Une antique migration amériendienne
790 pages
Français
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Une antique migration amériendienne

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Description

Cet ouvrage poursuit les recherches de l'ethnologue suédois Erland Nordenskiöld qui établissait des corrélations entre les civilisations matérielles d'Amérique du Nord et du Chaco. Les recherches portent ici sur d'autres plans de civilisation : faits sociaux et mythologie. L'étude est ainsi amenée à distinguer plusieurs des mouvements migratoires qui ont mené des Amérindiens du nord au sud de l'Amérique et met en évidence que cette civilisation préhistorique est d'origine asiatique.

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Date de parution 01 mars 2014
Nombre de lectures 55
EAN13 9782336338194
Langue Français
Poids de l'ouvrage 30 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection KUBABA Série Antiquité
Bernard Sergent
UNE ANTIQUE MIGRATION AMÉRINDIENNE Les liaisons techniques, sociologiques, mythologiques, anthropologiques entre l’Amérique du Nordet le Chaco sudaméricain
Une antique migration amérindienne Les liaisons techniques, sociologiques, mythologiques, anthropologiques entre l’Amérique du Nord et le Chaco sud-américain
Bernard Sergent
UNE ANTIQUE MIGRATION AMERINDIENNELes liaisons techniques, sociologiques, mythologiques, anthropologiques entre l’Amérique du Nord et le Chaco sud-américain
L’Harmattan
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-30566-0 EAN : 9782336305660
Introduction  « Les sociétés de type archaïque vivent d’une façon si adaptée à leurs milieux interne et externe qu’elles ne sentent vigoureusement qu’un besoin : c’est de continuer ce qu’elles ont toujours fait ».  Mauss, 1969 (1934), 334 A la question d’un journaliste de la télévision, Claude Lévi-Strauss répondait un jour : « L’Amérique, je ne sais pas ce que c’est ».  Le plus célèbre des américanistes d’alors signifiait par là l’ignorance dans laquelle nous sommes vis-à-vis du passé de l’Amérique.  Le présent livre ne prétend nullement le révéler soudainement. Sa prétention est des plus modestes, mais touche directement à cette question : il souhaite éclairer une toute petite partie du passé amérindien en démontrant l’ancienne migration d’un groupe déterminé d’Amérindiens de l’est de l’Amérique du Nord à la région du Chaco en Amérique du Sud.  Il s’appuie pour cela sur un livre antérieur, de l’ethnologue Erland 1 Nordenskiöld, livre qui ne paraît pas avoir fait d’émules , alors que déjà, en 1931, la découverte dont fait état le présent ouvrage y était décelable.  Il faut dire que ce texte était discret : il consistait en trois pages et un appendice de son livre de 1931 intituléOrigin of the Indian civilisations in South America. Les pages et l’appendice en question reprenaient 2 essentiellement un premier travail publié en suédois en 1926 , et s’enrichissaient, pour l’Amérique du Nord, d’un remarquable travail 1 Les critiques d’Alfred Métraux, 1946 a, 213, peuvent y être pour quelque chose. Le grand savant suisse pointait l’hétérogénéité du matériel pris en compte par Nordenskiöld. On reviendra sur ce point. L’hétérogénéité est elle-même porteuse d’histoire. 2 Nordenskiöld, 1926.
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comparatif de son collègue danois Kaj Birket-Smith, publié en 1924, et, pour le versant sud-américain du dossier, sur une publication intermédiaire du même Nordenskiöld, au titre bien modeste -Analyse ethno-géographique de la culture matérielle de deux tribus indiennes du Gran Chaco: je n’ai jamais guère vu cité ce dernier travail que pour son contenu explicite, indiqué dans le titre, c’est-à-dire comme étude des cultures de deux peuples d’Amérique du Sud parmi tant d’autres, et non pas pour le formidable trésor qu’il constitue quant à la civilisation, très originale par rapport au reste de l’Amérique du Sud, de ces deux peuples du Chaco. Le tableau inclus dans le livre de 1931 révèle une chose spectaculaire : cette civilisation matérielle de deux peuples du Gran Chaco, ce n’est effectivement pas en Amérique du Sud qu’on lui découvre ses équivalents, mais en Amérique du Nord, principalement orientale. Nordenskiöld avait bien sûr les moyens d’exploiter sa découverte de manière historique. Pourtant, ses remarques se fondent doublement, dans le livre de 1931, dans des ensembles plus vastes qui en noient la pertinence : d’abord, les points communs entre Chaco et Amérique du Nord sont envisagés dans le cadre d’une vaste série de traits communs entre les cultures du Cône Sud de l’Amérique du Sud d’une part, l’Amérique du Nord, prise en sa totalité, d’autre part ; ensuite, dans sa conclusion générale, résultat d’une démonstration portant sur bien d’autres points et bien d’autres cultures amérindiennes que celles du Chaco ou du Cône Sud, est développée l’idée que les civilisations des peuples amérindiens se sont essentiellement forgées en Amérique même et ne proviennent pas d’Asie (conclusion qu’il faudra justement nuancer ! je reviendrai sur cela, dans le chapitre IV, c). Insérées dans ce double ensemble, des cultures du Cône Sud d’une part (pourtant très diverses) et de l’Amérique du Nord en son entier d’autre part (même remarque), le groupe précis de points communs entre cultures du Chaco et cultures de l’Amérique du Nord s’estompe.
Par la suite, Nordenskiöld a continué sa recherche ethnologique sur les cultures américaines, en particulier sur un peuple d’Amérique centrale, les Kuna, que leur langue relie à des peuples du nord-ouest de l’Amérique du Sud, mais n’a plus abordé la question historique et comparative. est
Le trésor de constatations livrées dans les livres de 1929 et de 1931 y 3 donc presque resté celé : à mesure que les décennies passaient, les
3 L’archéologue et ethnologue canadien Diamond Jenness enregistre les résultats de Nordenskiöld lorsque, étudiant les origines des Algonkin, il note qu’ils doivent avoir eu une grande expansion dans le passé, mais qu’il n’y a rien qui le vérifie entre les Etats-Unis et le Chaco, première contrée vers le sud à montrer des points communs avec les Algonkin, tels que les jambières et mocassins, les broderies sur cuir et franges de cuir, le feu fait avec silex et pyrite, le sauna, la vaisselle en écorce, les pointes de harpons en os, et il en tire que les Algonkin ont été parmi les premiers
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étudiants en américanisme se sont toujours spécialisés davantage - et c’est une tendance lourde de notre civilisation que, pour se faire une place dans la concurrence universitaire, se tailler un « créneau », il faut devenir « pointu » dans un domaine et y devenir imbattable. Cette spécialisation dévore le temps de formation, et laisse de moins en moins de place aux études parallèles. Résultat : la vision d’ensemble de l’Amérique amérindienne devient exceptionnelle. J’ai ainsi rencontré un jour, il y a quelques années, un spécialiste des Maya qui ignorait qui étaient les Araucans. J’en étais stupéfait : je n’ai pas osé lui demander s’il connaissait les Sioux et les Apaches, mais, les westerns se faisant rares aujourd’hui, nous pouvons deviner que nous allons vers un temps où un spécialiste d’un peuple d’Amazonie ne saura pas plus ce qu’étaient les Iroquois, les Navajo ou les Cheyennes que mon mayalogue ne connaissait le nom des Araucans.  Je n’ai pas moi-même l’intime connaissance qu’Erland Nordenskiöld avait de l’ethnologie nord- et sud-amérindienne. Mais je n’ai heureusement l’intention ni de ré-écrire son livre, ni de proposer une simple réédition de celui-ci avec nouvelle introduction.  Mon projet est en effet de partir de son travail, de l’élargir, et d’en tirer des conclusions d’ordre (pré)historique. C’est pourquoi, en une première partie, j’expose la série de constatations du savant suédois sur les liens culturels (ethnologiques) entre les Amérindiens du Chaco et ceux de l’est de l’Amérique du Nord. Seule cette partie utilise, et développe, le tableau et l’Appendice de 1931 ; je lui fais entièrement confiance, pour le terrain d’études choisi, non sans développer quelques points précis. Il s’agit alors de la comparaison d’objets matériels : il faut savoir que les recherches sur ce terrain de Nordenskiöld avaient pour point de départ la demande qui lui avait été faite, par le musée de Göteborg (dans le sud-ouest de la Suède), de classer les objets amérindiens des collections. Lui-même était à l’origine de la plupart de ces objets, en tout cas de pratiquement tous ceux originaires du Chaco. Le savant en a profité pour se livrer, à partir de là, au sujet de deux tribus, lesČoroti et les Nivaklé (qu’il appelle encoreAshluslay), à un habitants de l’Amérique (1937, 29). J. Steward, faisant la synthèse des études présentées dans leHandbook of South American Indians, expose les résultats de Nordenskiöld et les complète (1949, 752-753). Métraux en fait également état dans le t. I du même ouvrage, pour les critiquer. Ces auteurs ont connu le travail de Nordenskiöld, et ont écrit leurs contributions, essentiellement avant guerre. Après la guerre, les allusions aux deux ouvrages du savant suédois ne sont plus que ponctuelles. En 2001, Emmanuel Dèsveaux signale à son tour les principaux points communs mythiques et sociologiques entre Chaco et Amérique du Nord, mais précise aussitôt qu’il ne cherchera pas à « élucider l’origine de ces affinités particulières » (p. 116).
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