Début dans la police

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Description

Billy Mac Tiddle, un jeune marchand de chaussettes Écossais, débarque à Londres dans l’espoir d’y ouvrir une boutique et de faire fortune.


Dans la chambre qu’il a louée dans un bouge infâme, sa quiétude est dérangée par les cris d’une femme violentée dans la pièce voisine. La police arrive et embarque la victime et ses agresseurs alors qu’un rougeaud locataire clame à l’assistance curieuse qu’il connaît la martyre et qu’elle est au cœur d’un mystère insoluble qui s’est déroulé au Myron Castle et sur lequel la justice s’est cassé les dents. Même, d’après lui, un détective Écossais aurait abandonné l’enquête au bout d’une journée.


Billy Mac Tiddle, refusant de croire qu’un compatriote puisse aussi facilement jeter l’éponge, assure que si celui-ci avait réellement été Écossais, il n’aurait jamais baissé les bras.


Devant tant de chauvinisme déplacé, le bonhomme le met au défi de résoudre l’affaire.


Poussé à bout et ne voulant pas reculer et déshonorer sa patrie, Billy Mac Tiddle va essayer de trouver le fin mot de l’histoire sans se douter que cette nouvelle occupation peut se révéler bien plus dangereuse et éprouvante que celle du commerce...


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EAN13 9782373472448
Langue Français

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couve

Le Roi de la Chaussette

*1*

DÉBUT DANS LA POLICE

Roman policier

 

par Paul MAX

CHAPITRE PREMIER

UNE NUIT, DANS GREEK STREET

 

Il parait qu'en Bretagne (France) les gens sont fort têtus.

Ils le sont doublement en Grande-Bretagne.

Mais ce n'est rien à côté de ce qu'ils sont en Écosse.

Et je ne crois sincèrement pas qu'il y ait un seul Écossais dans toute l'Écosse comparable à moi qui vous parle, Billy Mac Tiddle, au point de vue de l'entêtement.

C'est ce qui m'a valu de devenir détective alors que ma première et ma seule ambition était de vendre des chaussettes.

Pour exercer ce commerce, qui me semblait plein de charmes, j'avais quitté mon bon vieux village de Blacksmith où les heures sonnent si doucement au vieux clocher de pierre grise et j'étais venu à Londres, la plus grande et la plus noire capitale du monde, lorsque les événements, qui devaient décider de ma carrière, se produisirent.

Je ne sais pas si tout le monde éprouve la même sensation, mais Londres est, pour un habitant de Blacksmith quelque chose d'effrayant.

Avez-vous essayé de compter le nombre de véhicules de toutes sortes qui passent dans une seule rue de cette ville formidable en l'espace d'une minute ? Si vous ne l'avez pas fait, ne le faites pas ! Pour moi, le fait d'avoir voulu me livrer à cet innocent passe-temps le jour de mon arrivée me plongea dans un vertige comparable seulement à celui que produit une ivresse de toute première classe.

Je devais allez me présenter, comme vendeur de chaussettes, dans un magasin d'Old Compton Street, et lorsque je me rappelai enfin ce but précis de mon voyage, tous les magasins étaient fermés et les bars, seuls, accueillaient encore des clients.

Je me réfugiai dans l'un d'eux et c'est là qu'entre deux verres d'ale, on m'indiqua la maison meublée de Greek Street où je pourrais certainement trouver une chambre pour la nuit. Celui qui me donna le renseignement était un très brave homme, dont je n'ai jamais su le nom, et pour lui prouver ma reconnaissance, je lui offris un verre de stout. Ne voulant pas être en reste de politesse, il insista pour m'offrir à son tour un verre d'ale, après quoi, je revins à la charge avec un verre de stout... et pendant plus d'une heure ce petit manège continua. Je me disais bien que cela me coûterait assez cher, mais le fait de ne m'offrir que de l'ale me semblait, de la part de mon nouvel ami, une sorte d'esprit de contradiction et il ne me plaisait pas qu'il eût le dernier mot. Cette émulation fut cause que les stouts succédaient aux pale-ales et les pale-ales aux stouts avec très peu d'interruption. Je ne sais pas quand ce match se serait arrêté si une forte voix ne nous avait crié tout à coup :

— Gentlemen, il est temps !

On nous mettait à la porte.

Satisfait dans mon amour-propre, car la dernière tournée avait été de stout, je sortis en donnant le bras à l'amateur de bière blonde et, une fois sur le trottoir, je l'embrassai chaleureusement et lui dis adieu.

Je ne le revis plus jamais.

Ce que je vis immédiatement après son départ, c'est que les maisons de chaque côté de la rue se mettaient à tourner autour de moi dans une danse de plus en plus rapide et assez fantasmagorique. Pour réfléchir à ce phénomène, je m'appuyai à un réverbère et quelqu'un me dit :

— Vous êtes soûl ?

Ce quelqu'un m'apparut comme une ombre : était-ce un homme ou une femme ? Un passant ou un policeman ? Je ne sais, mais je lui répondis aussitôt avec la dignité que l'on a quand on dit la vérité :

— Je ne suis jamais soûl !

— Pardon, vous êtes soûl, riposta mon interlocuteur.

Je me fâchai :

— Moi, soûl ? J'ai seulement regardé passer des voitures et je vous souhaite de marcher aussi droit que moi quand vous vous serez amusé à en compter seulement six ou sept cents. Bonsoir !

Et, suivant les indications dont le souvenir surnageait dans ma rude tête d'Écossais, je gagnai Greek Street et vins sonner à la porte de la maison meublée dont on m'avait parlé. Elle était graisseuse, cette porte, et la fâcheuse impression qu'elle me produisit s'accentua encore lorsque je la vis s'ouvrir toute seule sur un long couloir sombre au bout duquel brillait une veilleuse.

Devais-je entrer ? Qu'allais-je heurter, dans l'ombre, avant d'arriver au rayon douteux de la veilleuse ?

Mon orgueil me souffla à l'oreille :

— Aurais-tu peur, Billy ?

Et mes hésitations cessèrent aussitôt.

J'entrai.

Le couloir était désert, mais il aboutissait à un escalier sur les marches duquel une grosse femme, en peignoir rapiécé, se tenait, penchant sur la rampe un visage apoplectique éclairé par le bougeoir qu'elle tenait à la main.

— Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-elle.

— Une chambre.

— Au mois ou à la semaine ?

— Je verrai ça demain. Pour l'instant, je ne demande qu'un lit pour passer la nuit.

Elle sourit :

— Je veux bien vous donner une chambre pour la nuit parce que vous êtes Écossais. Montez.

Je la suivis en me demandant à quoi elle avait vu que j'étais Écossais : j'étais pourtant habillé comme tout le monde. Au premier, elle ouvrit une porte et me dit en souriant encore :

— Tenez, voilà votre « chambrrre » Scotchman !

Je répondis :

— Meerrrci !

Et, comme j'étais fatigué, j'entrai dans mes appartements sans élucider ce problème d'identification nationale.

Je ne sais pourquoi, une impression de mystère m'accueillit dans cette chambre qu'une seule lampe électrique, fatiguée par l'usage, éclairait faiblement.

Le lit était collé au mur et les couvertures traînaient par terre : quelqu'un de malintentionné aurait trouvé là une excellente cachette, à moins qu'il ne préférât la penderie, que fermait un rideau de cretonne défraîchie et qui tenait lieu d'armoire ; une seule fenêtre, rendue à peu près opaque par la poussière, s'ouvrait sur la nuit inquiétante que le ronflement nocturne de Londres emplissait d'un bourdonnement menaçant. Je connaissais mal le quartier, mais, malgré le vertige qui tournait dans mon cerveau, j'y avais remarqué des gaillards en casquette, embusqués dans des encoignures de porte. Cette maison où un inconnu m'avait envoyé pouvait être un coupe-gorge et cette chambre malpropre et obscure pouvait parfaitement servir de décor à un assassinat.

Comment savait-on que j'étais Écossais ? Mon arrivée avait-elle été signalée et le soi-disant brave homme du bar était-il un racoleur ayant pour mission de conduire vers ses complices les étrangers fraîchement débarqués dans la capitale ?

Sur le seuil de la porte, mon orgueil avait encore son mot à dire ; mais maintenant, seul entre ces quatre murs, il n'existait même plus et je n'éprouvai pas la moindre honte à me mettre à quatre pattes pour voir s'il n'y avait personne sous le lit.

Puis, brusquement, d'un revers de main, je repoussai le rideau et découvris la rangée de crochets de la penderie... Aucun cadavre n'y était suspendu. Enfin, à moitié rassuré, je me décidai à me coucher tout habillé. Il me sembla tout d'abord que le lit remuait sous moi, mais je compris que c'était une illusion créée par le vertige dont j'ai déjà parlé ; bercé par cette impression autant que par ma fatigue, je finis par m'endormir.

Pas pour longtemps.

Soudain, je me réveillai en sursaut : un grattement continu et assez fort s'entendait du côté de la porte.

— Qui est là ? m'écriai-je.

Personne ne répondit ; le grattement s'arrêta une demi-seconde, puis reprit de plus belle.

Je n'avais aucune arme sur moi, mais j'avais confiance dans la solidité de mes poings.

En une seconde, je bondis hors du lit, allumai brusquement et me précipitai vers la porte... Un rat s'enfuit à fond de train et je poussai un soupir de soulagement... C'était lui, le « gratteur ».

Mais, en me retournant, il me sembla que la tapisserie, au-dessus de mon lit, remuait. Prudemment, je m'approchai sur la pointe des pieds et, comme les rayons de la lampe électrique n'avaient pas suffisamment de force pour atteindre ce point de la chambre, je fis tout à coup flamber une allumette : ce n'était pas la tapisserie elle-même qui remuait : c'était une escouade de punaises qui, en formation triangulaire, en explorait les ramages décolorés.

Je me mis à rire franchement, égayé par le côté comique de l'aventure, sans me douter que je me trouvais au seuil des drames les plus noirs.

Paisiblement, je m'étais assis sur le bord du lit et j'allais cette fois-ci enlever mes chaussures pour me recoucher lorsque, tout à coup, effrayant, aigu, désespéré et tout proche, un cri déchira la nuit :

— Au secours ! À l'assassin !

Et il y eut un vacarme épouvantable de meubles renversés et de chaises brisées.

Cela provenait, sans nul doute possible, de la chambre voisine de la mienne.

Terrifié, j'eus une minute d'hésitation, puis je me précipitai sur le palier... D'autres locataires y arrivaient, en toilette de nuit, en pantoufles, leur bougeoir à la main.

Mais ce qui me stupéfia, c'est qu'il y avait déjà, grimpant quatre à quatre le premier étage de l'escalier, deux grands diables de policemen qui, écartant sans douceur tout ce qui se trouvait sur leur passage, enfoncèrent d'un coup de pied la seule porte restée fermée : celle de la chambre voisine de la mienne.

Dans cette chambre régnait un désordre effrayant : sur le sol gisaient pêle-mêle les débris de la garniture de toilette, les rideaux de la fenêtre et les morceaux d'une chaise ; debout au milieu de ces débris, deux hommes, livides, levaient les mains sous la menace des revolvers que les policemen braquaient sur eux. Et, sur le lit, le visage en sang, les cheveux épars, les vêtements déchirés, était étendue une jeune femme que je crus morte tout d'abord, mais qui n'était même pas évanouie, car, en voyant entrer les policemen, elle se releva en s'efforçant de réparer le désordre de sa mise.

Les policemen, eux, ne perdaient pas de temps ; pendant que l'un d'eux tenait en respect les deux hommes, l'autre les fouillait consciencieusement puis, après les avoir délestés d'un revolver, de deux matraques et d'un flacon que je jugeai contenir du chloroforme, leur passait aux poignets des menottes jumelles.

Le premier policeman se tourna alors vers la grosse femme qui m'avait reçu et qui restait sur le seuil de la chambre, opposant sa masse à la poussée curieuse des locataires :

— C'est vous qui nous avez appelés ?

— Oui. J'ai fait jouer le déclic de l'entrée, car vous savez que la porte ouverte signifie que l'on a besoin de vous.

— Parfaitement. Savez-vous ce qui s'est passé ?

— Pas du tout. Ce que je sais, c'est que ces deux individus ont loué cette chambre depuis huit jours... mais qu'il n'y avait pas de femme avec eux.

— Ils vous ont fourni des pièces d'identité ?

— Oui, j'ai tout inscrit dans mon registre.

— Où est votre registre ?

— Le voici.

Elle sortit de sa camisole un petit registre noir que le policeman saisit et fit disparaître dans sa poche ; puis, il s'adressa à la jeune femme qui, à l'aide d'un mouchoir, s'efforçait d'arrêter le sang qui coulait sur son visage.

— Avez-vous subi quelque dommage ?

Personnellement, la question me parut superflue, mais la blessée répondit simplement :

— Oui, monsieur.

— Lequel ?

— Ces deux hommes ont voulu me tuer.

Un des deux individus arrêtés entra alors dans une rage folle.

— Ce n'est pas vrai ! hurla-t-il ; cette femme ment !

— Taisez-vous ! dit sèchement le policeman.

Mais l'homme ne se taisait pas et continuait à vociférer des protestations et des menaces en faisant des efforts sauvages pour s'élancer sur la jeune femme.

Le second policeman alors, sans un mot, se tourna vers lui et lui décocha, à la mâchoire, un coup de poing à assommer un bœuf.

L'homme chancela et une lueur de meurtre passa dans ses yeux ; mais il parvint à se contenir et baissa la tête, en portant la main au bas de son visage.

Le premier policeman s'adressa de nouveau à la jeune femme :

— Ces deux hommes, dites-vous, ont voulu vous tuer ? Mais comment vous trouvez-vous ici, dans cette chambre, avec eux ? Vous y ont-ils entraînée de force ?

La jeune femme se troubla :

— Non... je les ai suivis parce qu'ils m'avaient dit qu'ils voulaient me parler.

Le policeman fronça les sourcils :

— Alors, il suffit de dire que l'on désire vous parler pour que vous suiviez, dans une maison inconnue, des hommes... que... qui n'ont avec vous aucun lien de parenté... ni de sentiments ? N'est-ce pas ?

Elle rougit.

— Aucun lien... c'est à peine si je les connais.

— Et pourquoi les avez-vous suivis si facilement ?

— Parce qu'ils se disaient envoyés par quelqu'un... qui...

Soudain, elle se rebiffa :

— Mais pourquoi me posez-vous toutes ces questions devant tout le monde ?

— Simplement pour savoir s'il y a lieu de vous conduire devant le coroner dès ce soir ou s'il vous suffira de vous présenter lorsqu'il vous convoquera.

— Je préfère vous suivre tout de suite que de subir un interrogatoire devant tout le monde.

Le policeman haussa les épaules, serra son ceinturon et dit d'un ton bref :