Crime au « Bar du Peuple »

-

Livres
39 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

L’inspecteur Gonzague GAVEAU, dit « Le Professeur », après avoir résolu l’affaire du « Meurtre à Baumugnes », s’installe dans une modeste chambre au « Bar du Peuple », établissement tenu par la plantureuse et exubérante Martine qui héberge une faune hétéroclite et haute en couleur.


Un matin, la patronne est retrouvée dans la salle commune, baignant dans son sang, la gorge tranchée.


« Le Professeur » va alors se charger de l’enquête...


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 2
EAN13 9782373475166
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0000 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
LE S E NQUÊ TE S DU P ROFE SSE UR
- 1 -
CRIMEAU«BAR DUPEUP L E»
de René BYZANCE
C HAPITREPREMIER
P RÉ SE NTATION DE S P E RSONNAGE S
Le village étire ses maisons le long de la route d' été des Alpes. Des montagnes, aux croupes dénudées, le dominent et, as piré par la vallée du Buëch, torrent qui roule ses eaux rares sur un lit de galets, le vent froid des cimes le cingle. Malgré l'austérité du cadre, la ri gueur d'une température brutale, des « estivants » nombreux la belle saison venue, p rennent d'assaut les hôtels et les auberges de Saint-Crépin. Les prix de pensio n sont plus modérés que dans les stations en vogue et la chère est, relativ ement, abondante. Pour avoir le privilège de mâchonner un morceau de mouton cori ace à chaque repas, les Français de l'an de grâce 1946 s'établiraient dans les lieux les plus déshérités de la planète.
Parmi les « étrangers » accueillis par la populatio n haut-alpine, figure notre déjà vieille connaissance Gonzague Gaveau, dit le p rofesseur. Le célèbre policier, lui, n'est pas en vacances. Lassé de la v ie parisienne et de ses tracas, il a demandé à être affecté à une brigade mobile. Avec enthousiasme, il a accepté un poste à Grenoble, magnifique et noble cité couch ée, comme un bijou précieux, dans l'écrin des Alpes neigeuses. Là, pen se-t-il, il goûtera quelque repos et les affaires qui réclameront son concours ne seront que des motifs d'excursions dans l'un des plus beaux pays du monde .
Mais, il est des hommes que la chance ne favorise p as. Un destin ironique veut que le crime suive Gonzague, qu'il le précède même. Peut-être, puisque le sort de dérisoires bipèdes est de s'entretuer, en g ros ou en détail, est-il écrit que les occasions de voir « le professeur » se distingu er seront multipliées pour la gloire de l'illustre détective dont nous comptons l es exploits.
À peine Gonzague avait-il établi ses pénates, près de l'Isère mugissante, qu'une épidémie de crimes éclatait dans la région. Et ce n'était pas des rixes banales après boire, des règlements de compte entre mauvais garçons. Non, chaque cas posait une énigme susceptible de faire t ravailler à plein les cellules grises du grand policier.
Au moment d'entreprendre à nouveau la tâche passion nante de faire revivre les aventures de Gonzague Gaveau, nous hésitons... Entre des tableaux de chasse impressionnants, lequel choisir d'abord ? Se ra-ce« Le Meurtre de Baumugnes » où se sont exaltées les haines paysannes,« La Fugue du Negus »aux pittoresques épisodes,« Le squelette a disparu »ou« Le Crime du Bar du Peuple »Nous opterons pour cette dernière affaire, quoiq  ? ue, chronologiquement, elle ne s'inscrive pas en tête d e la liste. Les autres viendront plus tard : un auteur, même quand la réal ité la plus authentique l'inspire, suit les fantaisies de son démon intérie ur.
Le professeur appartient, certes, à l'élite de la n ation. Mais, comme bien des savants et des poètes, il n'est pas riche. Aussi, d édaignant l'« Hôtel des Alpinistes » « confort moderne et salles de bains », l'« Hostellerie de la Dunbonasse »« five o'clock tea à partir de quatre heures » et l'« Hôtel du Buëch et de la Vierge réunis »« tout-à-l'égout et eau courante chaude et froide », est-il descendu avec sa vieille valise, au« Café du Peuple ».
L'établissement ne paie pas de mine avec sa salle c ommune, rendez-vous des ivrognes du village, son escalier branlant, son pot à eau ébréché et ses murs, blanchis à la chaux naguère et que des chiure s des mouches ont crépis. Mais la table est plantureuse, les robustes chauffe urs de camions et les casseurs de pierres ayant un appétit plus exigeant que les citadins aux estomacs délicats ; l'accueil est aimable et il est permis d'user, sans scandale, les chandails rapiécés et les pantalons reprisés. D ans une atmosphère sans faste ni protocole, Gonzague se sent à son aise. To ut de suite, il s'est lié d'amitié avec les patrons et avec la clientèle, aup rès de qui sa réputation de grand détective lui confère un prestige.
Nous aimerions à présenter en détail les acteurs du drame qui va se dérouler.
La patronne Martine Cardan a dû être une superbe fi lle. La quarantaine atteinte, malgré une vie agitée, elle conserve mieu x que des restes. Si les traits de son visage sont marqués, si un cerne bistre agra ndit ses paupières, elle a conservé une taille svelte, des formes souples et p leines, ses hanches « chaloupent », sa poitrine garde de l'orgueil. Et elle a une certaine façon de regarder les mâles qui excite les désirs des plus c hastes. Familière, elle tutoie tout le monde et elle trinque sans retenue avec le berger en rupture de troupeau le samedi soir, comme avec le manœuvre parfumé de s aine sueur après une journée d'efforts au soleil.
Le patron, Victor, suit sans jalousie les évolution s de sa compagne et ne tique même pas quand une main s'attarde sur un geno u découvert par une robe extra-courte ou sur une épaule dont la nudité est m al protégée par un corsage impudique. Philosophe, il conçoit que le métier a s es servitudes. De quelque dix années plus jeune que Martine, il se sait aimé. La situation, après tout, n'est pas mauvaise. Victor, qui pose à l'intellectuel fourvoy é dans un milieu indigne de lui, déclare qu'il a été, avant de servir des pastis, fo nctionnaire du gouvernement, mais il ne précise pas son emploi et, avec sa démar che traînante, le mégot éternellement collé au coin de ses lèvres, il évoqu e plus un « nervi » du Vieux-Port de Marseille qu'un bureaucrate.
Quand Martine parle de lui, elle dit « mon mari » g ros comme le bras, mais nul n'ignore que le couple a célébré ses noces derrière la mairie. Bah ...