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"Code Birdie"

De
256 pages
Le 2 avril 2013, Jérôme Cahuzac se jette à l’eau. Avec des aveux aussi spectaculaires que son mensonge. Jamais, avant lui, un ministre de la République ayant atteint de si hautes fonctions n’avait provoqué un tel scandale fiscal. Le coup de tonnerre politique est d’une violence peu commune. L’enquête judiciaire, fort nourrie.
Cette tempête dissimule mal l’incroyable histoire des Cahuzac : comment un couple ayant fait fortune dans les implants capillaires s’est-il enfoncé dans la fraude ? Comment tous deux sont-ils passés aux aveux ? Comment leurs petits secrets ont-ils été mis à nu par l’enquête ?
S’appuyant sur des documents judiciaires inédits et sur la rencontre de témoins-clés du scandale, le récit du cas Cahuzac fait par Mathieu Delahousse est un curieux voyage dans l’affaire de fraude fiscale la plus retentissante de ces dernières années. Où l’on réalise à quel point Birdie, l’encombrant double de Jérôme Cahuzac – c’est aussi le nom de code du compte caché –, avait pris le pas sur l’ambitieux et rationnel homme politique qu’il voulait être. Et combien ce mensonge-là, aujourd’hui, se paie cash.
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Mathieu Delahousse
« Code Birdie »
Les derniers secrets de l’affaire Cahuzac
Flammarion
© Flammarion, 2016 Dépôt légal : janvier 2016 ISBN Epub : 9782081380981
ISBN PDF Web : 9782081380998
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081379121
Ouvrage composé par IGS-CP et converti par Meta-sys tems (59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Le 2 avril 2013, Jérôme Cahuzac se jette à l’eau. A vec des aveux aussi spectaculaires que son mensonge. Jamais, avant lui, un ministre de la République ayant atteint de si hautes fonctions n’avait provoq ué un tel scandale fiscal. Le coup de tonnerre politique est d’une violence peu commune. L’enquête judiciaire, fort nourrie. Cette tempête dissimule mal l’incroyable histoire d es Cahuzac : comment un couple ayant fait fortune dans les implants capillaires s’ est-il enfoncé dans la fraude ? Comment tous deux sont-ils passés aux aveux ? Comme nt leurs petits secrets ont-ils été mis à nu par l’enquête ? S’appuyant sur des documents judiciaires inédits et sur la rencontre de témoins-clés du scandale, le récit du cas Cahuzac fait par Mathi eu Delahousse est un curieux voyage dans l’affaire de fraude fiscale la plus ret entissante de ces dernières années. Où l’on réalise à quel point Birdie, l’encombrant d ouble de Jérôme Cahuzac – c’est aussi le nom de code du compte caché –, avait pris le pas sur l’ambitieux et rationnel homme politique qu’il voulait être. Et combien ce m ensonge-là, aujourd’hui, se paie cash.
Mathieu Delahousse, chef du service spécialisé dans les affaires judiciaires.
investigations
de L’Obs, est journaliste
Du même auteur
François Besse : la métamorphose d’un lieutenant de Mesrine, Flammarion, 2006. Justice, le ministère infernal, Flammarion, 2009. Cache cash : enquête sur l’argent liquide illégal q ui circule en France, Flammarion, 2013
4 Code Birdie »
Les derniers secrets de l’affaire Cahuzac
Eux EMEG
4resse àJe n’aime pas les secrets des autres mais je m’inté leurs aveux. »
Albert Camus, Carnets (tome II)
1 Ben Laden
Vladimir: « Voilà l’homme tout entier, s’en prenant à sa chaussure alors que c’est son piedle coupable. » Samuel BECKETT,En attendant Godot.
« Des valisesde billets… » Le SMSde Jérôme Cahuzac, ce vendredi matin, ne nousditrien d’autre. « Des valisesde billets… »Message sec,reçu à 8 h 13. Tout est à liredans les trois points de suspension. Pasde colère, pasd’insultes, pasdedémenti non plusd’ailleurs, mais une ponctuation au parfumde sombre lassitude. La veille, le 24 juin 2015, nous avons publié un court article surle site InternetdeL’Obs pourrévéleranec cette dote aussi inédite que gênante : en 2011, Jérôme Cahuzac a effectué unretrait en liquidedepuis son compte nondéclaré. 20 000 euros en billets. Celui qui n’était alors pas encore ministredu Budget a appelé un numérode téléphone en Suisse, donné un nomde code – « Birdie » –, et une incroyable intendance a suivi. Un interdiaire anonyme mais suffisammentdignede confiance a véhiculé l’argent. Le cash lui a été livré par un mystérieux coursierde luxe lorsd’« unrendez-vousdans larue ». Certes, Jérôme Cahuzac n’est qu’un amateurdans la pratiquede cette petite combine. Elle a été usitée à bien plus grande échelle et àdes niveauxde montants bien plus vertigineuxdansd’autres dossiersde fraude fiscale. Les affaires Bettencourt et autres ont fait plus fort et ontduré plus longtemps. Le principe est toujours le même pourles clientsde banques suisses trop célèbres, trop occupés ou trop prudents pour serendre eux-mêmes jusqu’au guichetde leur banque, fût-elle à portéede main,de l’autre côtédes Alpes : il s’agitd’appeler son gestionnairede compte,de s’identifieretde passercommandedu cash nécessaire. La sommeréclamée est apportée sous vingt-quatre ou quarante-huit heures par le passeurd’une officine spécialisée, etrémunérée par commission. Lesrendez-vous, habituellement, se font àdomicile oudans les salonsde grands hôtels. La sociétéde compensation apparue chez les Bettencourt, qui avait jusqu’à cesdernières années pignon surrue à Genève, exigeait même une signature sur un bordereau soigneusement conservé. Méticulosité parfaite. Les juges avaient adoré. Soyons clairs : la sommede 20 000 euros estridicule. Dérisoire. Elle feraitrire les grands fraudeurs fiscaux surpris (ou non) avecdes paquets illicitesde billetsdix ou cent fois supérieurs ou auteursdediscrets virements cent fois plus grands. Enréalité, la sommede 20 000 euros est arrivée là comme une incongruité. C’était à une période où Jérôme Cahuzac, tout juste nommé présidentde la commissiondes Financesde l’Assemblée nationale, était aussi en instancededivorce. 20 000 euros ? Undépannage,riende plus ! D’autres en auraient faitde l’argentde poche. Vous l’imaginez vraiment tenirunraisonnement pareildevant un juge ? Contrit, l’ancien ministre adonc admis la livraison illégale et en a payé le prix :dans leur ordonnance finalerenvoyant le dossierdevant le tribunal correctionnel, les juges Le Loire et Van Ruymbeke soulignent que cet improbable épisode est en contradiction totale avec sesdéclarations, lui qui a toujours affirmé ne pas s’être occupéde ce compte nondéclaré transféré en 2009 à Singapour. Le « téléphonerouge »deL’Obsrévélant lesremisesde cash serépandcomme une petite traînée de poudre, semblable à celles que l’actualité en continue provoque chaque jour. Aussitôtreprise sur d’autres sites Internet, surlesréseaux sociaux etdans lesrevuesde presse, l’info circule, savoureuse, moqueuse. Curieusement, les commentaires sedéchaînent bien plus qu’à l’annonce, une semaine auparavant,de sonrenvoi en correctionnelle. L’ancien ministre véhicule une telle image que la pire des caricatures semble ledépasser. Chacun ne veut voirque ce qu’il veut, y compris ses fantasmes. Ainsi, le titrede notre article « Quandrôme Cahuzac se faisait livrerdu cash à Paris » sereproduit, se tord et subit en quelques heures unremaniementrévélateur : « Jérôme Cahuzac se faisait livrer des valisesde billets à Paris », annonce le site Internetd’un grandtitrede la presse parisienne. Rien que cela. « Des valisesde billets… » On entendpourainsidire le soupirde l’ancien ministre qui, ce matin-là, vientd'entendre l'informationreprise telle quelle à laradio. Nousdevinons presque sonrictusde
colère contenue, aperçu à l’Assemblée nationale, à son ministère, ou lorsque nous nous sommes rencontrés, avec un mépris maldissimulé lisibledans sonregardsombre. On ne la lui fait pas. Lui, au moins, il sait. Il sait que, techniquement, 20 000 euros en liquide ne formeront jamais «des valises de billets » mais seulement une belle enveloppe, pas si épaisse. Il le sait parsa partd’ombre. Il le sait pouravoir, comme ministre, combattu la fraude fiscale. 20 000 euros : en billetsde 500 euros, cela correspondà quarante coupures, pas unede plus. Des sommes faciles àdissimuler. rôme Cahuzac, en 2012, fut l’undes premiers ministresdu Budget à se lancerdans un combat réclamédepuis longtemps parles services fiscaux en butte aux blanchiments en tout genre : abaisser drastiquement le seuil au-dessusduquel le paiement en cash ne serait plus possible en France. Le faire passerde 3 000 euros à 1 000 euros maximum afinde freinertous les combinards. Ceux, par exemple, qui font grand usagedu cash et sont les seuls à se lancerdansd’importantesdépenses en liquide… La grosse coupurede la monnaie unique a tellementdisparude l’économieréelle tout en étant extrêmement appréciéedes fraudeurs,des trafiquantsdedrogue oudes tenantsderéseauxde prostitution, qu’elle a été surnommée pardes services britanniques spécialisés le « Ben Laden » : ce billet, on sait qu’il existe, qu’il voyage beaucoup, mais on adu mal à mettre la maindessus. Sombre métaphoredansdes temps où le terrorisme n’était pas encore celuid’aujourd’hui. Avec PierreMoscovici, ministrede l’Économie etdes Finances, Jérôme Cahuzac s’en alarma et écrivit aux commissaires européens chargésdu marché intérieur etde la fiscalité. À quand la suppressiondu billetde 500 euros, «dont l’utilisation est trèsrépanduedans les trafics illicites », demandaient-ils ! Lesdeux ministres appelaient «de leurs vœux l’adoption au niveau européende mesures vigoureuses, sans lesquelles l’évasiondes capitaux et ses incidences fiscales ne cesserontde constituerdes obstacles à̀la stratégie européennederedressementdes comptes publics ». Ironiedu calendrier: le matindu textode Jérôme Cahuzac, le ministredes FinancesMichel Sapin vientd’annoncerla que décisiond’abaisser le seuildu paiement en liquide entre en vigueur officiellement en France. Nul, évidemment, ce matin-là, ne crie surles toits qu’il s’agitde l’héritage d’un chantierlancé à Bercy parcelui qu’on vilipendedésormais. Las, Jérôme Cahuzac n’a pas le cœurà épiloguer. « Les vertus les plus farouches font les morts les plus atroces. Saint-Just », me lance-t-il à 9 h 27dans un nouveau SMS. Peut-être voit-il, comme nous, ledéferlementdes messages etdes commentaires surTwitterou en basdes articles publiés sur Internet. « Ça se passedans la République normalede Hollande », « Cahuzac porteurde valise vers la Lavomatic suisse », « Il a gagné la valise RTL », « Tous lesdinosaures le savaient »… C’est la curée. Cahuzac estdevenu une marque. Un symbole. Un exutoire. À notre tour, confrontés à la tournure qu’a prisedurant la nuit l’information, nousrépondons au SMSde l’ancien ministre. Nousregrettons les titres outranciers qui ne sont pas les nôtres et plus encoredéplorons l’absencede science précise concernant le volumedes billetsde banque. Ces gens, décidément, n’y connaissentrien. Peine perdue. Notre correspondant peste. Va-t-on luireprochertoute sa vied’avoirmenti surun pointde son existence, lui qui pense avoirtant fait pourla France ? Va-t-ildemeurerla seule victime de la vindicte comme s’ildevait être l’uniqueresponsabledudiscréditde la classe politique,de la montéedu Front national etde la crise tout entière ? Jusqu’oùdevra-t-il serepentirdevant la presse, la justice, les camarades, les électeurs ? Pourquoi ne s'intéresser qu'à lui alors qu'il existe tantde secretsrestés inexpliqués ? À 10 heures pile,dernierSMSde la journéede la partde Jérôme Cahuzac : « Le mal est fait. »