Autobiographie d'un tueur professionnel

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Vous souhaitez touchez l’héritage d’un proche qui tarde à mourir ? Vous ne supportez plus votre patron ? Alors pourquoi ne pas faire appel à un tueur professionnel ?

Francis n’est pas un homme comme les autres, : il n’a pas de famille, pas d’amis et il ne reste jamais très longtemps quelque part. Peut-être parce qu’il cache un secret particulier : c’est un tueur professionnel.

Il y a même une organisation secrète, l’Agence , qui transmets les renseignements sur les « clients » à assassiner.

Mais que se passe-t-il quand le chasseur devient la proie ?

Qui pourrait chercher à le tuer et pourquoi ? C’est ce que Francis s’apprête à découvrir à ses risques et périls...


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Date de parution 26 mars 2014
Nombre de visites sur la page 65
EAN13 9791025101087
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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couverture
FRANCIS RYCK
AUTOBIOGRAPHIE D’UN TUEUR PROFESSIONNEL
 
 
French Pulp Éditions Policier

 

À Nouchka qui avait prédit

1

J’avais passé deux mois d’hiver dans un minuscule village perché derrière le Ventoux. J’avais loué toute meublée une maison biscornue, pleine de grands espaces d’ombre. Il avait fait très froid, avec de la neige, j’avais beaucoup marché en montagne pour retrouver ma forme ; j’avais trouvé une paire de vieilles raquettes en fouinant dans le grenier et Crozatier m’avait appris comment autrefois les Indiens se lançaient schuss sur les pentes en utilisant leurs raquettes comme des sortes de luges. Je m’étais plus ou moins lié avec la famille Crozatier, qui vivait dans une magnifique maison à quelques kilomètres du village.

À part eux, je ne parlais à personne ; les gens du village me laissaient tranquille, je passais pour un peintre original et asocial, une espèce qui n’étonne plus personne dans cette région. Je coupais du bois pour alimenter la cheminée qui tirait mal et m’enfumait malgré tous mes essais d’amélioration. J’aime les feux de cheminée.

J’étais donc là, seul, avec une chatte boiteuse qui semblait appartenir à la maison. Je lisais beaucoup, je regardais la télé, et, parfois, le soir, Sophie, la fille des Crozatier, venait me rejoindre. La paix parfaite. Une sorte de convalescence, à tout point de vue…

Je me retapais de ma blessure de l’été dernier, qui m’avait vraiment laissé sur le flanc ; j’avais bien failli y passer. Dans mon métier, quand il est exercé correctement, ce genre d’accident est extrêmement rare.

J’avais été emmené dans le coma, et je m’étais retrouvé à l’hôpital, plus ou moins bien paré à répondre aux questions de la police. Ce cas extrême doit aussi être prévu, et je suis un professionnel bien organisé. Avant chaque entreprise j’imagine une histoire à peu près inattaquable qui me permettra de répondre à toutes les questions. Je dis à peu près inattaquable parce que l’inattaquable parfait n’existe pas. Mon métier est basé sur la prévoyance, c’est un peu la claire vue d’ensemble du joueur d’échecs, qui prévoit plusieurs coups à l’avance, et l’anticipation du joueur de tennis.

C’était la première fois que je passais du rôle de chasseur à celui de gibier. J’étais tombé dans un piège, et ma survie n’était absolument pas prévue par mon ou mes adversaires. J’eus beaucoup de mal à convaincre la police que je m’étais trouvé par erreur dans la ligne de tir. Je tombai sur un inspecteur particulièrement coriace et imaginatif, qui se plongea dans mon curriculum comme un furet dans un terrier.

Nous sommes tous très vulnérables de ce côté, et nos couvertures s’effilochent vite, elles ne sont pas faites pour des examens approfondis. Je dis « nous » comme s’il s’agissait d’une organisation syndiquée ; en fait, et de par la force des choses, nous sommes à peine structurés et nous ne nous connaissons pas les uns les autres. Nous sommes un peu des voyageurs crépusculaires, ce serait assez juste comme qualification professionnelle, à mettre sur une pièce d’identité…

J’échappai de justesse aux explorations de mon inspecteur qui commençait à me considérer plus comme un coupable en puissance que comme une victime, et je jugeai préférable de me retirer de la circulation afin de me mettre au vert pour de bon, sous une fausse identité, dans ce petit village perdu.

J’ai eu autrefois un domicile fixe, pignon sur rue, une boutique d’antiquaire à Paris, mi-antiquaire, mi-brocante, qui me permettait des déplacements fréquents, une couverture idéale. À cette époque j’avais vingt-cinq ans, je débutais brillamment dans le métier et j’étais même marié. Marie-Christine m’a assisté plusieurs fois, à ma demande, une précaution dont je me suis félicité quand nous nous sommes séparés…

Aujourd’hui, j’ai quarante-deux ans, et pas de domicile fixe, parce que ma vie est devenue, au fur et à mesure, de plus en plus hasardeuse et aléatoire. Il faut dire que c’est un peu par goût, et beaucoup par prudence. Je n’en souffrais donc pas, poussé par une sorte de nomadisme qui me vient peut-être d’une lointaine aïeule Cheyenne, enlevée et épousée par un colporteur normand à la fin du dernier siècle. Il ne me reste pas grand-chose de cette arrière-arrière-grand-mère inconnue, légendaire ancêtre de notre famille désunie, sinon peut-être d’occasionnels remous de grande profondeur, des sortes de vague à l’âme…

Extérieurement, j’ai viré plutôt sur le normand, type nordique accentué par mes grands-parents et parents dunkerquois. Quoique, malgré mes cheveux blonds et mes yeux bleus, ma peau reste sombre, basanée, hiver comme été. Une sorte de timide retour au sang, plaisantait mon père.

Je ne sais même pas si cette aïeule a vraiment existé, mais j’ai voulu lire pas mal de choses sur les Cheyennes. Je suis d’ailleurs le seul de notre famille à l’avoir fait, mes parents, oncles et cousines considéraient cette affiliation comme un incident plutôt comique. La squaw. Pas très fiers de ça, eux, les assureurs.

Tout ce que l’on sait d’elle, c’est qu’elle avait seize ans quand mon aïeul l’a rencontrée. Je l’imagine svelte et gracieuse. Elle est morte à vingt-cinq ans, en mettant au monde mon arrière-grand-père, Antoine, un vrai métis celui-là je suppose. Comment s’appelait-elle, mon aïeule indienne ?

J’ai un petit coup de nostalgie en écrivant ceci, il est quatre heures de l’après-midi et, si je lève les yeux pour regarder devant moi, il n’y a, au-delà de la fenêtre, qu’un pan de mur et la neige à l’infini, les arbres noirs, le ciel gris uniforme, pas un souffle de vie. Le feu s’est éteint dans la cheminée, la chatte est vautrée, comme morte, et je sens d’une façon poignante que ma vie n’a pas toujours été ce qu’elle aurait dû être. Il serait temps de descendre à la cave prendre une bouteille de Don Pérignon, et de la boire en écoutant de la musique.

Je n’ai jamais beaucoup cru à la réalité de la vie, de la mienne et de celle des autres. Tout m’a toujours semblé une sorte de rêve, avec de rares périodes de veille et de relative lucidité. Ce qui m’a beaucoup facilité l’exercice de ma profession.

C’est ce temps de merde qui me rend mélancolique. J’aurais pu aller passer l’hiver aux Caraïbes ou en Thaïlande. Pourquoi ici ? Poussé par un faux hasard, parce que j’y étais passé autrefois avec Marie-Christine et que nous avions été frappés par la beauté du paysage ? Une nonchalante recherche du passé, réminiscence de noms, un village… Qu’est-elle venue faire là-dedans ? Il y a eu pas mal de Marie-Christine dans ma vie, depuis notre séparation.

J’avais tout simplement envie de changer de cadre et d’existence. Je sais à présent qu’il s’agissait du destin, les chemins de traverse du destin. Je pourrais à ma guise prendre ma voiture et descendre sur la Côte, passer quelques jours dans un palace, de là remonter sur une quelconque station de neige, rencontrer des filles, oublier tout le reste, c’est si facile ! Mais non, je reste ici, dans cette solitude, dans cette pièce enfumée. Rivé à ma destinée.

Je peux penser encore que je reste à cause de Sophie. Je serais bien près de tomber amoureux de Sophie, et peut-être de l’épouser, la pauvre petite. Je suis attiré par ce précipice. Changer de vie, j’ai assez d’argent pour cela, me fixer quelque part avec une gentille épouse, me mettre à peindre pour de bon, ou à écrire, élever des chèvres, fabriquer des fromages, pourquoi pas ? Ou diriger un stand de tir…

J’envie parfois les gens, comme les Crozatier, solidement engoncés dans la réalité des choses. Nantis de désirs et de passions durables.

Pour les Crozatier, je me suis inventé toute une vie, parents, enfance, amours, etc., le tout fignolé sur mesure et répondant du plus près possible aux idées toutes faites qu’ils avaient élaborées sur moi bien avant que nous ne nous adressions la parole. C’est très facile de mentir aux gens en allant au-devant de leurs désirs.

Excellent exercice. Je finis par ressembler au personnage de mon invention, et parfois je me surprends à penser comme lui, ce qui commence à devenir dangereux. La sagesse consisterait à oublier tout cela, Sophie y comprise, et à reprendre la route.

J’aime bien les Crozatier, même s’il leur arrive de m’énerver. Il a un atelier de tissage, je crois qu’il a gagné beaucoup d’argent en trafiquant des antiquités péruviennes ; elle, est américaine, elle était dans une troupe de ballets à Los Angeles. Ils ont des chevaux. Henri est un ancien du Cadre Noir, enfin il le dit. Un petit peu snob. Sophie a dix-neuf ans, elle s’est fait flanquer à la porte d’un peu partout, elle a déjà eu pas mal d’aventures. On pourrait en dire autant de moi.

Ils voudraient me faire connaître des gens, ils m’ont invité à quelques soirées où je m’efforce de passer inaperçu, malgré leur désir évident de m’exhiber, je me demande pourquoi. Je suppose qu’ils se doutent de ma liaison avec leur fille. Ils ne la cloîtrent pas, ce sont des parents tout à fait dans le vent, c’est d’ailleurs ce qu’elle leur reproche. Elle cherche auprès de moi la stabilité et la rigueur. Pourquoi pas ?

J’ai barbouillé quelques toiles, depuis que je suis ici. J’ai un tout petit talent, j’aurais pu faire quelque chose si j’avais travaillé. C’est un loisir. Aurais-je été faussaire ?

Sophie me prend pour un type tellement bien que je ne pourrai décidément pas l’épouser. Je me tétaniserais en essayant de ne pas la décevoir. Je la décevrais de toute façon. Je me demande si je pourrais jamais vivre avec une femme. Je m’en demande des choses depuis quelques jours, est-ce un retour sur moi-même ?

Ai-je peur de me remettre dans le circuit ? J’ai eu peur, rétrospectivement, après m’être fait tirer dessus, à Cannes. J’ignore toujours qui a voulu me descendre, et j’ai beau chercher, je ne trouve pas. Une quantité de gens peuvent avoir des raisons de me tuer, peu en auraient la possibilité. Le rendez-vous que j’avais à Cannes, ce 28 août, était aussi secret qu’un rendez-vous d’amour. Encore beaucoup plus secret, puisque l’autre personne n’en avait pas connaissance. Nous étions strictement deux à savoir : celui qui m’avait engagé par le truchement de l’Agence, et moi-même.

L’Agence n’a qu’un rôle de relais, servant d’intermédiaire entre moi et mon employeur occasionnel, dont j’ignore l’identité autant qu’il ignore la mienne. C’est lui qui me fournit les coordonnées et le signalement du Perdant, de préférence une photo, ainsi que trois lieux et dates possibles de contact. Ces renseignements me sont communiqués directement, sans que l’Agence en prenne connaissance.

Or, ce jour-là, au moment où je prenais le premier contact, boulevard Méditerranée, dix-neuf heures quinze, et où le Perdant sortait de l’hôtel, j’ai pris deux balles dans le ventre. Calibre 22, tirées vraisemblablement d’un immeuble avoisinant. Un professionnel m’aurait visé à la tête et ne m’aurait pas loupé. Et le Perdant, ce jour-là, ce fut moi. Avec la chance d’avoir été transporté à l’hôpital immédiatement, et de tomber sur une bonne équipe.

Comme dans beaucoup de métiers, nos chances de survie sont inversement proportionnelles à la longueur de notre carrière.

On m’a peut-être monté un piège, mais pourquoi ? Je n’ai jamais nui à personne, je suis un type assez tranquille, et mes occasionnels débordements, la soupape d’échappement nécessaire à un bon équilibre nerveux, ne vont jamais bien loin. Je n’ai pas d’amis, je n’ai pas d’amours. Plus exactement, j’ai des amitiés et des amours en pointillé, par petits segments, je m’invente une existence et je la vis, en dehors de mes activités professionnelles, je la vis pendant quelques semaines, avec un entourage tout neuf, et je disparais pour recommencer ailleurs quand le besoin s’en fait sentir. Une sorte de ravitaillement en vol…

Je suis plutôt sociable, j’aime bien les gens, je ne ferais pas de mal à une mouche. Évidemment je n’ai jamais pu parler de ma vie avec personne. Au début, un peu, avec Marie-Christine mais j’étais alors tellement jeune, je ne pensais pas et elle non plus.

Alors, qui pourrait m’en vouloir au point de me tirer dessus ? Les épouses, maîtresses, familles des Perdants ? Je ne pense pas que leur soif de vengeance puisse être étanchée par ma mort. Ce n’est pas moi qui ai décidé, voulu leur disparition, je ne suis que l’exécutant. Vis-à-vis d’eux, je ne suis, en quelque sorte, que la mauvaise carte.

Le plus drôle, ce serait qu’on m’ait tiré dessus par hasard. Un gosse avec une 22, pour jouer à faire un carton. Absolument pas invraisemblable. C’est d’ailleurs l’hypothèse que j’ai proposée au commissaire qui m’interrogeait. Il ne voulait pas croire cela, admettre l’éventualité, etc. Il avait des enfants, ce connard. Il s’identifiait. Je lui étais terriblement antipathique. Peut-être à cause de mes yeux bleus. Depuis quarante ans, dans toutes les histoires et tous les films, les tueurs ont des yeux bleus et des cheveux blonds.

Ou bien c’est mon employeur. Un type qui aurait envie de se faire un tueur, n’importe lequel, pour le frisson, et qui mettrait le prix pour en piéger un. Il n’avait pas mon signalement, mais il a pu me repérer. Pas tellement, tellement difficile quand on a les données du problème. Dans ce métier on risque donc aussi de tomber sur un malade !

Je ferais mieux de penser à autre chose. Avec un peu de recul, je ne suis pas mécontent de m’être fait moucher, c’est un peu comme si j’avais payé mes impôts. Superstition. Et l’autre, le Perdant du 28 août, ne sait pas à quoi il a échappé, s’il existe… Il est en sursis ? Je me pose le moins de questions possible sur ces personnages. Leur vie ne me regarde pas. Secret professionnel. J’ai, jusqu’à présent, refusé de prendre des femmes pour objectifs. Cela vient-il de mon éducation, ou de ma passion pour les femmes ?

Mon éducation a été assez rigoureuse, je ne suis pas issu d’un milieu criminel. Mon père était assureur, mais une grande partie de sa vie a été consacrée au jeu ; c’était un flambeur exalté. Ma mère avait depuis longtemps consacré sa vie au désespoir. Ils n’étaient faits ni l’un ni l’autre pour avoir un enfant. J’étais fils unique et mon éducation fut confiée à des professionnels. Si, un jour, un avocat devait plaider pour moi en assises, il trouverait de quoi faire ; cette petite réserve de circonstances atténuantes est à peu près le seul héritage qu’ils m’ont laissé.

Je n’ai pas particulièrement choisi ma vocation, elle fut le fait de circonstances assez banales en elles-mêmes, de coïncidences, rencontres, hasards que l’on pourrait qualifier de diaboliques, etc…

J’avais sans doute plus de dispositions pour le tir que pour la peinture, puisque je n’ai pas choisi de devenir peintre. Malgré tous mes efforts, je ne m’imagine pas faisant autre chose que ce que je fais. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est un métier qui demande d’énormes qualités humaines, de la force de caractère et une bonne dose de philosophie. De la fermeté surtout. Et un parfait contrôle de l’imagination.

Je suis un homme sans opinions, y compris sur moi-même. J’ai très vite compris que tout est relatif, instable, brumeux, mouvant et sujet à caution. On ne peut juger de rien, on ne connaît jamais tout le contexte. Rien ne prouve que je rende un si mauvais service aux messieurs que j’expédie ailleurs, ni un si bon service à ceux dont je les débarrasse.

Les médecins qui m’ont soigné avec tant de dévouement et de science ne pourraient-ils être « cosmiquement » responsables des futures disparitions dont je vais être l’auteur ? Un tout petit peu responsables…

Ce qui m’a le plus dégoûté depuis que j’ai l’âge de raison, c’est la façon dont les humains se justifient, personnellement, et collectivement. La façon dont ils mettent leur conscience à l’aise, en perpétrant leurs petits crimes, toutes leurs petites saloperies, sans courir de grands risques. C’est la base de l’éducation. Je ne vais pas en faire autant.

2

Sophie est venue ce soir-là, elle est arrivée dans la voiture de sa mère, elle m’apportait des châtaignes et des noix. Nous ignorions ce qui allait nous tomber dessus.

Je garde un très beau souvenir de Sophie, comme d’à peu près toutes les femmes que j’ai connues. Elle était blonde tirant sur le roux, avec des taches de rousseur sur le nez, des yeux marron clair, beiges, des sourcils magnifiquement dessinés. Je me rappelle que ce soir-là, elle portait un chandail noir col bateau, un pantalon en velours et des bottes, une veste en peau fourrée. Elle avait un buste garçonnier, épaules graciles, presque pas de poitrine, et des hanches très féminines. Il émanait d’elle une odeur délicieuse, je ne trouve pas d’autre mot. Tour à tour malicieuse et grave, maladroite, attendrissante et dangereuse.

Elle arriva avec ses châtaignes en criant : Al fait doux, regarde, la neige fond ! » J’adorais embrasser ses lèvres, je le faisais longuement. Sophie se déshabilla et se coucha, tout à fait simple et naturelle. Moi aussi. Un désir fantastique. Elle me parle à voix basse, elle me raconte ses fantasmes pendant que je la caresse, c’est un moment que nous savourons dans une parfaite complicité.

Les craquements du feu dans la cheminée, le reflet des flammes hautes sur le mur. Silence. Vivre comme ça jusqu’à la fin des temps… Nous ne savions pas que c’était la dernière fois. Nous avons mangé au lit des châtaignes crues, avec un peu de vin.

Quand nous faisons l’amour, je contemple son visage qui se transfigure, devient fin et cireux comme celui d’une mourante.

Nous ne parlions jamais de l’avenir, pourtant cette nuit-là je me suis entendu lui demander d’aller avec moi en Grèce. Pourquoi la Grèce ? Elle aimerait, je savais qu’elle aimerait, elle avait des enthousiasmes qui me serraient le cœur. Ses parents ? Ils seront heureux de me la confier ; ils m’estiment énormément. Je la serre contre moi, le bonheur me fait trembler.

La Grèce. Et ensuite ? On va s’attacher encore plus l’un à l’autre. Je vais finir par faire du tissage avec son père, qui a mon âge. Je plaisante. Sophie aime que je sois plus vieux qu’elle, le double de ses dix-neuf ans. Alors nous allons vivre ensemble, elle sera mon assistante. Maquilleuse ou photographe ? Et elle fera le guet. Je pourrais lui apprendre les rudiments du métier. On se mettrait à notre compte. Affaire de famille, héréditaire parce que nous aurons des enfants. Elle me demande pourquoi je ris. Je ris aux anges. Ils ont de drôles de gueules, mes anges…

C’est reparti : je ne tiens pas le compte de mes clients. Ne pas s’attarder là-dessus, ne pas se rappeler certaines silhouettes qui deviendraient vite pathétiques, ni les visages. Je regarde le moins possible les visages, juste le nécessaire.

Il y a deux sortes de contrats, la franche fusillade, ou le maquillage : poison sans traces, accident, noyade, suicide. La deuxième formule est plus onéreuse, elle demande du fignolage, elle est aussi plus dangereuse. Il y a même, depuis quelques années, les piqûres, inhalations de gaz nocifs ou de bacilles, des techniques sophistiquées prises dans les états-majors, élaborées par des laborantins facétieux et destinées au travail en gros. Je déteste ça, mais j’ai été parfois obligé de m’y mettre.

Je suis pour le Beretta avec silencieux. Cette façon d’opérer procure une émotion considérable, un gros poids d’insolite et de danger. Tout peut arriver pendant quelques minutes, et même le pire (28 août). J’ai toujours évité l’embuscade lâche, avec sécurité maximum, ce qui rendrait ce métier d’une tristesse et d’une platitude insupportables. Je laisse toujours une petite marge en blanc, une part de jeu, d’incertitude, et parfois une chance au Perdant, c’est même devenu une manie, comme d’attendre le dernier moment pour agir, ou m’attarder sur les lieux, frôler la catastrophe, batifoler, me découvrir…

Ma mère disait qu’on peut exercer absolument n’importe quel métier, à condition d’y mettre un peu de style et de fantaisie.

— À quoi penses-tu ? me demande Sophie.

Si tu savais… Combien de femmes m’ont demandé à quoi je pensais, comme si elles sentaient d’instinct la présence d’un secret. Je pense au feu, Sophie, au chat, aux étoiles qui me fascinent de plus en plus. Je lis beaucoup de livres sur les étoiles, je voudrais acheter un télescope. Il y a une petite terrasse dans le jardin où il serait à sa place exactement.

— Mais puisque nous partons en Grèce ?

C’est vrai, nous partons en Grèce. J’ai envie de louer la maison encore pour quelques mois, afin de la retrouver en rentrant, avec la chatte boiteuse. Je vais me laisser ficeler petit à petit.

— Tu as peint aujourd’hui ?

Elle me touche la commissure des lèvres. J’enveloppe son sexe de ma main, c’est comme les deux pièces d’un puzzle. Nous pourrions nous satelliser ainsi dans cette posture et tourner royalement autour de la terre, ou bien filer hors du temps, nous laisser aspirer par un trou noir… Voilà mon ambition. Sophie écarte les jambes très très fort, elle fait de la danse, grande ouverture, grand écart. Le paradis.

Juste là. Je n’ai jamais eu d’autre maison, d’autre foyer. Jamais demandé. Largement suffisant à mon bonheur.

— On y va ?

— Où ?

— En Grèce.

Elle se pousse contre moi, elle sent bon, elle change d’odeur, selon que sa peau est sèche ou un peu moite, selon qu’elle est calme ou excitée. Elle demande c’est sérieux ? Mais oui. Vrai de vrai ? Oh Sophie, mais oui oui oui. Je suis sincère.

Je n’ai jamais descendu personne en Grèce. Pays vierge, c’est la seule virginité que je puisse offrir à Sophie. Les taches blanches des pays vierges diminuent sur la mappemonde à mesure que se déploient mes années d’activité. Je suis un tueur international, je me débrouille dans plusieurs langues, j’en parle correctement trois. Berlitz. Linguaphone. Beaucoup de loisirs. Méthodes accélérées. Je voyage pas mal, mais j’ai toujours un peu peur en avion. Peur de l’avion et du pilote que j’imagine toujours incompétent et ivre mort. Et peur d’être pris en otage par des pirates de l’air. J’aurais l’air malin !

Je ne sais pas si tout se paie ici-bas, comme certains disent. Si oui, je vais avoir une note à régler, avec une sacrée TVA… Je transgresse. Moi je crois que l’on paie si l’on croit à ce genre d’échange. Mais quand même, si j’ose calculer, j’ai déjà pourvu quelques ares de cimetière, il faudra que je m’amuse à mesurer la superficie prise par une tombe et son environnement immédiat.

La chatte saute sur le lit, me regarde avec des yeux de folle, griffe Sophie qui a voulu l’attraper, saute par terre, se reçoit mal et part en claudiquant, on dirait qu’elle hausse les épaules, une épaule, hop hop… C’est la terreur du village, elle attaque les plus gros chiens, se lance sur leur dos, les laboure de griffes.

Un hectare ? Combien de gens ai-je descendus, depuis l’âge de vingt ans ? Je ne mets pas de marques sur la crosse de mon pistolet. Il me faudrait un manche à balai.

— On regarde Dynastie ? demande Sophie.

C’est vrai, nous sommes samedi. Il y a des affiches dans le village, avant-goût de la campagne électorale, avec de grands portraits des candidats. On dirait qu’on les a choisis tous au sommier judiciaire, des gueules de fiches anthropométriques. Des sourires qui font frémir. « On part quand ? » demande Sophie. Eh bien, la semaine prochaine. Combien de temps ? On verra. On ne sait pas d’avance, on ne sait rien d’avance.

On ne savait surtout pas que Rafaelle était déjà en marche.

Sophie partit vers minuit, je l’accompagnai jusqu’à sa voiture. La nuit était froide, le ciel dégagé, fourmillant d’étoiles. Quand je regarde les étoiles, j’oublie le peu que j’ai appris sur elles, je ne cherche même pas à les reconnaître ou à trouver dans le ciel les dessins que nous avons inventés. Je reste là, le souffle coupé, je n’imagine rien. C’est comme si la vue des étoiles tarissait mes pensées, tout se bloque en moi et je tombe en extase, je pourrais rester des heures, sans autre but que cette contemplation.

À peu près pareil quand je contemple le corps d’une fille que j’aime.

Le lendemain matin, Crozatier m’a appelé, Sophie leur avait parlé de nos projets helléniques. La voix de Crozatier était assourdie par une émotion contenue. Il me parla de la liberté que lui et sa femme donnaient à leur fille, de leur confiance en elle. De leur perfection, en somme. Les parents modèles. Je me demandais s’il voulait que j’épouse Sophie. Il n’aurait plus de soucis, une fois son enfant unique unie à un brave type tel que moi.

Il me passa sa femme, qui prit le relais sur un ton enjoué. Ah, le coquin que j’étais ! Sophie a dépassé d’un an la majorité légale, ils respectent ce décret administratif. Ils ont reconfiance en elle… (Suggéreraient-ils qu’ils nous croient chastes ?) Et en moi, aussi, une telle confiance ! Je me retiens de lui demander confiance en quoi ? Que je ne la vende pas sur un marché arabe, que je ne la fasse pas participer à des orgies sodomites ? Je prends malgré moi la voix d’un brave type ému, heureux et un peu con, exactement ce qu’ils attendaient. Je les imagine tous trois groupés autour du téléphone, se repassant l’écouteur. Je suis injuste avec Sophie.

Vivian Crozatier me dit qu’elle connaît bien l’archipel, elle va nous indiquer des îles peu ventées (je comprends d’abord peu vantées). Elle parle un français écrit, stendhalien. J’ai un pied dans cette famille prête à m’adopter. J’ai cent mille, non : dix mille livres de rentes, je suis un homme d’épée.

En les écoutant, je palpe mes cicatrices : deux belles cicatrices de part et d’autre du nombril, comme si le tireur du 28 août avait loupé le centre de la cible, le 1 000… Mais le tir fut bien groupé. J’ai raconté à Sophie que j’avais ramassé ça par hasard en Amérique du Sud, un tir de guérilleros, malencontreux. Qu’est-ce que je faisais là-bas ? Elle ne me pose encore pas trop de questions sur ma vie, mais ça va venir. Bien sûr que je ne pourrai pas épouser Sophie, mon personnage fondrait comme un bonhomme de neige en plein soleil.

J’ai deux ou trois autres cicatrices, plus légères. Souvenirs d’imprudences, de contrats ayant mal tourné. On ne vit pas vingt ans de cette façon sans quelques écorniflures…

Je n’ai plus envie d’aller en Grèce, mais ça passera.

Si seulement Sophie était orpheline ! L’idée me vient, saugrenue, que je pourrais arranger ça. Ou le faire arranger par un confrère. Je n’ai jamais mêlé la passion à mon travail. Je ne connais pas de confrère, nous ne nous rencontrons pas, nous n’avons ni assemblées ni séminaires. Je pourrais m’adresser à l’Agence. Mais je ne pourrais jamais faire éliminer les Crozatier, je les connais, rien à faire.

Il me faudrait une orpheline. Je déteste les familles y compris la mienne, depuis l’âge de cinq ans. Une orpheline sortant de prison, je devrais mettre une annonce dans Libé. Mais je n’aime pas tellement les délinquants, surtout les voleuses.

Si je disais la vérité à Sophie et à ses parents ? Je suis sûr qu’ils trouveraient un accommodement. Ils finiraient par se dire qu’après tout… avec quelques références historiques, etc. Ce qui est vraiment important, c’est mon compte en banque. Tout ce que nous apprenons, toute notre éducation vise à nous rendre virtuoses en accommodements, artistes en maquillage.

Et puis ils me tiendraient, c’est merveilleux de tenir quelqu’un. Ils me feraient faire le beau, et Sophie finirait bien par s’y mettre, tant il est vrai que le pouvoir, même celui-là, corrompt. Pour finir, ils me trahiraient, avec toutes les justifications possibles.

Rafaelle est arrivée par le car de midi. Elle venait de Paris, en train, TGV jusqu’à Avignon.

J’étais en train de fendre du bois derrière la maison. Torse nu, au soleil, un des très bons moments de la journée. Mes projets pour la journée : un civet de lièvre mijotait sur le feu, je déjeunerais seul, Sophie m’appellerait vers cinq heures, nous irions peut-être au cinéma à Carpentras ce soir. Je ne sais pas si un ingénieur pense toujours qu’il est ingénieur, si un avocat se rappelle son métier vingt-quatre heures sur vingt-quatre, moi je pense rarement à ce que je suis, à la façon dont je gagne ma vie. Je peux être heureux ou malheureux comme un plombier ou un chauffeur de taxi. Y a-t-il une manière spécifique d’être heureux comme un plombier, une manière plombière ou architecte ? Je suis heureux comme un homme au soleil malgré le froid encore vif, un homme en bonne santé qui aime fendre du bois et qui commence à avoir faim. Un homme qui a joyeusement fait l’amour la veille et qui se réjouit de partir en voyage avec sa bonne amie. Je ne veux pas voir plus loin, cet avenir assez proche me suffit.

Et vlan, on frappe à la porte, une voix féminine crie : « Il y a quelqu’un ? » J’y vais.

Une fille est là, devant la porte, une inconnue aux longs et raides cheveux noirs, en manteau noir, bas noirs, escarpins noirs, cache-nez vert autour du cou, nez un peu rougi par le froid, une fille jolie qui me regarde de ses yeux noirs et qui sourit, les pieds dans la neige qui gadouille. J’ai pensé à une erreur, quelqu’un se trompant d’adresse, puis une inquiétude m’a ralenti le cœur, vite, jusqu’à ce qu’elle dise :

— Je suis Rafaelle.

Je ne comprends toujours pas, je n’y suis pas, je me trouve mentalement à mille lieues de ça, je fronce les sourcils et je vois dans son regard de l’étonnement puis de l’indignation.

Ce ne peut être que ma fille. Je ne l’ai jamais vue. Fille de Marie-Christine. Elle m’observe, devine que je commence à l’identifier. Elle explique, très vite :

— Maman t’a vu à Carpentras.

— Quand ?

— La semaine dernière, tu sortais du garage.

Je suis sonné. Elle fait des efforts, intimidée, elle a peur que je la mette dehors, elle me mange des yeux.

Elle bredouille :

— Il y a longtemps que je voulais te connaître…

Je dis stupidement :

— Tu étais avec ta mère ?

— Si ça t’ennuie de me voir, je peux repartir. Évidemment que ça m’ennuie, et même pire que ça.

Je dis : « Mais non, entre. » Et je prends sa valise.

— Elle a demandé au garage, ils ont donné ton nom et ton adresse.

Elle a l’air frigorifiée, elle se met devant le feu, avance ses mains. Je remets une grosse bûche et une brassée de branches pour avoir une grande flamme.

— Tu veux boire quelque chose de chaud ?

— Oh oui !

— Qu’est-ce que tu aimes, du thé ? du café ?

— Du thé s’il te plaît.

Je passe un chandail. Je ne suis pas rasé. Je me rase juste avant l’arrivée de Sophie, une habitude que j’ai prise. Je mets de l’eau sur le réchaud. Rafaelle me suit des yeux, puis regarde autour d’elle.

— Tu es bien, ici.

Elle ne me demande pas pourquoi je ne porte plus le même nom.

Qu’est-ce que sa mère lui a dit ?

Quand je vivais avec Marie-Christine, nous avions fait un pacte : pas d’enfant. C’était incompatible avec mon activité, qu’elle connaissait. Et puis elle a rompu le pacte, pas mal de pactes, en fait… Elle voulait que je me recycle dans une criminalité plus acceptable, que je devienne escroc, ou homme d’affaires, ou commerçant, une activité moins décriée, plus sociale. Alors je suis parti. Pas tellement à cause de Rafaelle. Ça n’allait plus du tout entre nous. J’avais épousé Marie-Christine pour lui faire plaisir, elle y tenait terriblement, très marquée par la mort de son père, qui avait été guillotiné quand elle avait dix ans, un assassin de petites filles, qui s’était payé deux flics par surcroît le jour de son arrestation. Indéfendable. À cette époque j’étais très jeune, je venais de sortir d’une misère noire dans laquelle mon père nous avait laissés, juste avant le suicide de ma mère (en me rappelant ces hécatombes, j’ai toujours l’air d’en rajouter) et le mariage ne signifiait pas grand-chose pour moi, une signature sur un registre, tout le monde est content, OK…

L’eau du thé bout, Rafaelle a enlevé son manteau, elle a une robe noire, je n’ose pas lui demander si elle est en deuil. Elle a déjà dit qu’elle n’était pas avec sa mère à Carpentras, qu’elle vit à Paris, dans une chambre qu’elle partage avec une copine, et qu’elle est dactylo. Et qu’elle ne va pas m’embêter longtemps, juste un jour ou deux, si tu veux. Je grogne.

J’en avais par-dessus la tête de Marie-Christine et de sa mère folle. Et, connaissant les absences de mémoire de ma femme, je n’étais pas sûr que Rafaelle soit de moi. Elle voulait aussi un bébé pour son épanouissement, elle sentait un vide à combler dans son ventre, etc. Pas moi. C’était son affaire. J’aime les enfants, pas tous ; certains. Je trouve certains bébés adorables et attendrissants. Pas tous. Je n’éprouve aucun besoin de me perpétuer.

— Quel âge as-tu, Rafaelle ?

C’est un peu effarant que je pose cette question, elle a un petit rire vraiment amusé et répond dix-neuf ans.

L’âge de Sophie. Elles pourront jouer ensemble. Je lui souris, je voudrais lui faire bon accueil, mais je pense déjà que je ne pourrai pas coucher avec Sophie ce soir, ni aller au cinéma. C’est égoïste. Je sers le thé et je lui dis de me laisser me reprendre. Elle comprend, elle semble intelligente, je la trouve sympathique, ma fille, enfin…

— Maman m’a téléphoné à Paris quand elle a su ton adresse. Je lui avais posé des tas de questions sur toi.

J’en ai oublié le civet, qui commence à tourner en confiture, je dis à Rafaelle : « On va manger de la confiture de lapin », elle rit.

— Et ta mère, elle va bien ?

Seigneur, la stupidité de ces questions !

— Elle vit avec un type.

Elle hésite, puis elle ajoute en riant : « Un détective privé. Les filatures… »

Nous avons des destins exceptionnels. Lui demanderai-je un jour si sa mère lui a dit que son grand-père s’était fait couper la tête, et pourquoi ? Pour qu’on coupe la tête d’un père de famille, il fallait vraiment qu’il ait mis le paquet… Je souhaite pour Rafaelle qu’elle ne soit pas ma fille, l’hérédité maternelle lui suffit amplement.

— J’ai vu des photos de toi quand tu étais avec maman. Qu’est-ce qui a poussé Marie-Christine à donner mon adresse à Rafaelle ?

Rafaelle est jolie, gracieuse, je lui demande pourquoi elle ne vit plus avec sa mère Je n’ai aucun art de la conversation. Elle me répond qu’elle ne s’entendait pas avec Jean-François, le détective, et qu’elle avait envie d’un peu de liberté. Un long silence s’installe, pendant que ma fille boit son thé à petites gorgées. La partie chauffée de la maison n’est pas très grande, je vais lui donner ma chambre et dormir ici sur le divan. Il faudrait que je téléphone à Sophie, et pour cela Rafaelle me gêne.

Elle aurait quand même pu m’écrire pour m’annoncer sa visite. Je lui montre la chambre, je lui dis d’y poser sa valise, de s’installer.

— Je ne voudrais surtout pas te déranger.

Elle est bien bonne ! Rafaelle ne ressemble pas à sa mère, ni à moi. Il est vrai que moi je ne ressemblais à aucun de mes parents. Je me rappelle qu’ils le disaient, avec une certaine impatience, comme si je l’avais fait exprès, comme si je les avais trahis.

J’avais onze ans, j’étais au collège dans le Nord, pas du tout content. Pendant les vacances...