont pas traduits de la même manière dans le temps, ni dans l’espace en raison de
la variabilité régionale de l’inlandsis qui a pu les amplifier ou les réduire. Cette chronologie connaît actuellement une certaine vogue en
archéologie.
Ces mesures ont montré un nombre de phases glaciaires bien plus grand que celui qui avait été identifié sur les continents. Elles se
succèdent selon un rythme de 90000 à 100000 ans qui est celui des variations de l’excentricité de l’orbite terrestre autour du soleil. On
admet que seuls les stades 2, 6, 12 et 18 ont eu une amplitude suffisante pour permettre leur identification dans les formations continentales.
Ils pourraient correspondre aux glaciations de Würm, Riss, Mindel et Günz ; les autres stades, d’amplitude moindre, seraient perçus comme
des oscillations secondaires.
Ces mesures font également ressortir deux pics essentiels, vers 0,8 et 0,45 Ma, qui traduisent d’importants changements. Au stade
isotopique 22 (entre 0,9 et 0,7 Ma), on passe de cycles fréquents (40000 ans) et de faible amplitude à des cycles plus longs, oscillant autour
de 100000 ans, et qui sont de forte amplitude. Au stade 12, à partir de 450000 ans, lors des maxima glaciaires, le front polaire a migré au
sud de 50° N.
Dans le domaine terrestre, les périodes glaciaires sont les moments les mieux appréhendés, en particulier la dernière. Dénommée Würm
en Europe occidentale, elle a été subdivisée en deux phases, Würm ancien et récent, comportant chacune deux stades : I et II pour le Würm
ancien, III et IV pour le Würm récent. Généralement, les auteurs placent le début de la glaciation à 115000, début du stade 5d, les premiers
grands froids n’intervenant qu’à partir de 75000 avec Würm II. Ils s’atténuent entre 50000 et 30000 durant Würm III, lequel aurait connu une
12diminution de l’humidité vers 45000, une augmentation vers 33000 accompagnée vers 30000 d’une diminution des températures . Würm IV
est la phase la mieux connue, elle débute entre 30000 et 20000, variant selon les régions, prend fin avec l’oscillation d’Alleröd qui se
développe entre 11800 et 10800 B.P. A 18000 B.P., le maximum de froid serait atteint avec une baisse de 4° à 6°. Au Sahara méridional, la
mousson est alors inexistante ; les marges nord, jusqu’à la mer, montreraient une aridité importante plus tardive, vers 15000 B.P. A partir de
13000 B.P., la fin de la glaciation est marquée par une succession de crises dues à des réajustements entre la terre, les océans et
l’atmosphère. L’amélioration climatique intervient dès 12000 B.P. Dans les régions méridionales, vers 10000 B.P., le froid s’est estompé
partout.
La période postérieure à la dernière phase glaciaire est l’holocène. C’est une période de réchauffement que l’on commence à connaître en
détail, où, aux alentours de 9000 B.P., apparaît un fait nouveau, l’action sensible de l’homme sur l’environnement nommée néolithisation.
Dans le domaine marin, on reconnaît six principaux hauts niveaux des mers qui se placent autour de 700000, 550000-500000, 400000,
300000-250000, 125000 et 80000. Ils correspondent aux moments de réchauffement les plus importants ; plusieurs d’entre eux se situant au
sein même de glaciations telles qu’elles ont été traditionnellement définies, ouvrent un nouveau créneau de recherches. En Tunisie, H.
Bannour et H. Bouallagui ont identifié plusieurs épisodes de stagnation à 95000, 85000, 70000, 60000 et 45000.
Les paysages pléistocènes
Les formes des paysages sahariens actuels se dessinent au début du Pléistocène, leurs grandes lignes se mettant en place avec les
derniers soubresautsFig. 2 – corrélations paléomagnétisme, courbe isotopique (carotte V 28-239) de Shakleton et opdyke, subdivisions quaternaires et civilisations
préhistoriques (adapté de La Préhistoire française. CNRS, 1976).
de l’orogenèse alpine et le développement de bassins endoréiques. Depuis, sauf quelques accidents locaux, les formes ont seulement été
13ciselées par l’eau et le vent, avec un possible façonnement glaciaire de névé en haute montagne , mais les variations climatiques ont
modifié la végétation et par voie de conséquence la faune. Les deux grands fleuves qui pénètrent la zone saharienne, le Nil à l’est, le Niger
au sud, n’ont pris leur aspect actuel que tardivement, après la capture de l’Atbara au Pléistocène moyen pour le Nil (fig. 4) dont le lit n’acessé de divaguer jusqu’à son enfoncement récent et probablement à l’holocène pour le Niger qui n’a réalisé sa boucle que tardivement. Des
glacis, terrasses et des formations lacustres ou palustres permettent de suivre les fluctuations du débit des eaux. De manière générale,
l’aride engendrerait des encroûtements et des
La forme des continents a peu changé au cours du Quaternaire. Sa durée est trop brève, au regard des temps géologiques, pour
permettre l’émergence de nouvelles formations marines qui l’auraient modifiée. Essentiellement continentale, la sédimentation est
grossière ; les vases de la sédimentation marine sont remplacées par des sables, cailloutis, éboulis, des dalles calcaires, des croûtes et
encroûtements. Ils s’agencent en niveaux qui marquent chacun un cycle climatique. La notion d’étage géologique perd de sa valeur,
celle de cycle climato-sédimentaire, particulièrement significatif en zone aride, se développe.
Puissant marqueur climatique, une glaciation n’est pas une période de froid régulier, c’est une suite ininterrompue de périodes
froides, dites stades, et de périodes de réchauffement, dites interstades, de durées plus ou moins longues qui ne sont pas forcément
perceptibles à toutes les latitudes. Les changements sont progressifs, ce qui permet une adaptation ou une migration. Mais les stades
ou les interstades sont aussi entrecoupés de « crises », changements brefs, coup de froid ou sécheresse de quelques centaines
d’années, dont la mise en place rapide entraîne de véritables catastrophes écologiques.
Ce sont les crises climatiques qui bouleversent les écosystèmes car, même si elles sont de courte durée, elles détruisent les habitats
sans donner aux diverses espèces le temps de s’adapter ou de migrer ; ainsi, il n’a fallu que 13 ans pour mettre en déséquilibre la
civilisation des Navajos dont la fin correspond à une crise climatique. En créant des isolats, ces crises favorisent des phénomènes de
dérive génique accentuant les particularismes. La question posée est donc celle des relations homme-environnement ; elle est de savoir
si l’homme peut être totalement indépendant de son milieu naturel.
croûtes, les versants se couvriraient d’éboulis thermoclastiques, éboulis qui se distribuent par volume croissant, la gravité les entraînant
d’autant plus loin, qu’ils sont plus volumineux. Le froid entraînant une réduction de la végétation, l’érosion est plus importante.
L’alluvionnement des vallées est plus intense, mais régresse vers l’amont qui s’engorge car la charge des eaux est plus grande alors que
leur compétence est plus réduite. Les bassins de réception, privés d’eau, sont surcreusés par l’action du vent qui arrache les particules
meubles. A l’inverse, en périodes humides ou semi-arides, le drainage transporte les éléments d’autant plus loin qu’ils sont plus petits,
générant des cônes d’épandage. L’augmentation de la pluviosité entraîne la formation des glacis et le creusement des lits d’Oueds, celle des
terrasses en raison de l’abaissement du niveau de base. La phase pluviale elle-même provoque des pédogenèses, la formation des sols
bruns, l’équilibre des vallées. Certaines périodes ont été favorables à une migration de minéraux aboutissant à une cimentation des dépôts
au début de l’aride, avec la formation de croûtes calcaires dans le nord du Sahara et au sud, d’une croûte, voire d’un cuirassement,
ferrugineux qui peut atteindre le Sahara central.
Depuis les débuts du Quaternaire, les phases pluviales n’ont cessé de diminuer tant en durée qu’en intensité tandis que les phases
sèches qui les séparent augmentaient. Chaque série de glacis et terrasses, qui constitue un niveau géomorphologique, présente ainsi des
14caractères particuliers liés aux conditions de sa formation ; ils ont permis d’individualiser cinq phases majeures . Un nombre variable de
phases mineures peut se matérialiser dans certaines régions, notamment les piedmonts. Parallèlement, les variations de la pluviosité
auxquels s’adjoignent divers mouvements telluriques ont entraîné des variations du niveau des mers, ainsi des relations entre les continents
africain et eurasiatique ont pu s’établir, favorisant des déplacements de la faune.
L’aube du Quaternaire
15Terme ultime du Pliocène, début du Pléistocène, le Villafranchien , en particulier le Villafranchien inférieur (= Gélasien) est associé à la
16transgression dite moghrébienne au Maroc . Du cap Barbas jusqu’aux environs de Nouadhibou, un vaste plateau de grès et calcaires
gréseux dont la puissance peut atteindre une cinquantaine de mètres, traduit cette avancée de l’océan de 50 à 100 km par rapport au rivage
actuel et quasi-parallèle. En Méditerranée, la mer s’avançait largement dans les terres. En Algérie, elle baignait les pieds de l’Atlas, des
argiles comme celles que l’on voit près de Tipaza, dans les berges de l’Oued Nador, se déposaient non loin des rives actuelles. Elles y sont
datées entre 2 et 1,78 Ma en raison de leur magnétisme positif (épisode d’oldoway) au sein de la période négative de Matuyama. Cette
position de la mer est confirmée par l’existence d’une dalle marine perchée à 325 m à Bouzaréah, sur les hauteurs d’Alger, qui montre bien
qu’alors la ride du Sahel n’existait pas. Au Sahara, s’est constituée une croûte calcaire puissante, dite croûte à dragées, qui forme la « petite
hamada » au nord, et au sud, un cuirassement généralisé de la surface qui sera déformé et morcelé par l’instabilité tectonique de cette
période. Au Sahara central, un relèvement de l’Ahaggar d’âge pliocène s’est accompagné d’un volcanisme engendrant trachytes et
phonolithes. Ces laves acides ont construit des aiguilles comme l’Ilamane, de petits dômes ou parfois des cratères profonds occupés par
des brèches entourant un piton comme l’Adriane qui a été daté de 5,7 ± 0,6 Ma. Le réseau hydrographique rayonnant qui s’est installé
préfigure le réseau actuel, il a été fossilisé par des coulées basaltiques datées de 2 à 1,5 Ma.Fig. 3 – Cycles climatiques : les diverses phases identifiées dans le Sahara et ses abords et leurs corrélations possibles avec les stades glaciaires et les
cycles marins. Au Maroc, de récentes datations IRSL sur feldspaths potassiques placent l’ouljien en MIS 5 (70-130 ka), l’Agadirien en MIS 7 (190-244
ka) et 9 (300-334 ka), le Maarifien se placerait en MIS11 (374-424 ka) ce qui en ferait un interstade de la glaciation de Mindel.
En Afrique nord-équatoriale, le climat chaud et humide du Mio-Pliocène, connaît d’abord un contraste saisonnier avec des pluies d’été
dans les régions méridionales ; à Brézina, M. Couvert a pu proposer des étés plus chauds (+ 6°) et des hivers plus rigoureux (- 3°4).
L’Egypte paraît recevoir des pluies réparties sur toute l’année. A partir de 3,2 Ma, le climat se dégrade pour conduire vers 2,4 Ma à un
paysage de savane où les associations à Artemisia, Ephedra remplacent les associations forestières ; on retrouve les données de l’Afrique
orientale où il est fait état d’un climat évoluant vers l’aride à oldoway, dans les beds II à IV. Vers 2,2 Ma, le paysage de savane s’appauvrit et
passe à ce que l’on nomme steppe dans le nord de l’Afrique.
Cette période se traduit au Maghreb dans les sites majeurs d’Aïn Boucherit, Relizane en Algérie, lac Ichkeul en Tunisie, Le Fouaret, Oued
Akrech, daourat au Maroc. Les empreintes de feuilles du lac Ichkeul montrent une flore déjà constituée pour moitié d’espèces actuelles dont
divers chênes, l’olivier, le laurier. Elle conserve le quart d’espèces tropicales, l’autre quart étant fait d’espèces boréales, hêtres et ormes. Les
chênes, caroubiers, oliviers n’y traduisent pas un climat fondamentalement différent de l’actuel, peut-être a-t-il pu être plus continental.
Dès lors, la végétation connue par le biais des analyses palynologiques et anthracologiques, oscillera entre des phases steppiques et
désertiques en zone saharienne, entre des phases forestières et steppiques dans les zones périphériques. Dans les montagnes du Sahara
central, un couvert végétal dense, de type de plus en plus méditerranéen, a permis l’élaboration de plusieurs générations de sols. Leur
formation implique une humidité importante, des pluies lentes et prolongées, probablement un enneigement périodique. Les phases sèches
qui les séparent, correspondraient à un régime d’orages d’été avec augmentation de la température, comparable à ce qui est connu à l’heure
actuelle.
La première phase du Pléistocène inférieur est bien documentée en faune où prédominent les antilopes de taille moyenne à petite. Dans
le site de Aïn Boucherit, la présence de Oreonagor tournoueri et de Kolpochoerus phacochoroides tendent à le vieillir tandis que l’apparition,
à ce stade, du genre Equus et notamment de Equus numidicus, le rajeunit. Proche de l’Equus des membres G et h de Shungura, cette
espèce indique pour le site algérien, un âge inférieur à 2,33 Ma. Absente du site marocain de Ahl Al oughlam daté de 2,4 Ma, son apparition
marquerait la limite Pliocène-Pléistocène.
La phase récente du Pléistocène inférieurDéveloppée de 1,8-1,6 Ma à 0,8-0,7 Ma, la phase récente du Pléistocène inférieur est dite Messaoudien au Maroc. Selon les auteurs, elle
est associée au calabrien ou au Sicilien I. En terme continental, tout ou partie de cette période complexe a reçu le nom de Moulouyen et
17Salétien au Maroc , Mazzérien dans la vallée de la Saoura, Kaguerien en Afrique orientale. J.P. Texier et al qui, rejetant la notion de
18stratotype, introduisent celle de bio-rhexistasie , regroupent les étages moulouyen et salétien sous le nom de Moulouyen.
Le Calabrien, daté entre 1,8 et 0,78 Ma, prend fin avec la dernière inversion du champ magnétique terrestre, l’inversion
MatuyamaBrunhes. La transgression se terminerait vers 1,1 Ma elle est encadrée par deux régressions qui renferment une faune froide pouvant se
rapporter l’une à la glaciation de donaü, l’autre à celle de Günz ou de Mindel ; dans le premier cas, la glaciation de Gunz serait liée à un
épisode régressif de la mer calabrienne. C’est la position qui semble prendre le pas, le calabrien tendant à être subdivisé en deux épisodes
majeurs, Sauternien et Emilien.
Sur la face océanique, au nord du cap Barbas, la transgression dite Messaoudien n’est peut être qu’un épisode de la mer moghrébienne.
Le Messaoudien, bien connu à Casablanca, est caractérisé par la présence d’une faune chaude à Trochatella trochiformis, Acanthina
crassilabrum, Purpura plessisi. La phase transgressive suivante, le Maarifien, correspondrait au Sicilien ; plus au sud, le long du rivage
mauritanien, elle a été nommée Tafaritien. A casablanca dans le quartier de Maarif auquel il doit son nom, la ligne de rivage du Maarifien est
marquée par une falaise morte et des dépôts à 60 m. Dans la région d’Agadir, trois paléorivages datés par IRSL sur feldspaths-K, permettent
de rapporter le Maarifien à MIS 11 (424000 à 374000) et l’épisode suivant, l’Agadirien, à MIS 7 (243000 à 191000). La faune maarifienne,
plus froide que celle du Messaoudien, donne à penser que celui-ci est une phase de rémission en période glaciaire. Pour J.P. Texier et al qui
19introduisent la notion de cycle , le Maarifien serait le terme final du Messaoudien-Messaoudien supérieur-, pulsation à faune froide, la
phase moyenne étant le Messaoudien s.s. à faune chaude.
20Un aride très accentué avec fort refroidissement est sensible dans l’Ahaggar vers 1,5 Ma . C’est probablement à cette époque que se
21mettent en place les éboulis thermoclastiques de l’Ilamane . L’assèchement du climat entraînant une réduction du débit des Oueds a
provoqué le dépôt d’importantes masses d’alluvions au pied du massif, obstruant l’entrée du djoua et provoquant un chapelet de sebkha en
amont. Les tout derniers mouvements alpins sont rapportés à ses débuts, gauchissement de la plateforme saharienne, déformations,
surrection de la dorsale saharienne qui sépare aujourd’hui les bassins de l’Erg occidental et de l’Erg oriental.
Après 1,5 Ma, de fortes précipitations avec gélifraction, que P. Dutil nomme « premier pluvial », se manifestent. A la latitude de l’erg
chech, les précipitations sont de type tropical ; au nord, elles sont de type méditerranéen. En Ahaggar, P. Rognon rapporte les diatomites de
l’Ilamane à cette phase, A. Gallay à une phase plus ancienne. C’est alors que la vallée de la Saoura prend son aspect actuel, remplaçant
des formations lacustres par un écoulement qui met en relation l’Atlas et le Tanezrouft. Aux grands lacs peu profonds, probablement
sporadiques, dus à des barrières de sables, qui formaient de vastes étendues de l’ordre de 50 à 100 km de long et de large dont les restes
sont souvent oblitérés par les sables de l’actuel Grand Erg occidental, une phase d’érosion, exacerbée par la surrection de la Dorsale
saharienne, substitue ce tracé fluviatile orienté nord-sud. Il préfigurait les actuelles vallées du Guir, de la Saoura et de l’Oued Messaoud, et
alimentait un vaste lac occupant les parties basses du Touât. A l’est de la Saoura, l’ensemble du réseau hydrographique né au sud de
l’Atlas, rompu par la surrection de la dorsale saharienne, vient butter contre elle et cesse de se déverser dans un lac dont les traces sont
probablement enfouies quelque part sous l’actuel Grand Erg oriental. Tout donne à penser que les puissants cours d’eau qui descendaient
de l’Ahaggar, se déversaient eux aussi dans ce lac jusqu’à l’obturation du djoua. Le Nil, sous le nom de « Protonil », dessinait un cours
différent de l’actuel et avait accès à ce qui est devenu l’oasis du Fayoum.
La haute terrasse et le glacis le plus élevé, généralement dit glacis 5 en zone hyperaride ou aride, se constituent. De ces glacis,
subsistent de grandes lanières à dépôts plus ou moins lités, bien triés, riches en matériel fin, quartz et quartzites, aux galets émoussés ;
22elles sont pédogénisées avec formation de kaolinite, minéral typique de conditions tropicales, et coiffées d’une épaisse croûte calcaire . Au
23Maroc, une rubéfaction vive affecte les dépôts. Au sud, la haute terrasse, 40 m au-dessous des formations du continental intermédiaire, se
met en place et se cuirasse ; dans la vallée de la Falémé au Sénégal, ses témoins à galets peu émoussés bien que transportés sur de
grandes distances, supposent des crues violentes et brusques.
Vers la fin du Pléistocène inférieur, se forme une croûte calcaire, de faciès variable, qui ne se distingue pas toujours de la croûte à
dragées. D’origine lacustre, l’une comme l’autre indique la réduction de la pluviosité.
En Ahaggar, la flore comporte un mélange d’espèces tropicales et tempérées où ces dernières apparaissent comme une flore
montagnarde relictuelle de type méditerranéen. La végétation de la Saoura évoque une forêt galerie où croissaient des éléments tropicaux
avec des acacias, arganiers, oliviers (probablement l’espèce est-africaine Olea chrysophylla) , Cassia et Anogeissus dont on connaît
actuellement une seule espèce qui exige un minimum de 300-400 mm d’eau. Mais une végétation à caractères sub-désertiques prédominait
avec Ephedra, Calligonum, Paronychia arabica, Rhus, Zizyphus.
La faune du Tell est connue par les gisements de l’Aïn Aanech, Mansourah (Algérie), Salé (Maroc). Loxodonta (Elephas) africanavus,
Stylohipparion libycum, Sivatherium (= Libytherium) maurusium, éléments attardés de la faune pliocène (dite souvent faune tertiaire), vont
s’éteindre. On y retrouve chez les carnivores Xenocyon atrox, Panthera leo et Crocuta crocuta, une forme récente de hyène. Les
proboscidiens sont représentés par Elephas moghrebiensis proche de E. recki ileretensis. chez les Perissodactyles, Equus tabeti est
rapproché des équidés des sites d’Afrique orientale, datés entre 2,3 et 1,3 millions. Cette date correspond en moyenne à celle accordée au
carnivore Xenocyon atrox.
Ces taxons sont associés à une forme dérivée de suiné, Kolpochoerus maroccanus succédant à K. phacochoroides du Pliocène final et à
une faune importante d’antilopes et de gazelles dont Numidocapra, un alcélaphiné apparu en Afrique orientale autour de 1,5 Ma. On y
compte quelques folivores, mais la plupart est mangeuse d’herbe et indique un milieu de savane ouverte parsemée de paléolacs où évoluait
Hippopotamus sirensis en nombre relativement important.
A la fin du Pléistocène inférieur, l’apparition du genre Bos marquerait un changement climatique bien mis en évidence par la composition
faunique de Ternifine datée de la base du Pléistocène moyen.
Le Pléistocène moyen
Le Congrès de l’INQUA à Christchurch a défini le Pléistocène moyen comme la période qui s’étend de la base du cromérien (interstade
Günz-Mindel) à la base de l’Eémien (interstade Riss-Würm) ou de leurs équivalents stratigraphiques. Il s’étend ainsi de 780000 à 120000, et
24englobe au moins les glaciations de Mindel et de Riss. Il couvre les périodes dites traditionnellement Amirien et Tensiftien au Maroc ,
25Taourirtien et ougartien dans la Saoura et correspondrait au Kamasien et Kanjerien d’Afrique orientale. En Mauritanie, les formations
26nommées Akcharien et Aguerguérien s’y rapporteraient. En Méditerranée, il serait lié à la transgression sicilienne et à la première
transgression tyrrhénienne.
L’alluvionnement de ce système complexe reste mal connu dans le détail. Au Sahara, il serait responsable de la formation du niveau 4, au
cours duquel évoluèrent les hommes de l’Acheuléen. En Tunisie, la « formation Graiba », nappe de cailloutis associée à un système de
glacis et terrasse, se constitue. Ce niveau est marqué par la formation de montmorillonite et non plus de kaolinite ; au sud, la ferruginisation
n’aboutit plus à des dalles. En Mauritanie, un milieu de type sud-méditerranéen sans la moindre ferruginisation s’installe, tandis qu’au sud du
Sahara, une nouvelle terrasse cuirassée s’édifie à quelque 20 mètres en contrebas de la précédente. En Ahaggar, le réseau actuel de
vallées se met en place. A l’est, le Nil dit alors « Prénil », capture le système de l’Atbara qui le met en relation avec l’Ethiopie.
Au cours du Pléistocène moyen, le réchauffement de la mer est traduit par de grandes coquilles de mollusques bien visibles à l’ouest
d’Alger, près de Tipaza. En Tunisie, ce dépôt à strombes a reçu le nom de « formation Rejiche ». Au sud du cap Barbas, certains auteursrattachent au Pléistocène moyen des dépôts riches en faune variée et de grande taille qui ont reçu le nom d’Aïoujien. Au Maroc, sur la rive
atlantique, deux transgressions sont connues, l’une dite Anfatien (datée de >250000 au Levant espagnol), à faune chaude, serait
contemporaine de l’interglaciaire Mindel-Riss ou d’un interstade Riss I-II, l’autre dite harounien datée entre 145000-125000 par U/Th, pourrait
traduire l’interstade Riss I-II ou plutôt Riss II-III. Le harounien (=Rabatien) n’a pas valeur d’étage pour tous les auteurs, de plus en plus, il est
vu comme le premier terme de l’ouljien. C’est la position de J.P. Texier et al qui le rapportent au premier stade du cycle suivant ouljien et
conservent l’appellation Anfatien pour celui-ci. Ils parallélisent le harounien avec le Paléotyrrhénien ; il connaîtrait deux oscillations :
Agadirien, marqué au sud où il est aussi daté de 260000 dans la région d’Agadir, Rabatien plus récent, marqué au nord où il est daté de
145000-136000 dans la région de Rabat. Quelle que soit sa situation, cette donnée n’est pas conforme, théoriquement, à celles, récentes,
obtenues à Ifri n’Ammar où il est fait mention d’une phase aride entre 145 et 130000 par datation OSL, phase dont F. Wendorf a également
fait état en Egypte.
Contrairement aux idées généralement admises, la Dorsale du Sahara central n’est pas une cloison de séparation entre deux bassins
sédimentaires distincts, celui de l’Erg Occidental et celui de l’Erg Oriental. Les vallées de la Chebka, aménagées par des écoulements
en provenance de la cuvette de l’Erg Occidental, sont très anciennes, probablement oligocènes. Ce régime d’écoulement en direction de
la région de Ouargla et de l’Oued Rhir s’est maintenu jusqu’au Villafranchien (= Gélasien).
Au Quaternaire moyen, la fragmentation du réseau hydrographique de la Chebka diminue de façon considérable les effets des
pluviaux et les écoulements n’entretiennent plus que les axes principaux. La raréfaction des écoulements s’accentue encore au
Quaternaire récent et, dès le Soltanien s’amorce un comblement des vallées.

P. Estorges, Février 1974
Extrait de rapport de mission CRAPE/Institut de Géographie, Alger.
La faune saharienne de la fin du Pléistocène moyen est bien connue par le gisement de Tihodaïne. Elle comporte Elephas recki recki,
Hippopotamus cf amphibius, Phacochœrus, Ceratotherium simum, Equus mauritanicus, Alcelaphus buselaphus, Connochœtes, Bos
primigenius. Gazella dorcas, Oryx évoquent néanmoins un environnement sec. Les canidés, les oiseaux que l’on y a découvert ne
contredisent pas cet aspect. La présence de crocodiles et de Hippopotamus cf amphibius, qui lui assurent une note méridionale, est due à
l’existence de sources à même d’entretenir des eaux pérennes.
Au nord, le refroidissement du climat de la fin du Pléistocène inférieur a fait disparaître petit à petit, les animaux et les plantes tropicales.
Au Pléistocène moyen, on ne trouve plus Loxodonta (Elephas) africanavus, Stylohipparion, Sivatherium ; la faune reste à dominante africaine
a v e c Theropithecus, Loxodonta atlantica (Elephas atlanticus maroccanus), Metridiochoerus, Ceratotherium mauritanicum. Elephas
(Palaeoloxodon) iolensis, espèce de régions boisées, n’a été rencontré que dans les régions littorales, plus arrosées et plus récentes ; il
propose des similitudes avec son congénère européen Elephas antiquus. A Casablanca (carrières oulad hamida, ex.carrières Thomas), à
Hammami, Hippopotamus qui l’accompagne, témoigne de plans d’eau. Loxodonta atlantica qui ne lui est jamais associé et que l’on connaît
au Lac Karar, à Ternifine, Aboukir, El Ma el Abiod, espèce de plaine et de savane, est accompagné d’un cortège de rhinocéros, zèbres,
girafes, antilopes, hippopotames, camélidés, caractéristiques de la faune subtropicale africaine. Certains auteurs ont pu penser que la faune
euroasiatique que l’on trouve alors, pourrait venir d’Espagne, car plusieurs espèces ne sont pas connues dans l’Est du Maghreb.
Le renouvellement faunique qui a introduit des éléments eurasiatiques tels que Bos primigenius, est confirmé par la présence de Ovis
tragelaphus et une étude des Rongeurs. Au lac Karar, gisement de source ascendante de la région de Tlemcen, Sus scrofa, Cervus cf
elaphus, Loxodonta atlantica, Equus mauritanicus, Alcelaphus sp., Connochœtes sont présents. Leur association à Sus scrofa,
Megaceroides algericus et Syncerus antiquus confèrent au site un âge Pléistocène moyen final, voire Pléistocène supérieur. Au Maroc dans
27les niveaux les plus récents Ursus lartetianus , Syncerus antiquus, Pelorovis (Bubalus, Homoïoceras) antiquus souvent nommé bubale,
èmequ’il ne faut pas confondre avec l’antilope bubale, et qui vivait encore dans l’ouest mauritanien au 2 millénaire, apparaissent. Equus
mauritanicus, animal proche des couaggas, qui se rencontrera dans les gisements jusqu’à l’époque néolithique, est présent. Toutefois, les
travaux de B. Bagtache et D. hadjouis, ceux de l’une de nous (Y. C-S.) montrent que l’on a rangé plusieurs espèces sous cette appellation et
28qu’il y a donc lieu de revoir le matériel ostéologique car, jusqu’en 1983, aucun caballin n’était reconnu dans le Nord de l’Afrique .
Dans les régions actuellement prédésertiques, il n’y a plus équilibre avec le milieu. Un insensible glissement des zones de végétation vers
le sud, a donné peu à peu aux marges nord-sahariennes leur aspect actuel. En Tunisie pré-saharienne, les remarquables travaux de R.
Coque l’ont amené à voir dans les faunes du début de l’Acheuléen, des espèces tropicales relictes qui seront « peu à peu confinées et
décimées par extinction, destruction ou migration ».
Durant une grande partie du Pléistocène moyen, les niveaux de végétation s’enchevêtrent au Sahara central. Une steppe à mimosées,
mélange de flore tropicale sèche à Acacia cf nilotica et de flore désertique avec Tamarix, auquel se joignent des espèces tertiaires relictes
(Carpinus, Platanus, Castanea...) et des espèces méditerranéennes (Pinus, Quercus, oléacées, Ulmacés, Rosacées), a été identifiée à
Tihodaïne, que l’on situe dans l’interstade Mindel-Riss, ou au plus jeune, Riss I-II. Les grandes plaines et les hauts plateaux du Maghreb
étaient des savanes à mimosées identiques aux savanes à acacias actuelles qui se développent aux voisinages des grands lacs et des
fleuves. Sur le littoral atlantique, l’on peut évoquer un paysage de forêts et prairies avec des plans d’eau. Sur le littoral méditerranéen, les
argiles de Maison carré (El harrach) comportent 57 % d’éléments méditerranéens et 42 % d’espèces boréales ; avec des saules, frênes,
chênes, vignes, cette flore évoque la Basse Provence actuelle.Fig. 4 – Variations du débit du Nil (d’ap. Wendorf et al 1968). Puissant cours d’eau allochtone, le Nil aurait pris forme au Miocène supérieur, mais son
tracé actuel est récent. La composition de ses dépôts a permis d’identifier plusieurs changements de lit séparés par des assèchements dus à des
phénomènes tectoniques ou climatiques. Outre le Nil moderne et le Néonil Q3 marqué par la capture du Nil bleu, on distingue un Prénil Q2 (1200-660
ka) marqué par la capture du système Atbara qui met en relation avec l’Ethiopie et comprend cinq formations : Makhadma, Dabarosa, Abbassia,
Dandara, Quena ; un Protonil Q1 qui comporte trois formations : Idfu, Issawia, Armant ; un Paléonil qui remonterait au Plio-Pléistocène et un Eonil
datant du Miocène supérieur.
Le Pléistocène supérieur
29Le congrès de christchurch a placé les limites du Pléistocène supérieur à la base de l’Eémien (ou de son équivalent) et à la base de
l’holocène ; il couvre donc la période qui s’étend de 120000 à 11800 B.P. Durant laquelle se développe la glaciation de Würm. Il débute par
une phase d’érosion intense que l’on attribue traditionnellement à l’interstade Riss-Würm. Dans la région de Tébessa, A. Djerrab estime entre
600 et 520 mm la pluviométrie à la charnière OIS 5-4 soit entre 100000 et 70000 ans. Au cours du Pléistocène supérieur les niveaux 3 et 2
30se développent, liés aux épisodes Eutyrrhénien et Néotyrrhénien de la mer tyrrhénienne. On lui rattache le Saourien en Algérie, le
31Soltanien au Maroc , le Ghazalien au Tchad et dans les régions voisines, le Gamblien en Afrique orientale. En Mauritanie, l’Aïoujien, phase
humide marquée par une importante transgression, correspondrait, pour certains auteurs, non pas au Pléistocène moyen mais à
l’interglaciaire Riss-Würm. Au Maroc, le Présoltanien qui est daté vers 115000-100000, correspondrait à un interstade Riss III pour certains
auteurs, à l’interglaciaire Riss-Würm pour d’autres ; l’encroûtement qui l’affecte se serait produit aux débuts de Würm. H. Benouezdou y
32rapporte la formation Akarit dans laquelle il reconnaît deux épisodes Akarit I renfermant une industrie moustérienne et Akarit II renfermant
une industrie lamellaire.
33La transgression tyrrhénienne est complexe, riche en oscillations que compliquent des déformations terrestres responsables d’un
singulier imbroglio. Si les auteurs s’accordent sur une subdivision en Paléotyrrhénien, Eutyrrhénien et Néotyrrhénien, ils ne s’accordent ni surl’importance des mouvements, ni sur les corrélations. La transgression tyrrhénienne est responsable des terrasses marines éparses entre 30
et 5 m, celles de 10 à 5 m résultant de la transgression néotyrrhénienne. Sur la côte tunisienne, le paléotyrrhénien serait daté de 120 000, le
maximum de la transgression tyrrhénienne aurait été atteint à 80000. Sur la côte marocaine, le Paléotyrrhénien est assimilé tantôt au
34harounien, tantôt à l’Anfatien et de ce fait reporté au Pléistocène moyen. Dans la région d’Agadir, le paléorivage le plus récent daté par
IRSL 130000 à 71000 (MIS 5), est rapporté à l’ouljien. J.P. Texier et al qui subdivisent l’ouljien en trois stades, parallélisent l’ouljien moyen
(ouljien s.s. Ou ouljien II) avec l’Eutyrrhénien, l’ouljien supérieur (ouljien III) – qui connaîtrait deux pulsations-, avec le Néo-tyrrhénien. La côte
mauritanienne est quant à elle affectée par deux remontées du niveau de la mer, Inchirien inférieur et supérieur, qui auraient dessiné un
vaste golfe à hauteur de Nouakchott et dont les dépôts reposent directement sur le continental terminal ; elles proviendraient d’oscillations de
Würm, l’une est datée de >39000, l’autre de 31000 B.P. Ces éléments qui semblent s’accompagner de comportements différents d’une
35même côte selon la latitude, pourraient être liés à la subsidence qui affecte le golfe mauritanien . Le dernier stade de la glaciation a
engendré la grande régression durant laquelle un climat particulièrement aride s’est installé sur l’Afrique nord-équatoriale. Le rivage était
différent de l’actuel ; il aurait été éloigné d’une centaine de mètres le long de la côte mauritanienne. En Méditerranée, on ne peut préciser cet
éloignement du fait des importants mouvements dont la côte africaine est l’objet. Sur la rive septentrionale, à Villefranche, l’abaissement a
été estimé à 100 m à 12000 B.P. et restait encore de 26 m à 8500 B.P.
Lors du dernier épisode de la glaciation de Würm, Würm IV, un désert dit ogolien en Mauritanie-Sénégal ou kanémien au Tchad-Niger
s’installe. A l’ouest du Massif central, dans la région d’In Sakane, la phase aride débuterait vers 25000 B.P., elle verrait le comblement des
dépressions par des dunes. Au Tchad, l’aridité qui intervient avec une grande rapidité, atteint son maximum à 19000 B.P. ; en haute Egypte,
F. Wendorf et ses collaborateurs le situent à 17000 B.P. De plus en plus, cette période se montre complexe. Des travertins qui ont été
identifiés en divers points de l’Akakus datent pour la plupart de 11000 à 10000 B.P., certains ont des âges bien plus anciens, 15600±1200
36(GA-2) , 14300±400 (TH128) obtenus par mesure d’U/Th. L’aride n’a donc pas été continu, il a été entrecoupé de séquences humides.
Dans le Sahara septentrional, un dépôt gypseux scelle souvent les formes du paysage, il provient de la reprise, puis du dépôt par le vent,
du gypse des chotts dont les particules se sont disjointes en raison de l’abaissement du niveaude la nappe phréatique. Le Nil est bloqué par
les sables, ses affluents se transforment en lacs comme l’ouadi Kubbaniya qui, sauf crues exceptionnelles, n’est plus alimenté que par la
nappe. La surcharge des écoulements liée à l’abaissement des températures conduit à une élévation du niveau de la plaine d’inondation du
Nil au fur et à mesure des dépôts ; de ce fait, le niveau de la Méditerranée, quoique plus bas d’une centaine de mètres, n’aura d’effet
morphologique que sur la vallée de Basse Egypte.
Les Remblaiements type El Haouita, une particularité de zone aride.
Tous les dépôts d’Oued ne peuvent être assimilés à des terrasses. Aux points d’émergence de sources, des remblaiements dits type
El Haouita peuvent s’installer. Quand le débit est faible, insuffisant pour assurer un écoulement, il entretient une humidité constante qui
permet le développement d’une végétation favorable au piégeage des sables. Il s’en suit des amoncellements couvrant des surfaces
plus ou moins vastes, qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres de puissance, au sein desquels des horizons noirs résultent de
la décomposition de végétaux. Les formations calcaires qu’ils renferment impliquent des moments de plus grande humidité susceptibles
de mobiliser les carbonates. Mais débit et ruissellement restent toujours insuffisants pour entraîner le matériel. Ils peuvent ainsi traduire
soit une amélioration climatique, soit une détérioration et n’ont donc de sens que replacés dans leur contexte.
Phénomènes locaux, ils n’ont pas de signification chronologique en eux-mêmes, mais sont des points d’ancrage pour la climatologie
saharienne et pré-saharienne. fournissent des informations majeures pour leur environnement. Les mieux connus, ceux qui empâtent
les cluses méridionales de l’Atlas saharien et certains secteurs des Oueds de l’Ahaggar, prennent place fin Würm.
Le climat du Sahara aurait été frais à partir de 75000, lors de l’extension de l’inlandsis, il serait resté plus ou moins humide jusqu’à 60000.
Entre 60000 et 20000 B.P., les quelques données font état de brèves oscillations. Würm III aurait connu une diminution de l’humidité vers
3745000, une augmentation vers 33000, accompagnée vers 30000 d’une diminution des températures . Cette diminution est bien saisie au
38Tchad avec le pic d’une séquence aride dite intra-ghazalienne, amorcée vers 38000 . Une courte période d’amélioration climatique,
39probablement plus humide, se manifeste vers 23-21000 B.P. Vers 20000 B.P. se développe à nouveau une période froide, ventée, avec,
en zone saharienne, un climat hyperaride jusqu’à 12500 B.P. ; à 18000 B.P., le maximum de froid serait atteint avec une baisse de 4° à 6°.
Au Sahara méridional, la mousson est alors inexistante ; les marges nord, jusqu’à la mer, montreraient une aridité importante plus tardive,
vers 15000 B.P. A partir de 13000 B.P., la fin de la glaciation est marquée par une succession de crises dues à des réajustements entre la
terre, les océans et l’atmosphère. Vers 12000 B.P., le réchauffement des eaux du golfe de Guinée produit une modification de la circulation
atmosphérique dans les régions inter-tropicales entraînant une amélioration climatique plus précoce au sud qu’au nord du Sahara. Vers
10000 B.P., le froid s’est estompé partout.
Le niveau 3 qui se forme alors, est associé au développement de l’Acheuléen supérieur (3a) et du Moustérien (3b) et, au sud, à celui du
Sangoen. Ses dépôts renferment des galets de petit calibre, ils sont plus ou moins lités, riches en matériaux fins, de teinte rouge homogène
en raison du fer diffus, avec des taches calcaires. En Ahaggar, une phase volcanique à coulées basaltiques marque cette période. Le glacis
40inférieur et la terrasse graveleuse moyenne qui est associée à de nombreuses projections volcaniques, se formeraient . Dans les marges
méridionales, une phase d’assèchement au cours de laquelle s’installèrent les hommes acheuléens, est bien marquée dans la vallée de la
Mékrou. Dans les régions orientales, la vaste surface « acheuléenne » qui se serait étendue du Gilf el Kebir à la vallée du Nil aurait été
creusée de cuvettes par la déflation lors de l’Acheuléen supérieur. Plusieurs épisodes lacustres, séparés par des phases de déflation, ont
suivi. Ils ont attiré les hommes moustériens. Le Nil aurait alors connu un changement majeur : vers 60000, la rivière anastomosée à dépôts
de graviers fins se serait transformée en un chenal unique dans lequel les silts éthiopiens se déposent lors de l’inondation.
A Brézina, au sud de l’Atlas saharien, la découverte d’un lambeau de terrasse bien calé par des données préhistoriques entre des niveaux
à Acheuléen et à Atérien, qui marque un niveau intermédiaire renfermant du Moustérien, rappelle l’oblitération éventuelle de certaines
oscillations et la multiplication possible des terrasses dans les piedmonts.
Le niveau 2 présente des dépôts de pente en désordre, des colluvions ; il est riche en galets peu émoussés, peu colorés, mal triés en
raison d’un ruissellement diffus. La pédogenèse se traduit par la formation d’illites et de chlorites. En zone saharienne comme au Maghreb,
l’Atérien s’épanouit, l’Ibéromaurusien ou les industries à lamelles apparentées qui lui succèdent, se concentrent sur les marges, elles seront
particulièrement développées dans la vallée du Nil. Au sud, c’est le Middle Stone Age avec des faciès comme le Lupembien, Protostilbayen
et Stilbayen, Magosien ; on trouve aussi des industries à bifaces évolués, dernières manifestations de l’Acheuléen.
Le climat était plus humide et surtout la température plus basse qu’actuellement. Ces différences n’entraînaient cependant qu’un
abaissement des zones climaciques et non des différences majeures. A l’intérieur des terres, dans la région de Tébessa, ce sont des
espèces actuelles d’hélicidés que l’on trouve et seule leur abondance rapporte ce climat un peu plus frais et humide que l’actuel. En
Ahaggar, des sols bruns témoignent d’un retour à une certaine humidité. Ils sont coiffés par des éboulis thermoclastiques datant de la
dernière phase aride qui, en certains lieux comme Mertoutek, a mis en place un remblaiement type El Haouita, empâtement sableux qui ne
traduit plus des écoulements mais une humidité à même d’entretenir de la végétation et de piéger des sables éoliens. Dans les régions
orientales, les dépôts locaux n’atteignent plus la grossièreté des dépôts précédents, indiquant ainsi un climat moins humide. La forte
rubéfaction qui les marque est en grande partie héritée.
Dans les montagnes du Sahara central, des analyses palynologiques provenant d’un paléosol d’In Ecker renfermant une industrie
atérienne, ont livré Celtis cf australis, Cedrus atlantica, Pinus halepensis, des Graminées, composées, caryophyllacées, cupressacées dans
l’horizon inférieur alors que l’horizon supérieur ne renfermait ni Celtis, ni Cedrus, mais Alnus, Fraxinus, Quercus ilex, Tilia sp. ainsi queDaphne cf gnidium, des chenopodiacées, Labiées, Nymphéacées, ombellifères, Papillonacées. Les auteurs, P. Quezel et A. Pons, font
remarquer que Tilia est inconnu actuellement en Afrique du Nord et Alnus étroitement localisé à la région côtière du Rif et de Numidie.
L’ensemble de ces espèces ferait penser à un climat méditerranéen, thermiquement assez contrasté. Au nord, la végétation des débuts du
Pléistocène supérieur est connue aux deux extrémités du Maghreb. Le site d’El Guettar en Tunisie, site dominé par le djebel orbata, montre
la prédominance du chêne vert dans les dépôts inférieurs. Il s’accompagne de quelques pins d’Alep, d’un palmier ; les Graminées et les
composées sont peu représentées et les chenopodiacées manquent. Un assèchement qui va en s’accentuant se traduit par une végétation
de cèdres et genévriers, l’augmentation des genévriers puis la disparition de la végétation arborée au profit d’un développement de
Graminées et composées. Malheureusement, en l’absence de datation, il est difficile de replacer cette séquence en chronologie. Les Beni
Snassens, au Maroc oriental, bénéficient de données précises pour le début de Würm. On y retrouve une végétation méditerranéenne où
41Pinushalepensis, Juniperus et Tetraclinis traduisent un épisode froid semi-aride . Il passerait à un épisode sub-humide avec augmentation
de la température puis retrouverait un épisode semi-aride froid. A Aïn Tagoureit (Bérard), Loxodonta iolensis traduirait la présence d’une forêt
littorale.
La fin du Pléistocène supérieur montre un paysage à végétation méditerranéenne proche de l’actuelle avec des résineux, pins Pinus
halepensis, Pinus nigra, cèdre Cedrus atlantica, cyprès, genévrier, des feuillus, chêne dont Quercus ilex, pistachier, aulne, frêne, olivier Olea
europea, arbousier, Phillyrea, Ulmus. Les associations végétales à cèdre et pin laricio qui occupent aujourd’hui des zones d’altitude à partir
de 1400 m, étaient plus étendues, pouvant s’abaisser de plusieurs centaines de mètres, jusqu’à 900 m d’après les données du gisement
Rassel au chenoua, près d’Alger.
Les formes du paysage actuel se mettent en place dès les débuts du Quaternaire. Depuis, une succession de phases pluviales et
arides liées aux retraits ou aux avancées de la calotte glaciaire, les ont ciselées et ont modelé la flore et la faune. Hors les piedmonts, le
paysage saharien livre partout cinq niveaux de glacis et terrasses, ce qui traduit cinq phases climatiques majeures, impliquant cinq
transgressions dominantes.
Les phases pluviales majeures, celles qui ont marqué le paysage saharien, sont de moins en moins longues et de moins en moins
efficaces, à l’inverse des phases arides. Il s’en suit un abaissement des niveaux de base qui engendre l’emboîtement des dépôts liés
aux cycles climato-sédimentaires. Ils deviennent d’intéressants points de repères chronostratigraphiques.
La faune confirme ces données. La grande faune est marquée par l’abondance des antilopes, gazelles, Equidés qui témoignent au début
du Pléistocène supérieur d’une savane ou d’une steppe. Elle traduit de nombreuses migrations, entre l’Afrique et l’Europe par le détroit de
Gibraltar et le canal de Sicile, entre l’Afrique du Nord et le Proche-orient en longeant la côte méditerranéenne, entre l’Afrique du nord et du
sud saharien le long de la côte océanique ou à travers le Sahara par la vallée du Niger et l’Adrar et/ou le Ténéré. Un renouvellement
faunique se serait produit vers 33000, allant de pair avec le réchauffement. Loxodonta atlantica réapparaît dans les couches rouges. Cervus
elaphus barbarus, Megaceroïdes algericus, Ursus arctos, Stephanorhinus (Dicerorhinus) hemitoechus, Ammotragus lervia, Bos primigenius
sont présents, ainsi que Gazella cuvieri, Camelus dromedarius qui appellent une température plus élevée. Megaceroïdes algericus qui
indique une végétation forestière, pourrait avoir une valeur comparable à celle du renne pour l’Europe occidentale car il disparaît à peu près
au même moment, en fin de Würm.
La fin de la glaciation marque le début d’un nouvel étage géologique, l’holocène. La multiplication des études, les précisions
chronologiques qu’apportent les mesures calibrées de radiocarbone permettent de connaître cette phase avec une précision qui rend
maintenant possible, quasiment sans distorsion, un passage à l’histoire proprement dite.
1 Le stratotype qui a servi à cette identification, a été remis en cause.
2 Le stratotype a été défini par la coupe stratigraphique de Monte San Nicola près de Gela en Sicile. Précédant le Calabrien, 10,8 Ma-780000, le
Gelasien (PSM : point stratotypique mondial) correspond au stade isotopique marin (MIS ou OIS) 103..
3 L’étage géologique est une unité paléogéographique définie en milieu marin ; il comporte trois phases : une phase inférieure, transgressive, à
température basse, riche en 18O, une phase moyenne qui correspond au maximum de la transgression, une phase supérieure, régressive, à
température chaude, pauvre en 18O.
4 La phase ancienne correspond au Gélasien, la phase récente au Calabrien.
5 Voir t. II p. 11 et svtes.
6 Un cycle climatique est défini comme l’intervalle de temps qui sépare deux optimums climatiques, il comprend quatre phases : interglaciaire,
anaglaciaire, péniglaciaire, cataglaciaire.
7 Hors son déplacement annuel qui l’amène à ses positions les plus basses en janvier, les plus hautes en été.
8 Ceci est vrai globalement à une échelle géologique, mais les fluctuations connues à l’époque historique montrent, à l’échelle humaine, des détails
ème ème èmequelque peu différents. Lors du « petit âge glaciaire », refroidissement des XVI , XVII et XVIII siècles, les régions sud-sahariennes, de
même probablement la côte méditerranéenne, ont été plus humides qu’actuellement. Là où la pluviosité atteint aujourd’hui 200 à 300 mm, a été décrite
une végétation tropicale comme au Sénégal, un paysage verdoyant comme au Nord du Darfur. Des régions aujourd’hui inhospitalières étaient alors
peuplées.
9 La théorie de Milankovich émise en 1941 après 20 ans de calculs, montre que ces variations sont liées à trois facteurs fondamentaux : l’excentricité
de l’orbite terrestre, ellipse dont le soleil occupe l’un des foyers, qui se déforme sous l’influence des grosses planètes, selon une périodicité de 98000
ans ; l’obliquité de l’axe de rotation de la terre sur le plan de l’écliptique qui varie avec un rythme de 41000 ans ; la précession, mouvement de l’axe de
rotation qui décrit un cône autour de la perpendiculaire au plan de l’équateur en 23000 ans.
10 Leur étude a également conduit à l’identification de « l’évènement de Heinrich », dépôt de sédiments contenus dans les glaces (nommé Ice Rafted
Debris, IRD) et la notion de cycle (de Dansgaad-Oeschger au Pléistocène, de Bond à l’Holocène).
11 Les datations de ces stades ont donné lieu à différentes tentatives, les difficultés rencontrées engendrant des discordances, il s’en suit quelques
variantes de l’une à l’autre, ainsi MIS 1 a été situé entre 0 et 11000 en 1994, entre 0 et 14000 en 2005.
12 Les données concernant cette période ne sont pas concordantes, peut-être en raison de moussons réduites liées à une atténuation de l’amplitude
des variations de l’insolation terrestre.
13 P. Rognon interprète ainsi le paysage de l’Atakor alors que A. Gallay le rapporte à des cycles climato-sédimentaires, ce que P. Rognon interprète
comme des coulées de solifluxion et gélifraction serait pour lui des éboulis thermoclastiques liés à des orages en phase aride.
14 Selon les auteurs, ces niveaux sont notés de l’incision actuelle (=0) vers la formation la plus ancienne ou inversement de la formation la plus
ancienne (=1) vers la plus récente. Il y a là un imbroglio qu’il ne nous appartient pas de démêler d’autant que la conversion appelle des précisions qui ne
sont pas toujours disponibles.
15 Terme devenu caduc en domaine marin où le terme Gélasien lui est substitué, qui tend à disparaître en domaine continental. Défini par Pareto en
1895, il représentait la limite Pliocène-Pléistocène. Le Villafranchien inférieur correspondait à un sous-étage de l’Astien et était daté entre 3.4 et 1.8 Ma
avec des fluctuations selon les auteurs.
16 Pour G. Choubert, elle correspondrait au Calabrien de la nomenclature générale.
17 Les limites du Moulouyen, fraction du « Villafranchien » marocain, varient notablement avec les auteurs. Les étages Moulouyen, Salétien ainsi que
Soltanien ont été remis en cause, J.P. Texier et al y voyant simplement des phénomènes d’altération.
18 Pour eux l’unité est une période rhéxistasique majeure comportant une phase d’érosion suivie d’une phase de stabilité avec pédogénèse etdéveloppement de la végétation.
19 Chaque cycle est sudivisé en trois phases : inférieure, moyenne, supérieure. Les phases à faune chaude qui sont les phases moyennes, ont donné
leur nom aux cycles.
20 Il pourrait s’agir de la phase aride liée à la glaciation de Donaü.
21 A. Gallay y voit la phase aride terminant ce qu’il nomme Cycle I.
22 Elle atteint 0,4 à 0,8 m aux îles Kerkennah, en Méditerranée.
23 La rubéfaction traduit un climat méditerranéen ou subtropical marqué par une alternance de phases humides et sèches. Sur sédiment calcaire, elle
se fait actuellement sous une pluviométrie supérieure à 400-450 mm.
24 Dans la terminologie de Texier et al, ces termes se corrèlent l’un avec la glaciation de Mindel, l’autre avec celle de Riss.
25 La position du Taourirtien est plus incertaine, il pourrait être rattaché en partie au Pléistocène moyen, en partie au Pléistocène inférieur.
26 Le cycle sicilien reconnu récemment comme issu de mouvements tectoniques de grande ampleur masquant un phénomène global, tend à perdre sa
valeur d’étage.
27 Il a été nommé Ursus arctos bibersoni par Ennouchi, mais d’après Geraads sa grande taille entre dans les limites de variation de U. lartetianus.
28 Cf p. 206.
29 Il correspond à MIS 5.
30 Dit aussi Tyrrhénien II et parfois assimilé à la seconde phase de l’Ouljien, l’Ouljien II.
31 Conservant le terme, J.P. Texier et al. le corrèlent avec Würm.
32 Antérieurement, W.D. Page y voyait deux formations dites Akarit et Demna.
33 Elles sont liées à une compression généralisée issue du rapprochement des plaques africaine et eurasiatique et à sa vitesse irrégulière.
34 Divers auteurs rapportent l’Anfatien à OIS 11.
35 Des sondages à la hauteur de Saint Louis, ont montré une épaisseur de 200 m pour les dépôts quaternaires.
36 Une date peu significative compte tenu de ses marges d’erreur 19400 +5400-5200 (TH 94), est, par ailleurs, jugée peu fiable.
37 Les données concernant cette période ne sont pas concordantes, peut-être en raison de moussons réduites liées à une atténuation de l’amplitude
des variations de l’insolation terrestre.
38 Cette séquence est aussi celle où, par suite de l’interférence du cycle de précession ayant réglé la mousson pendant le dernier interglaciaire avec
les autres cycles, l’amplitude des variations de l’insolation terrestre s’atténue provoquant des moussons plus réduites.
39 Pour A. Gallay une certaine humidité contemporaine du Moustérien, puis de l’Atérien, serait responsable des sols bruns. Ils sont coiffés par des
éboulis thermoclastiques contemporains de la dernière phase aride (qui pourrait être l’Ogolien).
40 Ce serait le cycle III de Gallay.
41 Ce serait le Soltanien I.Chapitre II
LES HOMMES
L’homme est défini zoologiquement comme ayant un cerveau développé par rapport au corps. Il appartient à la famille des hominidés
1(homme, chimpanzé, gorille, orang-outan) sous-famille des homininés (homme, chimpanzé) et à l’ordre des Primates. Ceux-ci sont issus
d’une famille d’Insectivores primitifs, petits mammifères qui vivaient dans les forêts il y a 80 à 50 millions d’années. Après la disparition de
leurs contemporains les grands reptiles, ils se répandirent sur de nouveaux territoires et évoluèrent en de nombreuses formes. Ceux des
sous-bois modifiaient leur vision en déplaçant les yeux vers le devant de la face, leur fonctionnement digestif par l’absorption de végétaux,
leurs membres antérieurs en l’utilisant pour saisir leur nourriture. Ils devinrent des « pré-singes ». Les habitants du Vieux monde perdirent
leur queue et quittèrent parfois les arbres pour se déplacer au niveau du sol. Aussi quand le climat s’est détérioré voici 15 Ma, certains ont
abandonné la forêt pour la savane. Là, ils subirent de profondes modifications, l’une des plus importantes est la station verticale qui
caractérise la tribu des Hominines et remonterait à 7,1 Ma. L’une des plus mythiques est sa perte de pilosité – du moins sa modification au
profit d’un fin duvet – que l’on attribue à une régulation plus aisée de sa température corporelle quand un changement climatique l’aurait
amené à se déplacer beaucoup pour trouver sa nourriture.
Depuis, ses traits majeurs, station verticale, pouces s’opposant aux autres doigts, n’ont guère changé. L’homme fabrique des outils de
plus en plus sophistiqués, emmagasine ses connaissances hors de lui-même. Une étape essentielle de l’évolution, liée à la disparition du
rôle préempteur de la bouche, lui a donné une place très particulière dans l’histoire de la terre.
Les Hominines
La sous tribu des Hominines regroupe l’homme et ses parents fossiles. D’un point vue zoologique, ceux-ci se caractérisent par une
tendance à accentuer les caractères suivants :
– l’adaptation à la station verticale qui se traduit par :
– les courbures de la colonne vertébrale
– la migration du foramen magnum sous le crâne
– la courbure du pied
– le volume crânien qui atteint l’ordre de 1400-1450 cc
– la complexité des circonvolutions cérébrales
– la réduction de la crête sagittale
– la réduction de la face
– la forme parabolique de l’arcade dentaire, arrondie dans sa partie labiale
– la réduction des canines et de la fosse canine qui disparaît chez Homo
– la modification de PM1 (à deux cuspides chez Homo)
– la réduction des membres supérieurs par rapport aux membres inférieurs (indice intermembral = 0,92 chez Homo)
– l’écartement du pouce qui devient opposable aux autres doigts
– l’augmentation du temps de gestation qui donne des produits plus stables car offrant davantage de possibilités d’attaque des mutants par les
anti-corps maternels
– la limitation des échanges de protéines par le placenta qui entraîne de plus grandes possibilités de variations réussies de leur synthèse
– l’augmentation de la durée de croissance donc de l’âge de la puberté qui favorise la vie sociale par une compétition sexuelle retardée
– la fabrication d’outils conceptuels
Les plus anciens Hominines
Aux genres Australopithecus et Paranthropus, on peut rattacher les formes plus anciennes Sahelanthropus tchadensis qui serait âgé de 7
2Ma, Orrorin tugenensis 5,9 Ma, Ardipithecus kadabba 5,8 à 5,5 Ma ou Kenyanthropus platyos qui ne daterait que de 3,5 à 3,2 Ma.
3Les Australopithécinés ont été identifiés depuis longtemps en Afrique de l’Est et Afrique du Sud . En 1995, la découverte de
Australopithecus bahrelghazali connu sous le pseudonyme de « Abel », au djourab, a élargi leur aire de répartition. Branche latérale de la
lignée humaine, longtemps les Australopithèques furent vus comme le fait d’une migration vers des zones extrêmes où un isolement relatif
aurait facilité leur développement et leur persistance, alors que les types plus progressifs se maintenaient au centre d’origine. Ce schéma a
été abandonné au profit de divers autres qui sont souvent remaniés à la suite d’une nouvelle découverte, comme ce fut le cas en 2001 avec
celle de Toumaï (Sahelanthropus) au Tchad.
Les plus anciens australopithèques, A. anamensis, A. afarensis (Meganthropus = Preanthropus africanus) et A. bahrelghazali proviennent
de niveaux datant de 4 à 3 Ma pour ce dernier, de 4,1 à 3,3 Ma pour le second découvert en 1974 à hadar, de 4,2 à 4 Ma pour le premier
trouvé au Kenya et décrit en 1995. Actuellement, on tend à placer A. anamensis directement dans l’ascendance humaine bien que certains
auteurs y placeraient plutôt Praeanthropus africanus, trouvé en Tanzanie dans les années 30 et qui, parfois, lui a été assimilé. Mais il n’y a
pas unanimité pour situer A. afarensis qui pourrait être l’ancêtre d’une forme d’australopithèque robuste (Australopithecus robustus,
Australopithecus boisei), à ossature massive, dents volumineuses indiquant un régime à végétaux coriaces. Les australopithèques les plus
récents, A. africanus et A. garhi existent l’un dans des dépôts datés de 3 à 1,2 Ma, l’autre dans des niveaux de 2,7 à 2,5 Ma. A. africanus
regroupe des formes graciles A. prometheus, A. (=Plesianthropus) transvaalensis. A. garhi est vu par certains auteurs comme ancêtre de
Homo, d’autres lui préfèrent A. Sediba découvert en 2008 dans la grotte de Malapa en Afrique du Sud et daté de 1,9-1,7 Ma.
Sous l’appellation « paranthropes », on range les formes robustes qui perdent leur épithète Australopithecus pour celui de Paranthropus,
4genre qui regroupe P. robustus , P. (=Zinjanthropus,=Paraustralopithecus) boisei et P. (=Paraustralopithecus) æthiopicus. Actuellement, on
ne les voit plus comme une lignée parallèle à Australopithecus qui aurait occupé une niche différente ; plus récents, apparaissant entre 2,6 et
2,5 Ma et disparaissant vers 1 Ma, ils seraient leurs descendants au même titre que Homo.
Les australopithèques offrent de nombreux caractères identiques ou proches de ceux de Homo mais aussi des caractères différents tels
5qu’un volume crânien encore faible (autour de 500 cc) avec le maximum de largeur du crâne placé à sa base, un encéphale avec bec
antérieur, ce qui est typique des Pongidés. Le plus célèbre, surnommé « Lucy » (=Birkinesh), appartient au groupe Australopithecus
afarensis. Son anatomie globale débouche sur une dynamique articulaire identique à celle de Homo (en particulier au niveau du sacrum). A
Laetoli, 40 km au sud d’oldoway (olduwai), des traces de pas, cinq empreintes échelonnées sur 1,50 m de long, qui indiquent l’acquisition
indiscutable de la station verticale, révèlent la présence d’un hominidé bipède à 3,75 Ma.
Le genre Homo
Un seul genre est connu et, pour la plupart des auteurs, il n’existerait même qu’une seule espèce car le courant évolutif H. habilis-H.
sapiens est difficile à interrompre. La spéciation, phénomène majeur ayant produit H. habilis, paraît rapide, on la rattache à un changement
climatique bien marqué à 2,5 Ma. Elle a été suivie d’un processus graduel ; contrairement à ce qui se produit pour les autres espèces, les
différences de milieu n’ont pas entraîné de changements radicaux chez Homo. La culture a dû jouer un rôle déterminant en bloquant le
processus de spéciation : la niche écologique humaine serait bioculturelle.