Alice

-

Livres
136 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Dans un hôpital de Montpellier, une femme s’éveille complètement amnésique. Elle ne se souvient d’absolument rien. Pas même de son propre nom. Son voisin de chambre, Victor, se lie rapidement d’amitié avec elle. Ensemble, ils cherchent un prénom en attendant qu’elle retrouve le sien, et son choix se porte sur Anna.
Rien ne s’arrange durant son séjour à l’hôpital : non seulement la mémoire d’Anna reste complètement inaccessible, mais les médecins découvrent qu’elle est enceinte. Tout se bouscule dans sa tête. Qui est le père? Et pourquoi personne n’a signalé sa disparition? Que va-t-elle devenir sans identité?
Déterminé à lui venir en aide, Victor se propose de la prendre en charge et des liens très forts se tissent entre eux… jusqu’à ce que la mémoire de la jeune femme revienne subitement à la surface…
Un avenir est-il possible lorsque le passé nous échappe?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 août 2016
Nombre de visites sur la page 9
EAN13 9782897674489
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Copyright © 2016 Suzanne Roy Copyright © 2016 Éditions AdA Inc. Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Révision linguistique : Isabelle Veillette Correction d’épreuves : Nancy Coulombe Conception de la couverture : Matthieu Fortin Photo de la couverture : © Thinkstock Mise en pages : Sébastien Michaud, Sylvie Valois ISBN papier 978-2-89767-446-5 ISBN PDF numérique 978-2-89767-447-2 ISBN ePub 978-2-89767-448-9 Première impression : 2016 Dépôt légal : 2016 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada Téléphone : 450 929-0296 Télécopieur : 450 929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Roy, Suzanne, 1975-Alice Sommaire : t. 1. Une femme amoureuse -- t. 2. Une femme sans histoire. ISBN 978-2-89767-443-4 (vol. 1) ISBN 978-2-89767-446-5 (vol. 2) I. Roy, Suzanne, 1975- . Femme amoureuse. II. Roy, Suzanne. Femme sans histoire. III. Titre. PS8635.O911A61 2016 C843’.6 C2016-941158-3 PS9635.O911A61 2016
Conversion au format ePub par:
www.laburbain.com
Chapitre 1
L’inconnue
U ne voix d’homme ramène la jeune femme à la conscience. Même si ses yeux restent fermés, elle se surprend à tendre l’oreille, puis à essayer de reconnaître les mots qu’il prononce. Lourdement, elle entrouvre un œil et tourne la tête dans un geste lent en direction du son. L’homme, installé sur un lit voisin près d’une fenêtre, tient un tas de feuilles qu’il lit à voix haute. La jeune femme essaie de reconnaître le lecteur, puis pivote sa tête pour observer le reste de la pièce. Aucun doute : elle est dans une chambre d’hôpital. Mais que fait-elle là ? Quand le chuchotement s’arrête, elle reporte son attention sur son voisin. — Bonjour,la salue l’homme en affichant un large sourire. Elle déglutit avant de répondre d’une voix rauque et faible : — Bonjour. — Je suis heureux de vous voir éveillée. Ça doit faire trois jours que vous dormez. — Trois… Les mots s’étranglent dans sa gorge lorsqu’elle essaie de se redresser dans le lit. L’homme dépose sa liasse de feuilles et se lève. — Hé ! Doucement ! Il tente de venir aider la jeune femme à s’étendre à nouveau, mais l’étourdissement qui l’assaille la maintient sur le matelas bien plus rapidement encore. Elle porte la main à son front et ferme les yeux pour essayer de maîtriser sa douleur. À ses côtés, l’homme appuie sur un bouton installé entre les deux lits pour appeler l’infirmière. Dans un gémissement, elle remarque que son corps est courbaturé. — Je me suis fait… renverser par une voiture ou quoi ? demande-t-elle. — Je suis désolé. Je n’en sais rien, avoue l’homme piteusement. Environ une minute plus tard, une femme entre et lorsque la patiente pose les yeux sur elle, elle affiche un énorme sourire avant de lancer : — Eh bien, bonjour ! La jeune malade, qui vient seulement de parvenir à redresser son corps sans trop de mal dans le lit, ne répond pas. — Comment allez-vous ? insiste la nouvelle venue avec une voix joyeuse. — Euh. Bien… — Tant mieux. Je vais chercher le médecin. Restez calme. Je reviens tout de suite. L’infirmière ressort prestement de la chambre. Dès qu’elle se retrouve seule avec son voisin, l’homme titube jusqu’à son lit et reprend sa place avant d’annoncer : — Je m’appelle Victor. Comme elle le regarde sans répondre, il montre sa jambe avant d’ajouter : — On m’a opéré au genou. — Et moi ? Pourquoi je suis ici ? demande-t-elle sans se soucier de la blessure. — Ça, je ne sais pas. D’après ce que j’ai compris, tu aurais été découverte sans connaissance, il y a deux jours. Les médecins disent que tu aurais reçu un coup sur la tête. Mais je n’en sais pas plus.
La jeune femme porte une main sur son front avant de souffler : — Ah oui ? — Ça ne te rappelle rien ? vérifie-t-il. Elle essaie de retrouver une image de cet accident, mais rien ne surgit dans sa mémoire. Elle sursaute lorsque deux personnes, le médecin suivi de l’infirmière, rentrent dans la chambre et s’avancent vers elle. — Notre inconnue est enfin réveillée ! s’exclame-t-il avec un sourire. Pendant que la dame contourne le lit et tire le rideau qui la sépare de son voisin, le médecin vérifie les appareils autour d’elle, puis reporte son attention sur sa patiente. — Je suis le docteur Madison, et vous êtes à l’Hôpital Lapeyronie. — Que s’est-il passé ? — Ça, c’est une bonne question, réplique le praticien en récupérant son bras pour prendre sa pression artérielle. Racontez-nous ce dont vous vous souvenez. — Bien. Je… je ne sais pas, avoue-t-elle. Tout est… confus. Un silence désagréable s’installe pendant qu’il termine son examen. La jeune femme attend, anxieuse. Lorsqu’il libère son membre supérieur, l’infirmière lit quelques résultats que le médecin note dans son dossier. Immédiatement, il se penche vers elle et soulève sa paupière sans lui demander l’autorisation. Il fait virevolter une lumière dans ses yeux. Enfin, il reprend la parole : — On vous a transportée ici après vous avoir retrouvée sans connaissance dans une petite rue. Vous aviez une vilaine commotion. — J’ai eu… un accident ? — Ça, Madame, c’est à vous de nous le dire… Il se détache et récupère le dernier bilan imprimé sur une feuille tout près de son lit. Il fait une sorte de « Hum », puis demande : — De quoi vous souvenez-vous ? Elle hausse les épaules en essayant de réfléchir. Impatient, il pose une nouvelle question : — Savez-vous quel jour nous sommes ? — Bien. Je… Non. Je crois que non. — Pas même le mois ? Elle interroge sa mémoire pendant une longue minute. Elle cherche, mais rien ne lui vient, aucune indication sur la saison et ce rideau tiré ne l’aide pas à avoir un aperçu de la météo extérieure. Elle lance, au hasard : — Juin ? Le médecin ne répond pas. Il gribouille des notes sur la feuille tout en continuant son interrogatoire : — Quel est votre nom ? La jeune femme affiche un air tout aussi perdu. Le thérapeute fronce les sourcils et insiste, sur un ton irrité : — Vous avez bien un nom ? — Bien… oui… enfin… Elle plisse le front nerveusement et écrase ses doigts sur ses tempes, mais tout est noir dans sa tête. Elle cherche quelque chose : un mot, un nom, n’importe lequel, tant qu’il lui indique une information juste. Elle s’impatiente elle-même, ayant la nette impression que sa réponse prend une éternité et que tout le monde attend qu’elle réagisse. Le médecin continue à compulser son dossier dans un froissement de feuilles de papier qui ne l’aide en rien à réfléchir. — Quelle est la dernière chose dont vous vous souvenez ? reprend-il.
Encore une fois, la jeune femme repart à la recherche d’une image et sa respiration lui semble de plus en plus difficile. Elle essaie de retrouver un souvenir, n’importe lequel, et le seul qui émerge est trouble. — Un bruit. Une sorte de « chhhhhhhh ». Je crois. Lorsqu’elle referme les yeux, elle ajoute : — Je crois que je flottais. J’avais les jambes… engourdies. — L’avion, peut-être ? Le visage de la jeune femme s’éclaire, puis elle hoche la tête. — Un avion, oui. Je crois que c’est ça. La sensation issue de son souvenir lui paraît crédible, même si elle n’est pas certaine qu’elle soit juste. — Bien, dit-il sans cesser d’écrire. La voix du médecin lui semble plus calme et la jeune femme soupire de soulagement. Elle a l’impression d’avoir donné une bonne réponse à l’examen. Elle retombe dans son lit, étrangement épuisée d’avoir forcé sa mémoire à lâcher une sensation plus qu’un souvenir. — Savez-vous où vous êtes ? demande-t-il encore. — Eh bien… à l’hôpital ? Sa réponse fait sourire l’infirmière, mais pas le médecin, qui précise sa question : — Dans quelle ville ? — Bien, vous avez dit… Lapey… — Lapeyronie, répète-t-il. Et c’est le nom de l’hôpital, pas de la ville. Il fronce les sourcils et attend. Elle cherche quelque chose autour d’elle, n’importe quoi qui puisse lui indiquer l’endroit où elle se trouve. Quand il remarque son visage anxieux, il répond lui-même à sa propre question : — Vous êtes à Montpellier. Cela vous dit-il quelque chose ? — Je… non. Quand le trou noir s’acharne dans son esprit, elle finit par demander : — Quand vous dites Montpellier, vous voulez dire… en France ? — Oui. Connaissez-vous cette ville ? Y avez-vous de la famille ? Elle réfléchit, difficilement, mais ne se remémore rien de précis concernant cet endroit. — Non, je… ça ne me dit rien. Désolée. Pendant plusieurs minutes, le médecin continue de griffonner, puis il replace le dossier sous son bras. — De toute évidence, vous souffrez d’une amnésie partielle, annonce-t-il. Je vais demander au docteur Dubois de faire quelques analyses de routine. Comme le regard de la jeune femme laisse transparaître une certaine panique, il ajoute avec une voix plus douce : — Ne vous inquiétez pas. La perte de la mémoire n’est pas rare dans ce genre d’accident. Vous avez probablement subi un choc. — Un choc ? — Oui. Une agression, un accident. En tous les cas, quelque chose d’assez difficile pour vous empêcher de vous en souvenir. Dans un geste rapide, la jeune femme regarde les parties de son corps. Elle cherche des indices, quelque chose susceptible de lui prouver qu’elle a été victime d’un accident. Elle montre d’étranges cicatrices sur ses avant-bras : — Un truc comme ça ?
— J’en doute, répond le médecin. Vu la couleur de vos marques, ces griffures doivent dater de quelques mois. Je songeais plutôt à une agression armée ou à un accident de voiture… La jeune femme se remet à réfléchir, à chercher le plus infime souvenir, lorsqu’elle soupire, dépitée : — Ça va me revenir, hein ? — C’est fort possible, avoue le praticien. Dans ce genre de cas, il arrive que la mémoire revienne peu à peu. Comme les pièces d’un puzzle qui arrivent par morceaux, dans le désordre. Elle porte machinalement la main sur ses cheveux et celle du médecin, chaude, se pose son épaule. — Ne forcez rien. Détendez-vous. Lorsque votre tête sera prête, tout viendra naturellement. Elle se laisse retomber contre l’oreiller et ferme les yeux, faisant mine de céder aux paroles du docteur. Pourtant, dès qu’il tourne les talons, elle se redresse de nouveau. — Et mon nom ? Vous le connaissez ? Il pivote vers elle avant d’avouer : — Au moment de votre admission, vous n’aviez aucun papier sur vous. On vous a peut-être volée ? Sentant la panique la gagner, la jeune femme souffle : — Je n’ai pas de nom ? — Bien sûr que vous avez un nom, la contredit-il. Les policiers feront une enquête. Ils finiront bien par trouver qui vous êtes. Quelqu’un vous recherche sûrement quelque part. Votre mari, par exemple. — Mon mari ? répète-t-elle. Je suis mariée ? La jeune femme observe ses doigts, à la recherche d’une alliance qui n’existe pas. Elle essaie même d’en voir une trace sur sa peau, mais rien ne transparaît. — Je n’en sais rien, admet-il. Votre mari ou votre petit ami, votre famille, votre employeur… quelqu’un doit bien vous chercher. Les gens ne disparaissent pas comme ça, vous savez. La voix du thérapeute se veut douce et apaisante, mais la jeune femme s’interroge. Pourquoi tout est-il aussi noir dans son esprit ? — Reposez-vous. Je viendrai prendre de vos nouvelles plus tard, dit-il. Quand le médecin sort, elle abat sa tête dans l’oreiller. Elle cherche, en vain, à retrouver la plus petite information susceptible de lui donner un indice sur sa propre identité. Qui est-elle ? Pourquoi aucun souvenir ne lui est accessible ? — Je ne sais même pas qui je suis ! — Chut. Calmez-vous, chuchote l’infirmière. Elle attend que la jeune femme hoche la tête, puis elle ouvre de nouveau le rideau qui l’isole de son voisin de chambre. — Je suis Nathalie, annonce-t-elle avec une voix enjouée. Si vous avez besoin de moi, appelez, d’accord ? Je serai juste là. Elle pointe son doigt dans une direction, mais la jeune femme ne regarde même pas. Elle se concentre sur sa respiration, surtout pour essayer de retrouver son calme, soulagée de voir l’infirmière repartir. Soudain, elle sent le regard de son voisin posé sur elle. Sans attendre, elle tourne la tête vers lui et découvre un visage inquiet. — Ça va aller ? — Je ne sais pas. Je suppose que tu as tout entendu ? vérifie-t-elle. — Oui, admet-il en baissant les yeux.
La jeune femme attend, puis son voisin dépose une pile de feuilles sur la table de chevet et se penche vers elle avant de tendre une main dans le vide. — Je m’appelle Victor, redit-il. Sans réfléchir, elle l’imite pour pouvoir répondre à son geste, mais le chagrin ne tarde pas à lui nouer la gorge. — Je voudrais bien… me présenter, mais… je n’ai pas de nom. Ou plutôt, je ne m’en souviens pas… Elle lâche un rire triste. — C’est bête, non ? Tout en reprenant place sur son lit, il affiche un visage songeur, puis reprend, en retrouvant un large sourire. — Et si nous te trouvions un nom ? propose-t-il. Il récupère une revue dans le tiroir de la table de chevet, la dépose sur lui et en fait tourner les pages. — Tu n’as qu’à choisir un nom qui te plaît. Rachel ? Britney ? Elle fronce les sourcils, puis son visage affiche un léger sourire quand elle comprend qu’il énonce tout haut les prénoms des personnes célèbres présentes dans le magazine. — Je ne peux pas prendre n’importe quel nom ! proteste-t-elle. — Pourquoi pas ? Après tout, ce sera temporaire. Et ça me permettra de t’appeler autrement que… la Femme endormie. Sans attendre, il se remet à tourner les pages en poursuivant son énumération : — Simone ? Claudia ? Béatrice ? Elle secoue la tête. — Joan ? Mohammed… euh, non. Marie ? Anna ? Le visage de la jeune fille se relève vers lui et elle chuchote : — Attends. — Quoi ? Marie ? vérifie-t-il. — Non. Anna. Je crois que… ça me dit quelque chose… — C’est ton nom ? Elle hausse les épaules, incertaine, et Victor opine de la tête. — Alors, va pour Anna. Il rit en penchant la tête et lui tend la main une seconde fois : — Je suis enchanté de faire ta connaissance Anna. Je m’appelle Victor. Victor O’Brien. Elle sourit avant de répondre à son geste. — Anna. Je m’appelle… Anna. — Alors, Anna, reprend-il, de quoi as-tu envie ? Devant son regard intrigué, il explique sa question : — Après trois jours endormie, peut-être aimerais-tu manger quelque chose de plus consistant que ça ? Il pointe du doigt le cathéter collé au bras de la jeune femme. — Ah ! dit-elle. Bien… je ne sais pas trop. L’homme se tourne et récupère un sac qu’il dépose sur son lit. Il en sort diverses friandises qu’il lui tend. Anna attrape la première au hasard. — Qu’est-ce que c’est ? demande-t-elle en ouvrant le paquet. — Du chocolat à l’orange. Elle le déballe et le glisse dans sa bouche. Un sourire plus franc s’affiche alors :