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Armelle

De
344 pages

Florimond de Sicota, fraîchement divorcé, vient d’être nommé commissaire de la police judiciaire d’Antibes. Profitant de quelques jours de congé pour se détendre dans les rues de la ville, il rencontre une jeune femme qui semble perdue. Il va la secourir, de mauvaise grâce d’abord. En fin de compte, il va lui sauver la vie et se trouver confronté à sa première enquête, non prévue. Il sera aidé par ses futurs collègues : le commandant Antoine Meillon, son ami depuis l’école de police et le capitaine Lionel Davrault. Armelle sera le nom qu’il va donner à la jeune amnésique en attendant qu’elle retrouve la mémoire et l’enquêteur la confiera à ses parents retraités. La jeune femme sera ainsi à l’abri du danger et du désir de son protecteur...


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-10746-4

 

© Edilivre, 2016

Chapitre I

Florimond de Sicota, flânait dans les jolies petites rues d’Antibes, les mains dans les poches de son pantalon en toile blanche. Son tee-shirt rouge faisait ressortir son teint de brun hâlé par le soleil « enfin pensa-t-il, je suis à mon huitième jour de vacances, sans problème, quel bonheur ! » Heureux que ce début d’août soit si beau. Ce répit ne lui était pas arrivé depuis quatre ans. En fait, depuis qu’Elodie avait demandé le divorce. Profondément blessé par cet échec, il s’était réfugié dans le travail. De commandant à la police judiciaire à Paris il n’avait eu qu’une ambition, passer commissaire. Il réussit son challenge. A trente-deux ans, cette promotion était considérée comme une belle réussite. En attendant son affectation, il avait sollicité de ses supérieurs un peu de repos pour lui permettre de prendre du recul. Cette faveur lui avait été accordée sans problème, au vue de ses bons états de service, bien que le mois d’août soit généralement réservé au personnel ayant des enfants. S’obligeant à ne plus penser à son travail, il longea les petites échoppes entourant le marché provençal, rempli d’une foule nombreuse de badauds, riant, criant, s’interpellant, dans une ambiance de vacances. Il quitta la cohue bruyante de midi, reprit sa voiture garée derrière la Poste et tout doucettement se conduisit en voiture vers le parking en face du port. Décrétant qu’une petite marche de plus lui ferait le plus grand bien, il traversa la rue et se dirigea vers les somptueux bateaux du quai des milliardaires, en se promettant d’aller, ensuite, admirer en face, des yachts plus modestes, dont il se serait bien contenté. Il revint à pas lents de sa petite ballade chimérique et au loin, il lui sembla voir une personne assise par terre, non loin du monument érigé à la mémoire de Jean Moulin, à l’ombre d’un pin parasol et d’un micocoulier. Une jeune femme essayait de se relever en se cramponnant à l’arbre. Un chien près d’elle lui léchait les mains, le visage, elle se frotta la tête, caressa l’animal :

– Laisse-moi, le chien ! dit-elle d’une voix douce.

Florimond s’approcha, l’aida à se relever et constata, en plus de sa pâleur, elle était écorchée aux mains et une énorme bosse sur le haut du front grossissait à vue d’œil.

– Vous êtes tombée ? demanda Florimond,

– Je ne sais pas, répondit-elle en tremblant.

– On dirait que vous vous êtes évanouie ?

– Oui ! Je pense, je ne sais pas.

– Je vous emmène à l’hôpital !

– Non monsieur ! Lui opposa-t-elle poliment, je me sens un peu mieux, je vais marcher pour reprendre mes esprits.

– Ce chien est à vous ?

– Je ne sais pas, mais il est très gentil, murmura-t-elle.

– Il vous suit, il a l’air de vous connaître.

Elle leva les yeux vers lui, il eut l’impression de se noyer dans la Méditerranée quand elle prend ses couleurs marines avant de sombrer dans la nuit. Outre ce bleu étrange, ils étaient immenses, magnifiques, troublants. Le cœur de Florimond flancha et s’emballa, il battit en retraite devant ce danger imminent.

– Bon ! Si vous ne désirez pas aller à l’hôpital, je vous laisse rentrer chez vous. Au revoir, Madame.

Après l’avoir saluée, il se précipita vers sa voiture. Oubliant le reste de sa promenade, il remonta par l’ancienne porte marine, pour faire le tour des remparts. D’un seul coup la honte l’envahit, lui un policier, abandonner une personne blessée, sans secours « bravo, de Sicota ! Fuir des yeux trop beaux, je peux encore le concevoir, mais laisser cette femme sans secours, alors qu’elle est vraisemblablement sonnée, mais où ai-je la tête »

Il gara son véhicule sur le trottoir, tant bien que mal, plutôt mal que bien, en se glissant entre deux camionnettes de marchands ambulants qui pullulent pendant les vacances bd d’Aguillon, devant les restaurants. Il fit le tour, se glissa en se cachant au milieu des voitures du grand parking au début du port de Plaisance. Là, il entendit un chien aboyer, il essaya d’épier ce que faisait la femme avec un ou deux complices. Il pensa que si c’était un piège pour arnaquer et voler un innocent, elle devait être en train de mettre au point un nouveau stratagème. Ne la voyant plus, il s’avança plus près. Assise sur un des bancs municipaux, non loin d’où elle était tombée auparavant, la tête dans les mains, avec le chien couché près d’elle, elle pleurait. Marchant lentement à couvert vers elle, scrutant avec acuité les alentours, ne décelant aucun complice apparent, il décida de l’emmener à l’hôpital, de force s’il le fallait.

Le chien le vit en premier, courut vers lui en sautant et en jappant. Florimond s’assit sur le banc à côté d’elle.

– Venez ! Je vous conduis à l’hôpital.

– Non monsieur ! Merci. Elle sanglotait à chaudes larmes, son visage blême, brillait rougit par le frottement de ses mains pour s’essuyer, un filet de sang coulait le long de sa tempe.

– Pourquoi ? Il faut vous soigner, appelez quelqu’un de chez vous. Où habitez-vous ?

– Je ne sais pas, pleura-t-elle, en redoublant d’intensité, je ne me souviens de rien. J’ai peur, j’ai tellement peur.

– Bon ! Venez chez moi en attendant d’y voir plus clair. Calmez-vous.

– Non ! Je ne veux pas !

– Pourquoi ? demanda Florimond tout surpris.

– Je ne vous connais pas !

– Moi non plus ! Mais pour le moment nous n’avons pas le choix, n’est-ce pas ?

Il réussit à la faire marcher, très lentement tout d’abord, puis petit à petit, ses jambes semblèrent se dérouiller. De Sicota regardait à droite et à gauche, derrière eux, mais ne vit que le chien qui les suivait.

– Que regardez-vous, monsieur ? demanda-t-elle étonnée de son manège et un peu essoufflée car il lui pressait le pas.

– Si nous ne sommes pas suivis par un de vos copains.

Incrédule, elle le regarda, mais devant son air méfiant, elle finit par comprendre ce qu’il voulait dire. Se détachant de son bras, elle se détourna du chemin qu’il lui faisait suivre en direction de la voiture. Elle passa sous l’ancienne porte marine, qui fut pendant des siècles, la seule porte ouvrant sur le port quand les remparts entouraient la ville. Elle s’assit sur la margelle de la fontaine d’Aguillon, qui rend hommage, ainsi que celle de la rue Clemenceau, au brigadier du corps royal du Génie. Celui-ci en restaurant l’aqueduc romain de Fontvieille, donna à Antibes une eau pure et limpide qui s’écoule par les bouches sculptées en pierre des quatre côtés de la colonnette carrée de la fontaine pour tomber doucement dans le cercle la supportant. L’air boudeur, elle lui dit :

– Je n’irai pas plus loin, je vous ai dit de me laisser, si vous croyez que je vous tends un piège avec des complices éventuels, je préfère rester seule.

– Ne faites pas l’enfant ! Vous voyez bien, vous avez besoin de mon aide, ne soyez pas offusquée, je suis de nature méfiante.

– Pourquoi ? Vous avez déjà été volé ? balbutia-t-elle un peu péniblement.

– Pas vraiment, non ! Mais je suis policier et j’en ai vu beaucoup se faire avoir.

– Ah ! Ce que je suis contente, s’écria-t-elle en lui sautant au cou et en l’embrassant sur la joue, cela me rassure.

– C’est bien la première fois que l’on m’embrasse parce que je suis un flic, à part ma mère, dit-il en riant, généralement c’est plutôt le contraire.

En montant en voiture, il vit le chien qui les regardait en gémissant et en remuant la queue. Puis il s’immobilisa et regarda derrière eux.

– Eh ! Le chien, on dirait que tu as vu quelque chose ? Puis se tournant vers elle, que fait-on, on l’emmène ?

– Comme je ne me souviens pas s’il est à moi, mais qu’il me suit partout, si cela ne vous fait rien, oui j’aimerais bien, sa présence m’a rassurée.

– Allez viens le chien, dit de Sicota en ouvrant la porte arrière de la Mercedes. Le labrador, ne se fit pas prier et sauta sur la banquette, s’assit bien posément montrant par sa sagesse qu’il était habitué à se promener en voiture.

– Pourquoi pensez-vous que cela ne fait plaisir à personne de voir que vous êtes policier ?

– Mon expérience, jeune Dame, un divorce et un échec ensuite, c’est déjà bien non ?

– Pourquoi ? Vous les maltraitiez ? demanda-t-elle en souriant pour la première fois en s’essuyant avec le mouchoir en papier qu’il lui avait donné.

« Bon sang de pétard ce qu’elle est belle » pensa Florimond ébloui par son sourire.

– Non ! Je n’ai battu aucune de mes femmes ou petites amies, mais vous ne savez peut-être pas qu’un policier est toujours en retard, qu’il fait des heures supplémentaires même tard le soir, qu’il peut être appelé la nuit, en résumé, il n’est pas souvent à la maison, et elles s’ennuyaient, elles ont trouvé des mecs plus disponibles que moi, voilà tout.

– Vous avez l’air malheureux en disant cela ?

– Je vais mieux ! Je me suis fait une raison, affirma de Sicota d’un air convaincu, comme s’il tentait de s’en persuader lui-même, il est vrai que mon emploi du temps est chargé et me laisse peu de temps chez moi, en ce moment c’est préférable.

– Vous, vous ennuyez moins ?

– En travaillant beaucoup, je n’ai surtout pas le temps de penser. Pour le moment je suis en vacances.

En la regardant, il évita de justesse le trottoir, la rue qui longe les remparts n’est pas très large, il est donc recommandé d’aller lentement et prudemment.

– Mais vous étiez gentil avec elles ? insista-t-elle taquine en se mouchant discrètement.

Il se mit à rire franchement, elle l’imita, ce fut un instant de détente. C’était bien pour la tranquilliser qu’il se laissait aller à quelques confidences sans trop de retenue et certainement pour la première fois avec une inconnue.

– Il n’y a pas plus câlin que moi, Madame ! affirma Florimond d’un ton comique et moqueur.

Le rire reprit de plus belle, le chemin se fit sans s’en apercevoir, dans la bonne humeur.

– Attendez ! Relevez vos cheveux et mettez ça, conseilla Florimond en lui tendant une casquette qu’il venait de prendre sur le siège arrière, près du chien. Bien cachez-vous le visage le plus possible avec mes lunettes, ajouta-t-il, en les lui donnant après les avoir prises sur le tableau de bord.

Devenait-il parano ? Peut-être ! Mais son instinct lui commandait la prudence. En vérité, après avoir mis les lunettes pour cacher ses yeux et la casquette pour camoufler ses cheveux d’un blond doré se repérant de loin, rien de la jeune femme n’était reconnaissable, habillée d’un jean bleu et d’un petit pull à manches courtes, elle aurait aisément pu passer pour un garçon.

– Marchez comme un mec ! dit-il.

– Comment ? pouffa-t-elle, en riant.

– Faites de grandes enjambées, tapez-moi sur l’épaule, surtout ne parlez pas ou alors prenez une grosse voix.

Elle recommença à rire, comment voulait-il qu’elle lui tape sur l’épaule il la dominait d’une tête. Il la prit par les épaules et la dirigea vers un immeuble très luxueux du Boulevard Albert 1er, en riant lui aussi, comme s’ils se racontaient une bonne blague entre mecs. La lividité du visage de la jeune fille, à la fin de la montée des deux étages, au pas de course, évitant l’ascenseur pour faire plus viril, toucha profondément de Sicota. Une fois entrés dans l’appartement, il lui disposa deux coussins sous la tête après l’avoir forcée à s’allonger sur son divan, il lui dit :

– Reposez-vous, je vais faire quelques courses.

– Non ! Ne me laissez pas, pria-t-elle affolée, en se redressant vivement.

– N’ayez aucune crainte, nous n’avons pas été suivis, dormez un peu, l’épicerie est à côté, précisa-t-il tout en jetant un coup d’œil derrière le rideau de son salon, le chien va monter la garde. Pas vrai le chien ?

Le chien remua la queue en guise d’assentiment et alla s’asseoir sagement près d’elle. La jeune inconnue dormait déjà, épuisée. La supérette se tenait à quelques pas de l’appartement. Par précaution, il fit le tour des bâtiments autour de chez lui en inspectant bien les voitures, mais le calme régnait. Rassuré, il acheta ce dont il avait besoin. Florimond de Sicota avait toujours été un fin limier, s’il était suivi, il s’en apercevrait immédiatement. Sa réputation n’était plus à faire dans ce domaine.

Il glissa doucement la clé dans la serrure, pour ne pas la réveiller, puis rangea ses achats dans la cuisine et dans la salle de bain. Ensuite, il prépara un repas léger en pestant mentalement, car ce soir, il avait décidé d’aller au restaurant, mais il n’en était plus question. La bosse qu’elle avait sur la tête démontrait bien qu’elle ait eu de graves ennuis, quelqu’un avait essayé de la battre, peut-être même de la tuer, d’où sa peur panique qui était la seule chose que son cerveau devait se rappeler.

L’odeur des grillades fit frémir les papilles de l’amnésique, elle ouvrit les yeux en soupirant, se tâta le front et ôta le sachet de glaçons, changé en eau, que Florimond lui avait posé sur le crâne avant de sortir, le mit adroitement sur la petite table dans la coupe à fruits vide ; il apprécia ce geste qui évita à l’eau de se répandre sur son tapis, il s’en saisit et versa l’eau dans l’évier. La bosse avait diminué, mais noircissait à vue d’œil, le sang sur sa tempe s’était coagulé.

– Vous devriez consulter un docteur, Madame, lui conseilla de Sicota.

– Pourquoi m’appelez-vous « Madame » ? s’étonna-t-elle.

– Vous avez une alliance ! Logique.

– Ah oui ! Alors je suis mariée ? répondit-elle en se regardant l’annulaire.

– Certainement ! Vous sentez-vous mieux ?

– Oui, beaucoup mieux, merci. Elle sourit en soupirant de soulagement.

Pendant qu’elle parlait, il donnait à manger au chien le contenu une boite qu’il venait d’acheter. Le labrador affamé, manifesta un contentement, non négligeable en remuant sa queue avec beaucoup de vigueur tout en engloutissant le tout,

– Comment pourrais-je vous rembourser, je ne sais même pas qui je suis ?

– Ne vous inquiétez pas de ça ! Dînons voulez-vous, j’ai des projets pour tout à l’heure !

Le couvert était dressé. Elle mangea de bon cœur, vraisemblablement, elle aussi, avait très faim, n’ayant assurément pas pris le repas de midi. Lentement sur ses joues, les couleurs revenaient. Il la trouva diablement jolie, avec ses grands yeux, bleu foncé. Toutefois le teint mat de son visage fin, jurait avec ses cheveux blonds platine, qu’il fixait depuis un moment.

– Qu’ai-je sur la tête ? demanda-t-elle inquiète.

– Coquette va ! Vous êtes bien une femme !

– Vous marquez un point, s’exclama-t-elle en riant, c’est bien la seule chose dont je sois sûre.

Le sourire qui suivit le força à se lever desservir la table pour éviter de la regarder ; elle lui semblait trop belle, trop fine, indubitablement trop intelligente, donc dans tous les cas, trop dangereuse pour sa sécurité et sa tranquillité physique et morale.

– En fait, je regardais vos cheveux, dit-il en élevant la voix dans la cuisine.

– Qu’est-ce qu’ils ont ?

– Ils sont excessivement voyants. Nous allons arranger ce petit détail, car s’ils vous cherchent pour des raisons pas forcément gentilles, dès que vous mettrez le nez dehors, vous serez repérée.

– Je ne peux pas non plus aller chez le coiffeur !

– Sûrement pas ! Mais j’ai acheté un shampoing colorant et je vais vous faire une nouvelle tête !

– Mon Dieu ! s’exclama-t-elle en portant les deux mains sur sa chevelure ébouriffée, enfin, vous avez raison, je vous fais confiance.

– Ne vous inquiétez pas, j’ai souvent aidé ma mère dans cette tâche.

La soirée se passa en camouflage de la personnalité de la jeune femme, teinture, coupe, brushing, à la fin de la séance, elle était brune, les cheveux courts, avec une frange sur le front dissimulant sa blessure qu’il avait soignée entre temps.

– Je vous trouve magnifique, s’écria Florimond tout content de lui.

Le miroir reflétait une belle jeune femme brune, bronzée, qui n’avait plus rien à voir avec la jolie blonde décolorée à la coiffure vaporeuse.

– Quel changement ! constata-t-elle. Eh ! Cela ne me va pas mal.

Elle se mit à se sourire, se tourna de profil, cherchant le regard masculin.

– Vous êtes très jolie ! dit-il brièvement, nous n’avons pas terminé.

– Ah bon ! Mais à votre pendule il est bientôt minuit, dit-elle d’un petit air fatigué.

– En effet, encore deux minutes. Mettez ceci, lui commanda-t-il en lui tendant une paire de lunettes à grosse monture.

Cette fois, elle était vraiment méconnaissable.

– Très intello ! Un nouveau fou-rire éclata entre eux. Florimond se calma le premier et dit :

– Maintenant, pour le peu de copains que j’ai ici, vous serez une cousine en vacances. Mais je dois vous donner un nom ?

– Lequel ?

– Procédons comme nos grands-mères dans le temps. Mais comme nous ne savons pas le jour de votre naissance, quel jour sommes-nous ? Moue de la jeune femme. Le 15 ou le 16, consultons le calendrier des postes, voyons voir : Armelle, cela vous plairait-il ?

– Oui ! répondit-elle évasive, en soulevant les épaules en signe d’ignorance.

– Bon ! Va pour Armelle. Au lit ! Je prends le divan, sans discussion !

Elle s’exécuta en riant et s’engouffra dans la chambre. Il l’amusait ce flic et elle ne le trouvait pas mal du tout.

 

Chapitre II

– Tu es sûr qu’elle était morte ?

– Je crois, oui, elle ne bougeait plus ! Mais je n’ai pas eu le temps de vérifier, Patron ! Y avait un fourgon de flics qui arrivait au loin, je l’ai jetée sur la pelouse après l’avoir assommée, puisque je l’avais manquée en voiture. J’ai pris son sac comme vous me l’aviez dit et je me suis sauvé, car son chien arrivait au loin, en jappant.

– Je t’avais dit, triple idiot, de mettre le revolver dans son sac et de le jeter près d’elle, hurla Pertins en marchant de long en large tout en le fusillant du regard.

– J’ai tout rapporté, Patron, répondit le petit homme d’un air penaud.

Le deuxième homme de main de François Pertins, se mit à rire, bêtement, « le patron » en question, s’énerva :

– Tu peux rire, pauvre con, si elle n’est pas morte et qu’elle parle, nous serons, tous foutus. Tu vas reprendre le sac et aller le jeter à l’endroit où tu l’as tuée. Normalement, elle doit être à la morgue maintenant. Cache-le dans les petites haies, comme s’il avait volé quand elle est tombée. As-tu réussi à lui faire tenir l’arme pour qu’il y ait ses empreintes ?

– Non Patron ! Je l’ai mis dans le sac en revenant.

– Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour avoir des employés aussi incapables ? Les deux hommes crurent que leur patron allait s’étouffer, sa face ronde était écarlate. En attendant, faites ce que je vous ai dit. Je vous attends, nous irons jeter le corps de Dameline dans le tunnel des eaux usées, plage du Ponteil sur la place de l’Ilette juste devant le jardinet, vous voyez ? Dans le grand souterrain, le plus creux possible, le temps qu’il soit découvert, je pourrai voir venir.

– Pourquoi l’avoir tué Patron ? questionna l’homme le plus petit d’une voix faible.

– Je ne l’ai pas tué, il s’est suicidé ce matin, enfin je ne sais pas, ce qui est sûr, c’est que je l’ai trouvé mort et que ça m’arrange ! Mais nous devons nous en débarrasser. Faites ce que je viens de vous dire.

Les deux hommes s’exécutèrent sans attendre, en rouspétant dès qu’ils furent hors de portée.

– Il m’emmerde ce mec, s’exclama le plus petit qui avait eu la charge de se débarrasser de la femme, maintenant il se prend pour un chef de gang.

– On peut dire qu’à trois personnes, on forme un gang, dit le plus grand semblant réfléchir, mais c’est lui qui paie.

– Oui, t’as raison, mais y paie mal.

– Là, tu marques un point, approuva le grand escogriffe en montrant son index crasseux.

– Pas assez pour faire un meurtre, si tu veux mon avis, objecta le petit, dont le cerveau bouillonnait avec effervescence.

– T’as le mien aussi, d’avis, je suis d’accord avec toi.

– Tu l’aurais trucidée, toi ? demanda le petit levant sa tête rougeaude vers son copain.

– Sûrement pas, répondit le grand, mais j’en aurais peut-être profité pour la violer, dit-il en balançant son bassin de façon obscène.

– Quel con ! Pouffa le plus petit d’un sourire édenté, en se tapant sur la cuisse, je parie qu’elle te plairait cette bonne femme.

– Ma foi, y a rien à jeter, de plus étant la femme d’un de nos patrons, elle est toujours polie avec moi, mais elle reste très distante, ça lui ferait les pieds.

Ils se remirent à rire bêtement.

– Mais la violer en pleine rue, t’aurais peiné, ç’aurait fait désordre.

A nouveau, ils s’étouffèrent de rire. Le petit, Benoît Florenton, laid, poivre et sel, moustache à la Hitler, sans grande personnalité. N’était plus tout jeune, cependant rigolard, prenant la vie comme elle venait, sans se soucier de quoi, ni de qui que ce soit, sans conscience, en conséquence sans remords, donc heureux. Toutefois toujours sérieux pour les gens qu’il aimait, comme son copain, complice et double, Jacques Roscan, très grand, très maigre et aussi vilain que son complice, plus expéditif, violent et déterminé, également sans conscience, toutefois, tout comme Benoît, il faisait une exception pour ceux qui lui plaisaient ou qu’il aimait.

Le sac fut placé à l’endroit où la jeune femme était assise près des petites haies de micocouliers, ils l’enfoncèrent dans les branches touffues. Les voitures se faisaient rares à cette heure, les uns rentraient chez eux et les autres cherchaient un restaurant pour passer la soirée. Qui aurait pu les remarquer dans le soir tombant ?

– Tu sais, expliqua Florenton, quand je me suis caché après le passage des flics, les feuilles la dissimulaient, ils ne l’ont donc pas vue comme tu le sais, eh bien ! Un mec a arrêté sa voiture, s’est penché sur elle, l’a relevée et lui a parlé.

– Donc elle n’était pas morte !

– Ben non ! Pas encore ! Répondit Florenton en faisant une moue significative.

– Mon vieux nous sommes dans la merde ! Affirma Roscan, l’air sombre.

Le « nous » dont il usa, emplit de contentement son frère d’armes à se ranger dans son camp.

– Attends ! reprit Florenton, il l’a laissée et elle a été s’asseoir sur un des bancs.

– Pourquoi n’es-tu pas retourné l’assommer pour de bon ?

– J’y allais, mais le chien m’en a empêché ! dit le petit d’un ton pleurnichard.

– Quel chien ? Son labrador Gaston ? Ah bon ! Je croyais que le patron l’avait renfermé !

– Preuve que non, il m’a repéré tout de suite, elle non. Elle semblait dormir sur le dossier du banc et après le mec est revenu et les a embarqués dans sa bagnole.

– Comment qu’était sa tire ? demanda Roscan.

– J’ai pas vu le numéro, mais c’était une Mercedes classe A, rouge, y doit pas y en avoir beaucoup ici, dit Florenton.

– Viens, on fait un tour pour voir, dit Roscan prenant les opérations en main.

– Tu diras rien ? demanda Benoît Florenton inquiet, en le regardant.

– Tu me prends pour qui, pauvre andouille ? Je n’ai que toi comme pote et puis t’as raison, y paie trop mal pour que nous fassions un crime pour lui, un contrat, qu’on dit, viens !

Les deux lascars remontèrent en voiture, firent un tour en centre ville sans conviction, les lumières des restaurants s’allumaient sous le marché provençal, les pizzerias se remplissaient. En face de ces établissements, des marchands ambulants avaient installé leurs créations, tableaux peints à l’huile, céramiques, poteries, de très jolis bibelots, pour attirer des acheteurs éventuels. Ne repérant aucune voiture rouge dans aucun coin de la ville, ils se dirigèrent vers l’autoroute.

– Pourquoi crois-tu qu’il veut la tuer, y ferait mieux de la baiser ? dit le petit finaud de Florenton avec son air goguenard.

– A mon avis c’est peut-être pour ça qu’y veut la tuer, elle a pas voulu, voilà ! répondait le grand Roscan d’un air entendu.

– Il est pourtant plus jeune que son mari !

– Oui ! Mais je la comprends, il est moche et vicieux. Il n’a qu’à s’occuper de la gonzesse qu’il a en ce moment, la grosse pute !

– A mon avis, reprit Florenton, y a encore une histoire de gros sous !

– Sûr ! approuva le grand échalas ? Y marche qu’à ça le Pertins.

– Pas avec nous, toujours !

– Ça ! Y a pas photos. Si on allait se boire une bière ?

– Arrête--toi, là, regarde à droite, on sera bien.

Installés à la terrasse du bar non loin du grand supermarché et de l’autoroute, les deux compères se reposèrent en dégustant par petites gorgées leurs demis.

– Ça fait du bien, mon vieux, j’avais raison, pas vrai ? S’exclama Florenton.

– Sûr ! Et si on rentre trop tôt, y dira qu’on n’a pas cherché pour savoir si elle était morte ou vivante, conclut Roscan. Déjà qu’y doit avoir des doutes !

– Sûrement oui ! Crois-tu que je devrais y dire la vérité ?

– Moi, je dirais rien ! Le mec a dû l’emmener à l’hôpital. De plus Pertins va nous incendier quand il saura qu’elle est vivante, vaut mieux qu’il ne sache rien pour le moment, ce n’est pas plus mal. Demain nous, nous chercherons la voiture rouge, d’accord ?

– D’accord, mec !

Leur conversation, s’orienta vers les voitures avec animation et leur fit passer un bon moment de détente, le bar se vidant progressivement, ils décidèrent de rentrer.

Chapitre III

Depuis trois jours, le futur commissaire de police et sa jolie amnésique restaient cloîtrés, seul Florimond de Sicota sortait pour se réapprovisionner ou promener le chien. Farniente sur la terrasse, exercices de mémoire, jeux de cartes, lecture, télé, en résumé le calme plat. Florimond s’ennuyait, cela ne bougeait pas assez pour lui. De plus, la jolie Armelle lui plaisait de plus en plus ; non seulement elle était diablement jolie, mais elle se montrait intelligente, vive, douce, faisait la vaisselle, rangeait tout derrière elle, bref une perle ! La perle trouvait le temps long aussi, mais n’osait le dire. Florimond lui avait acheté quelques vêtements et sous-vêtements de rechange, mais elle aurait bien aimé faire les magasins histoire de se distraire mais n’ayant pas de sac, elle n’avait pas d’argent. Ce jeudi, Florimond appela ses parents qui devaient venir en vacances à Antibes bientôt ; son père étant médecin, il comptait sur lui pour l’aider à faire retrouver la mémoire à Armelle ; mais le couple n’arrivait que le samedi.

– Quelle poisse, laissa échapper Florimond, encore deux jours, moi que pensais profiter de mes vacances !

Armelle se leva d’un bond. Ce policier qui la séquestrait ou la protégeait, commençait à lui porter sur les nerfs. Elle souffrait de son amnésie. Elle mourait d’envie de sauter dans ses bras solides, elle le trouvait beau, son regard sombre et incisif la fouillait comme s’il voulait la vérité ; puis il se détournait, la fuyant. Il restait de longues minutes appuyé sur la balustrade de la terrasse ou allongé sur le sofa lisant pendant des heures sans lui jeter un regard, même pas un tout petit. Pourquoi l’aidait-il si elle lui était indifférente ? Par devoir parce qu’il était policier ? Il aurait aussi bien pu la confier à l’hôpital ou au commissariat, après il aurait été débarrassé. Non il faisait ce qu’elle lui avait demandé, car elle avait peur, lui aussi. Il craignait qu’elle soit en danger et prenait toutes les précautions au cas ou elle serait menacée. Son cerveau était en alerte, peut-être avait-il peur pour elle ? N’empêche, qu’il n’avait pas hésité à lui dire qu’elle lui gâchait ses vacances. Eh bien ! Elle n’allait pas le déranger longtemps. S’étant décolletée pour bronzer sur la terrasse, elle mit un gilet sur ses épaules. Ayant repris son livre, il ne l’avait pas vu partir, installé sur une chaise les deux pieds sur la balustrade en équilibre, tout en se balançant doucement, l’air soucieux. Le son de la fermeture de la porte d’entrée, ne l’interpella pas, dans un immeuble, il y a toujours des bruits de porte.

– Nous irons les voir samedi, dit-il dans le vide.

Le silence qu’il reçut en réponse, le calme, le vide, soudain, il eut froid dans le dos, elle n’était plus là. Pourquoi ? Puis il se souvint du : « Quelle poisse, moi qui pensais profiter de mes vacances. » Merde ! J’ai été odieux. Pourtant je passerais bien tout mon temps avec elle, tant elle me plaît, la serrer dans mes bras, lui faire l’amour, j’en ai tellement envie que je n’ose même plus la regarder, elle verrait tout de suite combien elle me trouble ». Regardant par la fenêtre de la cuisine qui donnait sur le boulevard Albert 1er, il la repéra au loin, qui courait comme une folle. Il bondit promptement et cavala derrière elle, pour essayer de la rattraper. « Maintenant, elle me fait faire de l’exercice ! Pensa-t-il, bon sang ! Elle court vite, où va-t-elle ? » Elle tourna en direction du Bastion St André. Heureusement, pour traverser la rue, elle dut freiner sa course tant la circulation était intense. De loin, il la vit, courbée en deux pour récupérer sa respiration ; il gagna quelques minutes précieuses. Enfin, elle coupa la route et se dirigea vers le chemin pavé de briques érodées par le temps, qui montait au point de vue dominant le Bastion. Les grandes feuilles des palmiers, à l’entrée du portail du bâtiment fortifié, lui fouettèrent le visage. Arrivée en haut, elle ralentit essoufflée, s’appuya sur le parapet en pierre, puis se souleva sur la pointe des pieds pour regarder les vaguelettes qui s’écrasaient mollement sur les gros rochers bruns quelques mètres plus bas. Elle réfléchit à ce qu’elle allait faire. Fonçant de toutes ses forces sur le raidillon, la première vision qu’il eut d’elle penchée jusqu’au ventre sur le bord du mur, large d’au moins un mètre, fut atroce, son visage se vida de son sang, tant il eut peur qu’elle ne saute. En deux enjambées, il fut près d’elle, elle pleurait, la retirant violemment du mur, il la serra contre lui à l’étouffer, appuya sa tête contre son cou pour ne pas voir son regard accusateur, il murmura, la tutoyant pour la première fois :

– Armelle, je te demande pardon, je suis un imbécile.

Il l’embrassa tendrement sur le front, elle leva la tête les yeux fermés, les joues mouillées, il glissa un baiser sur ses lèvres aussi légèrement que l’effleurement des ailes d’un papillon, puis sortant son mouchoir de sa poche, il lui essuya ses larmes avec douceur. La soulevant dans ses bras, il la déposa sur le large rebord en pierre, qui est, en vérité, le bout des remparts d’Antibes créés par Vauban, et l’obligea à se reposer. S’asseyant à califourchon, derrière elle, sur ce siège improvisé, il l’enveloppa de ses bras et la serra contre lui. Le dos et la jolie tête brune s’inclinèrent en arrière contre le cou et la poitrine de Florimond, dans un doux abandon. Elle le sentait si fort, si vigilant, depuis le début, elle avait capté son ineffable protection, les lèvres masculines embrassèrent son cou, elle frémit des pieds à la tête dans les bras qui l’enserraient.