//img.uscri.be/pth/2b5807a48774290e57865b5181bb20b3db66d831
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 2,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

avec DRM

Du Miel pour Rocco

De
32 pages

Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Nelson Algren. L'oeuvre de Nelson Algren -- Le Désert de néon, L'Homme au bras d'or, Chicago: City On The Make, A Walk on the Wild Side -- se situe dans la tradition américaine du réalisme et du déterminisme social. La vie des marginaux et du sous-prolétariat urbain en est son thème principal. Écrivain engagé, il dénonce en tableaux saisissants et vigoureux la misère, la violence, la corruption, l'indifférence qui conditionnent dès l'enfance l'existence des rejetés. Hauts en couleur ou pitoyables, ses personnages se détachent tragiquement sur un fond d'humour grinçant destiné à provoquer la réflexion sociale et politique. Avant de rencontrer Simone de Beauvoir, avec qui il vivra pendant une quinzaine d'années une relation amoureuse passionnée, il écrit plusieurs nouvelles noires semi-autobiographiques. L'une d'elles, He swung and he missed (Du miel pour Rocco), est un récit réaliste et brutal sur le milieu de la boxe. Elle raconte l'histoire de Rocco, boxeur raté mais honnête et orgueilleux. Sur le déclin, au seuil du dernier combat de sa carrière, on le paye pour qu'il se couche devant son adversaire. Pour la seule fois de sa vie, il accepte, car il est éperdument amoureux de sa femme à qui il veut enfin offrir une vie confortable. Il perd le combat, puis apprend que sa femme a misé innocemment tout l'argent sur sa victoire. Cette nouvelle inspirera en partie le célèbre film de Robert Wise, Nous avons gagné ce soir.


Voir plus Voir moins
NELSON ALGREN
Du Miel pour Rocco
Traduit de l’américain par Yves Rivière
La République des Lettres
I
Ce fut miss Donahue elle-même qui accorda sa bénédi ction à Rocco, alors dans
sa quinzième année, le jour où il quitta l’école po ur se lancer dans le monde.
Depuis qu’il avait eu six ans, elle l’avait vu tous les jours combattre dans la cour
pendant les récréations. Au jardin d’enfants, il n’ y avait pas de récréations, sans
quoi elle aurait commencé à le voir combattre une a nnée plus tôt. Elle lui servit elle-
même de professeur pendant quatre années assez épro uvantes, si bien que c’est
avec un sentiment qu’on pourrait comparer à de l’en thousiasme qu’elle écrivit sur le
livre d’autographes de son élève, le Jour des Prix :À Rocco, sûre qu’il réussira.
Et en fin de compte, c’est bien ce que fit Rocco. A sa façon à lui. Le transfert réel
de la salle de classe à celle de boxe s’effectua le jour où il monta sur le ring qui se
trouvait derrière leHappy Hour Barpour un combat sans limite de poids et doté, en
tout et pour tout, d’une bourse de huit dollars pou r le vainqueur.
Rocco fut le vainqueur. Oncle Mike Adler, l’organis ateur local, à la suite de ce
combat appela Rocco « Rocco le Gosse », et ce nom l ui resta. Il se fraya un chemin
sur le ring, passa moyen, puis mi-lourd ; ses gains s’alourdirent eux aussi, pour
arriver finalement à soixante dollars, plus les fra is.
Alors qu’il était dans sa dix-neuvième année, Rocco s’arrêta de grandir, les
bourses aussi, et il se maria à une fille qui s’app elait Lili. Ensuite, il ne remporta
plus tous ses combats, et à vingt-deux ans, il en p erdait autant qu’il en gagnait. Il
continua à combattre. C’était tout ce qu’il savait faire. Jamais il n’accepta de faire le
plongeon ; jamais un combat truqué ni du coton dans les gants. Il ne toucha jamais
au whisky ; il ne jouait pas. La veille de chaque c ombat il allait se coucher de bonne
heure ; et il aimait sa femme. Il eut des combats d ans tous les coins de la ville, il eut
une demi-douzaine de managers, et il alla rencontre r tous les hommes qu’on lui
demanda de rencontrer, sans considération de jour n i d’heure...