Procès de Marie-Antoinette, ci-devant reine des Français - Recueil exact de tous ses interrogatoires, réponses, dépositions des témoins
56 pages
Français

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Procès de Marie-Antoinette, ci-devant reine des Français - Recueil exact de tous ses interrogatoires, réponses, dépositions des témoins

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Description

Du 23 du 1er mois, l’an 2 de la République.INTERROGÉE de ses noms, surnoms, âge, qualités, lieu de naissance & demeure ;A répondu se nommer Marie-Antoinette Lorraine d’Autriche, âgée d’environ 38 ans, veuve du roi de France, née à Vienne, se trouvant lors de son arrestation dans le lieu des séances de l’Assemblée Nationale.Le greffier donne lecture de l’acte d’accusation, dont la teneur suit :Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public près le Tribunal Criminel Révolutionnaire, établi à Paris par décret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, l’an deuxième de la République, sans aucun recours au Tribunal de Cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l’article II d’un autre décret de la Convention, du 5 avril suivant, portant que l’accusateur public dudit tribunal est autorisé à faire arrêter, poursuivre & juger, sur la dénonciation des autorités constituées ou des Citoyens ;

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EAN13 9782346117321
Langue Français

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Exrait

À propos de Collection XIX
Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIX e , les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
MARIE-ANTOINETTE ALLANT A L’ÉCHAFAUD
Nicolas Prévost
Procès de Marie-Antoinette, ci-devant reine des Français
Recueil exact de tous ses interrogatoires, réponses, dépositions des témoins
NOTE SUR CETTE NOUVELLE ÉDITION
Le succès de cette publication a dépassé nos espérances et nous a montré quel intérêt s’attache à ces exhumations historiques, qui permettent aux lecteurs de se rendre compte par eux-mêmes de la situation des esprits et des mouvements de l’opinion à une époque donnée. L’histoire écrite après coup réunit les événements dans un ordre régulier et les discute à un point de vue plus ou moins personnel, quelle que soit l’impartialité de l’auteur. On les voit alors se dérouler avec une certaine logique et suivant les règles d’une synthèse plus ou moins généreuse ; l’historien ne raconte pas seulement ; il plaide, il juge, il rend des arrêts.
Sans doute, la loi du progrès est immuable, les mouvements de recul imprimés au monde développent une force élastique qui doit le faire avancer davantage dans la vérité, la compression mûrit les idées, le baillon ménage à la voix étouffée plus de retentissement dans l’avenir, et la résultante des secousses journalières pousse irrésistiblement en avant. Mais il faut reconnaître que la marche générale des idées procède par soubresauts, par saccades, et que souvent, fatigué de ses hardiesses, l’homme revient résolument sur ses pas. Ces époques de réaction et de fatigue morale sont aussi curieuses à étudier que les jours d’effervescence et d’emportement. Elles arrivent, par des voies différentes, aux mêmes égarements, et 1815 ne le cède pas à 1793. La terreur blanche fait pendant à la terreur rouge.
Il nous a semblé qu’un choix d’ouvrages, fait parmi ceux qu’on a publiés dans les heures de colère et de bouleversement populaires, en apprendrait plus à bien des gens que les gros volumes de certaines histoires. Les accents disparates de ces publications troubleront peut-être un peu les esprits, et l’on verra plus d’une fois le héros de la veille traîné du Capitole à la Roche Tarpéïenne. On n’agit pas autrement depuis les Romains. Dans l’enthousiasme de son admiration, la France proclame un grand homme demi-dieu et le voue à l’immortalité. Dix ans plus tard, alors qu’il ploie sous un écrasement universel, elle le frappe, non pas seulement par l’injure, mais par la plaisanterie, et les Parisiens s’arrachent un quatrain célèbre :

« Par une faveur sans égale, Le Maître, me serrant la main,
Me disait : Vous aurez quelque chose demain...
Le lendemain, j’avais la GALE. »
Quand on ne finit pas par des chansons en France, on finit par un mot, et l’histoire de nos Révolutions pourrait, à la rigueur, s’écrire avec des anas.
Si nous avons placé ces nouvelles pages en tête de ce petit livre, c’est pour arriver à répondre à quelques personnes qui ont bien voulu encourager nos projets de réimpression.
Sous le titre général de CURIOSITÉS HISTORIQUES, nous publierons, deux ou trois fois par an, un peu plus, un peu moins, suivant le temps, l’occasion et le succès, des volumes semblables à celui-ci et présentant un intérêt réel.
Nous n’avons pu accéder aux désirs des lecteurs qui nous ont demandé le procès de Louis XVI dans ce même format. On le trouve in extenso dans une foule d’ouvrages et de publications, y compris le Moniteur, auxquels nous les renvoyons.
En Janvier ou Février prochain, nous comptons éditer, sur des documents spéciaux, le procès de Jourgniac de Saint-Méard devant le Tribunal révolutionnaire. Si, comme individualité, Jourgniac s’efface auprès de Marie-Antoinette, sa cause présente des péripéties et des déchirements singuliers, qu’on ne trouve pas dans le procès de la Reine, et qui sont faits pour exciter l’intérêt au plus haut point.

7 Novembre 1865.
PRÉFACE
DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Le petit livre que nous publions aujourd’hui est la simple reproduction d’une brochure curieuse, imprimée avec des caractères écrasés, presque illisibles, sur un papier bleuâtre et malpropre, et qui se vendait en 1793 sur la voie publique et chez les marchands de nouveautés.
C’est le récit ou le procès-verbal, au point de vue de l’opinion populaire du temps, du procès, de la condamnation et de l’exécution de la reine Marie-Antoinette d’Autriche ; une gravure, passablement naïve dans ses détails, représente la reine de France conduite au supplice, en présence d’une foule très-clair-semée, et nous l’avons fait reproduire en fac-simile, pour compléter la physionomie originale de l’ouvrage.
Il n’est personne qui ne connaisse cette page de notre histoire, et depuis quelque temps surtout, une recrudescence d’intérêt s’est attachée aux figures du siècle dernier, emportées par le premier flux de la Révolution. La publication de correspondances inédites a jeté sur ces évènements, commentés mille fois, un jour presque nouveau, et offert un grave sujet de méditations aux esprits sérieux qui veulent juger par eux-mêmes, et qui ne subissent pas sans contrôle les idées et les appréciations qu’on veut leur imposer.
Nous tenons singulièrement à n’entrer dans aucun développement de principes, tout en nous félicitant d’appartenir à une époque qui a renversé l’échafaud politique, et dont les esprits les plus généreux proscrivent et poursuivent la peine de mort, sous quelque forme qu’elle se produise, appliquée par le crime, la guerre ou la société.
Possesseurs de documents nombreux et peu connus sur la Révolution de 1789, il nous a semblé que la réimpression de certains ouvrages, où l’esprit du temps est fortement empreint, ne serait pas sans utilité. On est habitué à considérer cette époque de la Terreur à travers un verre grossissant qui n’en montre que les côtés sanguinaires et les violentes aberrations. Il convient peut-être d’affirmer que 1793 n’était déshérité ni de printemps ni d’aurores, qu’en dehors du culte de la déesse de la Raison, il existait des jeunes filles candides et de chastes épouses ; des hommes convaincus à côté d’esprits enivrés, et de grands sentiments à côté de cruelles représailles.
A la distance où les grandes individualités de la Révolution sont placées, leur forme morale se modifie ou se transforme, sous l’effet d’un mirage produit par le temps et les évènements qui nous en séparent.
La reine coquette et souriante de Trianon se transfigure en martyre, et dans ses longs vêtements noirs passe comme un fantôme dans les prisons du Temple et de la Conciergerie.  —  Nous voulons la montrer sous un troisième aspect, celui d’une pauvre femme à peu près abandonnée, qui défend sa vie avec une énergie instinctive, qui ne songe pas à décliner la compétence de ses juges, mais plutôt à les fléchir, à les désarmer, à les convaincre.
Qu’on ne s’y trompe pas  : nous ne publions point un pamphlet, mais un compte-rendu sérieux, et sténographié, d’un procès au moins aussi intéressant que toutes les causes célèbres. Le Moniteur s’accorde avec nous sur les points importants de ces débats ; notre rédaction est à peu près la même, mais nous avons de plus la physionomie de l’audience et cette animation du livre, qui naît d’un mot, d’une épithète, et qui disparaît dans les colonnes d’un journal.
Nous n’avons aucune protestation à faire relativement à certaines crudités de style et d’expressions que nous avons dû respecter. Cet ouvrage ne souffrait ni modifications, ni retranchements, car ce n’est qu’en le reproduisant avec une fidélité scrupuleuse que nous avons pu lui conserver ce cachet, un peu sauvage, qui en constitue le mérite principal.
G.R.
PROCÈS
DE MARIE - ANTOINETTE
Du 23 du 1 er mois, l’an 2 de la République.
 
I NTERROGÉE de ses noms, surnoms, âge, qualités, lieu de naissance & demeure ;
A répondu se nommer Marie-Antoinette Lorraine d’Autriche, âgée d’environ 38 ans, veuve du roi de France, née à Vienne, se trouvant lors de son arrestation dans le lieu des séances de l’Assemblée Nationale.
Le greffier donne lecture de l’acte d’accusation, dont la teneur suit :
Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public près le Tribunal Criminel Révolutionnaire, établi à Paris par décret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, l’an deuxième de la République, sans aucun recours au Tribunal de Cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l’article II d’un autre décret de la Convention, du 5 avril suivant, portant que l’accusateur public dudit tribunal est autorisé à faire arrêter, poursuivre & juger, sur la dénonciation des autorités constituées ou des Citoyens ;
Expose que suivant un décret de la Convention du premier Août dernier, Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, a été traduite au Tribunal Révolutionnaire, comme prévenue d’avoir conspiré contre la France ; que par autre décret de la Convention, du 3 Octobre, il a été décrété que le Tribunal Révolutionnaire s’occuperoit sans délai & sans interruption du jugement ; que l’accusateur public a reçu les pièces concernant la veuve Capet, les 19 et 20 du premier mois de la seconde année, vulgairement dits II & 12 Octobre courant mois ; qu’il a été aussitôt procédé, par l’un des juges du tribunal, à l’interrogatoire de la veuve Capet ; qu’examen fait de toutes les pièces transmises par l’accusateur public, il en résulte qu’à l’instar des Messalines, Brunehaut, Frédégonde & Médicis, que l’on qualifioit autrefois de reines de France, & dont les noms à jamais odieux ne s’effaceront pas des fastes de l’histoire, Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, a été, depuis son séjour en France, le fléau & la sangsue des Français ; qu’avant même l’heureuse révolution qui a rendu au peuple Français sa souveraineté, elle avoit des rapports politiques avec l’homme qualifié de roi de Bohême & de Hongrie ; que ces rapports étoient contraires aux intérêts de la France ; que non contente, de concert avec les frères de Louis Capet & l’infâme et exécrable Calone, d’avoir dilapidé les Finances de la France (fruit des sueurs du peuple), pour satisfaire à des plaisirs désordonnés & payer les agens de ses intrigues criminelles, il est notoire qu’elle a fait passer, à différentes époques, à l’empereur, des millions qui lui ont servi & lui servent encore à soutenir la guerre contre la République, & que c’est par ces dilapidations excessives qu’elle est parvenue à épuiser le trésor national ;
Que depuis la révolution, la veuve Capet n’a cessé un seul instant d’entretenir des intelligences & des correspondances criminelles & nuisibles à la France, avec les puissances étrangères & dans l’intérieur de la République, par des agens à elle affidés, qu’elle soudoyoit & faisoit soudoyer par le ci-devant trésorier de la liste civile ; qu’à différentes époques, elle a usé de toutes les manœuvres qu’elle croyoit propres à ses vues perfides pour opérer une contre-révolution ; d’abord ayant, sous prétexte d’une réunion nécessaire entre les ci-devant gardes du corps & les officiers & soldats du régiment de Flandres, ménagé un repas entre ces deux corps, le premier Octobre 1789, lequel est dégénéré en une véritable orgie, ainsi qu’elle le désiroit, & pendant le cours de laquelle les agens de la veuve Capet, secondant parfaitement ses projets contre-révolutionnaires, ont amené la plupart des convives à chanter, dans l’épanchement de l’ivresse, des chansons exprimant le plus entier dévouement pour le trône & l’aversion la plus caractérisée pour le peuple, & de les avoir insensiblement amenés à arborer la cocarde blanche & à fouler aux pieds la cocarde nationale ; & d’avoir, par sa présence, autorisé tous ces excès contre-révolutionnaires, surtout en encourageant les femmes qui l’accompagnoient à distribuer des cocardes blanches aux convives ; d’avoir, le 4 du mois d’Octobre, témoigné la joie la plus immodérée de ce qui s’étoit passé à cette orgie ;
En second lieu, d’avoir, conjointement avec Louis Capet, fait imprimer & distribuer avec profusion, dans toute l’étendue de la République, des ouvrages contre-révolutionnaires, de ceux même adressés aux conspirateurs d’outre-Rhin ou publiés en leur nom, tels que les pétitions aux émigrans, la réponse des émigrans, les émigrans au peuple, les plus courtes folies sont les meilleures, le journal à deux liards, l’ordre, la marche et l’entrée des émigrans ; d’avoir même poussé la perfidie & la dissimulation au point d’avoir fait imprimer & distribuer avec la même