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Thoutmès prince d'Égypte

De
528 pages

Thoutmès, né de l’union de Pharaon et d’une épouse secondaire, passe son enfance aux côtés de sa mère, une princesse issue de la famille royale hittite. Rien ne laisse présumer qu’il pourra, un jour, jouer un rôle important en Égypte.

Dès son plus jeune âge il suit, avec ses deux demi-frères, une formation militaire tout en apprenant à lire et à écrire les hiéroglyphes et le langage hittite. Excellent stratège, Il monte rapidement dans la hiérarchie militaire jusqu’à occuper un des postes les plus convoités. La disparition de ses deux demi-frères et son mariage avec la princesse héritière du trône d’Égypte lui ouvrent les portes du pouvoir.


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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-24383-4

 

© Edilivre, 2016

Thoutmès prince d'Égypte

Commencé le 3 novembre 2015 et terminé le 18 octobre 2016

Tous droits réservés

Toute reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur.

 

 

Mes plus sincères remerciements à Nadine Reginster, Carine Strobbe, Yves Rogister et William Vonneche pour l’aide qu’ils m’ont apportée lors de la relecture et leur insistance pour que je fasse publier cet ouvrage.

Chapitre I
Mes jeunes années

Moi Thoutmès, Pharaon de la Haute et de la Basse-Égypte ayant atteint l’âge de 73 ans et régnant sur l’Égypte depuis plus de 50 ans, je suis maintenant arrivé à un moment de ma vie où le temps est venu de laisser mes mémoires à la postérité. Rien ne me laissait entrevoir qu’un jour je monterais sur le trône d’Égypte. Et pourtant les circonstances et le destin furent totalement différents de ce qu’ils auraient dû être. Je n’aurai pas raté ma vie et j’aurai pu faire de l’Égypte un pays prospère où il fait bon vivre et où il règne la paix la plus totale. Cela fait maintenant plus de 30 ans que nous vivons en parfaite harmonie avec les états voisins et que les petites querelles se règlent de manière diplomatique. J’ai pu ainsi consacrer une bonne partie de mon règne au bien de mon peuple ainsi qu’à l’enrichissement du pays. Même s’il m’est arrivé de devoir prendre des décisions assez difficiles, voire parfois dangereuses, je pense que mon passage sur le trône d’Égypte aura été utile pour la Haute et la Basse-Égypte.

Bien avant ma naissance, l’Égypte avait dû faire face, pendant des décennies, à des attaques venant du royaume Hittite. Régulièrement la frontière de l’Égypte se voyait violée par les troupes ennemies. Mon grand-père fut obligé à plusieurs reprises de prendre les armes et d’aller en campagne pour repousser les ennemis. Bien qu’il parvienne à renvoyer les belligérants au-delà de la frontière cela ne les calmaient pas. Parfois il se passait quelques mois, parfois une année, mais à coup sûr ils tentaient d’envahir à nouveau l’Égypte. Exaspéré par ces incursions intempestives sur son territoire, mon grand-père, alors âgé de plus de cinquante ans, lança la mobilisation et nomma mon père commandant en chef de l’armée égyptienne. Il lui ordonna de partir en campagne contre le royaume Hittite, de pénétrer en territoire ennemi et d’aller faire le siège de leur capitale. Les préparatifs durèrent plus de quatre mois. En effet il fallut attendre la fin de la saison Chemou1 avant de pouvoir lancer la campagne punitive. Mon père prit alors la tête d’une armée se composant de 1500 chars et 5000 fantassins et partit en direction de la frontière Hittite. Il fallut deux mois aux troupes de mon père avant qu’elles ne pénètrent en territoire ennemi. Ils poursuivirent la marche durant encore quinze jours avant d’arriver aux portes d’Hattusa la capitale du royaume.

Là, mon père se trouva face à une armée deux fois plus importante que la sienne. Après deux jours de combats acharnés, les troupes ennemies, ayant eu énormément de pertes, se replièrent dans la ville. Côté troupes égyptiennes, les pertes s’élevaient à 38 conducteurs de chars et 250 fantassins. Mon père suivit les ordres de Pharaon et entama le siège de la capitale. Il dut attendre près de trois semaines avant qu’Hattushili Ier, le roi Hittite, fasse ouvrir les portes de la capitale du royaume et se présente devant mon père pour déposer les armes. Mon père accepta la reddition et fit prisonnier trois de ses fils et deux de ses filles qu’il ramena en Égypte. Sur place, il laissa un contingent de 500 chars et 2000 fantassins chargés d’amener en Égypte le roi Hittite afin qu’il justifie ses actes devant Pharaon. C’est victorieux que mon père rentra à Thèbes six mois après avoir quitté la capitale de l’Égypte. Un mois plus tard, le restant de l’armée égyptienne rentrait dans la capitale en compagnie du roi Hittite et de son escorte. Il fut reçu à la cour de mon grand-père et là un traité de paix fut enfin signé. Pour sceller cette alliance une fille de pharaon fut donnée en mariage au fils aîné d’Hattushili Ier, tandis que le roi Hittite offrit sa fille Ahmès-Isis en mariage à mon père. C’est ainsi que ma mère entra à la cour d’Égypte par la grande porte.

Au décès de mon grand-père et afin de légitimer son accès au trône, mon père dut épouser la princesse Maâtkarê, sa sœur, qui devint ainsi la Grande Épouse Royale. De leur union naquit en l’an 2 du règne d’Amenhotep, le prince Ramsès, puis en l’an 5 le prince Ahmès. Enfin en l’an 9 la reine Maâtkarê mit au monde son dernier enfant, une petite fille qui se nomma Tétichérie. Par cette union, ma mère fut reléguée au rang d’épouse secondaire. Mais mon père avait une nette préférence pour ma mère et durant toute leur vie, je puis l’affirmer, pour l’avoir vécu, qu’ils s’aimaient et qu’il y avait une grande complicité entre eux. Je vis le jour en l’an 7 du règne de mon père. Ma petite enfance se passa essentiellement auprès de ma mère, qui s’occupa à merveille de moi et qui fit preuve d’une grande patience. Oui je l’avoue, parfois j’étais un enfant très difficile et il m’arrivait de ne pas l’écouter lorsqu’elle me parlait.

Ma mère et moi, nous occupions une aile complète du palais royal situé à Thèbes Ouest. De notre lieu de résidence nous pouvions voir le temple de Karnak situé de l’autre côté du Nil. La partie qui nous était attribuée se composait de cinq pièces pour notre usage privé et de quinze pièces pour la vingtaine de domestiques qui étaient mis à notre disposition. Nous avions également un jardin privé admirablement bien fleuri et une cour ayant en son centre un bassin d’agrément. Mon père et ma belle-mère occupaient quant à eux l’aile de palais sise juste en face de la nôtre. Entre les deux se trouvaient la partie centrale du palais, se composant de la salle du trône et des bureaux de l’administration. Des scribes, prêtres, médecins, officiers de l’armée, et autres, travaillaient pratiquement toute la journée. C’est là que Pharaon présidait les audiences et qu’il prenait aussi les grandes décisions. Il était secondé par deux vizirs ; l’un pour la Basse-Égypte, l’autre pour la Haute-Égypte.

Sauf quand il était en campagne, mon père trouvait toujours un moment dans la journée pour passer nous voir, ma mère et moi. Il était toujours d’une grande douceur et d’une extrême gentillesse avec nous. Combien de fois ne m’avait-il pas pris sur ses genoux ou avait consacré du précieux temps pour jouer avec moi ? Le voir arriver était toujours un immense plaisir pour ma mère comme pour moi. Pharaon, oui, il l’était, mais père de famille il l’était encore plus. De temps à autre il venait me chercher et avec son escorte nous partions faire une balade dans les rues de Thèbes. J’étais ébahi quant au passage de nos chars, la population se prosternait devant leur souverain. Dès notre retour au palais, ce n’était pas un homme de la garde qui me raccompagnait chez ma mère, non jamais, c’était mon père lui-même qui me ramenait et il profitait encore pour rester un bon moment à parler avec ma mère, pendant que je jouais dans la cour. Quand il était temps de regagner ses appartements, c’était toujours chez moi qu’il terminait la visite.

Je me rappelle aussi que régulièrement il venait nous voir en fin de journée et qu’il restait avec nous jusqu’au lendemain matin. Ce soir-là, c’est lui qui me conduisait au lit et qui restait avec moi jusqu’à ce que je m’endorme. Il est vrai que les enfants sont assez curieux de nature et un jour alors que j’atteignais l’âge de six ans, je lui posai la question :

– « Père, pourquoi passes-tu parfois la nuit ici avec nous ? »

– « Ah mon fils, il faut de temps à autre que je fasse plaisir à ta maman. Dors maintenant. »

Il se leva, me regarda tout en me souriant et quitta ma chambre. Il est vrai que je ne voyais pas ce qu’il avait voulu dire et ce n’est que bien des années plus tard que je compris enfin ce dont il voulait parler.

À l’âge de six ans je commençai mon écolage. Je me rendis tous les jours dans une salle située dans la partie centrale du palais où je retrouvais mes demi-frères Ramsès et Ahmès. Là, tous les matins, un scribe m’enseignait la lecture et l’écriture hiéroglyphique et hiératique. Vu notre différence d’âge, mes frères avaient de l’avance sur moi. Mais il fallait bien un début à tout. Ils furent tous les deux très gentils avec moi et nous nous entendions merveilleusement bien. Les après-midi étaient consacrés à la religion, aux sciences, à la politique et aussi à l’entretien de la forme physique.

À l’âge de neuf ans je commençai mon entraînement militaire. Manipulation des différentes armes : lance, javelot, bâton de jet, hache-masse, brise-épée, khépesh2, arc simple, hache de guerre, épée, arc composite d’origine hittite et aussi à l’utilisation des chars. C’est un capitaine de la garde royale qui nous enseigna le maniement des armes tandis que le Général Horemheb, attaché à la garde rapprochée de Pharaon, nous enseigna la stratégie militaire. Dès lors, mes journées complètes étaient consacrées à mon éducation et par conséquent je passais beaucoup moins de temps avec ma mère. Je ne la voyais plus que le matin avant d’aller suivre les cours et en fin d’après-midi quand je revenais des cours. Là encore mon père passait presque tous les jours afin de nous voir et s’intéressait énormément à mes progrès. Je progressais très vite et en trois ans il ne faisait plus aucun doute que j’étais devenu excellent au maniement des chars.

À mon douzième anniversaire, ma mère et moi eûmes la visite d’un officier de la garde de Pharaon. Il s’inclina devant nous et dit :

– « Votre Altesse, ma Reine, Pharaon vous réclame dans la salle du trône. »

Nous le suivîmes et ce fut la première fois que je pénétrai dans la salle du trône : une salle immense toute décorée de peintures murales plus belles les unes que les autres. Nous pénétrâmes par la grande porte et je vis mon père assis sur son trône entièrement recouvert d’or, sa tête ceinte du pschent3, le sceptre à la main droite, symbole de sa puissance et le fléau dans sa main gauche, symbole de sa souveraineté. À sa droite assise sur un trône tout aussi rutilant je pus voir enfin la reine Maâtkarê. Elle portait une longue robe d’un blanc immaculé, une longue chevelure noire retombant sur sa poitrine et des yeux magnifiquement maquillés. Sur la tête elle portait une couronne en or ornée de lapis-lazulis. Quand elle remarqua que je la regardais, elle me fit un beau sourire ainsi qu’un petit clin d’œil.

Arrivée devant Pharaon, ma mère inclina la tête en avant tout en levant les bras au-dessus de celle-ci. De mon côté je posai le genou droit à terre, j’inclinai la tête, je mis ma main droite sur le cœur et levai l’autre main en signe de salut. Comme on me l’avait enseigné durant mon écolage, je devais rester dans cette position, ne pas dire le moindre mot et attendre le bon vouloir de Pharaon. S’il est vrai qu’en tant que père il était très accessible et très paternel, ici devant la cour, je ne me retrouvais plus devant mon père, mais bel et bien devant mon souverain considéré par tous comme un Dieu vivant4. Pharaon agita son fléau et c’est à ce moment-là que le Grand Vizir prononça les mots :

– « Relevez-vous. Pharaon, Dieu vivant sur terre, va parler. »

Je me relevai tandis que ma mère se redressa. Toujours debout devant les souverains régnants, je constatai que les hauts dignitaires égyptiens étaient présents dans la salle : Vizirs, Grands Prêtres, Généraux, etc. Je reconnus mes deux demi-frères revêtus de leurs uniformes de capitaine de l’armée égyptienne. Pour la première fois je vis, à leurs côtés, la princesse Tétichérie, ma demi-sœur âgée de dix ans.

Pharaon se leva faisant toujours face à l’assemblée. Majestueusement tout en gardant un regard fixe et sévère, il scruta l’assemblée présente, puis posant son regard sur moi, il dit :

– « Thoutmès, prince d’Égypte, en ce jour de ton douzième anniversaire, moi Amenhotep, Pharaon de la Haute et de la Basse-Égypte, souverain des deux terres, Dieu vivant, fils d’Horus, je te nomme au grade de capitaine des chars de Thèbes. Dès ce jour tu entres dans le monde des adultes et tu quitteras le palais d’Ahmès-Isis, ta mère, afin d’aller t’installer dans tes appartements situés dans la partie sud du palais. À ta disposition tu auras dix domestiques qui te serviront à toutes heures du jour ou de la nuit. Ainsi en ai-je décidé. Que ma volonté soit actée. »

Une fois son plaidoyer terminé, il se rassit sur le trône. Les princes Ramsès et Ahmès accompagnés du général Horemheb s’approchèrent de moi et me revêtirent de mes habits d’officier de l’armée égyptienne. Armure, épée, arc, carquois de flèches et sur la tête ils me posèrent le khépresh5. Puis tout en ajustant mon pectoral, le prince Ramsès me dit à voix basse :

– « Bienvenue dans la garde de Pharaon, mon frère. »

Pour finir, le général Horemheb me remit un rouleau de papyrus scellé par le sceau de Pharaon. Mon père agita délicatement son fléau ce qui provoqua la réaction du Grand Vizir qui dit :

– « Pharaon lève la séance. Prosternez-vous devant le Dieu vivant. »

Tous les convives se prosternèrent tandis que Pharaon se leva et quitta la salle du trône, suivi par la reine. Puis nous nous relevâmes et tout le monde retourna à ses occupations. Je sortis avec ma mère de la salle du trône. Arrivés dans la grande cour du palais, ma mère me prit dans ses bras et m’embrassa sur la joue. Puis me caressant le visage elle me dit :

– « Prend bien soin de toi mon enfant. Maintenant tu es un homme. »

– « Mère j’espère que nous pourrons encore nous voir. »

– « Mais bien entendu mon fils. Je viendrai te rendre visite et de ton côté tu pourras venir me voir quand tu le souhaiteras. »

Tandis que ma mère partit de son côté, les princes Ramsès et Ahmès, qui nous avaient suivis, me conduisirent vers ma nouvelle demeure. Ils firent avec moi le tour du propriétaire et me firent visiter mes appartements de fond en comble. Je disposais de cinq pièces pour mon usage personnel. Une salle de séjour, une chambre à coucher, une salle d’eau, un bureau, une salle d’arme comprenant un exemplaire de chacune des armes disponibles dans l’armée égyptienne. De quoi m’entraîner quand j’en éprouvais le désir. Les quinze autres pièces de mon palais étaient, quant à elles, destinées au personnel mis à ma disposition. Le personnel de maintenance se composait de trois hommes pour les tâches pénibles et de six femmes pour répondre à toutes mes attentes. Un scribe nommé Imhotep avait été désigné pour me servir de secrétaire. Après avoir terminé le tour du propriétaire et les présentations aux membres de mon personnel, mes deux demi-frères prirent congé et retournèrent à leurs occupations.

Dès que je fus seul, je m’assis à mon bureau et j’ouvris le papyrus qui m’avait été remis. Celui-ci concernait ma nomination au grade de capitaine et ainsi je pus savoir que j’allais commander une compagnie se composant de deux cent cinquante chars. Ma mission principale était de faire régulièrement des patrouilles dans la Vallée des Rois afin de surveiller les tombes des Pharaons décédés et poursuivre le cas échéant, les pilleurs pris la main dans le sac. Je finissais à peine la lecture de mes ordres, que mon secrétaire entra précipitamment dans mon bureau et dit :

– « Votre Altesse, Pharaon arrive. »

J’eus à peine le temps de me lever et de venir me placer devant mon bureau que mon père entrait déjà dans la pièce. Je me remis comme le matin un genou à terre et le saluai ainsi. Il s’approcha de moi, prit la main que je tendais vers lui, en signe de salut, et la tira pour que je me relève. Ce que je fis directement.

Mon père fit alors un signe de la main à mon secrétaire afin qu’il nous laissa seul. Quand nous nous retrouvâmes en tête-à-tête, il me regarda non plus avec les yeux d’un roi, mais avec des yeux d’un père. Il me fit en large sourire puis il me prit dans ses bras et durant notre enlacement, il me dit :

– « Thoutmès, mon fils bien aimé, je te dispense de révérence lorsque nous nous noyons et que nous ne sommes pas dans la salle du trône. Ici je ne suis pas ton Pharaon, ni ton souverain, mais ton père qui t’aime. »

– « Oui père. Merci pour la confiance que tu m’accordes en me donnant une fonction dans ton armée. »

– « Tu le mérites mon fils. À toi maintenant de persévérer et d’acquérir de l’expérience sur le terrain. »

Relâchant son étreinte, il m’invita à m’asseoir, prit un siège, le plaça en face de moi et s’y assit également. Là, face-à-face, il me fit les plus grandes confidences qu’un père puisse faire à son fils.

– « Thoutmès, tu n’es pas sans savoir que dans la lignée de succession au trône d’Égypte tu occupes la troisième place. C’est bien dommage, mais je ne peux rien y changer et ce malgré le fait que j’ai le pouvoir absolu sur l’Égypte. Mais je veux que tu saches que j’aime ta mère par-dessus tout et que de tous mes enfants tu es celui que je préfère et que j’aime le plus. Malheureusement, afin de légitimer mon accession sur le trône, j’ai été dans l’obligation d’épouser ma demi-sœur et de reléguer ta maman au rang d’épouse secondaire. Voilà donc la raison pour laquelle depuis ta naissance je viens vous voir, toi et ta maman, chaque jour. Maintenant que vous vivez dans des palais séparés, je poursuivrai mes visites privées chez chacun de vous afin que nos liens familiaux perdurent comme par le passé. »

– « Je serai toujours ravi de vous voir père et pour ma part je compte bien rendre visite à mère le plus souvent possible. »

– « Oui mon fils, ne l’abandonne pas. Ta mère est une femme merveilleuse et sache qu’elle t’adore aussi. »

Il se leva, me donna une tape sur l’épaule puis quitta mon lieu de résidence.

Je me retrouvai dès lors seul dans mon bureau. Je commençai par regarder les peintures qui ornaient les quatre murs et les statues qui se trouvaient de chaque côté de la porte. L’une d’elle représentait le dieu Râ et l’autre le dieu Horus. Un grand rouleau de papyrus se trouvait sur le coin de mon bureau. Je l’attrapai et le déroulai. Il représentait la carte de la Vallées de Rois et indiquait les endroits de toutes les tombes existantes. Désireux de remplir ma première mission, je me levai et je sortis de mon bureau. Je me rendis à l’écurie où je demandai que l’on me prépare mon char. Puis je quittai le palais et me dirigeai vers la charrerie sise 550 coudées6 plus loin. Arrivé sur place, je rentrai dans la salle d’arme et je me trouvai face aux hommes à l’entraînement. Quand ils me virent, ils s’arrêtèrent et me saluèrent. Puis sans doute le plus haut gradé s’avança vers moi et me dit :

– « Je suis Pentamou, chef de char à votre service Votre Altesse. »

– « Je suis ravi de faire votre connaissance Pentamou. Vos hommes sont-ils prêts pour partir en mission ? »

– « Nous sommes tous à vos ordres Votre Altesse. Commandez et nous vous suivrons. »

– « Alors préparez vos chars, nous partons faire une patrouille dans la Vallée des Rois. »

– « À vos ordres Votre Altesse… Allez tout le monde à vos chars nous partons immédiatement. »

Tous les hommes endossèrent immédiatement leurs armures et prirent leurs armes puis se dirigèrent en courant vers les chars. Pendant qu’ils se préparaient je regagnai mon char et le dirigeai déjà vers la porte de sortie. Je ne dû pas attendre longtemps avant de voir les premiers équipages me rejoindre et se placer derrière mon attelage. Dès que la compagnie fut au complet je donnai l’ordre de départ. Sortie de l’enceinte de la caserne, la compagnie se plaça en deux colonnes derrière moi. Nous avançâmes à pas rapides jusqu’à l’entrée de la vallée. Là, je fis signe d’arrêter notre progression. Pentamou vint à ma hauteur et je lui dis :

– « Prends la moitié de la compagnie et part en patrouille en te déployant vers la droite de la vallée, moi je prends l’autre moitié et je pars vers la gauche. Nous nous rejoindrons au milieu. »

– « À vos ordres Votre Altesse. »

Il retourna et ordonna à son groupe de le suivre. Au même instant je fis de même avec le mien. Nous nous lançâmes au galop, chacun dans notre direction. Arrivé quasi au fond de la vallée je vis une personne entrer dans une tombe. J’arrêtai immédiatement mon char et en compagnie de dix hommes je pénétrai, khépesh à la main, dans le tombeau. Dans la première salle nous vîmes une dizaine de personnes travaillant à la décoration murale. Le responsable s’avança vers moi et après m’avoir salué, il me dit :

– « Que me vaut l’honneur de la visite de Votre Altesse ? »

– « J’ai vu entrer une personne dans la tombe et j’ai cru qu’il s’agissait d’un pilleur. »

– « Non, Votre Altesse. Ici il n’y a que des ouvriers qui sont chargés de préparer la tombe destinée à Pharaon. »

– « Parfait, je vous laisse travailler. »

– « Merci Votre Altesse. »

Il me salua une nouvelle fois, puis nous sortîmes de l’hypogée que mon père destinait à son repos éternel. Nous remontâmes sur nos chars et poursuivîmes notre patrouille. Sur le point de rejoindre l’autre groupe de char, nous vîmes un individu tenter de nous échapper. Quand il nous vit arriver face à lui, il bifurqua sur la gauche et grimpa dans la montagne. Là nous étions totalement impuissants pour le poursuivre. Un peu frustrés de devoir le laisser s’échapper, nous poursuivîmes notre route et rentrâmes à la caserne.

Je pris la direction de mon palais et ramenai mon attelage à l’écurie. La première chose que je fis en rentrant chez moi fut d’enlever de mon armure et de mes armes et d’aller me rafraîchir dans la salle d’eau. Débarrassé de la sueur et du sable, je regagnai mon bureau où je commençai à réfléchir à un moyen plus efficace pour attraper les pilleurs de tombes. Les chars, bien que rapides, étaient totalement inopérant quand il s’agissait de poursuivre quelqu’un dans les hauteurs de la Vallée des Rois. Je pris un papyrus vierge et je commençai par rédiger un rapport sur la patrouille du jour et y inclus des idées afin d’améliorer l’efficacité de celle-ci. Alors que je finissais mon rapport, mon attention fut attirée par un mouvement à la porte d’entrée de mon bureau. Je vis entrer une belle jeune femme portant un plateau avec des aliments et des boissons. Elle le déposa sur le coin de mon bureau. Je la regardai et entamai la conversation.

– « Merci c’est une excellente idée. »

– « À votre service Votre Altesse. »

– « Comment t’appelles-tu ? »

– « Néférourê, à votre service Votre Altesse. »

– « Quel âge as-tu, Néférourê ? »

– « Seize ans Votre Altesse. »

– « Quelle est ta fonction ici dans mon palais. »

– « Je suis votre servante, Votre Altesse. »

– « Fort bien. À partir de ce jour tu es à mon unique service. Plus aucune autre tâche ne doit t’être donnée. »

– « Merci pour l’honneur que me fait Votre Altesse. »

Je pris un papyrus et y indiquai mes ordres concernant le nouveau statut de la jeune Néférourê. J’appelai ensuite mon secrétaire et lui remis le document. Il le lut puis répliqua :

– « Je transmets les ordres de Votre Altesse immédiatement. »

Il sortit du bureau tandis que Néférourê prit le pichet de boisson et me servit un gobelet. Puis elle me tendit le récipient. Je l’acceptai et bus une bonne rasade. Ensuite elle me salua et à reculons, elle se dirigea vers la porte de sortie.

En fin de journée j’eus l’agréable surprise de voir débarquer chez moi Pharaon et la Grande Épouse Royale. Comme mon père n’était pas seul, je me prosternai devant mes souverains. Là, c’est Maâtkarê qui m’invita à me relever en prenant mes mains dans les siennes et en me disant :

– « Relève-toi Thoutmès et considère-moi, peut-être pas comme ta mère, mais comme une amie, une confidente, une sœur. Tu es le fils de mon époux et de par ta filiation je te considère aussi comme un membre proche de la famille. »

– « Merci Maâtkarê, ma Reine. »

– « Viens allons dehors, nous avons ton père et moi une surprise pour toi. »

Arrivé devant l’entrée de ma résidence je me trouvai devant un char flambant neuf recouvert d’une couche d’électrum7 et garni de figures divines dorées. Je ne su quoi dire devant une telle beauté. Pharaon posa alors sa main sur mon épaule et me demanda :

– « Alors mon fils, il te plaît ? »

– « Il est superbe, merci beaucoup père, je ne sais pas si j’en suis digne. »

– « Oui, tu l’es Thoutmès et Pharaon et moi-même sommes fiers de te l’offrir. »

Après avoir en fait le tour, nous rentrâmes dans ma résidence et allâmes nous installer dans la salle de séjour. Assis confortablement sur nos sièges, Néférourê nous amena des boissons et un plateau de fruits avant de nous quitter tout en me regardant droit dans les yeux et pour la première fois un sourire illuminait son visage. Pharaon me demanda comme s’était passée ma journée et je lui expliquai le déroulement de ma première patrouille dans la Vallée de Rois. Puis, suite à ce qu’il s’était passé et à l’impossibilité d’interpeller d’un des fuyards, je lui proposai une solution.

– « Ah je vois que tu prends ton travail consciencieusement. Alors dis-moi ce que tu aurais à proposer comme solution ? »

– « Alors voilà la tactique que j’aimerais essayer. Outre le conducteur de char, qui est trop occupé quand il conduit son attelage et ne peux donc pas intervenir, ce serait bien qu’il soit accompagné d’un archer. Le char ayant un conducteur, l’archer aurait toute liberté de décocher ses flèches vers le fuyard. »

Après mon explication, je vis le visage de Pharaon très songeur. Il passa sa main sur son menton à plusieurs reprises ce qui démontrait qu’il était en train de réfléchir. Maâtkarê me fit un sourire et un clin d’œil tout en me faisant un signe oui de la tête. Je compris par-là que ma proposition était en bonne voie d’acceptation. Après un temps de réflexion, il me regarda, me sourit et me dit :

– « Mon fils, je trouve ton idée excellente. Je donne immédiatement les ordres pour que dès demain une compagnie de cinquante archers soit mise à ta disposition. Si d’ici un mois tes essais s’avèrent concluants, nous instaurerons cela pour toutes les compagnies de chars du royaume. »

– « Merci père. J’espère sincèrement que cela fonctionnera. »

– « Si c’est le cas, mon fils, il ne fait aucun doute que tu as l’étoffe d’un commandant. »

Le couple régnant se leva, prit congé et quitta mon palais. Me retrouvant seul je m’assis sur mon siège et commençai à penser à une tactique pour le lendemain. Nous devions absolument éradiquer tous ces pillages. Ce n’est que tard dans la soirée que je regagnai ma chambre et allai m’allonger dans mon lit. Une magnifique pièce en bois doré donc les montants représentaient un corps de lion, les têtes se trouvant au pied du lit.

Le lendemain je me levai aux petites lueurs de l’aurore et je me rendis directement dans la salle de séjour. Néférourê était déjà sur place et préparait mon repas du matin. Quand elle me vit entrer dans la pièce elle me demanda avec un charmant petit sourire :

– « Votre Altesse a-t-elle passé une bonne nuit ? »

– « Non pas terrible Néférourê. Je ne suis pas encore habitué à ma nouvelle vie et aussi j’ai beaucoup pensé à mes nouvelles fonctions. »

– « Ne vous inquiétez pas, Votre Altesse, vous verrez que d’ici quelques jours cela ira mieux. »

– « Je n’en doute pas Néférourê. Merci pour tes paroles. »

– « À votre service Votre Altesse. »

Après cette petite conversation bien sympathique, elle quitta la pièce me laissant seul. Je pris donc mon repas, puis je décidai d’aller saluer ma très chère mère avant de me rendre à la caserne. Après avoir pris mon déjeuner, j’allai préparer mon nouveau et magnifique char, quittai mon palais et pris la direction du palais d’Ahmès-Isis. Arrivé sur place je fus reçu par son secrétaire qui me conduisit directement vers ses appartements. Ce fut une joie folle de nous retrouver. Nous discutâmes un très long moment avant, qu’à regret, je dus prendre congé d’elle afin d’aller rejoindre ma compagnie. Elle me raccompagna jusqu’à mon char qu’elle trouva magnifique. Là elle ne put s’empêcher de me dire :

– « Prends bien soin de toi car s’il t’arrive quelque chose ton père ne s’en remettra jamais. Tu es son Dieu. »

Elle me serra fortement dans ses bras et m’embrassa avant de me laisser remonter sur mon char, de prendre les rênes et de partir vers ma mission du jour.

Arrivé à la caserne, je remarquai qu’une compagnie d’archers attendait dans la cour. J’arrêtai mon char et en descendis. Puis j’invitai le Capitaine des archers à me suivre et nous entrâmes dans la salle d’arme. Je convoquai le chef des conducteurs de chars et nous allâmes discuter de stratégie dans la salle de repos. J’expliquai alors les propositions que je fis la veille à Pharaon et qu’il acceptait à titre d’essai. Je leur expliquai la tactique que nous allions utiliser lors de notre prochaine intrusion dans la Vallée des Rois. Dès la mise au point faite et les réponses données aux questions posées, nous allâmes préparer nos montures et partîmes vers notre lieu de mission en début d’après-midi. Comme prévu chaque conducteur de char était accompagné d’un archer. À l’entrée de la vallée nous nous séparâmes comme la veille et chaque groupe partit de son côté. Par chance, sur mon trajet je vis trois hommes qui détalèrent à toute vitesse en nous voyant. Je fis signe aux chars qui me suivaient de se lancer à la poursuite de deux fuyards qui partirent vers la droite, tandis que je me lançai à la poursuite du troisième. Deux chars me suivaient en couverture. Arrivé au bout de la vallée, le fuyard commença à escalader la montagne, je stoppai le char tandis que mon archer décocha une flèche dans sa direction. Elle pénétra le gras de sa cuisse et il s’effondra sur le sol. Nous quittâmes notre char et allâmes procéder à l’arrestation du suspect. Dans son sac, nous trouvâmes plusieurs objets en or provenant d’une tombe. Nous attachâmes le prisonnier à l’arrière du char et rejoignîmes ensuite le restant du groupe de chars qui avaient pu appréhender les deux autres fuyards. Nous revînmes ensuite vers le palais et conduisîmes nos prisonniers au service de police de la ville de Thèbes. C’est avec la joie au cœur de la mission accomplie et réussie que nous regagnâmes la caserne. Je félicitai les hommes avant de regagner mon palais et de faire mon rapport à l’attention de mon père. Pendant que je rédigeais le document, Néférourê vint m’apporter un pichet de vin et un merveilleux repas. Je dus avouer qu’après ce que je venais de vivre j’avais l’estomac dans les talons et je me jetai littéralement sur le plateau de victuailles qu’elle venait de déposer sur mon bureau.

– « Néférourê, si tu as faim, mange avec moi. »

– « Merci Votre Altesse, mais je n’ai pas faim actuellement. »

– « Arrête s’il te plaît de m’appeler tout le temps Votre Altesse. »

– « Mais c’est le protocole, Votre Altesse. »

– « Le protocole dans mon palais c’est moi qui le fais. À partir de maintenant, ici dans mes appartements, je t’autorise à me tutoyer et à m’appeler Thoutmès. »

– « D’accord Votre… Thoutmès je voulais dire. »

– « Ah c’est nettement mieux… Tu ne veux vraiment pas manger et boire un verre de vin ? »

– « Non merci c’est bien gentil de me le proposer, mais il n’y a pas longtemps que je suis sortie de table. »

– « Prends un siège et assieds-toi et discutons un peu… Es-tu mariée, as-tu des enfants ? »

– « Non, je suis totalement seule. »