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Robert Lacoste, le bouc émissaire

De
238 pages
Le 2 février 1956, au lendemain de l'investiture du gouvernement de front républicain dirigé par Guy Mollet, Jacques Soustelle quitte son poste de gouverneur général d'Algérie. Il est remplacé le 10 février par Robert Lacoste, nommé Ministre résident en Algérie. L'Algérie s'impose comme le problème prioritaire du cabinet Mollet. Un courant interne d'opposition à la politique algérienne menée par ce dernier se constitue dès 1956. Lacoste sera associé à jamais à la condamnation du "molletisme". Il deviendra l'homme qui a "couvert" l'armée et dissimulé la pratique de la torture. Le parti socialiste SFIO y survivra difficilement.
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AlainHERBETH
ROBERT LACOSTE,LE BOUC ÉMISSAIRE L a S F I O à l ’ é p r e u v e a l g é r i e n n e
Robert Lacoste, le bouc émissaire
Alain HERBETHROBERTLACOSTE,LE BOUC EMISSAIRELa SFIO à l’épreuve algérienne L’Harmattan
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12586-2 EAN : 9782343125862
PROLOGUE La mémoire et lhistoire
« Labsolue pureté ne coïncide-t-elle pas, pour une nation, avec la mort historique ? » Albert Camus Le 2 février 1956, au lendemain de linvestiture du gouvernement de front républicain dirigé par Guy Mollet, Jacques Soustelle quitte son poste de gouverneur général dAlgérie. Arrivé un an plus tôt dans la plus grande indifférence, cest dans la cohue quil doit aujourdhui se frayer un chemin vers le retour. Des dizaines de milliers de pieds-noirs se bousculent sur son passage. Ils laccla-ment et ils pleurent. Ils bloquent sa voiture, lobligeant à monter sur un blindé de larmée pour franchir les derniers mètres qui le séparent du port. Ils sont venus le supplier de ne pas les abandonner… L’abandon, la véritable terreur du petit peuple dAlger. Huit jours plus tard, le 10 février, dans un anonymat soigneusement préparé, Robert Lacoste fraîchement nommé ministre résident en Algérie débarque à « Maison-Blanche », laéroport dAlger. Le successeur désigné de Soustelle, après la démission du général Catroux au soir du 6 février, monte dans une voiture banalisée et se préci-pite vers le Palais dété où lattend Guy Mollet.
Huit jours seulement séparent le départ de Soustelle et larrivée de Lacoste. Huit jours où commence, à bas bruit, à se bâtir la légende noire de Guy Mollet et de Robert Lacoste. Elle sera, chaque jour, enrichie. Ceux qui, aujourdhui encore, accablent la vieille 1 SFIO sont ceux-là mêmes qui ont fait de Guy Mollet, «le symbole de la trahison aux promesses faites, le symbole du double langage, de la collaboration de classes, de la lutte acharnée contre les authentiques socialistes, le symbole de la médiocrité en politique », comme le souligne Denis 2 Lefebvre . Dans le même mouvement, Robert Lacoste deviendra lhomme qui a « couvert » larmée et dissimulé la pratique de la torture. Le jour de sa mort, en 1989, la télévision publique annoncera « la mort du ministre de la Torture. » Dès 1957, André Philip écrit un pamphlet édité chez Plon et intitulé « Le socialisme trahi. » Le titre semble tout dire et épuiser le sujet ! Mais non, il y eut dautres pam-phlets, dautres articles, dautres déclarations. La vindicte 3 est restée permanente et le départ vers « lOrient éternel » de Guy Mollet, en 1975, ny a rien changé. Lanti-molletisme, et surtout lhostilité à sa politique algérienne, demeure une donnée constante au sein du PS, même si, en 2015, son premier secrétaire participa à une petite cérémonie organisée par la section dArras à loccasion du cent dixième anniversaire de la naissance du
1 La SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) est née en 1905, la même année que Guy Mollet, et de nombreuses crises ont jalonné sa route : 1920 est la création du Parti communiste français, 1933 avec Marcel Déat et les « néos», 1938 avec Marceau Pivert… Ce sont les « événements» d’Algérie qui provoqueront l’ultime crise avant liquidation avec la création du PSA (Parti socialiste autonome). 2 Denis Lefebvre.Guy Mollet, le mal aimé, Éditions Plon. Paris. 1992. 3 Guy Mollet a été initié, au sein du Grand Orient de France, au grade d’apprenti, en 1934.
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« petit chose », un surnom gagné au moment où il animait le syndicat des « pions ». Mais le rejet demeure, il est indispensable à la bonne conscience de ceux qui ont oublié depuis longtemps ce quétait le peuple quils sont censés représenter et défendre. Cest pourquoi il faut que Guy Mollet demeure un traître ! Un traître à jamais, lui qui a eu limmense tort de navoir jamais oublié doù il venait ni ce quil devait à son parti ! Son parti, il la totalement intério-risé, son souffle est devenu le sien. Discipliné, fidèle, renonçant parfois à ses propres convictions quand celles-ci navaient pas su convaincre, il a toujours accepté de se plier aux majorités issues des instances nationales du parti, congrès ou comités directeurs. Il aurait pu inventer la cé-lèbre formule de Léon Blum : «On na jamais raison contre son parti.» Au moment de sa mort, le journalLibération, porte-voix dune nouvelle gauche en train de se construire, héri-tière des idées de mai 68, fait de Guy Mollet le symbole de tout ce qui est exécrable en politique. On laccuse «dêtre Tartuffe lui-même, ressuscité sous le froc socialiste.» Trois ans après sa mort, lhistorien Michel Winock parle encore de lui comme du «modèle du traître de comédie, 4 larchétype du médiocre .» Quelques voix discordantes, pourtant, se sont fait entendre dans le concert dimprécations. Celle du CERES, un courant du PS animé par Jean-Pierre Chevènement, qui fustige les «traîne-sa-vates qui ont fait de Guy Mollet un épouvantail», celle des cercles Jean Jaurès, animés par Pierre Desvalois, qui sa-luent ce «guesdiste convaincu», celle de Max Lejeune pour qui Mollet fut «lucide et réaliste dans lépreuve 5 algérienne» et celle, enfin, de Jacques Piette qui, à Arras, 4 Michel Winock.La République se meurt. Chroniques 1956-1958. Seuil. 1978. 5 Jacques Piette adhère à la SFIO en 1936 après avoir claqué la porte du PCF. Il s’engage dans les brigades internationales en Espagne puis,
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