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Sur les traces de la Traite des Noirs à Bordeaux

De
124 pages
L'immense tragédie de la traite négrière est quasiment absente de la mémoire collective de l'humanité. Port négrier au 18è siècle, Bordeaux reste elle aussi amnésique. Depuis sept ans l'association DiversCités fait un travail de mémoire en sensibilisant le public bordelais et aquitain sur ce phénomène dont les répercussions sont encore actuelles. Ce livre administre la preuve de l'impact que l'activité négrière du port a eu sur le développement urbain, social, économique et culturel de la capitale girondine.
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Sur les traces de la TRAITE DES NOIRS à BORDEAUX

Sociétés Africaines et Diaspora Collection dirigée par Babacar SALL
Sociétés Africaines et Diaspora est une collection universitaire à vocation pluridisciplinaire orientée principalement sur l'Afrique et sa diaspora. Elle accueille également des essais et témoignages pouvant servir de matière à la recherche. Elle complète la revue du même nom et cherche à contribuer à une meilleure connaissance des réalités historiques et actuelles du continent. Elle entend également œuvrer pour une bonne visibilité de la recherche africaine tout en restant ouverte et s'appuie, de ce fait, sur des travaux individuels ou collectifs, des actes de colloque ou des thèmes qu'elle initie. Déjà parus Khadim SYLLA, L'éducation en Afrique, 2004. Philippe NOUDJENOUME (dir.), Les frontières maritimes du Bénin, 2004. Amadou NDOYE, Les immigrants sénégalais au Québec, 2003. Dominique BANGOURA (dir.), L'Union africaine face aux enjeux de paix, de sécurité et de défense, 2003. Chouki EL HAMEL, La vie intellectuelle islamique dans le Sahel ouest-africain (XVle-XIXe siècles), 2002. Kimba IDRISSA (sous la direction de), Le Niger. État et démocratie, 2001. Claude SUMA TA, L'économie parallèle de la RDC, 2001. Abdoulaye GUEYE, Les intellectuels africains en France, 2001. Mamadou Abdoulaye NDIA YE, Alpha Amadou SY, Africanisme et théorie du projet social, 2000. Léon MAT ANGILA Musadila, La catégorie de la faute chez les Mbalas (Bantous) - Paul Ricoeur en débat, 2000. Aka KOUAMÉ, Éducation et emploi des femmes à Abidjan, 1999. Philippe NOUDJENOUME, La démocratie au Bénin, 1999. Laurence BOUTINOT, Migration, religion et politique au Nord Cameroun, 1999. Aka KOUAMÉ, Éducation et emploi des femmes à Abidjan, 1999. Mariella VILLASANTE DE BEAUVAIS, Parenté et politique en Mauritanie, 1998.

L'association

DiversCités présente

Sur les traces de la TRAITE DES NOIRS à BORDEAUX

de Danielle Pétrissans-Cavaillès

Remerciement à celles et ceux qui, dans les musées, archives, bibliothèques et bourse du travail ont facilité mes recherches. Avec le concours technique de Sandrine & Vincent Bruneau, Robert Cavaillès, Guy Lenoir et Patrick Serres. Association DiversCités
-

24, rue Ponthelier

33000 Bordeaux

www.diverscites.fr.st

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytecbnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan, 2004

ISBN: 2-7475-6674-9 EAN : 9782747566742

(( Nul

lieu du Monde ne peut s'accommoder du moindre oubli d'un crime,

de la moindre ombre portée. Nous demandons que les non-dits de nos histoires soient cor!Juréspour que nous entrions tous ensemble, et libérés, dans le Tout-Monde. Ensemble encore, nommons la traite et l'esclavage petpétrés dans les Amériques: crime contre l'humanité.))

Edouard Glissant Patrick Chamoiseau Wole Soyinka

SOMMAIRE

Avant-propos L'action de l'UNESCO.

.
... . .. . .. . '" '" .. . .. . .. . .. . .. ....

9 15

Introduction ... I. Histoire de la traite à travers les musées et archives de Bordeaux................................... A. Des origines à l'apogée (1672-1792)
B. Les voyages de la traite.

19 ...
23 24 27 38 43 44 50 61 64

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ...

C. Le temps des remises en cause. . .. . .. .. .. .. . .. . .. . ... II. Des traces dans la ville: hôtels et monuments Essai d'une géographie urbaine de la traite.......
A. Les « vieux B. Le nouveau
C. La périphérie.

quartiers» centre

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .... ....................

de Bordeaux.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

III.

D. De quelques autres lieux en relation avec le sujet.. Hors les murs: chartreuses et bourdieux proches, maisons nobles et propriétés vinicoles
plus lointaines
A. Avant

...
de la révolution.

...
...............................

69
70

la révolution.

B. Les débuts de la révolution..
C. Les suites

.. .. .. .. .. .. .. . .. .. .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

76
77

IV.

Les noms des mes de Bordeaux A. Rues portant le nom d'armateurs négriers B. Rues portant des noms associés à des armateurs ... C. Rues portant des noms de capitaines négriers. . D. Rues portant des noms de personnages politiques. E. Rues de Bordeaux portant des noms liés à la traite.

82 82 89 96 98 102
113

En conclusion...
Bibliographie.

.. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . . . . . . . . . . . .. . .. . ...
............................... "

Repères chronologiques.

119
121

. .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . ..

La déclaration de Delgrés

123

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AVANT-PROPOS

Port négrier au XVIIlème siècle, la ville de Bordeaux reste amnésique à ce passé peu glorieux. Pourtant l'année 2001 a vu le parlement français décider que la traite des noirs était un crime contre l'humanité. Bien auparavant, la ville de Nantes, premier port négrier français, avait organisé pendant deux anllées consécutives, un ensemble de manifestations reconnaissant la place qu'elle avait tenue dans le commerce triangulaire. C'est ainsi que depuis plus d'une vingtaine d'années des associations diverses et variées militent pour que la mémoire de ce génocide sorte de l'ombre. Pendant la mandature de l'ancien maire Jacques Chaban-Delmas, il était hors de question de s'interroger sur la vérité historique de la ville. Cela fait, il est vrai, plus de dix ans. L'arrivée d'Alain Juppé

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nous a paru inscrite dans un contexte plus favorable. On note quelques gestes concrets: Ainsi en juin 2001, Alain J uppé avait reçu l'association DiversCités et fait des promesses dont nous attendons impatiemment la réalisation. Il s'était, en particulier, engagé sur un véritable travail de reconnaissance impliquant l'ensemble des acteurs de la ville. En effet, nous avions posé comme préalable que soit mis en place un comité de Pilotage composé d'universitaires, d'associations, d'acteurs culturels et d'enseignants. Ce comité devait avoir comme objectif de concevoir un projet de reconnaissance suffisamment participatif pour permettre aux bordelais(e)s de comprendre ce qui s'est passé dans leur ville: Comment toute la Gironde, voire l'Aquitaine, a profité des fortunes amassées; Comment l'horreur de la traite des noirs et de l'esclavage a PlI être acceptée voire encouragée par l'ensemble des autorités de la ville ? Comment des centaines de navires ont pu être construites et armées par de riches hommes d'affaires pour aller acheter du « bois d'ébène» à des chefs africains corrompus; Comment, pour du sucre et du café, des européens et des africains ont accepté d'arracher à leurs terres et à leurs familles des hommes libres, contraints à traverser les océans pour aller travailler jusqu'à la mort dans l'esclavage le plus dégradant; Comment, après l'abolition de la traite en 1818, la fortune amassée a été en partie « blanchie» dans les vignobles; Comment la ville a remercié ces riches armateurs et capitaines;

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Comment, plus de cent cinquante ans après l'abolition de la traite des noirs (1818), Bordeaux persiste dans une amnésie faussement confortable et dangereuse car, croyant le fuir et se protéger, elle se fragilise et renforce l'impact dans l'inconscient collectif où, dès lors, l'irrationnelle dispute au souverain mépris colonial, ce qui de fait l'empêche de s'ouvrir aux données nouvelles de la société actuelle; comment « la perle des Antilles» que fut Haïti, fut obligée par le gouvernement français de dédommager les esclavagistes (90 millions or) pour prix de sa liberté arrachée à l'armée de Napoléon Bonaparte... Peut-on comprendre le monde d'aujourd'hui, la situation de l'Afrique, le dénuement des Caraibes, en plaçant sous silence les fléaux historiques qu'ils ont connus? Comment construire des citoyens sur la base d'une vision tronquée de leur histoire? L'histoire universelle est tissée d'une imbrication de valeurs et d'atrocités. Nulle communauté n'a ni à se glorifier des uns, ni à rougir des autres. Nul n'est responsable de ce qui l'a précédé mais de ce qu'il fait. Or, connaître le passé sous tous ses aspects est la condition d'œuvrer soi-même à faire prévaloir aujourd'hui le positif qui gît dans l'humanité sur le négatif qui le côtoie. C'est cela la reconnaissance et l'aveu, en même temps que la main tendue à ceux dont le passé se situe de l'autre côté de la pente. Le silence et l'oubli qui caractérisent la gestion de l'histoire négrière de Bordeaux ne sauraient masquer un intérêt de plus en plus vif que notre mobilisation commune a réussi à faire émerger. Le fait est là, massif: chaque année des centaines de jeunes bordelais mobilisent leurs collèges et lycées dans le but de comprendre le passé négrier de leur ville. Et, lors de nos interventions, l'attention des jeunes et leur conscience de l'importance de la mémoire dans leur construction identitaire constituent l'illustration la plus nette de l'exigence de vérité

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historique de la ville. Et pour comprendre et partager cette vérité, nous serons particulièrement vigilants à ce que tous les gestes officiels, comme les poses de plaques commémoratives, conduisent bien à des actions de fond sans lesquelles elles n'auraient été que des actions de marketing politique enfouissant mieux encore la mémoire de la traite. Nous attendons une véritable démarche participative de reconnaissance qui implique l'ensemble des acteurs associatifs, culturels et universitaires pour une vraie réflexion devant aboutir à un projet d'envergure se déployant au sein des bibliothèques, des collèges, des lycées, des universités, des centres sociaux et culturels. Le temps est venu pour la mémoire du port négrier de sa vraie place dans l'histoire locale.

retrouver

Voilà sept ans que nous agissons et donnons une visibilité à cette mémoire sur Bordeaux, sept longues années durant lesquelles il a fallu faire face à l'inertie et à la timidité des pouvoirs locaux. Aujourd'hui, avec ce guide, nous administrons la preuve. Avec de faibles moyens mais une grande ambition, nous mettons à la disposition du bordelais et du touriste de passage, un document inédit retraçant les circuits économiques, familiaux et urbains qu'ont emprunté les trafiquants de chair dans cette ville. Et, ce n'est peut-être pas un hasard si nous avons rencontré l'auteur de ce Guide, Danielle Pétrissans-Cavaillès, lors d'une intervention au collège Emile Combes de Bordeaux, à l'occasion d'une exposition réalisée par des élèves du club UNESCO. Historienne de formation, elle s'intéresse de longue date au XVIIlème siècle bordelais (un premier mémoire en 1968). Avec rigueur et honnêteté, elle revisite cet aspect de l'histoire locale que peu de bordelais connaissent avec autant d'exactitude: personnages, rues, hôtels particuliers, quartiers,

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