Remparts et fortifications

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Cette recherche sur "Remparts et fortifications" se réfère autant aux civilisations anciennes, depuis le 3e millénaire, qu'au monde médiéval, moderne et contemporain. Le lecteur est entraîné aussi bien dans les civilisations du Moyen-Orient (Mésopotamie, Egypte, Anatolie, Grèce hellénistique, Syrie) que dans celles de l'Occident depuis le Moyen-âge jusqu'à nos jours. Des portes du temple d'Edfou, en passant par l'épopée de Gilgamesh, ce livre s'achève sur le démantèlement symbolique du mur de Berlin.

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Ajouté le 15 avril 2010
Nombre de lectures 77
EAN13 9782296251489
Langue Français
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REMPARTS ET FORTIFICATIONS

Sydney H. AUFRERE et Michel MAZOYER

REMPARTS ET FORTIFICATIONS
Du temple d'Edfou au mur de Berlin
Actes des Quatrièmes Journées universitaires de Hérisson (Allier) organisées par la Ville de Hérisson, les Cahiers Kubaba (Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne) et l’Association de Sauvegarde du Château de Hérisson les 20-21 juin 2008

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Comité des Fêtes de Hérisson — Association Jacques et Hélène Gaulme — Communauté de Communes du Pays de Tronçais — Association de Sauvegarde du Château de Hérisson

Organisation du colloque Michel MAZOYER (Paris I Panthéon-Sorbonne) et Jean-Pierre MAURIN (Association de Sauvegarde du Château de Hérisson)

Édition du colloque Sydney H. AUFRERE (CNRS, UMR 6125, Univ. de Provence) – Michel MAZOYER

Association KUBABA, Université de Paris I Panthéon – Sorbonne 12, place du Panthéon 75231 Paris CEDEX 05

L'Harmattan

Reproductions de la couverture : La déesse KUBABA (Vladimir Tchernychev) Affiche des Journées universitaires de Hérisson (Jean-Michel Lartigaud) Logo CPAF (Morgane Aufrère, graphiste illustratrice) Directeur de publication : Michel Mazoyer Directeur scientifique : Jorge Pérez Roy Comité de rédaction Trésorière : Christine Gaulme Colloques : Jesús Martínez Dorronsoro Relations publiques : Annie Tchernychev Directrice du Comité de lecture : Annick Touchard Comité scientifique (Série Antiquité) Sydney H. Aufrère, Nathalie Bosson, Pierre Bordreuil, Dominique Briquel, Gérard Capdeville, René Lebrun, Michel Mazoyer, Dennis Pardee, Nicolas Richer Comité scientifique (Série Monde moderne monde contemporain) Jean-Michel Aymes, Antonio Barragan, Régis Boyer, Claude-Hélène Perrot, Patrick Guelpa, Hugues Lebailly, George Martinowsky, Jorge Paul Mirault, Jorge Perez Rey, Hélène Pignot, Olga Portuondo, Annie Tchernychev, Richard Tholoniat Ingénieur informatique Patrick Habersack (macpaddy@chello.fr)

Avec la collaboration artistique de Jean-Michel Lartigaud et de Vladimir Tchernychev. Ce volume a été imprimé par © Association KUBABA, Paris

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Bibliothèque Kubaba (sélection) http://kubaba.univ-paris1.fr/ CAHIERS KUBABA Barbares et civilisés dans l’Antiquité. Monstres et Monstruosités. Histoires de monstres à l’époque moderne et contemporaine. COLLECTION KUBABA 1. Série Antiquité Dominique BRIQUEL, Le Forum brûle. Jacques FREU, Histoire politique d’Ugarit. ——, Histoire du Mitanni. ——, Suppiliuliuma et la veuve du pharaon. Éric PIRART, L’Aphrodite iranienne. ——, L’éloge mazdéen de l’ivresse. ——, L’Aphrodite iranienne. ——, Guerriers d’Iran. ——, Georges Dumézil face aux héros iraniens. Michel MAZOYER, Télipinu, le dieu du marécage. Bernard SERGENT, L’Atlantide et la mythologie grecque. Claude STERKX, Les mutilations des ennemis chez les Celtes préchrétiens. Les Hittites et leur histoire en quatre volumes : Vol. 1 : Jacques FREU et Michel MAZOYER, en collaboration avec Isabelle KLOCKFONTANILLE, Des origines à la fin de l’Ancien Royaume Hittite. Vol. 2 : Jacques FREU et Michel MAZOYER, Les débuts du Nouvel Empire Hittite. Vol. 3 : Jacques FREU et Michel MAZOYER, L’apogée du Nouvel Empire Hittite. Vol. 4 : Jacques FREU et Michel MAZOYER, Le déclin et la chute du Nouvel Empire Hittite. Sydney H. AUFRERE, Thot Hermès l’Égyptien. De l’infiniment grand à l’infiniment petit. Michel MAZOYER (éd.), Homère et l’Anatolie Michel MAZOYER et Olivier CASABONNE (éd.), Mélanges en l’honneur du Professeur René Lebrun : Vol. 1 : Antiquus Oriens. Vol. 2 : Studia Anatolica et Varia. 2. Série Monde moderne, Monde contemporain Annie TCHERNYCHEV, L’enseignement de l’Histoire en Russie Eysteinn ÁSGRIMSSON, Le Lys, Poème marial islandais. Présentation et traduction de Patrick Guelpa.

3. Série Grammaire et linguistique Stéphane DOROTHEE, À l’origine du signe : le latin signum. Michèle FRUYT et Sophie VAN LAER (éd.), Adverbes et évolution linguistique en latin. 4. Série Actes Michel MAZOYER, Jorge PEREZ, Florence MALBRANT-LABAT, René LEBRUN (éd.), L’arbre, symbole et réalité. Actes des premières Journées universitaires de Hérisson, Hérisson, juin 2002. L’Homme et la nature. Histoire d’une colonisation. Actes du colloque international de Paris, décembre 2004. L’oiseau entre ciel et terre. Actes des Deuxièmes journées universitaires de Hérisson, 2004 ? Actes des Journées universitaires de Hérisson, 18 et 19 juin 2004. La fête, de la transgression à l’intégration. Actes du colloque sur la fête, la rencontre du sacré et du profane. Deuxième colloque international de Paris, organisé par les Cahiers Kubaba (Université de Paris I) et l’Institut catholique de Paris, décembre 2000 (2 volumes). D’âge en âge. Actes des Troisièmes journées universitaires de Hérisson, 23-24 juin 2004. Claire KAPPLER et Suzanne THIOLIER-MEJEAN (éd.), Alchimies, Occident-Orient. Actes du Colloque tenu en Sorbonne les 13, 14 et 15 décembre 2001, publiés avec le concours de l’UMR 8092 (CNRS-Paris-Sorbonne). Sydney H. AUFRERE et Michel MAZOYER (éd.), Clémence et châtiment. Actes du colloque organisé par les cahiers Kubaba (Université de Paris I) et l’Institut catholique de Paris, Institut catholique de Paris, 7-8 décembre 2006. Série Éclectique Élie LOBERMANN, Sueurs ocres. Patrick VOISIN, Il faut reconstruire Carthage.

SOMMAIRE Bernard FOUREAU Préface Michel MAZOYER, Sydney H. AUFRÈRE Introduction : Protéger la cité et s’y protéger, — hier et aujourd’hui Sydney H. AUFRÈRE La garnison divine postée à la défense de la porte du temple d’Horus à Edfou : remarques iconographiques Maria Grazia MASETTI-ROUAULT et Sabrina SALMON Définition de l’espace et idéologie du pouvoir dans la culture impériale néo-assyrienne : le cas de Tell Masaïkh, Moyen-Euphrate syrien Roberto BERTOLINO Les fortifications de Doura-Europos (Syrie) : les fouilles à la porte Sud Jennifer KERNER Les remparts de Hattusa : fonction militaire et cultuelle d’un monument de prestige Laure SANCHEZ Les Salawanes et les Damnassara dans les portes de Hattusa Michel MAZOYER Télépinu au Südburg Isabelle PIMOUGUET-PEDARROS Les fortifications de la cité d’Alinda en Carie David LALLEMAND Hérisson, oppidum de Cordes-Chateloi (Allier) Fouilles de la porte de Babylone Patrick GUELPA Le mythe du géant maître-bâtisseur dans les Eddas Dominique LALLIER La forteresse de Montrond, à Saint-Amand-Montrond (Cher) : de l’arme de trait à l’artillerie 11 13

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Olivier TROUBAT Combattre ou négocier : le rachat des forteresses pendant la guerre de Cent ans Anne-Marie ÉVRARD « Citadelle, je te bâtirai au cœur de l’homme (Antoine de Saint-Exupery) Annie TCHERNYTCHEV Le mur de Berlin : frontière physique ou idéologique ? Épilogues René VARENNES Rester nous-mêmes Jean-Pierre MAURIN Le château féodal de Hérisson

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PRÉFACE Conformément à ce qui est à présent devenu une tradition, nos amis universitaires se sont réunis à Hérisson, les 20 et 21 juin 2008. Choisissant un thème en relation avec l’activité de la Commune, qui consacre une partie importante de son activité à la mise en valeur du Château par l’entremise de l’association de Sauvegarde du Château féodal de Hérisson, présidée par Jean-Pierre MAURIN, ils ont choisi d’aborder la thématique des Remparts et des Fortifications. Selon la méthode comparatiste ils ont rapproché, au cours d’un échange interdisciplinaire, les civilisations séparées dans le temps et dans l’espace. Merci aux universitaires venant de la France et de l’étranger, aux chercheurs du CNRS, qui se sont associés à cette réflexion et merci aussi aux chercheurs de l’Allier et des départements voisins de nous avoir fait part de leurs travaux. Un mot de remerciement tout particulier doit être adressé aux organisateurs de cette manifestation : Michel et Christine MAZOYER, et Jean-Pierre MAURIN. L’administration régionale et locale, les associations et les habitants de Hérisson ont apporté une aide importante à cette manifestation, qui reste la seule manifestation universitaire dans notre département. Qu’ils en soient tous vivement remerciés. Nous adressons aussi nos remerciements à M. Dominique AUSERVE, le conservateur du musée de Murols, qui a rendu possible, à la Maison Mousse, l’organisation d’une exposition de peinture remarquable sur l’École dite de Murols : « Présentation de l’École de Murols », dans le cadre des Journées universitaires. Bernard FAUREAU Maire de Hérisson

INTRODUCTION PROTÉGER LA CITÉ ET S’Y PROTÉGER, — HIER ET AUJOURD’HUI
Offrant une chambre d’écho aux fouilles exécutées à Châteloy (Allier) et aux travaux accomplis sur le château médiéval de Hérisson, par l’Association « Sauvegarde du Château de Hérisson », des universitaires et des chercheurs du CNRS se sont réunis à Hérisson les 19 et 20 juin 2008 pour évoquer, à travers les âges, le thème : « Remparts et Fortifications », se référant autant aux civilisations anciennes, depuis le 3e millénaire, qu’aux mondes médiéval, moderne et contemporain. Ainsi, par-delà le temps et l’espace, le voyage auquel invite ce volume entraîne le lecteur aussi bien dans les civilisations du Moyen-Orient (Mésopotamie, Égypte, Anatolie, Hellénistique, Syrie) que dans celles de l’Occident depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Partant de l’épopée de Gilgamesh (début du 2e millénaire), héros qui s’attaque aux murailles mythiques, on assiste finalement au démantèlement du Mur de Berlin. Les communications évoquent aussi bien des questions techniques relevant de l’architecture, que de l’histoire, des croyances et, pour finir, des idéologies liées aux remparts jadis et naguère, et notamment celle née autour de la construction d’un mur de démarcation entre deux cultures, deux blocs défendant des conceptions politiques différentes. C’est en premier lieu vers le Moyen-Orient et l’Égypte que se tourne le regard. Maria-Grazia MASETTI-ROUAULT et Sabrina SALMON livrent une nouvelle approche de la définition de l’espace et l’idéologie du pouvoir dans la culture impériale néo-assyrienne d’après l’épopée de Gilgamesh. Elles soulignent qu’au 3e millénaire, le rempart constitue une nouvelle représentation du territoire d’Uruk. Une nouvelle association voit le jour selon laquelle le roi est étroitement lié à l’enceinte de la ville. Les auteurs évoquent également la problématique du mur d’enceinte à l’époque néoassyrienne en soulevant le cas de la ville de Kar-Assurnasirpal et de son rempart, mis au jour, sur le site de Tell Masaïkh, dans la Basse vallée du Moyen-Euphrate syrien, par la mission archéologique française (dir. MariaGrazia Masetti-Rouault). Roberto BERTOLINO, lui, présente un aspect défensif de DouraEuropos. Il souligne que le site, remarquable sur les plans archéologique et historique pour la connaissance de la Syrie ancienne, était implanté en une

position stratégique sur la route de l’Euphrate. En outre, Doura est l’une des rares fondations hellénistiques du Proche-Orient qui puisse être étudiée de façon détaillée : les différentes phases d’occupation peuvent être retracées dans la mesure où elles n’ont pas toujours été effacées par les constructions postérieures. L’auteur présente les résultats des fouilles de la porte sud qui, jusqu’à présent, étaient mal connus. Trois études complémentaires se rapportent aux murailles exceptionnelles de Hattusa, la capitale de l’Empire hittite. En premier lieu, Jennifer KERNER montre que les murailles, aux yeux des Hittites, n’ont pas seulement une fonction défensive mais cultuelle. En second lieu, deux autres auteurs s’interrogent sur l’identification de certaines divinités dont les silhouettes apparaissent liées à la défense des remparts. Laure SANCHEZ aborde le rôle des Salawanes et des Damnasarra, divinités sphinx et taureaux liées au grand dieu Télépinu et chargées de protéger les portes fortifiées des cités tandis que Michel MAZOYER propose une nouvelle hypothèse, à savoir que Suppiliuliuma II, dans son rôle de protecteur de la chambre 2 du Südburg et au vu des armes qu’il empoigne, revêtirait les traits de Télépinu en tant que protecteur de la royauté, des limites, et du monde chthonien. Au cours de toute son histoire l’Égypte entretenait un réseau de forteresses destinées à défendre ses flancs, sur tous les points névralgiques. Cela a conduit a pérenniser des représentations mentales de la défense militaire dans un contexte mythique, puisque l’on voit se déployer au niveau des entrées de temples et à divers endroits névralgiques, des programmes iconographiques de grande ampleur. Dans sa communication, Sydney H. AUFRÈRE éclaire d’un jour nouveau la raison d’être des effigies des membres d’une garnison divine postée, sur les embrasures de la porte côté cour, à la protection du temple d’Horus à Edfou. Quoique dans le passé, des temples eussent été ceints de murailles comme à Karnak, à Edfou ne se dressaient d’autres remparts que symboliques même si le temple, dans sa partie centrale, présente les caractéristiques de murs à redans dont les tombes thinites offrent des exemples spectaculaires. Soixante-deux génies mâles et femelles équipés d’armes diverses et nommés de façon à donner l’idée d’une dangerosité extrême, assurent, regroupés en escouades plus ou moins importantes selon la saison, la défense du temple contre les forces du mal et de l’obscurité qui se concrétisent par la progression inexorable de l’ombre dans la grande cour du temple au cour de l’année solaire. À l’entrée se jouait, pendant toute l’année solaire, une lutte mettant aux prises les forces du Bien contre celles du Mal. Isabelle PIMOUGUET-PEDARROS reprend le fil sur l’architecture et l’archéologie proprement dites en rappelant que les fortifications d’Alinda, ancienne cité hittite, connue sous le nom de Ialynda doivent être considérées, à l’instar de celles d’Halicarnasse, comme un exemple d’architecture héca14

tomnide. Le chantier de construction s’ouvrit probablement sous le satrapat de Mausole ; Ada, lors de son séjour sur le site, reprit sans doute à son compte les travaux engagés par son frère, lesquels travaux, à leur tour, ne furent peut-être jamais totalement achevés. Il est possible qu’il y ait eu à la période hellénistique quelques additions de tours et des réparations mais certainement aucune reconstruction de grande ampleur susceptible d’affecter le plan d’origine. Cela étant, les réoccupations successives dont le site fut l’objet après la mort d’Ada montrent que la cité d’Alinda ne perdit jamais sa valeur stratégique. C’est en deuxième lieu l’Europe, qui montre, depuis les Celtes, l’existence d’une véritable culture de la défense. Les fouilles de la porte sur le lieu-dit « de Babylone » exécutées par David LALLEMAND sembleraient nous ramener, par un biais sémantique, vers le Moyen-Orient. Il n’en est rien puisque derrière ce nom se cache l’oppidum occupant l’éperon de CordesChâteloi que des fouilles menées depuis 2003, après un sondage (19671970), ont révélé au public. Celles-ci ont fait apparaître les caractéristiques d’un murus gallicus (décrit au livre VII, 23 de la Guerre des Gaules) en blocs taillés, en bon état de conservation et de conception étonnante, dû à l’habileté d’architectes bituriges. César avait lui-même reconnu que ce mur était particulièrement adapté à la défense des villes, « car la pierre le défend du feu et le bois des ravages du bélier ; et on ne peut renverser ni même entamer un enchaînement de poutres de quarante pieds de long, la plupart liées ensemble dans l’intérieur ». La rareté et le caractère sophistiqué de la porte monumentale l’oppidum font dire au fouilleur que, démentant l’idée d’une localité de rang secondaire, ceux-là conviendraient mieux à la capitale d’un pagus. Les légendes médiévales des contrées du Nord permettent de déceler l’impact de cette culture de la défense. Selon Patrick GUELPA, spécialiste de la mythologie scandinave, l’épisode du géant maître-bâtisseur constitue un moment de l’histoire mythique de ces régions, lorsque les dieux, prenant conscience de façon aiguë de la menace qui pèse sur eux, la contiennent par des moyens scélérats, provoquant, quoique à retardement, leur chute, laquelle est de toute façon programmée. La construction du château d’Ásgarðr par le géant maître-bâtisseur, construction contrecarrée par les dieux, est relatée dans un texte en prose : l’Edda de Snorri Sturluson (11781241). Avec Olivier TROUBAT, on appréhende la nature ambiguë de l’activité militaire autour des places fortes de la France médiévale et moderne. Dans la seconde moitié du XIVe siècle, lors de la guerre de Cent ans, l’occupation de nombreuses forteresses par les forces anglaises et/ou par les routiers, bandes armées à l’aveu du roi d’Angleterre ou sans aveu, va donner lieu à de 15

nombreuses prises et reprises de places fortes. L’auteur attire l’attention sur le fait que prendre une forteresse n’est pas qu’une affaire d’armes. L’ouverture de la place se fait plus rarement par assaut de vive force, que par des ruses, la surprise ou par une négociation, qui peut prendre diverses formes. D’anciens sites militaires sont actuellement en cours de réhabilitation. Il fallait les faire connaître. Le château de Saint-Amand Montrond, situé à une trentaine de kilomètres de Hérisson, évoqué par Dominique LALLIER, est l’occasion de présenter un exemple significatif de l’évolution de l’architecture militaire sur un même site, du début du XIIIe siècle jusqu’à la première moitié du XVIIe siècle, soit un peu plus de quatre siècles. L’artillerie, qui remplace les armes de traits, contribue à bouleverser l’architecture militaire en Europe. Les travaux réalisés depuis 1970 à Montrond ont beaucoup fait progresser la connaissance de ce monument majeur, redécouvert et mis en lumière par une action associative de longue haleine. Aujourd’hui, Montrond se trouve à un tournant de sa « nouvelle vie ». En effet, si l’on peut objectivement considérer que ses intérêts historique et scientifique sont incontestablement démontrés, l’étude, la mise en valeur d’un tel ensemble nécessitent encore bien des années d’efforts pour aboutir au projet global défini dans une étude dès 1982, réactualisée et complétée en 1996. Depuis 1es premiers coups de pioche en 1970, bientôt quatre décennies de travaux ininterrompus, une ouverture au public progressive et une communication plus soutenue, le site reçoit de plus en plus de visiteurs et s’inscrit peu à peu dans le « paysage patrimonial » du Saint-Amandois. Pour terminer, l’époque contemporaine est abordée. Marie-Anne EVRARD évoque Citadelle, œuvre posthume publiée en 1948 dans laquelle Antoine de Saint-Exupéry a rassemblé les méditations de toute une vie : « Saint-Exupéry y médite sur les valeurs révélées par l’action qui font la dignité de l’homme et qui s’équilibrent en lui », écrit-elle. Sa pensée originale et poétique guide son lecteur dans la découverte de cette forteresse, non pas comme s’il s’agissait d’une visite austère, mais plutôt d’une promenade dans une campagne étrangère, d’un pèlerinage en terre méconnue : celle du langage et de l’amour, comme aussi d’un cheminement initiatique en cercle clos et pourtant élevé vers le ciel. Traitant d’un problème qui a défrayé la chronique entre 1961 et 1989, Annie TCHERNYCHEV pose la question du mur de Berlin. Doit-on le faire en termes de frontière physique ou idéologique ? Elle retrace de quelle manière l’affrontement idéologique entre les deux blocs rivaux capitaliste et socialiste s’était ponctuellement concrétisé par cette ligne séparant les deux parties de l’ancienne capitale : pendant un temps, le Mur matérialisa en béton l’existence du « Rideau de fer » (Churchill), mais au-delà de la coercition dont il est la vivante expression, dans la réalité il plonge ses racines dans l’inconscient collectif russe qui voulait que toute population fût à l’abri de ses remparts (on songe à la thématique d’Alexandre Nevski de 16

Sergueï Eisenstein), — et dans l’univers contemporain « contre les intrusions capitalistes ». Après avoir évoqué l’attitude satirique à propos du Mur et les raisons de sa construction, l’auteur évoque deux toiles suggestives de Vladimir Tchernychev : le mur-prison qui éclate sous l’effet de l’enracinement de l’arbre qui le mine inexorablement ; l’autre qui renvoie au « Mur vert » de Zamiatine dans son roman Nous (1920), mur qui protège les habitants contre un univers inconnu à l’instar du Mur de Berlin. Le livre s’achève sur un double épilogue. René VARENNE, effectuant un tour d’horizon, décrit la peur qui, aux origines, a incité l’homme à se protéger contre les prédateurs et, notamment, contre d’autres hommes. Quels que soient les temps et les lieux, quelles que soient les différences de cultures, s’exprime la nécessaire obligation pour les humains de différencier le territoire qu’ils habitent et de le défendre contre la convoitise d’autrui, mais également d’empêcher que l’on échappe aux limites mêmes qu’ils ont établies. Depuis l’épisode biblique et métaphorique des trompettes de Jéricho, le temps nous a confirmé dans l’idée qu’aucune forteresse, physique ou idéologique, n’avait vocation à demeurer inexpugnable, de l’intérieur comme de l’extérieur : toutes les « barrières sont là pour être franchies », écrit Annie Tchernytchev, — une phrase qui se vérifie à travers les âges jusqu’à aujourd’hui. Présentées en une belle page due à l’amitié de JeanPierre MAURIN, on trouve la description et l’histoire du château médiéval ducal de Hérisson, à l’ombre duquel se sont déroulées ces journées. Cet édifice, comme bien d’autres, tomba aux mains de ses assaillants par trahison.

Michel MAZOYER (Paris I Sorbonne) – Sydney H. AUFRÈRE (Centre Paul-Albert Février, UMR 6125, Université de Provence)

Journées universitaires de Hérisson : 2002 – L’arbre : symbole et réalité 2004 – L’oiseau entre ciel et terre 2006 – D’âge en âge 17

LA GARNISON DIVINE POSTÉE À LA DÉFENSE DE LA PORTE DU TEMPLE D’HORUS À EDFOU REMARQUES ICONOGRAPHIQUES
Sydney H. AUFRÈRE En Égypte ancienne, le temple est un microcosme qui présente, pour des yeux exercés, la forme de l’univers tel que les Égyptiens se le représentaient jadis. Il s’agit d’un univers participant du minéral, du végétal et du cosmique dans sa structure même 1. Double montagne matérialisant les déserts Libyque et Arabique, le pylône, dont les deux ailes s’élancent vers le ciel, proclame sur les faces tournées vers l’extérieur les victoires de Pharaon sur ses ennemis. À le voir, ceux qui s’en approchaient entendaient résonner le fracas de batailles réelles, revêtant parfois, contre l’évidence, la victoire sur un ennemi féroce comme Ramsès II à Qadech. À l’instar de Rê, le roi, couvert d’or, charge sur son char ses adversaires dont la masse déstructurée se replie en désordre et ploie sous ses traits acérés, — et le chaos retourne à la nuit. Sitôt que ces victoires de convention des derniers souverains du Nouvel Empire eurent cessé de défrayer la chronique pharaonique, les dieux reprirent leur rôle traditionnel en y assurant leur domination virtuelle sur les adversaires traditionnels de l’Égypte, au sud, à l’est et à l’ouest. Se prêtant aux délices de l’analogie, les ailes du pylône, tourné vers le sud, représentent les deux déserts, de l’Est et de l’Ouest, respectivement placés sous la protection de Sopdou et de Ha 2. Dans ces deux contrées limitrophes se déroulaient les affrontements mythiques, ainsi que leurs répliques terrestres3. Solidement plantés devant les môles, les poteaux à l’extrémité desquels flottent des oriflammes signalent la présence divine à ceux qui l’aperçoivent de loin. Le temple, demeure du dieu, est un lieu de repli, un camp retranché où s’organise la lutte contre les forces maléfiques 4. Il devient, dans la réalité, le dernier bastion, véritable forteresse comme à Karnak, placée sous la protection d’une divinité combattante, Thèbes-Victorieuse (‹Az.t-nx.t), qui non seulement incarne allégoriquement la force guerrière de la Ville (Njw.t), comme on l’appelait, mais fait corps avec cette structure défensive, des créneaux de laquelle on faisait pleuvoir des projectiles sur l’ennemi 5. Les armes de Thèbes-Victorieuse, la masse d’armes à ergot, l’arc à double courbure et les flèches, auxquelles peuvent parfois se substituer les sistres, lui composent les deux visages de la Guerre et de la Paix 6. À KarnakNord, dans l’entrée du temple d’Amon-Rê-Montou, l’allégorie armée de Thèbes

accueille les nomes, rappelant qu’en tant qu’incarnation de la défense de l’Égypte, elle constitue une entité belliqueuse qui a su dicter, à plusieurs reprises, sa loi au cours de l’histoire 7. En résumé, l’esplanade du temple, lieu de propagande royale, tourné vers l’est ou le sud, est un lieu où se déroulent, pour n’en retenir que les grandes lignes, non seulement un combat permanent entre le roi et ses ennemis, mais aussi une lutte mythologique opposant différents aspects du soleil à ses adversaires à l’Orient et au Midi, et correspondant respectivement à deux cycles célestes : diurne et annuel. Sur les rares temples parvenus complets jusqu’à notre époque, celui d’Edfou offre encore des caractères surprenants concernant le conflit allégorique qui met aux prises les forces du Jour et celles de la Nuit. Et si l’on veut suivre les Égyptiens, avec leur goût pour la réplique et l’analogie, le haut pylône d’Edfou 8, — le plus haut connu, — faisant face au sud, joue un rôle de style et les colonnes de la cour celui de graduations d’un gnomon, d’une horloge solaire qui, grâce au déplacement de l’ombre, indique saisons et mois 9. Le solstice d’été correspond ainsi à l’ombre la plus courte, le solstice d’hiver à la plus longue. Ainsi, la cour représente-t-elle un champ de bataille virtuel dans lequel l’expression des forces du Bien (la Lumière) l’emporte sur celle du Mal (l’Obscurité). L’année solaire est associée à la vie de Rê-Harakhtès, lequel représente la force de l’âge pendant l’été (Chemou), et pendant la saison d’Akhet, mais qui entre dans une phase de déclin au début de l’hiver (Peret), puisque le soleil baisse sur le plan de l’écliptique et déploie son ombre jusqu’au solstice d’hiver (21 décembre) pour renaître tel un jeune faucon 10. L’existence du soleil revêt les trois âges de la vie : la jeunesse, la maturité et la vieillesse. Dans son troisième âge, Rê fait figure de vieillard gâteux à l’assiette instable, branlant du chef et s’appuyant sur une canne 11. Le fait que la tête criocéphale du dieu ploie vers l’avant sous l’effet de l’âge est une façon d’expliquer, sur le plan mythique, la baisse de l’astre solaire par rapport au plan de l’écliptique et l’allongement des ombres qui en résulte 12. Le temple d’Horus à Edfou présente Fig. 1. Plan du temple d’Edfou. une disposition particulière. L’éviction des 20

forces du Mal est liée à la présence de soixante-quatre génies armés dont les silhouettes apparaissent, côté cour, sur les flancs de la Paroi sud de la porte. L’emplacement correspond aux nos 17 et 18 sur le plan précédant 13. Dans une étude intitulée « Les génies armés, gardiens de la porte du pylône du temple d’Horus à Edfou », Res Antiquae 3, 2006, p. 3-56 14, j’ai abordé ces génies. Dans le but d’en mieux cerner la cohérence, sur les plans iconographique et sémantique, il m’a semblé utile de compléter les données par une analyse iconographique plus poussée de ces personnages dangereux qui verrouillent l’entrée du temple et « veillent sur Horus, leur seigneur » 15, et qui constituent, en quelque sorte, l’arrière-garde de deux autres séries de divinités agressives. La première s’inscrit dans les rainures des mâts. Disposées au fond et sur les côtés des quatre rainures, les silhouettes des quatre compagnies composant les Soixante gardiens d’Edfou, à cet emplacement stratégique, montent la garde : neuf au fond et trois sur chacun des côtés, en tout quinze par rainure 16, ce qui fait soixante en tout. On n’a nulle raison d’analyser ces dieux-gardiens, bien connus par le travail magistral de J.-Cl. Goyon 17. Ces Soixante d’Edfou sont les zA.w-n≠zn ou les xw-n≠zn. Ils avaient pour mission de s’opposer aux forces du chaos qui, « sans cesse, s’efforcent de remettre en question la création et son équilibre, en tentant de déposséder son légitime souverain, le Soleil » 18. La seconde se trouve au-dessus de la porte, entre les deux ailes du pylône. Elle est constituée, à la base des ailes est et ouest, par deux séries de génies coutiliers19. Ce sont également des protecteurs — les Djaïsou, — qui, selon la teneur générale des textes figurant dans leur soubassement respectif, ont pour mission de repousser le mal autour du seigneur des dieux et d’effectuer sa protection. Deux divinités, « Horus » et « Horus, le dieu grand qui préside la Pê-de-Rê », sont respectivement le premier et le dernier des génies de ces deux séries 20. Pour l’essentiel, des noms leur sont affectés évoquant divers aspects de la force et de la violence, de la rapidité, de la vue, faisant écho à ceux de nos soixante-quatre génies. Pour revenir à notre arrière-garde, de par leur aspect effrayant, leurs attitudes, leurs armes et surtout leurs noms, ces êtres menaçants considérés sous le nom de « coutiliers » 21, étaient potentiellement prêts à bondir sur ceux qui, franchissant la porte, eussent désiré investir la cour du temple, en accentuant le glissement insidieux vers le nord de l’ombre qui atteste, au cours de l’année, du déclin du soleil. Ce qui frappe, à première vue, à la différence des génies-gardiens précédants — horiens, — c’est leur surarmement, qui signifie que leur présence obéit à un objectif stratégique mettant en œuvre la conception d’une défense militaire du temple et leur organisation calendaire. Chaque escouade de divinités avait pour fonction de veiller en propre sur un des douze mois de l’année. Ces groupes sont répartis sur deux fois treize registres, de part et d’autre de l’axe nord-sud. On donnera leur nombre de haut en bas en fonction du calendrier, car

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