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Crime au yoga

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Crime au yoga

10 minutes de lecture.
UN petit polar à découvrir !







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Jean-François Pré

Crime au yoga

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Le cours de yoga touchait à sa fin. Mathilde, le professeur, distribua les couvertures pour la séance de relaxation conclusive, prenant soin de les installer à mi-corps sur ses élèves. Elle reprit sa place sur le canapé surplombant les tapis et dit, d’une voix lente et grave :

– Les muscles s’affaissent sur le sol, lourds… vos jambes sont molles, lourdes… prenez conscience de l’abandon de votre corps… lourd, lourd… visualisez un champ de tulipes blanches, une étendue désertique, une plage infinie, une mer irisée…

Cinq minutes plus tard, Mathilde se remit debout. C’était le signal tacite de la fin du cours.

– Étirez vos bras derrière vous en inspirant, tendez vos talons vers l’avant, détendez-vous à l’expire, réveillez-vous, rouvrez les yeux !

L’une après l’autre, les élèves se levèrent de leur tapis. Avec plus ou moins de laxité, selon la profondeur de la relaxation. Certains yogis entraient même dans une phase de somnolence dont il était parfois difficile de s’extraire. Ce devait être le cas de la femme brune restée allongée, tandis que toutes les autres élèves étaient déjà debout, certaines ayant même regagné le vestiaire.

– Cécilia, c’est terminé, dit Mathilde. Vous pouvez vous lever !

La susnommée Cécilia restait allongée sur le dos. Immobile.

– Allons Cécilia, insista le professeur en haussant le ton, le cours est terminé. Levez-vous !

Devant l’absence de réaction, Mathilde marcha en direction de Cécilia, le front barré par une ride d’inquiétude. Elle s’agenouilla et secoua doucement par l’épaule la femme allongée.

– C’est fini Cécilia, réveillez-vous !

Fronçant les sourcils, Mathilde souleva délicatement les paupières de la femme brune, tâta la carotide puis le pouls…

– Mon Dieu ! lâcha-t-elle dans un soupir, à peine audible.

*

Georges Langsamer était déjà installé au volant de sa Lexus quand retentit la sonnerie du téléphone. Il actionna le système Bluetooth et répondit.

– C’est Tournier, dit une voix caverneuse. Où es-tu, Georges ?

– Je suis presque arrivé au golf. Pourquoi ?

– On vient de me signaler une mort bizarre à Bénerville, dans un club de yoga. Tu peux m’y retrouver ?

– Et ma partie de golf, t’en fais quoi ? Aurais-tu oublié que je suis à la retraite ?…

À Deauville, le commissaire Tournier avait pris la suite de Georges Langsamer dont il avait été l’adjoint durant de longues années et, quelque part, le fils spirituel. Dès qu’une affaire sortait de la routine, il appelait son Pygmalion à la rescousse. Bougon, râleur pathologique, Langsamer adorait faire reluire son armure d’enquêteur inaliénable, après avoir fait comprendre combien le solliciteur lui serait redevable de ce dérangement. Tournier se prêtait à ce rituel avec un sourire entendu.

Langsamer n’eut aucune peine à identifier la villa. On ne voyait qu’elle au sommet de la côte qui précédait la descente vers Blonville. Il se gara sur les graviers, devant le perron en haut duquel Tournier l’attendait. De l’autre côté, le terrain boisé de presque un hectare descendait en pente raide vers la plage. La villa comptait sept cents mètres carrés habitables, répartis sur quatre étages. Le dernier offrait une vue panoramique sur Le Havre d’un côté et sur le Cotentin, deviné plus qu’aperçu, de l’autre. Dressée comme un ergot sur son piton, elle aurait eu sa place sur un tableau d’Edward Hopper.

Avant de pénétrer à l’intérieur, Tournier prit Langsamer par le bras et l’attira vers la terrasse, en haut des escaliers.

– La police scientifique est déjà passée ; je t’attendais pour faire enlever le corps. Il y a tout lieu de croire qu’il s’agit d’un homicide. La victime a une légère entaille au niveau de la cheville gauche. Ce n’est peut-être qu’une coïncidence et j’attends les analyses avec impatience… mais tu sais à quoi ça me fait penser ?

– Le parapluie bulgare ?

– Tout juste. C’est pourquoi j’aimerais vraiment avoir ton avis, Georges.

– Dis-moi… est-ce que tu comptes un jour me laisser jouer au golf sans vivre dans l’angoisse d’un de tes maudits coups de fil ?

La salle de yoga se situait au rez-de-chaussée. Quatre-vingts mètres carrés, vides de meubles, de tables ou de chaises. Juste un canapé de cuir blanc duquel Mathilde dirigeait le cours, quand elle n’était pas en démonstration, et les tapis des élèves, distribués comme des cartes sur une table de jeu. Ce jour, les élèves yogis se comptaient au nombre de sept… sept femmes. Quand Langsamer apparut, elles étaient toutes parties. Toutes sauf une… le corps de Cécilia reposant sur le dos, comme endormie. Son tapis était le deuxième d’une rangée de trois, sur la gauche à partir de l’entrée. Juste devant l’antichambre, qui tenait lieu de vestiaire, et à mi-chemin de la toilette. Langsamer nota que toutes les autres intervenantes – y compris la prof – pouvaient s’en approcher en se rendant au vestiaire, à la toilette ou même vers la sortie. Il marcha en direction de la maîtresse de céans, laissant Tournier faire les présentations.

Mathilde de Saint-Firmin avait l’apparence d’une septuagénaire tonique dont le corps menu renfermait une énergie contenue. Oubliant les cheveux gris et l’intrusion de certaines rides, Langsamer vit une belle femme au regard intense. Il lui prit la main, l’effleura de ses lèvres et demanda :

– Pouvez-vous me dresser brièvement une liste de vos élèves présentes à ce cours… car il n’y avait que des femmes, je crois ?

– Quatre-vingt-dix pour cent de mes élèves sont de sexe féminin.

Langsamer esquissa une courte révérence, laissant à Mathilde le soin de satisfaire sa requête. Lorsqu’il tombait sa peau d’ours mal léché, l’ex-commissaire savait être mondain.

– Eh bien voilà. En partant du canapé, depuis lequel je donne mon cours sauf quand je me lève pour exécuter une figure, vous avez Amandine qui occupe le premier tapis sur ma droite. C’est la femme du docteur Leygues, très connu à Deauville et dans les environs.