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Vercors

De
242 pages
A l'occasion du 60e anniversaire des combats du Vercors, le Parc Naturel Régional du Vercors a voulu rendre hommage aux acteurs de cette page importante de notre histoire. Cet ouvrage délibérément hétérogène dans sa manière d'envisager le monde de la Résistance s'est voulu dépositaire de la parole et de l'expérience des derniers témoins, ouvert au questionnement des chercheurs en sciences humaines. Il sollicite aussi l'imagination créatrice des artistes, écrivains et poètes.
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VERCORS RÉSISTANCE EN RÉSONANCES

Série dirigée par Jean-William Dereymez, Maître de Conférences à l’Institut d’Études Politiques de Grenoble L’édition de cet ouvrage a été effectuée sous la responsabilité de Pierre Croce, Chargé de mission sur la politique de publication, avec la collaboration de Gisèle Peuchlestrade et Frédéric Schmitt, Université Pierre Mendès France, Grenoble 2.

© L’Harmattan, 2008 5-7, rue de l’Ecole plolytechnique – 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr

PHILIPPE HANUS et GILLES VERGON

Sous la direction de

RÉSISTANCE EN RÉSONANCES

VERCORS

La Librairie des Humanités Série « Mémoire des Alpes »

L’Harmattan

La Librairie des Humanités
Dirigée par Thierry Ménissier, docteur de l’EHSS, Maître de conférences de philosophie politique à l’Université Pierre Mendès France, Grenoble 2, et Pierre Croce, chargé de mission sur la politique de publication de l’UPMF. La Librairie des Humanités est une collection coéditée par les Éditions L’Harmattan et l’Université Pierre Mendès France de Grenoble. Destinée à recevoir, dans ses diverses séries, des textes couvrant tout le champ des sciences sociales et humaines, son caractère universitaire lui fait devoir et privilège de promouvoir des travaux de jeunes auteurs autant que de chercheurs chevronnés. Membres du Conseil scientifique de la collection : Thierry Ménissier, Sciences de l’Homme – Alain Spalanzani, Gestion – Fanny Coulomb, Économie – Jérôme Ferrand, Droit – Pierre Kukawka, Politique et Territoire – Jacques Fontanel, Série « Côté Cours » – Jean-William Dereymez, séries « Mémoire des Alpes » et « Sentiers de la Liberté » Série « Mémoire des Alpes » Cette série trouve ses origines dans un programme Interreg Alcotra éponyme, initié en octobre 2003 et regroupant chercheurs et collectivités territoriales de Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Piémont, Ligurie. À la différence de la série « Sentiers de la Liberté », « Mémoire des Alpes » comprend des volumes attachés spécifiquement au massif alpin, privilégiant la période de la Seconde Guerre mondiale, sans exclusivité : l’un des principes du programme n’est-il pas de replacer les Années noires dans la longue durée, d’insister sur les effets de la mémoire avant, pendant et après le conflit ? Aussi la série scrute-t-elle hommes, faits, structures en amont comme en aval de la Seconde Guerre mondiale, l’essentiel résidant dans la recherche des racines de la mémoire de cette région d’Europe, sinon de l’identité alpine.
Dans la série « Mémoire des Alpes » Daniel J. GRANGE, Du Môle au Maquis des Glières, Vie et mort d’un jeune Résistant savoyard – Paul Lespine (1926-1944), 2007. Hélène BARIOT-DUCHÊNE, Aristide CHAMBAZ et Chantal FONTANEL, Chroniques de Guerre, Anthy 1914-1918, 2007. Dans la série « Sentiers de la Liberté » Paul TILLARD, Le pain des temps maudits (roman), suivi de Mauthausen (témoignage), 2007. DÉFENSE DE L’HOMME, Les témoins qui se firent égorger, 2007. Amandine ROCHAS, La Handschar, Histoire d’une division de Waffen-SS bosniaque, 2007. Jean-William DEREYMEZ, Le refuge et le piège : les Juifs dans les Alpes (1938-1945), 2008.

Contributions et remerciements

: Eloi Arribert-Narces, Thierry Bazin, Paul Borel, Armelle Bouquet, François Bruller, Cyril Brun, François Brunsvick, Chrystèle Burgard, Yann Buthion, Robert Chagny, Jean Chapus, Claude Collin, Pierre Croce, Mauricette Crouzet, Martin Debisschop, Jean-William Dereymez, Karen Faure-Comte, Pierre-Louis Fillet, Samy Fouché, Mathieu Galliot-Bismuth, Françoise et Charles Gardelle, Olivier et Pierre Hernicot, Céline Hoeffler, Denise Jansen, Jean Julien, Christophe Laffitte, Jeremy Lamouroux, Françoise Lavalle, Jean-Pierre Le Goff, Sandrine Martinet, Isabelle Nicoladzé, Noëllie Ortega, Sébastien Ortega, Gisèle Peuchlestrade, Laure Piaton, Fabrice Poncet, Jeannot Reverbel, Yvette Rouveyre, Frédéric Schmitt, Marc Serratrice, Benoît Tabita, Serge Teyssot-Gay, Daphnée Thomas, Françoise Torres, Michel Wullschleger, le personnel des Archives départementales de la Drôme et de l’Isère ainsi que celui du Mémorial de la Résistance de Vassieux.
EMERCIEMENTS CHALEUREUX À

R

À la mémoire de Alain Le Ray, premier chef militaire du Vercors (1943), puis commandant des FFI de l’Isère (1944) Jeanne Barbier, institutrice à Vassieux pendant les Années Noires. Décédés en 2007.

SOMMAIRE
AVANT-PROPOS Le choix était simple 11

MARC RIBOUD

INTRODUCTION Résonances de la Résistance en Vercors. Autour du 60e anniversaire PHILIPPE HANUS TÉMOIGNAGE(S) Je me souviens du Vercors ROLAND BECHMANN (Lescot dans le Vercors) Un visage appuyé contre le monde : Rosine Crémieux, résistante dans le Vercors, déportée à Ravensbrück ROSINE CRÉMIEUX, PHILIPPE HANUS Je me souviens de Georges Perec au Villard-de-Lans HENRI CHAVRANSKI VERCORS À propos de la genèse du Silence de la Mer Entretien avec Vercors ROLAND BECHMANN « Au pays de la neige » : journal de classe des enfants de Saint-Martin-en-Vercors PHILIPPE HANUS Une femme, une vie en résistance à travers le siècle : Germaine Tillion ISABELLE DORÉ RIVÉ La « Lettre du soldat allemand » : réflexions sur un document JAN VOLKER SCHLUNK, GILLES VERGNON MÉMOIRE(S) De la transmission de la mémoire à l’écriture de l’histoire : le Vercors entre liberté et « trahison » GILLES VERGNON

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Du Vercors vers l’ailleurs : l’Alto Tortonese (Piémont) ANNA BALZARRO Aperçu des ordres de la Wehrmacht contre les mouvements de résistance du Vercors JAN VOLKER SCHLUNK Le maquis des Glières aujourd’hui : quelques réflexions sur le rôle des acteurs et « faiseurs » de mémoire MARINA GUICHARD-CROSET Les silences de la mémoire : l’impossible récit de la reconstruction en Vercors ? ANNE-MARIE GRANET-ABISSET Vercors et Résistance : sous le mythe les mémoires MARIE-THÉRÈSE TÊTU REPRÉSENTATION(S) Au cœur de l’orage, film palimpseste SYLVIE LINDEPERG Résistance(s) FRANCK CHAUVET, JACQUES COUTUREAU L’art contemporain face à l’histoire : œuvres de Jean-Marc Cerino et de Carmelo Zagari à Vassieux-en-Vercors CHRISTINE BLANCHET-VAQUE 7/44 Performance d’écriture réalisée en juillet 2004 à Die ELISABETH CHABUEL Buchenwald SERGE PEY Mémoires de la Seconde Guerre mondiale des témoignages aux héritages FRANÇOIS PORTET INDEX DES NOMS DE PERSONNES ET DE LIEUX

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AVANT-PROPOS

Le choix était simple
MARC RIBOUD1

L

du gamin de vingt ans, timide et taciturne, que j’étais en 1944 sont restés enfouis dans ma mémoire. Mais il suffit d’une question ou d’une rencontre pour qu’ils reviennent à la surface. En juin 1944, parti de Lyon en passant par Valence et montant à pied vers le plateau du Vercors, je suis arrêté par un poste de maquisards aux uniformes hétéroclites. À leurs questions je dis mon désir de rejoindre le maquis. Je leur montre, griffonné sur un papier, un nom tel un mot de passe. Ce n’est pas son vrai nom m’avait prévenu son auteur à voix basse.
ES SOUVENIRS

Le « maquis », pourquoi ? Pourquoi suis-je parti dans cette aventure ? Le choix était simple. La voix de De Gaulle y était pour quelque chose. Le bruit des bottes allemandes sous nos fenêtres à Lyon y était pour beaucoup. Le chant à plusieurs voix des SS était beau, mais leurs pas cadencés étaient terribles. Refuser le STO était évident. Un frère, des amis en camps de concentration. Oui, vraiment, le choix était simple. Et je me suis laissé aller comme l’eau suit la pente. En fana de la montagne je comprenais ça. Vingt-cinq ans plus tard, quand je revenais des quatre coins du monde, mes garçons, ayant alors moins de dix ans, me posaient des questions qui m’intriguaient. Le soir pour les endormir je devais leur raconter des « histoires fausses » que j’imaginais, mais dont certains personnages étaient de leur entourage. Ils adoraient les contes. Alors qu’ils grandissaient
1 Maquisard dans le Vercors. Photographe de renom international.

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les histoires de cape et d’épée ont dû laisser la place aux « histoires vraies » et très vite à des histoires de guerre et du maquis. Les questions fusaient. Et dans l’embarras je parlais aussi bien de l’herbe mouillée où je dormais que de la mousse que je pressais pour en tirer quelques gouttes d’eau pour m’abreuver car les sources étaient surveillées par les soldats de la Wehrmacht. La presse de Vichy rappelait quotidiennement que nous étions tous, résistants et maquisards, des terroristes. Ainsi les soldats avaient pour mission de fusiller les prisonniers, comme les blessés, aussitôt capturés. Quand je regarde en arrière, ces années d’occupation et de guerre sont paradoxalement peut-être parmi les plus belles de ma vie. Est-ce l’aventure ? non. Ce sont surtout ces années, ces quatre ou cinq années, où l’argent ne comptait pas, on n’en parlait pas, il y avait assez pour manger. Et une grande solidarité. Pas de voyages, la bicyclette pour aller à cinquante kilomètres, mais une intensité et une pureté dans les amitiés, dans les amours, une passion pour la culture, la musique Les vraies valeurs étaient évidentes. J’ai retrouvé un peu tout cela à Prague, en Pologne, etc. sous l’occupation soviétique. J’ai eu des amis parmi ceux et celles qui résistaient, telle Anna Farova, et d’autres. Comme en France sous la botte allemande, la vraie culture et les vraies amitiés permettaient de survivre malgré le dénuement. J’avais déjà le Leica de mon père, évidemment, impossible de l’emporter car un film tombé entre les mains des allemands pouvait dénoncer des résistants. Je pense aussi à Albert Poton, un vrai ami, qui a partagé avec moi toutes les missions de volontaire dans le Vercors.

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INTRODUCTION

Résonances de la Résistance en Vercors Autour du 60e anniversaire
PHILIPPE HANUS1

1940, dans une France vaincue par l’armée du IIIe Reich, des femmes et des hommes de toute origine sont entrés individuellement et collectivement en résistance. Les forces d’occupation et le régime de Vichy devaient être alors combattus sans relâche par ceux que le pouvoir en place appelait « terroristes »2, jusqu’à la fin de la guerre. Ces individus « debout face à l’orage » ont rompu le pacte silencieux des accommodements et « répondu à l’invivable par une salve d’avenir »3. Soixante ans plus tard, le lointain écho de leurs luttes se répercute dans les montagnes du Vercors. Résonance, c’est l’effet d’une onde qui se propage à travers l’espace et le temps, un appel discret pour se souvenir, réfléchir et, pourquoi pas, agir ici et maintenant : Ami entends-tu ? ICI COMMENCE LE PAYS DE LA LIBERTÉ Nimbée de son aura de mystère, la Résistance française compte parmi les références sacrées de la nation. L’intérêt qu’on lui manifeste évolue
1 2

D

ÈS L’ÉTÉ

Cpie-Vercors. En particulier sur les ondes de Radio-Paris où Philippe Henriot attaquait quotidiennement les organisations de la Résistance. 3 Lydie SALVAYRE, préface de Femmes dans la guerre, 1940-1945, éditions du Felin, Paris, 2004, 248 p.

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néanmoins au rythme de l’actualité politique, judiciaire ou nécrologique4, et des commémorations décennales qui tout à la fois fossilisent et dépoussièrent ce « grand récit » de notre histoire5. C’est ainsi que, à l’occasion du soixantième anniversaire des combats du Vercors, le Parc naturel régional du Vercors, en collaboration avec la Conservation du patrimoine de la Drôme et la Direction régionale des Affaires Culturelles (DRAC), a souhaité rendre hommage à celles et ceux qui, résistants, déportés, victimes civiles et militaires, ont vécu cette page importante de notre histoire. Il s’agissait aussi, en s’appuyant sur une date anniversaire, de réfléchir aux différentes pratiques mémorielles qui ont contribué à faire du Vercors un haut lieu de France6. Puisque cette Citadelle de la liberté7 est désormais célébrée, au-delà même des frontières de l’Hexagone, à la fois comme creuset d’une certaine utopie maquisarde et comme terre martyrisée, il peut être opportun de s’appuyer sur ce territoire emblématique pour questionner l’histoire de la Résistance française, ses mémoires plurielles et ses résonances contemporaines8. VOUS AVEZ DIT RÉSISTANCE ? Résistance, ce mot incandescent brûle la langue de celui qui le prononce : « Jimagine aussitôt un mot vertical, pour ne pas dire cabré, un mot qui cogne, un mot violent et écarlate, un mot qui sonne comme le galop dun cheval, comme le vent des vignes, vvvvvvvvvvvvvun

4 La disparition début 2007 de Jean-Pierre Vernant, de l’abbé Pierre, puis de Lucie Aubrac en plein cœur de la campagne présidentielle française a donné lieu à des commentaires dans l’ensemble de la classe politique. Le décès d’Alain Le Ray le 4 juin 2007, a également retenu l’attention de la presse nationale : une page complète, sous la plume de Thomas Wieder lui a été consacrée dans Le Monde du 10 juin 2007. 5 Pour une description émouvante de la geste commémorative, voir : Jean-Jacques FOUCHÉ, Oradour, éd. Liana Lévi, Paris, 2001. 6 Marqueur géographique pour la collectivité, le haut lieu est spécifié par son caractère sacré. Cf. Bernard Debarbieux, « Le lieu, le territoire et trois figures de rhétorique », Lespace géographique, 2, 1995, p. 102. 7 Titre d’un ouvrage de Paul Dreyfus, Arthaud, Grenoble, 1969. Avant que Pierre Dalloz n’en reprenne l’idée dans son « Plan montagnards », ce sont les excursionnistes et rédacteurs de guides de voyage, qui ont en quelque sorte inventé la citadelle du Vercors à l’aube du XXe siècle, bientôt relayés par les géographes de Grenoble qui en ont décrit la structure de massif préalpin. Cf. Anne SGARD, « Paysage du Vercors, entre mémoire et identité », Revue de Géographie Alpine, hors série, 1997 ; François BOULET, Les montagnes françaises 1940-1944 : des montagnes-refuges aux montagnesmaquis, Villeneuve-d’Asq, Presses Universitaires du Septentrion, 1999, 2 tomes, 716 f. 8 Gilles VERGNON, Le Vercors, Histoire et mémoire dun maquis, Paris, L’Atelier, 2002, 256 p.

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mot qui s’accorde à celui de courage, de guerre, d’insolence, de rupture et fracas »9. Ce cri du cœur de Lydie Salvayre montre combien le terme résistance est capable d’incendier notre imaginaire. Il n’est pas de lieu où il ne soit chanté, scandé, peint sur les banderoles et les murs10. Lorsqu’on le manipule, il convient cependant d’éviter le piège des anachronismes et des échelles de valeur11, sous peine de banaliser (esthétisation de la figure du « rebelle ») et de dissoudre la Résistance de la période 1939-45 dans les jeux de pouvoir inhérents au fonctionnement de toute société12. L’acte de résister en temps de guerre suppose en effet que l’on accepte de mettre sa propre personne dans une situation illégale et sa vie en danger : « Prendre le maquis, qu’était-ce en effet, sinon devenir librement hors-la-loi, réfractaire, clandestin ? […] Ah ! bon sang ! nous le savons, il est des heures, extrêmement rares dans la vie d’un peuple, mais elles se présentent ! Des heures où rompre avec la légalité, lorsque celle-ci atteint un degré de perversion qui la rend, de façon éclatante, criminelle, est un droit, et non seulement un droit mais pour certains à la conscience impérieusement délicate, un devoir, inéluctable sans trahison. »13 René Char revendique le « courage du désespoir » qui favorise une authentique expérience de la liberté, au regard du conformisme de la masse14. Si cette assimilation de la résistance à une manifestation de liberté pure et de franche camaraderie, fréquemment exprimée dans les récits des témoins15, se vérifie concrètement dans certaines actions, elle nous maintient cependant dans l’illusion que la Résistance aurait aboli les logiques à l’œuvre dans une
9 « Résister », Cahiers de la Villa Gillet 12, Lyon, 2000, p. 113. Cf. Jean STAROBINSKI, La poésie et la guerre, chroniques 1942-1944, Carouge-Genève, Zoé, 1999, 72 p. ; Sandrine SOUCHON, Résistance et Liberté, Dieulefit 1940-44, éd. à Die, 1994 ; Florence A UBENAS, Miguel BENASAYAG, Résister c’est créer, Paris, La Découverte, 2002, 122 p. 10 Au XVIe siècle, pendant les guerres de religion, la protestante Marie Durand fut enfermée à Aigues-Mortes. On la somma d’abjurer sa foi, elle n’en fit rien et grava sur la pierre le mot : résister. Arlette FARGE , Michel C HAUMONT , Les Mots pour résister, voyage dans notre vocabulaire politique de la Résistance à aujourd’hui, Paris, Bayard, 2005, 210 p. 11 Pierre LABORIE, Les mots de 39-45, Toulouse, Presses universitaires du Mirail 2006, 128 p., nous met en garde contre le danger d’anachronisme mental, qui conduit à croire que les codes culturels d’aujourd’hui valent pour toutes les périodes du passé. 12 Michel FOUCAULT, dans La volonté de savoir, Gallimard, Paris, 1976,212 p., fait de la résistance cette loi physique- le cœur des rapports de pouvoir. Voir également : Michael HARDT, Antonio NEGRI, « Résistance », Multitude, Paris, 2004, p. 86-121. 13 Henri GROUÈS, dit l’abbé Pierre, Juillet 42-juin 44, 23 mois de vie clandestine, Vercors, Paris, Madrid, Gibraltar, Alger, Conférence du palais de Chaillot, le 23 avril 1945, Paris, Office français d’édition, 96 p. 14 « Notes sur le maquis », 1944, in Recherche de la base et du sommet, Gallimard, Paris, 1971, 192 p., p. 24. 15 Jean-Pierre VERNANT, Entre mythe et politique, Paris, Seuil, 1996, 636 p., p. 26.

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société ordinaire. Or les faits montrent le contraire. L’engagement résistant n’est pas qu’un symbole, mais bien une expérience sociale située dans un contexte précis, contrainte par des facteurs extérieurs tels que la discrétion, l’efficacité, mais aussi par des raisons internes au groupe : amitié ou rivalité de ses membres, respect des hiérarchies militaires ou politiques16. Les historiens, préoccupés par la réalité des faits se méfient de l’image d’Épinal du maquisard en posture héroïque, les armes à la main, guettant l’ennemi du haut de sa montagne17. Comment figurer non plus un « saint résistant », mais dire la réalité d’une nébuleuse d’actes de refus, celle des luttes de la Résistance18 ? Si à la suite de Hannah Harendt on fait le constat de la banalité du mal – lâcheté, délation, collaboration, trahison –, ne peut-on légitimement suggérer la banalité du bien19 ? Auquel cas il s’agirait de prendre en considération, au côté des actes de résistance, les nombreux gestes en apparence anodins accomplis par des personnes engagées dans le ravitaillement des maquis ou le sauvetage des enfants juifs. Paul Borel, maquisard de Saint-Martin-en-Vercors, plaide pour que l’on n’oublie pas les individus qui ont pris part à la résistance civile comme les médecins guidant les jeunes en partance pour le STO vers le maquis, les secrétaires de mairie, sans oublier certains bûcherons italiens, curés et gendarmes. La lutte armée prend en effet appui sur des milliers d’actes anonymes que résume cette formule entendue ici ou là chez les habitants du Vercors : « J’ai rendu des services aux maquisards », laquelle montre la complexité des articulations unissant le monde rural et l’univers résistant20. LE VERCORS, FORTERESSE DE LA MÉMOIRE Le Vercors porte dans ses murs l’empreinte de l’histoire. Au lendemain de la guerre, dans les villages détruits les traumatismes sont grands, les deuils
16 Liora ISRAËL , « Les normes sociales de la Résistance. À propos d’un rapport de la Résistance judiciaire communiste », Cahiers de l’IHTP, n°80, 2002-2, p. 61-72. 17 Philippe BARRIÈRE, Gil EMPRIN, « Frontières et partages. Écrire l’histoire de la mémoire alpine de la Deuxième Guerre mondiale : quelques propositions », in Alpes en guerre 1939-1945, MRDI, Grenoble, 2003, p. 115-122. 18 Cf. François BÉDARIDA , « L’histoire de la résistance. Lectures d’hier, chantiers de demain », Vingtième siècle, n°11, 1986, p. 75-89 ; Pierre LABORIE, « L’idée de Résistance, entre définition et sens : retour sur un questionnement », Cahiers de l’IHTP, n°37, décembre 1997, p. 15-27 ; « Qu’est-ce que la Résistance ? », in François MARCOT (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance. Résistance et France Libre, Paris, Robert Laffont, 2006, XLII-1188 p., p. 29-37. 19 Jacques S EMELIN , Sans armes face à Hitler, La résistance civile en Europe, 1939-1945, Paris, Payot, 1998, XVI-274 p. 20 Laurent DOUZOU, « La Résistance et le monde rural, entre histoire et mémoire », Ruralia, 1999-4 ; Mathieu GALLIOT-BISMUTH, Le Vercors en Résistance. Les rapports entre villages et maquis dans les cantons de La Chapelle-en-Vercors et Villard-de-Lans, Lyon, Université Lumière Lyon II (Mémoire de master), 2005.

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difficiles à porter. Des cérémonies du souvenir orchestrées par les pouvoirs publics et les associations d’anciens combattants, rassemblent chaque année une population importante sur les lieux de la tragédie : la cour des Fusillés de La Chapelle-en-Vercors, la nécropole de Saint-Nizier-du-Moucherotte ou le gisant de Malleval, pour ne citer que les plus visibles. La mémoire est d’abord liée à l’espace et, au sein de cet espace, à un point de cristallisation, qui permette de dire, c’est ici que ça s’est passé car, comme le souligne Gérard Wajcman, « avoir eu lieu, c’est avoir un lieu »21. À ces hauts lieux, il convient d’ajouter une myriade de sites plus ou moins discrets qui constituent une véritable topographie résistante du Vercors22. La toponymie raconte également l’histoire des événements à l’envie : chemin des Fusillés, rue du Camp d’Ambel. Cela se vérifie tout particulièrement à Vassieux, lieu de répression sauvage et de destruction systématique, où l’horreur de la guerre a été poussée à son paroxysme le 21 juillet 1944. Une forte émotion s’empare du visiteur lorsqu’il découvre ce village, avec ses maisons reconstruites, ses drapeaux qui claquent au vent et ses carcasses de planeurs allemands. Dans ce lieu exemplaire on a d’abord érigé une nécropole du souvenir, puis un musée issu d’une collection privée et enfin, au col de la Chau dominant le village, un Mémorial national, accompagné de l’œuvre Rester-résister d’Emmanuel Saulnier, installée dans l’ancien cimetière et dédiée aux 73 victimes de l’assaut de l’armée allemande23. Inauguré par les plus hautes autorités de l’État au moment du cinquantième anniversaire des événements, ce lieu de la mémoire institutionnelle est également l’étape centrale de tout un parcours qui vise à faire découvrir les différents sites où se sont déroulés les combats, appelé « Les chemins de la Liberté »24. Découvrir ce dispositif mémoriel c’est certes envisager le « Grand événement », la violence et le malheur comme élément de l’histoire, mais en même temps pouvoir prendre connaissance de la dimension utopique des actions de la Résistance25. C’est dans l’allégresse du mois de juin 1944, que les jeunes gens de la vallée ont gagné le Vercors. Vassieux, village porteur de cette double mémoire du

Gérard WAJCMAN, L’objet du siècle, Lagrasse, Verdier, 1998, 254 p., p. 15. Olivier VALADE , FOUYAT (major), Des combats au souvenir. Lieux de Résistance et mémoire. Isère et Vercors, Grenoble, PUG, 1997, 132 p. 23 Jean-Luc NANCY (dir.), L’art et la mémoire des camps. Représenter, exterminer, Paris, Seuil, 2001, 134 p., p. 109. 24 Jean DAVALLON, « Produire les hauts lieux du patrimoine », in André MICOUD (dir.), Des hauts lieux : la construction sociale de l’exemplarité, Paris, CNRS, 1991, p. 91. 25 « L’horreur de la mort subie l’emporte largement dans les consciences sur les risques assumés de la mort au combat ». Gilles VERGNON , « Les associations d’anciens combattants du maquis du Vercors, le souvenir et la mémoire », Les associations d’anciens résistants et la fabrique de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, Cahiers du CEHD, n°28, p. 69
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« soulèvement » et du « martyre » est donc un endroit chargé de sens pour qui s’intéresse à l’épopée des résistants. VASSIEUX-EN-VERCORS, 16 OCTOBRE 2004 Des témoins, artistes, chercheurs, muséologues, et un public « multigénérationnel » venu de toute la région Rhône-Alpes ont convergé vers Vassieux le 16 octobre 2004, pour participer à une journée de réflexion sur la Résistance26. Au-delà des inscriptions dans la pierre et des parcours didactiques, que reste-t-il dans nos esprits de l’engagement de nos aînés, soixante ans plus tard ? Comment est-il possible, à l’heure du redéploiement des mémoires, de lire et comprendre ce chapitre majeur de notre « roman national » ? Ce moment privilégié de questionnement à plusieurs voix s’ouvre par les allocutions du maire Michel Repellin et du président du Parc Yves Pillet, accompagnées des premiers extraits du film Vercors, fragments d’une mémoire apaisée de Thierry Bazin : regards rétrospectifs sur les Années noires par des habitants de la région. Ancienne infirmière à la grotte de la Luire, déportée à Ravensbrück, Rosine Crémieux leur succède. Elle évoque, en quelques formules lumineuses, la désinvolture des lycéennes grenobloises face à l’autorité vichyssoise, la résistance puis l’expérience concentrationnaire, l’après déportation enfin : la progressive réappropriation de son corps et la lente réinscription dans le temps de la cité. Rosine Crémieux est l’incarnation d’une femme qui n’a pas cédé : « Dans les pires circonstances, qui ont été les miennes, l’être humain peut modifier l’échelle de ses plaisirs et de ses souffrances pour arriver à subsister dans la dignité ». L’historien Gilles Vergnon explore ensuite les deux versants, le lumineux (la liberté) et le sombre (l’abandon, la trahison), socle sur lequel s’est constituée la mémoire officielle de la Forteresse. Tout en expliquant la genèse et l’organisation d’un des premiers maquis de France, il retrace les grandes étapes de la légende du Vercors, devenu au fil des ans une véritable « montagne de papier » et un territoire de renommée internationale27. Anne-Marie Granet-Abisset, historienne, spécialiste de la mémoire, tente ensuite d’expliquer les difficultés qu’éprouve une
Radio Suisse-Romande, a retransmis certains temps forts de la rencontre le 4 février 2005, dans l’émission : « Résistance(s) » Les forts en thème, Espace 2, animée par Martine Béguin et Christophe Canut. 27 Au nombre des publications récentes, signalons : Jean ABONNENC, Il n’est pas trop tard pour parler de Résistance, chez l’auteur, Die, 2004, 382 p. ; François BROCHE , François Huet, chef militaire du Vercors 1944, Paris, Italiques, 2004, 304 p. ; Reymond TONNEAU, Vercors Pays de la liberté Histoire d’un miraculé, Strasbourg, Signe, 2003, 254 p.
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collectivité victime d’un traumatisme, en l’occurrence les habitants de Vassieux, pour faire le deuil des événements tragiques qui l’ont bouleversée. Elle met notamment en lumière la double destruction de ce village : une première fois pendant la guerre, une seconde fois, symboliquement, lorsqu’il est reconstruit suivant les canons d’une architecture imposée de l’extérieur par les urbanistes. Elle s’interroge enfin sur le sens des « silences collectifs ». Avec Marina Guichard-Crozet on quitte le Vercors pour un autre territoire montagnard devenu également un enjeu de mémoire nationale : le plateau des Glières en Haute-Savoie. L’anthropologue montre comment cet important foyer de résistance dont le recrutement provient d’un vaste espace géographique, des habitants d’Annecy aux espagnols antifranquistes, la société du temps présent entretient la « flamme du souvenir ». Anna Balzaro, établit un parallèle entre l’histoire et la mémoire du Vercors et celle des républiques partisanes de l’Alto Tortonese dans le Piémont. Cette réflexion se nourrit des aspects utopiques et de leurs liens avec l’imaginaire, mais aussi des aspects concrets de la vie à l’intérieur d’une « zone libre ». Pour conclure la matinée, Isabelle Doré Rivé, accompagnée de Laure Piaton, du Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon, retrace le parcours intellectuel et évoque l’intense présence au monde de l’ethnologue Germaine Tillion, résistante dès juin 1940. Rescapée des camps de la mort, cette dame a, toute sa vie durant, combattu l’esclavage, la torture et la peine de mort. La multiplicité de ses engagements, au côté des Algériens, contre les camps staliniens, son ardeur à les tenir, son attachement à la vérité et à la justice en font une femme d’exception qui n’a cessé de s’impliquer le monde qui l’entoure. Jan Volker Schlunk, préférant par pudeur ne pas prendre officiellement la parole à la tribune, contribue à animer la discussion tout au long de la journée. Ce fils de soldat allemand mort en France en 1942, enquête depuis de longues années sur les événements du Vercors, en traquant inlassablement les anciens membres de la 157e Division de la Wehrmacht. Il tente ainsi rétrospectivement de mettre ces hommes face à leur responsabilité. Il aborde notamment le problème de la culpabilité et les difficultés rencontrées par les descendants des « bourreaux ordinaires » pour recueillir leurs témoignages. Dans l’assistance, de nombreuses personnes apportent un éclairage ou un commentaire. Roland Bechmann, combattant du Vercors, connu sous le pseudonyme de Lescot, aux côtés de Jean Prévost, relate notamment quelques épisodes de la bataille de Saint-Nizier-du-Moucherotte. Il évoque également sa rencontre avec l’écrivain Jean Brüller dit Vercors. Au cours des ateliers de l’après-midi, moins solennels, de jeunes comédiens grenoblois disent de la poésie de la Résistance. Paul Bec, ancien maquisard, les relaie bientôt pour animer un temps d’échange au cours
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duquel il est question de résistance, démocratie, citoyenneté, d’hier à aujourd’hui : « C’est un fait, soixante ans après, j’arrive dans certains cas, à ne plus pouvoir maintenir mon émotion. On disait, mais on ne reverra pas cette barbarie. Et puis voyez ce qui se passe en Palestine, en Irak, en Tchétchénie. C’est à désespérer de l’humanité ». Suite à son allocution le débat s’installe. Dans la foulée Jean-Pierre Bos commente son travail photographique sur la mémoire des résistants. Ses montages fixent des êtres, des mots et inventorient des objets-témoins, mêlant une approche d’archiviste et d’ethnologue. Dans le cadre de la restauration de l’église de Vassieux, la commune a commandé un projet à deux artistes contemporains, Carmelo Zagari et Jean-Marc Cerino. Ce dernier présente son travail à la population : « J’ai fait le choix de deux figures, un jeune homme et une jeune femme, dans leur simple présence. Être-là, à Vassieux, c’est déjà témoigner. C’est également proposer, par la jeunesse des figures, une espérance : celle d’ accepter la vie sans se résigner ». En fin d’après-midi, Serge Pey propose une cérémonie déambulatoire intitulée Douze poèmes pour huit cents visages. D’une voix puissante et rocailleuse, il martèle des mots arrachés du corps qui provoquent comme un électrochoc dans l’auditoire. Pey incarne alternativement l’opprimé et le résistant : il titube, se relève, bondit, frappe le sol et vocifère en un va-et-vient de chants d’espérances et de cris de révolte. Ses phrases découpées au couteau disent la violence du monde et la beauté des visages des vivants. La soirée se termine par une représentation théâtrale au Mémorial : Résistance(s) par la Compagnie Les Oiseaux de passage de Die. L’action se déroule quelque part dans la France occupée : deux femmes et un homme en fuite se réfugient dans une grange, où un jeune maquisard viendra les rejoindre. Ce lieu secret révèle progressivement, derrière les masques, le vrai visage des protagonistes de la scène. Jouée dans un lieu propice à l’imaginaire de la clandestinité, cette fiction parle de la promiscuité et des transformations psychologiques créées par le danger. C’est aussi un regard sur ces petits combats personnels qui permettent de continuer, malgré l’horreur, à rester intègre et digne. Publié soixante-quatre ans après les événements du Vercors, au moment où s’opère un tournant mémoriel, le présent ouvrage est délibérément hétérogène dans les manières d’envisager le monde de la Résistance. Il s’agit en effet de recueillir la parole des derniers témoins et de s’ouvrir conjointement au questionnement des chercheurs aspirant à faire la vérité sur la période et sa mise en mémoire. L’imagination créatrice des artistes, écrivains et poètes, comme Elisabeth Chabuel qui puise son inspiration dans les souvenirs de sa mère, permet en outre d’aborder la dimension symbolique et universelle de la Résistance, que ne parviennent pas à exprimer les mots convenus des inscriptions officielles des monuments. Il y a ceux qui, dépositaires de la parole légitime, s’expriment à travers les rituels
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commémoratifs, analysés par Mauricette Crouzet28, ou les récits biographiques, et ceux nombreux qui se taisent, préférant transmettre leur vision des faits dans l’intimité familiale et les cercles de sociabilité villageoise. Ce sont précisément ces autres témoignages que l’ethnologue Marie-Thérèse Têtu est allée chercher à Vassieux. Cette publication est également enrichie par les travaux de l’historienne du cinéma Sylvie Lindeperg centrés sur Au cœur de l’orage de Jean-Paul Le Chanois, qui permettent de mieux comprendre la genèse de cette vaste fresque, devenue le film culte du Vercors, et sa réception délicate dans le contexte de l’après-guerre. Différents documents d’hier et d’aujourd’hui, inédits pour la plupart, complètent enfin cette recherche collective, comme ce témoignage émouvant de Henri Chavranski se remémorant l’enfance de son ami Georges Pérec et des autres enfants juifs cachés dans les familles du Villard-de-Lans. À bien des égards l’expérience de la Résistance fut une folie pour ceux qui y participèrent mais, comme l’écrit l’un d’entre eux en 1946, « il y a parfois besoin de fous pour secouer l’engourdissement général »29. Tenir tête, faire front et imaginer d’autres possibles, n’est-ce pas ce qu’ont tenté les résistants lorsqu’ils ont établi, dans la liesse de l’été 1944, la « République libre du Vercors » ? Cet exemple d’une république à parfaire, inscrite dans l’utopie maquisarde, mais également dans l’anticipation d’une libération générale que l’on croit très proche, dans l’affirmation du rejet de Vichy et du « rétablissement » du principe et des valeurs républicains, montre que l’histoire de la Résistance n’est pas seulement vision du passé, mais également une des clefs de construction de l’avenir. Dans l’élan de la liberté retrouvée après la guerre, certains se sont engagés pour favoriser l’avènement d’une société plus juste. D’autres agents de l’histoire au destin moins glorieux ont eu l’intuition que ce que l’on croyait à jamais révolu pourrait bien être encore là, tapi dans l’ombre, comme le pressentait dès 1949 l’ancien prisonnier de guerre Georges Hyvernaud : « Une mythologie puissante, confuse et baroque naît sur les murs des villes, dans les pages quotidiens, dans la nuit des cinémas, dans la foule ameutée des meetings. Les mêmes mécaniques publicitaires lancent une marque d’apéritif et propagent les mots d’ordre des dictateurs »30.
Mémoire de fer, mémoire de terre, approche ethnologique d’un maquis de montagne. Drôme Isère, 1943-44, Lyon, Université Lumière Lyon II (mémoire de maîtrise), 2003. 29 Marc SERRATRICE (maquisard au C3 d’Autrans), « Pour nous le Vercors a un sens », Le pionnier du Vercors, 1, 1946. 30 Georges H YVERNAUD , La peau et les os, Le Dilettante, 1993 (nouvelle édition), 158 p., p.108 ; adaptation musicale de Serge TEYSSOT -G AY , On croit qu’on en est sorti, label Barclay, 2000. Cf. Pierre MILZA, L’Europe en chemise noire. Les extrêmes droites européennes de 1945 à aujourd’hui, Paris, Fayard, 2002, 478 p.
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Performance de Capitaine Dubois, 20 mai 2007

TÉMOIGNAGE(S)