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Dark Baby

De
293 pages
Mark Quinlan, policier de la criminelle à la Nouvelle-Orléans, retrouve une ancienne maîtresse, Claire Breaux, psychologue travaillant maintenant sous la direction du FBI. Claire pense que la mafia mexicaine de la ville a orchestré un massacre des témoins susceptibles de la confondre. C’est ainsi que Claire et Mark apprennent l’existence d’un nouveau psychopathe au sexe indéterminé, Dark Baby, qui les amène à suivre un véritable jeu de piste à base d’indices macabres. Dans le même temps, l’ouragan Katrina, le plus dévastateur de tous les temps, arrive pour détruire la région…
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Éditions Le Manuscrit

© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-9688-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748196887 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9689-9 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748196894 (livre numérique)








Écoute son cœur battre en silence
Lentement, écoute la souffrance
D'un cœur ouvert qui saigne
Tant qu'il en vaut encore la peine. l en est encore l'heure,
À coups de sang, respire encore
Efface toutes ses douleurs
Apprends-lui encore.
Il faut lui promettre le cœur de ton âme
Lui promettre ta vie, tes rires et tes larmes
Lui promettre d’y croire encore,
Même si on est tous morts.
Donne-lui tes bras pour porter ses angoisses
Tes mains pour qu’il les embrasse
Tes yeux s’il ne peut plus voir
Donne-lui le ciel, s’il n'a plus d'espoir.
Donne-lui la force d’être encore en vie,
Emmène-le loin de l’enfer de la nuit
Je veux que tu le protèges,
Des mauvais sorts, des sortilèges.
Qu’il oublie les mots qui blessent
Et si sa mémoire
Est la pire des traîtresses
7
C'est en elle qu’il doit croire.
Car l'existence aujourd'hui
Ne se limite qu'à la survie
Il faut savoir que même un ange en haillons
Peut se changer en Cendrillon.
Oui, au fil de ta vie, de ton or,
Il est et restera encore
L’ange de sel et de carton
Qui peut tout changer pour de bon.


Aux victimes de l’ouragan Katrina

8






À Boris et Raphaël…

À Isabelle et Laurence, elles savent pourquoi…
9 Dark Baby
I
Le jeune couple s’engagea sur un petit
chemin de terre en plein de cœur de
Yellowstone.
Sac à dos rivé aux épaules, ils écoutaient les
bruits de la nature en regardant droit devant
eux.
Ils n’avaient aucune idée de là où ils allaient
mais le fait de se promener en pleine forêt leur
donnait du baume au cœur.
Le jeune homme s’arrêta et montra du doigt
un cerf qui regardait dans leur direction, le
museau au vent, flairant leur présence.
Il était magnifique, une bête comme on en
voit rarement de si près.
La jeune femme sourit et s’accroupit pour
sortir l’appareil photo. Avec ses doigts
engourdis par la chaleur, elle ouvrit la fermeture
éclair du sac et sortit le précieux numérique
qu’elle braqua lentement sur le cerf droit devant
eux.
Elle prit une série de clichés et remit
l’appareil là où elle l’avait trouvé.
11 Dark Baby
Comme s’il avait entendu ou sentit une
présence, l’animal se mit à détaler vivement sur
la gauche, écrasant au passage des ronces et des
feuilles.
Le jeune homme saisit la main de sa
compagne et l’entraîna devant eux.
– On va sortir de la forêt, je voudrais voir la
petite maison où il y avait les chèvres, un peu
plus au nord.
– Pourquoi ? Tu as envie d’acheter un de ces
animaux ?
– Mais non. Je veux juste vérifier quelque
chose.
La jeune femme sourit.
– J’aurai pourtant dû le savoir qu’épouser un
magistrat, c’était s’attendre à voir le mal partout.
Qu’est-ce qui clochait là-bas ?
L’homme marchait droit devant, sans se
retourner.
– Qu’est-ce que tu vas encore inventer pour
passer le temps, Richard ? Le propriétaire de la
maison a découpé sa femme en morceaux et est
en train de l’enterrer dans le potager ?
– Sans aller jusque -là, je dirais juste que ce
monsieur n’a pas l’air très honnête. Il trafique
quelque chose.
– Richard, je te rappelle qu’on est en
vacances.
12 Dark Baby
Ils débouchèrent sur la route communale
qu’ils longèrent pour rejoindre la petite maison
devant laquelle ils étaient passés tout à l’heure.
Le jeune homme s’approcha du grillage où
des petites chèvres paissaient tranquillement.
Il scruta le troupeau avec un œil avisé,
cherchant des yeux une anomalie.
Déformation professionnelle.
– Tu vois, il n’est pas en train d’arroser des
cadavres avec de la chaux.
Le jeune homme se tourna vers sa
compagne, l’air contrit.
– Par moment, tu es vraiment pénible, Zara.
Un déclic leur parvint aux oreilles. Un bruit
décuplé par le silence que leur renvoyait la
nature.
– On se promène ?
Ils se retournèrent en même temps vers un
homme qui tenait à bout de bras, un revolver
énorme.
Richard recula, blanc comme un linge.
Zara regarda l’arme avec des yeux criblés de
peur.
– Qu’est ce que vous faites là ? C’est une
propriété privée, ici. Vous voulez quoi ? Me
barboter mes chèvres ?
– Non, Monsieur. Nous cherchions un
endroit pour nous reposer un petit moment ;
dit Zara.
13 Dark Baby
– Ah ouais ? Et comme par hasard, vous
tournez autour de chez moi ?
Il agita le revolver dans leur direction.
– S’il me manque une seule chèvre, je vous
défonce le crâne.
Zara leva les mains en l’air.
– Vous n’avez rien à craindre, monsieur.
Nous ne sommes pas des voleurs. Nous nous
promenons, c’est tout. Nous ne faisions rien de
mal. Nous n’avions pas l’intention de vous
voler quoi que ce soit.
– Je vais vous défoncer le crâne, vous
déchirer. Je vais aller chercher mon coupe-
coupe et vous découper comme des tranches de
gigot. Ouais, vous aller pas m’entuber comme
ça. Je vous tue si vous ne partez pas. Je jure que
je vous défonce.
– Ne vous énervez pas, monsieur. On va
partir.
Zara entraîna son mari sur la route. Richard
ne disait plus rien. Il avait l’air complètement
sonné.
– Surtout, ne cours pas, Richard. Marche
normalement. Prends-moi la main.
Le couple marcha jusqu’à un petit chemin de
terre au bord de la forêt.
– C’était quoi ce psychopathe ? Hein ? C’était
quoi ?
– Ne t’énerve pas, Richard. On n'a rien. Tout
va bien.
14 Dark Baby
– Mais bon sang, ce malade m’a braqué un
pistolet en pleine figure !
– C’est rien, mon cœur. Tout va bien.
Zara continuait de parler pas seulement pour
rassurer son mari mais aussi pour elle.
– Tout va bien.
Richard la serra brusquement contre lui.
– S’il t’avait fait du mal, je ne sais pas ce que
j’aurais fait… J’étais complètement statique.
J’arrivais plus à parler.
– Richard, regarde-moi. Ça va, maintenant.
Ils s’embrassèrent pour être sûrs qu’ils
vivaient encore.
Un sentiment de honte envahissait le cœur
de Richard. Il était si préoccupé qu’il ne sentit
même pas la flèche qui alla se planter dans le
dos de son épouse. Elle s’affala mollement dans
ses bras, comme une poupée de chiffon.
Il regarda ses yeux et y vit la vie s’enfuir de
son visage angélique.
– Zara ?
Il tomba à genoux. Lorsqu’il releva la tête,
ses yeux remplis de larmes fixèrent une
silhouette face à lui.
Il vit l’homme sortir un pistolet tranquillisant
de sa poche et le braquer sur lui.
– Tu vas devoir me suivre, Richard Bolton.
Ah oui, excuse-moi pour ta femme. Je ne
pouvais pas m’encombrer de deux corps…
15 Dark Baby
II
New York. 14 juillet 2005.
La jeune femme descendit les quelques
marches pour accéder au tourniquet du métro.
L’une de ses oreilles était reliée au poste de
commandement du FBI et l’autre recevait de la
musique sans discontinuer.
Elle martelait le sol de ses bottes. Elle
pouvait sentir la crosse de son revolver contre
son flanc. Elle n’arrivait pas à s’y habituer.
C’était un corps étranger collé à elle.
Il le faudrait bien pourtant.
Elle passa les tourniquets au son du groupe
Hoobastank. À plein tube sur son lecteur MP3.
Un petit bruit dans l’oreille droite
l’accompagna le long du quai.
– Écho 1 à Écho 2, 3 et 4. Le suspect a été
repéré dans la rame six du métro. Ligne 15.
Silence radio à partir de maintenant. Bonne
chasse.
Claire Breaux tourna la tête dans la direction
d’un homme qui arrivait à sa hauteur. Un autre
agent. Elle lui fit un signe de tête pour lui faire
17 Dark Baby
comprendre qu’ils devaient monter à hauteur de
la rame 6. Plus loin derrière elle.
Il fit demi-tour et avança lentement.
C’était devenu une sorte de rituel. À chaque
mission, Claire mettait de la musique. C’était
interdit mais cela lui donnait du courage. Et elle
arrivait mieux à se concentrer. Elle entrait alors
dans une autre dimension, cherchant des yeux
les suspects, flirtant avec la mort et le danger.
Le métro entra en gare et les portes
s’ouvrirent. Le cœur de Claire se mit à battre
plus fort.
La mission était risquée. Le danger imminent.
Peu lui importait. Elle avait voulu tout ça. Elle
avait voulu entrer au FBI.
Les portes se refermèrent sur elle dans un
claquement sec. Elle tourna son visage vers la
droite et aperçut sur une place assise un homme
recroquevillé. De là où elle était, elle sentait son
odeur de sueur et d’alcool.
C’est lui, se dit-elle, en avançant dans la
travée.
Elle regarda l’espace d’une seconde les deux
agents en face d’elle. Ils pensaient la même
chose, elle le comprit dans leurs yeux.
Claire caressa la crosse de son revolver à
travers son manteau. Il faisait une chaleur à
mourir dans le wagon.
L’homme leva la tête vers elle et son sourire
s’effaça. Il venait lui aussi de comprendre ce qui
18 Dark Baby
se passait. Il se leva d’un bond et sortit de sa
veste kaki un magnum 357. Il le pointa sur
Claire.
– Recule. Un seul mouvement et je t’explose
la tête.
Claire leva les mains en signe de reddition
puis obtempéra.
Les deux agents derrière ne firent aucun
mouvement. Il était trop tôt.
– Tu croyais m’avoir, hein ?
Il crachait ses mots, hurlait comme un
enragé. Claire en déduisit qu’il devait être
drogué ou ivre.
La jeune femme ne parvenait pas à croire que
« Le Tailladeur » était en face d’elle, pointant
son flingue sur elle. Elle baissa les bras.
– Tu es piégé. Pas la peine de courir.
Le tueur sourit à nouveau.
– Je t’emmerde. C’est toi qui va courir.
Ouais, je vais te faire détaler comme un lapin.
Il regarda derrière lui.
– Il y en a combien d’autres comme toi ?
Claire ne répondit pas.
L’homme lui mit le canon sous le nez.
– Vous êtes combien à me suivre, hein ?
– Je ne sais pas de quoi vous parlez. Et
arrêtez de m’agiter ça sous le nez.
Claire recula vers la fenêtre sur sa droite et se
colla au carreau. Elle sentit la sueur couler le
long de son dos.
19 Dark Baby
Qu’est-ce qu’il fait chaud. Je vais faire un
malaise.
Sur son lecteur, Hoobastank entama un
morceau de plus en plus rythmé. De quoi se
dandiner comme une folle. Claire sentit son
estomac lancer des ruades.
– File-moi ton flingue. Dépêche.
– J’ai pas de flingue.
– Arrête de me prendre pour un con.
Les deux autres agents se décidèrent.
L’homme vit leur reflet dans la vitre et se
retourna. Un quart de seconde.
– Je vais tous vous plomber, bande de
péquenots.
Il secoua son flingue frénétiquement.
– Dis-leur de se calmer ou je leur arrache le
cœur.
– Pose ton flingue. On va discuter.
– Quoi ? Tu te crois au salon de thé ou
quoi ? J’ai pas envie de te parler. Ni à toi, ni à
ces deux guignols.
– C’est ta seule chance.
Le métro ralentit dans un virage et ils
aperçurent la prochaine station.
Claire s’approcha du suspect.
– Sois raisonnable et rends-toi. On
expliquera tout au juge et on trouvera un
arrangement.
L’homme en guenilles éclata de rire.
– Ferme-la.
20 Dark Baby
Les portes s’ouvrirent et l’homme sauta par-
dessus les sièges pour sortir du wagon.
Claire tourna les talons et bouscula quelques
gens au passage.
Les deux autres agents étaient déjà dehors.
Claire vit l’homme courir vers la sortie.
Elle se lança à sa poursuite.
Les murs des couloirs n’en finissaient plus et
Claire avait la nausée. Elle courait derrière « Le
Tailladeur » en suant à grosses gouttes.
Instantanément elle se retrouva quelques
mois en arrière, dans une salle de consultation,
avec un policier qui venait de perdre son
équipier. Elle le revoyait assis à la table, l’air
fatigué, les yeux délavés et tristes. Il ne souriait
pas mais lorsqu’il la regarda, elle lut en lui
comme dans un livre ouvert. Comme dans un
miroir. Elle sut qui il était et surtout qu’elle allait
tomber amoureuse de lui.
Elle se remémora l’instant où il avait pénétré
chez elle par effraction, le moment où il l’avait
acculée contre la porte, ses deux mains de
chaque côté de son visage, son corps musclé
collé au sien dans un élan de désir inassouvi.
Cet homme était une offense à la pudeur, un
mauvais garçon, une étoile noire à laquelle
personne ne peut pas résister et qui nous
entraîne dans son sillage permanent.
Il s’appelait Mark Quinlan.
21 Dark Baby
Le bel officier louisianais qui l’attendait dans
sa maison près du bayou.
Ses yeux verts à damner un saint et sa
bouche ourlée soyeuse. Ses larges mains
puissantes et son cou de granit.
Le simple fait d’évoquer son nom lui donna
une décharge d’adrénaline et elle accéléra le pas
avec une violence inouïe.
Ses collègues couraient derrière elle.
Elle enclencha son talkie-walkie.
– Écho 2, parlez.
– Ici Écho 1, parlez.
– Fermez la station à la hauteur de Lexington
Avenue. Le suspect est en train de sortir. Je
répète, le suspect va sortir.
– Bien reçu, Écho 2, nous bloquons la sortie.
Au détour d’un couloir ils débouchèrent sur
les tourniquets qui étaient bloqués et les
grillages qui descendaient lentement. Des
usagers énervés hurlaient derrière les grilles.
« Le Tailladeur » s’arrêta et fit volte face.
Un instant, il fixa Claire de ses yeux injectés
de sang et pensa lui faire baisser le regard.
Claire ne bougea pas.
Elle pouvait sentir la peur des autres agents
qui savaient à qui ils avaient affaire. Quel genre
de malade « Le Tailladeur » pouvait être. Ce
qu’ils faisaient à ses victimes et pourquoi.
Ils grelottaient malgré la chaleur étouffante.
Le tueur leva les bras en signe de reddition.
22 Dark Baby
– Ok, les mecs. Vous êtes les plus forts.
Vous m’avez eu.
Claire s’approcha lentement. Elle n’était pas
sûre qu’il disait la vérité. Il pouvait très bien se
déchaîner tout à coup.
Et il ne manqua pas de le faire.
Il sortit de son manteau un 22 longs rifles au
canon scié puis le braqua sur les agents.
– Je vais vous dégommer.
Claire recula.
– Ne fais pas ça. On peut toujours trouver
un arrangement.
– Un arrangement ? Tu crois au père Noël
ou quoi ?
Il semblait déterminé.
– Vous m’aurez jamais vivant.
Et il ouvrit le feu. Claire se jeta à terre en
évitant l’impact des balles. Elle rampa jusqu’au
coin du mur et s’y colla en hurlant aux autres de
battre en retraite.
Il déchargea son arme aussi sur les grilles
derrière lesquelles des personnes s’écroulèrent
en poussant des hurlements.
Claire n’en revenait pas. Il riait. Il riait tout en
canardant les couloirs du métro.
Elle attendit qu’il n’ait plus de munition puis
leva son arme vers lui.
– Rends-toi maintenant.
Il lâcha son arme.
– Je préfère crever.
23 Dark Baby
Il sortit un objet de sa poche et Claire
sursauta.
– Descends-moi.
Il fit un geste vers elle et elle tira. Sans
sommation.
Il s’écroula, tué d’une balle en pleine tête.
Son règne venait de s’achever, non sans
quelques pertes.
Claire savait que cela finirait comme ça.
Elle le savait depuis le début.
24 Dark Baby
III
Richard Bolton avait la certitude qu’il allait
mourir.
Allongé sur la table d’autopsie improvisée
par son bourreau, il pleurait. Il ne pouvait pas
bouger. Il pouvait juste entendre et voir ce qui
se passait.
Les larmes ruisselaient sur ses joues
blafardes. Ses yeux fixaient le plafond au-dessus
de lui et s’attardaient de temps à autre sur la
droite ou la gauche.
Il allait perdre la vie. Il en avait conscience.
L’homme penché sur son corps inerte avait
un visage d’ange. Un visage poupin, fin et doux.
Sa bouche et ses joues rosées faisaient penser à
un adolescent.
Richard entendait la musique qui provenait
d’un magnétophone posé à côté de la table.
Il ne savait pas qui était l’auteur de cette
ballade rock. Probablement un groupe grunge
américain.
Le bourreau se détourna un instant et ferma
les yeux. Il se mit à réciter les paroles lentement.
25 Dark Baby
– Je suis prédestiné à prendre soin de toi. Je vais
garder la flamme en vie. Protéger la flamme dans ton
cœur. Plus jamais de sang. Je serai là pour toi mon
amour. Je serai à tes côtés. Car le monde t’a
1abandonné .
Richard sentait les larmes mouiller ses
cheveux.
Il sentait l’acier de la table contre sa peau
nue.
– J’aurais dû voir qu’il en serait ainsi. J’aurai dû le
savoir depuis le début.
Le bourreau revint vers Richard avec un
instrument bizarre qu’il faisait tourner entre ses
doigts fins. Il continuait sa litanie, ignorant les
gémissements de terreur de sa victime.
– Elle disparaît loin de ce monde dégradant. En
dérivant comme une plume. Elle n’est pas comme les
autres filles. Elle vit dans les nuages. Elle parle aux
oiseaux. Elle a perdu tout espoir mais elle n’est pas
comme les autres filles, je le sais.
Richard vit la lame du scalpel fondre vers lui.
Briller sous la lumière du plafonnier.
Il hurla mais le bâillon empêcha les sons de
sortir de sa bouche.
– Elle n’a plus de honte à avoir, car elle a ressenti
tant de douleur dans sa vie. Oui, tout l’amour que vous
portez en vous, se retournera un jour contre vous. Et

1 She’s not like the other girls (The Rasmus).
26 Dark Baby
dans son esprit, je veux qu’elle répète inlassablement ces
mots.
Richard relâcha un instant ses muscles qui
tentaient désespérément de faire bouger son
corps.
Son esprit venait de faire le rapprochement.
Ce type qui le détenait était sûrement envoyé
par la famille Noriega.
Il se souvint du jour où Miguel Noriega
s’était invité dans son bureau, peu avant son
procès :
– Je voudrais vous parler, Monsieur le Juge.
– Je n’ai rien à vous dire. Vous n’avez pas le droit
d’être ici. Allez-vous-en !
Noriega entra quand même dans son bureau et
s’assit.
Depuis des années qu’il officiait en tant que juge, il
n’avait jamais accepté de recevoir un accusé pour lui
parler. C’était contraire à la loi et à ses principes.
– Qu’est-ce qui vous fait croire que vous pouvez
entrer dans mon bureau et vous asseoir tranquillement ?
Noriega sourit.
– Je ne suis pas certain de vouloir être condamné.
Le juge soupira.
– Bien. Il fallait y penser avant d’enfreindre la loi. Il
est un peu tard pour avoir des scrupules.
– Je ne mens jamais, Votre Honneur. Je n’ai pas
commis ce meurtre. Je n’ai pas tué ce Trent Malloy. Ce
n’est pas moi.
27 Dark Baby
– Si vous avez des preuves attestant de votre bonne
foi, veuillez les transmettre à votre avocat et nous ferons
le nécessaire pour vous disculper.
– Je crois que vous n’avez pas bien compris le sens de
ma requête, Votre Honneur.
Silence.
Noriega prit le temps de peser ses mots. Il savait
exactement quoi dire au juge. Il s’était préparé à cet
entretien pendant de longs jours. Et il ne lâcherait pas le
morceau avant d’avoir gain de cause.
Noriega se pencha en avant et s’absorba dans la
contemplation des trophées que le juge arborait sur son
bureau.
– Alors expliquez-moi. Qu’est-ce que vous voulez au
juste ?
Noriega secoua la tête vigoureusement.
– Ce qui me tourmente, c’est vous, Votre Honneur.
Je sais parfaitement que vous êtes un juge retors. Que
vous n’accordez aucune chance aux accusés. Vous ne
cherchez même pas à les écouter et à les comprendre. Par
conséquent, je souhaite que vous truquiez un peu le jeu.
– Je vous demande pardon ?
– Essayez de convaincre les jurés que je suis innocent.
Je ne peux pas me permettre d’être incarcéré. J’ai un
business à faire tourner.
Le juge se pencha vers lui, les mains croisées.
– Cela peut vous coûter très cher de soudoyer un juge,
Monsieur. Si je fais un rapport, vous êtes cuit.
– Vous ne le ferez pas, Votre Honneur.
Le juge hésita.
28 Dark Baby
– Et pour quelle raison ?
– Zara Bolton.
Richard Bolton sursauta. Il venait de parler de sa
femme. Il venait de menacer la vie de sa femme. Il n’en
croyait pas ses oreilles.
Richard se leva instantanément et entreprit de faire
sortir Noriega.
Les deux hommes se jaugèrent, tendus.
– Je sais que vous prendrez la bonne décision. Que
vous allez sauver votre femme. Je sais que dès que je
franchirai cette porte, je serai déjà un homme libre.
Le juge pâlit. Il savait que Noriega ne reculerait
devant rien pour arriver à ses fins.
Plus rien n’était sous contrôle. Tout lui échappait,
même sa propre vie.
Il savait qu’il venait de perdre la première manche.
Une voix douce le ramena à la réalité.
Il secoua la tête en hurlant.
– Tu ne connais pas cette chanson, Richard ?
C’est dommage. C’est une très belle ballade.
Richard tenta de parler. Impossible. Le
bâillon l’en empêchait. Il ferma les yeux.
– Tu ne peux pas parler, c’est vrai. Je peux
être très étourdi parfois. C’est fou, non ?
Le scalpel s’abaissa lentement vers la poitrine
de Richard.
– Tu dois te rappeler qui je suis avant de
quitter cette terre. Tu dois connaître mon nom,
Richard. C’est très important. Je n’aime pas que
les gens partent sans me dire au revoir.
29