Souvenirs d

Souvenirs d'Égypte - 1890 et 1891

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Livres
56 pages

Description

C’était en 1890, à mon premier voyage en Orient, le 24 avril, veille de la saint Marc ; j’étais à bord du Poitou. débarquant en Égypte.

Les cavas du consul nous attendaient sur le quai, distribuant en notre honneur une généreuse réjouissance de coups de cannes, à la foule assemblée pour voir débarquer ses amis les Francs ; jamais je n’avais vu rien de semblable, mais si difficile qu’en fût la traversée, ne la comparons pas cependant à celles de la Méditerranée ou de la terrible mer Ionienne ; bien mieux vaut ne plus penser aux vieilles épreuves des jours passés, et admirer chemin faisant les choses que nous rencontrons.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Ajouté le 09 novembre 2016
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EAN13 9782346121434
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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Raoul Du Grandlaunay
Souvenirs d'Égypte
1890 et 1891
A Madame MARIE DE KERSABIEC
COMTESSE DOUAIRIÈRE DE LA SELLE.-D’ÉCHULLY
En son manoir de Bois-Garnier, à la Boissière-sur-È vre.
1. Une nuit à Alexandrie. 2. Chasse à l’aigle dans le désert au delà des gran des Pyramides 3. Un dimanche à travers la Base-Égypte. — Héripoli s et Matarich. 4. Mœurs de l’Égypte. 5. Excursion chez les Coptes à Fostat-Masr.
Château de la Herpinière, par Montsoreau(Maîne-et-Loire), er 1janvier 1896,
Bonne Tante, Je retrouve quelques feuilles de notes glanées en v oyage, elles portent une adresse. Permettez-moi de vous les restituer ; je l es avais écrites, en effet, à votre intention, car vous m’aviez gracieusement dit en pa rtant: « De cœur je voyagerai avec toi. » Ce sont des souvenirs d’Afrique griffonnés en Asie dans les haltes de Samarie à Naplouse ou à Djénine et peut-être ailleurs, je ne saurais préciser ; mais ce que je me rappelle très bien, c’est que le soir je prenais pl aisir, en descendant de cheval, à causer avec vous sur mon petit carnet, c’était mon meilleur repos. Comme dans la vie sous la tente,en Syrie nous étions parfois loin de nos désirs ; e t de plus, nous manquions de tout. Ainsi pour vous em brasser, tante Marie, et vous écrire :« Je vous aime »,un beau tapisil fallait s’asseoir d’abord par terre au milieu d’ de chardons, puis mettre une botte sur mes genoux, ce qui me procurait facilement un bureau ; au camp les tables sont aussi inconnues qu e les chaises ; vraiment la caravane n’était pas luxueuse, mais nous étions con tents et alors tout était bien. En parcourant ces pages, je vois que les lacets fle uris du Mont-Carmel et les lauriers roses du Jourdain n’y sont pour rien, le l ac de Tibériade même n’avait pu faire oublier l’Egypte ! ! ! Oh ! ma tante, je ne m’étais pas imaginé qu’il y av ait sur la terre un aussi merveilleux Paradis ; je le trouvai si beau que je voulus en partager le charme en vous disant mon enthousiasme. Ce qui était d’autant plus facile, que de souvenir je vivrai toujours au Caire, mariant au pays des Pharaons mes plus chères affections ; depuis, souvent en rêvant, je vogue encore sur le Nil bleu, où mon admiration dépasse les Pyramides. Mais quel malheur ! les Juifs se sont emparés de ce jardin délicieux ; sous le nom d’Anglais, vous ne sauriez croire au chagrin éprouv é à la vue de cette hideuse plaie, rongeant ce peuple infortuné, dont le crime est d’ê tre le plus faible et d’habiter un pays riche. Heureusement que bientôt viendra le jour où l’Egypte chrétienne,imitant ce qui sera alors ici et partout, exterminera cette race maudit e pour la gloire de Dieu et le bien général des nations ; en attendant, tout vrai Franç ais ne peut rester indifférent devant l’injustice, il doit de son âme indignée ne cacherle courroux. Voilà pourquoi, tante chérie, en les quelques ligne s que je vous envoie, j’ai piqué avec rage :ys.Les Juifs ennemis des Chrétiens et des fleurs de l Agréez ce souvenir respectueux qui n’est rien, horm is une vieille dette de reconnaissance ; n’est-ce pas vous, tante, qui avec mon regretté oncle, notre bon père Jean de Kersabiec, m’aviez conseillé mes voyages en Orient ? C’est donc encore, et toujours,à ma meilleure parenteque je dois
UNE NUIT A ALEXANDRIE
C’était en 1890, à mon premier voyage en Orient, le 24 avril, veille de la saint Marc ; j’étais à bord duPoitou.débarquant en Égypte. Les cavas du consul nous attendaient sur le quai, d istribuant en notre honneur une généreuse réjouissance de coups de cannes, à la fou le assemblée pour voir débarquer ses amis les Francs ; jamais je n’avais v u rien de semblable, mais si difficile qu’en fût la traversée, ne la comparons p as cependant à celles de la Méditerranée ou de la terrible mer Ionienne ; bien mieux vaut ne plus penser aux vieilles épreuves des jours passés, et admirer chem in faisant les choses que nous rencontrons. La ville neuve d’Alexandrie a des rues longues et l arges, comme nos boulevards de France, elles traversent d’immenses places publique s, plantées de grands palmiers sous lesquels on entend la musique, on y crie, on y chante ; partout est une multitude de gens somptueusement, ordinairement, ou pas du to ut vêtus ; la couleur des frimousses est presque aussi variée que le bariolag e des divers coutumes ; à côté de l’Arabe et de l’Égytien regardez le beau nègre d’Ab yssinie coudoyant le gros Turc qui lui baille en passant un coup de bâton pour rappele r les distances et sa suzeraineté ; ici le rouge et fier soldat de l’armée britannique file à grands pas la canne à la main ; on trouve des chrétiens vêtus comme vous, et trop d e Juifs crasseux. Les riches indigènes portent pour tout vêtement une longue robe de soie généralement jaune ou bleue ; les gueux s’en passen t. Les femmes, toujours voilées, portent des fardeaux sur la tête, ou reviennent en bandes joyeuses d’emplir leurs gargoulettes d’eau p ure au divin fleuve ; se riant des âniers, la gaule à la main, courant à fond de train pour poursuivre en tous sens leurs bandes indisciplinées au milieu d’un méli-mélo de m archands de choses curieuses qui font un vacarme extraordinaire, c’est tout oriental .