Raphaël Réau, consul à Hankéou pendant la Révolution chinoise et la Grande Guerre

Raphaël Réau, consul à Hankéou pendant la Révolution chinoise et la Grande Guerre

-

Livres
324 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Tiré de la correspondance, régulière depuis son enfance, du grand-père maternel de l'auteur, ce livre est la suite d'une saga retraçant sa vie de pensionnaire, d'étudiant parisien, de conscrit, puis de diplomate au Siam, puis en Chine et au Yunnan. Ces lettres détaillent ce qu'étaient les conditions de vie, difficiles, et aussi parfois agréables, d'une époque à jamais révolue du fait de l'énorme et rapide évolution survenue depuis.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 juin 2013
Nombre de lectures 25
EAN13 9782296539617
Langue Français
Signaler un abus
M a
Philippe MARCHAT
Raphaël Réau, consul à Hankéou pendant la Révolution chinoise et la Grande Guerre
1910  1916 moires asiatiques Mémoires
ires asiatiques o
Mém
Mémoires Asiatiques Collection dirigée par Philippe Delalande Déjà parus Gilbert CATY,René Caty, fonctionnaire colonial (1930-1947). La fin de l’Indochine française, 2012. Oum NAL,Un médecin chez les Khmers rouges, 2012. Philippe MARCHAT,Lettres d’un diplomate en Chine au début du xxe siècle. Hong Kong, Hai Nan, Yunnan (1901-1909), 2011. Jianping SUN,Une jeune Shanghaienne dans la Chine de Mao (1954-1981), 2008. Paul GUILLAUMAT,La Chine à l’Encan,Rapports et e souvenirs d’un officier français du 2 Bureau en Extrême-Orient (1897-1901), 2008. Claude GILLES,Le Cambodge. Témoignages d’hier à aujourd’hui, 2006. Maly CHHUOR,Le serment, 2005. Stéphane FERRERO,Formose vu par un marin français du e XIX siècle, 2005.
Raphaël Réau, consul à Hankéou pendant la Révolution chinoise et la grande guerre
© L'HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-30361-1 EAN : 9782336303611
Philippe MARCHATRaphaël Réau, consul à Hankéou pendant la Révolution chinoise et la grande guerre 1910-1916 L’HARMATTAN
DU MÊME AUTEURL'économiemixte, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1971. Un Empire convoité, Le Maroc et les Puissances de 711 à 1942. Prix Lyautey 2007 de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer. Muller Edition, 2007. Jeune diplomate au Siam (1894-1900), Muller Edition, 2009. e Lettres d'un diplomate en Chine au début duXX siècle. Hong Kong, Hai Nan, Yunnan (1901-1909).L’Harmattan, 2011.
INTRODUCTION Raphaël Réau, consul à Hankéou, son nouveau poste en Chine C'est un homme heureux qui rejoint Hankéou, le nouveau poste auquel il vient d'être affecté. Il ne le sera toutefois parfaitement qu'après avoir appris, quelques mois plus tard, en mars 1911, sa promotion, si attendue, au grade de consul. Elle lui permet pour la première fois, en tant que titulaire et non plus suppléant ou temporairement chargé d'un consulat, de bénéficier de toutes les prérogatives et responsabilités d'un tel poste important. Il marque en effet le développement d'une carrière qui, après six ans au Siam, de 1894 à 1900, l'a conduit successivement dans deux îles–la britannique Hong Kong, et la chinoise Hai Nan-, avant de plonger au cœur du Yunnan à Mongtseu. Tout à fait différent se présente le consulat d'Hankéou, dont l'importance tient à l'ampleur et à la forte activité d'une ville, certes fort éloignée de la côte. Ce qui rallonge la durée des voyages lorsque l'on regagne son poste, comme ce qui fut jusqu'alors régulièrement le cas, en prenant à Marseille les paquebots desMessageries maritimes, mais ce qui permet en revanche-perspective intéressante -, d'emprunter le transsibérien, sans doute plus fatigant, mais qui a le mérite de raccourcir de plusieurs jours un trajet qui reste long. La ville est bordée par le majestueux et indomptable Yangtse parfaitement navigable, le long duquel se sont établies cinq concessions étrangères, dont la française -ville dans la ville de quelque 30 000 habitants rassemblant nombre de nos compartriotes, de Chinois et aussi d'étrangers. Ces concessions seront le lieu d'où partira inopinément l'étincelle qui déclenchera la Révolution en 1911. Hankéou, aujourd'hui fusionnée à deux cités mitoyennes sous le nom deWu han,a connu tout au long des dernières décennies, un développement, dû aussi bien aux Chinois qu'aux étrangers. Ce qui explique que Raphaël ait finalement accepté ce poste, dont il avait pourtant, à plusieurs reprises relevé à juste titre la rigueur climatique, en particulier la chaleur de ses étés. Ce que, d'ailleurs, ses lettres ne manquent de rappeller très régulièrement, en raison des effets éprouvants que ce climat ne manquera d'avoir sur la santé du ménage et de ses deux filles qui l'accompagnent au long de son premier séjour. Ce climat, comme le fait abondamment ressortir sa correspondance, joue en effet un rôle important dans la vie quotidienne de cette famille de cinq personnes. Car elle compte aussi Marceline, l'ancienne employée charentaise qui, à Cognac a passé des années au service des parents de l'épouse de Raphaël, Laure, avant le décés de sa mère. Sollicitée par le jeune ménage de l'accompagner dans un pays lointain dont elle devait à peine avoir entendu
7
parler, pour s'occuper des deux petites filles nées lors du précédent séjour du jeune couple à Hong Kong, elle n'avait pas hésité à répondre positivement. Ainsi était-elle devenue leur fidèle gouvernante qui devait les suivre dans tous les postes successifs, tant qu'elles sont restées avec leurs parents. Le climat, et plus encore la santé, étaient dans la vie courante deux facteurs d'importance, avec, comme conséquence, des conditions sanitaires fort loin de correspondre à celles dont nous bénéficions aujourd'hui. Nous sommes loin d'avoir conscience de l'importance des progrès réalisés en, finalement, peu de temps, comme le font clairement apparaître les correspondances de l'époque. Ce n'est pas sans raison que ces soucis reviennent comme unleitmotivdans les lettres de notre Consul. Il devait, en effet, quelques années plus tard, succomber, victime de la maladie, comme l'un de ses collègues, peu après son retour comme ministre de France au Siam, dont il redoutait à juste titre le climat et l'insalubrité de Bangkok qui l'avaient durablement marqué dès ses premières années de présence en Asie. La correspondance régulière, qu'il entretient au cours de ses deux séjours successifs à Hankéou avec ses parents, remonte à la période où, enfant, son père, qui était directeur de l'école primaire de Saint Georges d'Oléron, s'était vu contraint, pour qu'il puisse poursuivre des études fort bien engagées, de le mettre pensionnaire au lycée le plus proche, sur "le continent", à La Rochelle. Il lui imposa, lui inculquant une habitude dont il ne se départit nullement après, de lui faire parvenir, ainsi qu'à sa mère qu'il adorait aussi, une lettre hebdomadaire, généralement écrite le dimanche. Cette pratique continua jusqu'au décès de ses parents, bien après ses trois années passées à Paris qu'il quitta, licencié en droit et diplômé de l'Ecole des Langues Orientales, pour aller accomplir à Rochefort son service militaire d'une seule année (au lieu de trois ans) dont bénéficiaient les étudiants diplômés. Aux côtés des multiples problèmes de santé évoqués pour les raisons précédemment mentionnées, apparaissent quasi systématiquement, comme un autreleit-motivses lettres, des informations, relativement complètes et dans précises sur chacune de leurs deux filles - l'ainée, Jeanne, qui allait devenir ma mère, et sa cadette Yvonne. Cette soif naturelle d'informations, de la part de parents et de grands-parents sur la croissance, le comportement, la santé et l'éducation de leurs enfants et petits-enfants, se retrouve pratiquement dans chacune des lettres, mais sous une forme différente selon qu'elle est donnée et reçue avant ou après le premier séjour à Hankéou. Pour leur permettre de poursuivre elles aussi leurs études, on retrouve une situation identique à celle de leur père, mais qui deviendra dramatique avec la guerre. Car leurs parents laissèrent, dans une institution du Nord de la France, à Compiègne, les deux soeurs, qui étaient nées, l'une peu après leur arrivée, et l'autre à la fin de leur séjour à Hong Kong. La guerre, quand elle éclata, posa d'incontournables problèmes à leurs parents, contraints de confier en métropole leurs deux enfants à la garde de leurs grands-parents, déjà âgés, et
8
de la marraine de leur fille ainée, leur mère ne pouvant les rejoindre qu'en prenant le risque, longtemps considéré comme insensé, d'un torpillage allemand en Méditerranée. L'avance des troupes allemandes sur Compiègne avait en effet obligé l'institution où elles étaient internes à évacuer ses pensionnaires, les obligeant à regagner leur giron familial en Charente. La correspondance échangée entre Raphaël et ses parents, outre la place compréhensible qu'y tiennnent ces problèmes sanitaires et familiaux, est non moins riche pour ce qui touche aux conditions matérielles de la vie quotidienne. Celles-ci étaient à la fois différentes de celles de la métropole, et, plus encore, de celles auxquelles nous continuons régulièrement de nous habituer au fur et à mesure des progrés constants que connaît notre génération sans que nous en soyons véritablement conscients. Ce qui nous permet, lorsque nous voulons bien y préter attention, comme la lecture de tels mémoires nous y incite naturellement, de prendre conscience de la diversité, comme de l'immensité des progrés dont nous bénéficions aujourd'hui. Ainsi, les diplomates de cette époque, lorsque l'on compare leur vie à la nôtre, pouvaient, non sans raison, se considérer comme "exilés" dans des contrées lointaines, malsaines et difficiles d'accès, si l'on songe, par exemple, aux délais alors nécessaires pour les atteindre. Sans doute la situation d'Hankéou, offrait-elle à Raphaël un choix, avantageux par rapport à ses postes précédents, pour regagner la métropole. Il pouvait, à cette fin, traverser, soit comme il l'avait fait jusqu'alors, la Méditerranée par paquebot, depuis que l'impératrice Eugénie avait en 1869 inauguré le canal de Suez, soit la Russie, par le transibérien, ce qu'il fit pour la première fois à partir d'Hankéou. Mais pour plus court qu'il était, ce trajet, fatigant et de plusieurs jours n'était en rien comparable aux quelques heures à peine confortablement passées aujourd'hui dans les "jets", dont les services quotidiens ont depuis lors changé du tout au tout les conditions de vie de ces "expatriés"avant la lettre. C'étaient les deux seules voies, plus ou moins régulières, qu'empruntaient aussi courriers et journaux, toujours impatiemment attendus apportant les nouvelles, générales et familiales, tandis qu'apparaissaient déjà, en petit nombre, des "dépêches télégraphiques", dispensées aux établissements consulaires à même d'en disposer - mais à quel prix ! Ces délais de quelques semaines ont été, depuis, à jamais abolis par les relations aériennes, et plus encore par les innombrables communications par radio, télévision, et téléphones "portables", dont les gammes de plus en plus sophistiquées ne cessent de se diversifier. La lecture de ces lettres donne l'occasion, assez unique, de comparer à nos conditions actuelles de vie celles d'une époque révolue, surtout dans des contrées, hier reculées comme la Chine, qui ne le sont plus guère aujourd'hui. Elle nous montre en particulier la rapidité et l'importance des progrés et des changements qui ont marqué les dernières décennies.
9