Territoires et administrateurs du Togo

Territoires et administrateurs du Togo

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Français
252 pages

Description

Cette histoire administrative du Togo est d'une part celle des acteurs qui ont constitué, dans les contextes politiques successifs, les relais indispensables d'un pouvoir central soucieux d'encadrer ses administrés de façon toujours plus étroite ; d'autre part, c'est celle d'un maillage des territoires administrés, un découpage de plus en plus ramifié, de mieux et mieux adapté aux réalités locales physiques, ethniques, démographiques, politiques. Ce manuel, produit d'une longue coopération entre scientifiques de plusieurs disciplines, institutions et nationalités, est bien plus qu'un simple outil de travail : c'est toute l'histoire concrète du Togo qui s'y dévoile.

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Publié par
Date de parution 26 août 2019
Nombre de lectures 1
EAN13 9782140128684
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

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ASSOCIATION DES HISTORIENS ET ARCHÉOLOGUES DU TOGO Sous la direction de Nîcoué Lodjou GAYIBOR et Yves MARGUERAT
Territoires et administrateurs du Togo
1884 – 1992/2016 Hîstoîre & répertoîres
Territoires et administrateurs du Togo 1884 – 1992/2016
Territoires et administrateurs du Togo
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ASSOCIATION DES HISTORIENS ET ARCHÉOLOGUES DU TOGO Sous la direction de Nicoué Lodjou GAYIBOR et Yves MARGUERAT Territoires et administrateurs du Togo 1884 – 1992/2016 Histoire & répertoires
Photo de la couverture : Quand le lieu central du pouvoir change de mains : le 30 septembre 1920, à 9 h 30 du matin, devant le palais des gouverneurs allemands, cérémonie du transfert de Lomé des mains des Britanniques à celles des Français. Les trou-pes rendent les honneurs aux deux drapeaux qui flotteront ensemble sur la même hampe pendant toute la journée. Le palais est resté le siège du pouvoir suprême au Togo de 1905 à 1970. Cliché et carte postale d’Alex Acolatsé. (Collection Philippe David)
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COLLECTION "PATRIMOINES" n° 19 Avec la collaboration de : (par ordre alphabétique) (1991-1992) Etienne Elom F. AHIAKO ethnologue, assistant de recherche, ORSTOM Jean-Claude BARBIER sociologue, ORSTOM Yves MARGUERAT géographe et historien, ORSTOM Peter SEBALD historien allemand en accueil à l’ORSTOM (2017-2019) Abaï BAFEI historien, assistant, Université de Kara Komlan KOUZAN historien, maître de conférences, Université de Kara Nakpane LABANTE historien, maître de conférences, Université de Kara Bammoy NABE historien, maître de conférences, Université de Kara Kuwédaten NAPALA historienne, maître de conférences, Université de Kara Koffi Amouzou SOSSOU maître de conférences, Université de Kara Essohouna TANANG historien, assistant, Université de Kara Jean-Loup Vivier avocat aux barreaux d’Auch et de Kara sous la direction du Prof. Nicoué Lodjou GAYIBOR, historien, président de l’AHAT Cartographie : Etienne Yawo ADJIMAH Réalisation finale (2018-19) : Yves MARGUERAT
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INTRODUCTION L’importance de l’histoire administrative des divers territoires d’un pays ne saurait être sous-estimée, à de nombreux points de vue. Le chercheur qui fouille les archives d’un lieu tombe pratiquement à chaque dossier sur le nom de l’un de ses administrateurs d’autrefois. En plus de permettre des datations plus précises, les écrits de ces derniers témoignent de leurs activités et de la chronologie des évènements, ainsi que de leurs observations et de leurs réflexions face aux problèmes auxquels ils s’affron-taient, de leur compréhension -ou de leur incompréhension- des hommes qu’ils avaient à commander, du jugement qu’ils portaient sur leurs adminis-trés, sur leurs mouvements d’humeur parfois… Localement, la tradition ora-le peut avoir conservé une forte mémoire -positive ou non- de certains d’en-tre eux, quitte à déformer leur nom, comme l’Allemand von Doering devenu "Fondouli" pour les gens d’Atakpamé… Il est donc important pour l’histo-rien de pouvoir situer avec précision chacun de ces auteurs de rapports ou acteurs de décisions et, pour cela, de disposer de la liste complète des admi-nistrateurs qui se sont succédé à un chef-lieu donné depuis l’origine de celui-ci. Dresser cet inventaire à l’échelle du Togo, tel est notre but. Il s’agit aussi d’établir l’histoire administrative des espaces concer-nés et de leur structuration autour de tel ou tel chef-lieu : pour le géographe, l’économiste, le planificateur et bien d’autres, la promotion comme capitale locale d’une agglomération qui était déjà consistante ou bien d’un simple vil-lage, parfois très modeste, a joué un rôle décisif dans la mise en place de l’armature urbaine actuelle. En effet, accéder à un rang administratif donné signifie recevoir, à plus ou moins court terme, tous les équipements publics du niveau correspondant : bureaux de l’administration, directions des servi-ces techniques (travaux publics, agronomie, élevage…), infrastructures de santé, établissements scolaires et culturels, bureau des postes, logements des fonctionnaires, gendarmerie… On y installe l’électricité, l’eau potable, un marché moderne, une gare routière… Arrivent aussi des maisons de com-merces, des missions religieuses... On constate ainsi que, plus les villes ont été promues anciennement au rang de chef-lieu, plus elles ont bénéficié d’in-
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frastructures urbaines majeures, plus elles dominent aujourd’hui leurs voi-sines et leur environnement régional. Cette histoire administrative du Togo est donc, d’une part, celle des acteurs qui ont constitué, dans les contextes politiques successifs (trois domi-nations coloniales puis trois Républiques), les relais indispensables d’un pouvoir central soucieux d’encadrer ses administrés de façon toujours plus étroite, c’est-à-dire de s’assurer un contrôle toujours plus efficace à la fois sur les populations et sur les territoires. Il y a ainsi une continuité structurelle des responsables locaux entre les"Kaiserlicher Bezirksamtmänner"de l’épo-que allemande, les "commandants de cercle" français, les "chefs-cir" (chefs de circonscription administrative) du Togo indépendant et les "préfets" d’au-jourd’hui : tous, à toutes les époques, ont été chargés de la même façon du maintien de l’autorité publique et du développement local. Ils ont toujours été les délégués de l’Etat sur le terrain, non les émanations des volontés lo-cales. D’autre part, cette histoire est celle d’un maillage des territoires ad-ministrés, un découpage de plus en plus fin, de plus en plus ramifié, de mieux en mieux adapté aux réalités locales physiques, ethniques, démogra-phiques, historiques, politiques... Résumons ici cette évolution, que l’on décrira davantage plus loin. A l’époque allemande, le "Protectorat du Togo" avait été divisé progressive-ment enBezirke(circonscriptions administratives ou districts), au nombre de sept en 1914, qui portaient le nom de leur chef-lieu (du sud au nord : Lome 1 [Lomé], Anecho [Aného ], Palime [Kpalimé], Atakpame [Sokodé], Kete-Kratschi, Sokode [Sokodé], et Sansane-Mango [Mango]), réseau qui struc-ture toujours la géographie administrative du Togo : trois des cinq chefs-lieux de Région actuels en sont les héritiers sans interruption. Dans le territoire dont elle assure l’occupation militaire en 1914, puis la gestion sous Mandat en 1920 (les deux tiers de l’ancien territoire), l’administration française conserve à peu près tel quel le découpage des cir-conscriptions impériales, qu’elle rebaptise "cercles", conformément au voca-bulaire en usage en AOF, selon les dispositions de la circulaire du 14 décem-2 bre 1915. Ils sont six : Lomé, "Anécho", Kpalimé , Atakpamé, Sokodé et
1  Selon l’orthographe actuelle, fixée officiellement en 1981, que, pour simplifier la compréhension des lecteurs, on utilisera systématiquement ici (sauf pour les cartes). 2 Mais toute la partie occidentale du cercle est abandonnée à l’administration britan-nique, ce qui fait que Kpalimé et ce qui lui reste de territoire seront à plusieurs repri-
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Mango), directement hérités des prédécesseurs, avec des limites de mieux en 1 mieux précisées, que renforcent peu après des "subdivisions" . La crise éco-nomique des années 1930 oblige, pour réduire les budgets, à un regroupe-ment territorial draconien, mais les réalités géographiques sont têtues et im-posent rapidement à rétablir ces unités antérieures. D’autres sont créés dans le dynamisme des lendemains de la seconde guerre mondiale, d’où, à la fin de la période française, un ensemble de 17 unités administratives.  Ces territoires sont confiés à des "commandants de cercle", secondés par des "chefs de subdivision", qui exercent leur commandement au nom et sous le contrôle du "Commissaire de la République française au Togo", à Lomé. Ils doivent passer une grande partie de leur temps en "tournées", pour visiter personnellement chacun des cantons et des villages, afin d’y vérifier que les chefs respectent leurs directives, que les impôts rentrent, que le dé-nombrement des populations est à jour, les travaux publics promis réalisés, 2 etc. Et sur tout ceci, ils doivent rédiger rapports après rapports . A la veille de l’accession du pays à l’Indépendance, le 27 avril 1960, le jeune gouvernement togolais procède à une réorganisation administrative de son espace national, qui, dans les faits, change le vocabulaire et non les réalités pratiques. Le 10 février 1960, les cercles prennent ainsi la dénomina-tion de "circonscriptions administratives", avec à leur tête un "chef de cir-conscription" (en abrégé populaire, "chef-cir"), assistés éventuellement d’ad-joints auprès d’eux et de "chefs de postes administratifs" dans des lieux stra-tégiques plus éloignés. Deux décennies plus tard, la loi du 23 juin 1981 rebaptise les circonscriptions "préfectures", et "sous-préfectures" les postes administratifs, en leur attribuant des noms tirés de la géographie physique ou de l’histoire locale. Les 21 préfectures existantes seront portées à 30 par l’or-donnance du 25 juin 1991, toujours par morcellement des unités antérieures, depuis lesBezirkeallemands originels. Le mouvement continuera par la suite ème à petite vitesse : on est, au début du XXI siècle, à 39 préfectures, toujours créées par subdivision des anciennes, reconnues comme "préfectures-mères". Malgré les changements successifs de dénominations, l’administra-tion territoriale des espaces togolais manifeste donc une grande continuité. * ses placés sous l’autorité d’Atakpamé (chef-lieu de la Région des Plateaux depuis 1960). 1 Tabligbo, Tsévié et Bassar ; toutes trois avaient déjà été sélectionnées comme pos-tes administratifs secondaires à l’extrême fin de l’époque allemande. 2  Hélas, inégalement conservés. Les Archives nationales du Togo se sont efforcées de les rassembler à Lomé, pour les sauvegarder et les rendre disponibles.
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