Et on tuera tous les méchants

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Qu'arrive-t-il à Ken, le narrateur ? Depuis quelques jours, les ennuis pleuvent sur lui sans discontinuer. De quoi fantasmer d'éliminer tous ces « méchants » qui le persécutent. Et si soudain le rêve devenait réalité ? Mais n’est pas serial-killer qui veut !




Ce n’est pas la première fois que Daniel Safon commet des polars aux éditions AO. Avec celui-ci, véritable “extension du domaine de l'humour noir”, il franchit de nouvelles limites... pour votre plus grand défoulement !

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EAN13 9782913897762
Langue Français

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Daniel Safon
ET ON TUERA TOUS LES MÉCHANTS
ISBN EBOOK : 978-2-913897-76-2 ISBN PAPIER : 978-2-913897-53-3
ÉDITIONS AO
Avertissement
Tous les personnages de cet édifiant ouvrage sont p urement imaginaires. Toute personne qui se reconnaîtrait dans les pages qui vont suivre à commencer par mon éditeur bien-aiméne pourrait être l’objet que d’une illusion puremen t fortuite.
Prologue
Je m’appelle Ken Stanzack et ce que vous allez lire est ma confession. En fait, à bien analyser, cet ouvrage est beaucoup plus que ce la. J’ai besoin de remettre à plat l’histoire qui s’est déroulée pour comprendre ce qu i a pu se produire, pour comprendre à quel moment les événements se sont mis à m’échapper. On réfléchit mieux lorsqu’on verbalise sa pensée, on pèse mieux les mots, et on peut poser un regard objectif sur eux. Ceci est beaucoup plus qu’ une catharsis, un défoulement, c’est coucher, noir sur blanc, si on est honnête, l a « vérité vraie ». Et ainsi, je pourrai évaluer mon degré de culpabilité. Les nuits sont longues, sur les rives du lac Allato ona, et je peux enfin, au calme, faire le point, bercé par le clapotis des vagues et les bruyants passages du train pour Chattanooga. À vous de juger si je suis le monstre que les journ aux se sont régalés d’exhiber, ou si je ne suis que la victime d’une situation que personne ne sut maîtriser.
1. L’OISEAU
Il est tombé de l’arbre d’un coup, comme ça, pouf, comme une pierre. J’ai parfaitement intégré le fait que les pierres descen dent rarement des arbres, c’est juste une image qui, l’espace d’un instant, m’a tra versé l’esprit. J’ai le droit ? L’idée n’est pas très originale, mais on n’est null ement obligé d’être inventif dans ses réflexes. J’ai réellement pensé à une pierre, e t ça m’a évoqué la théorie de Newton, le type qui ronflait au pied des pommiers, et qui, parce qu’il avait reçu une pomme sur le coin de la figure (c’est du moins la l égende entretenue par Gotlib dans ses Rubrique-à-brac (on a les références culturelle s qu’on peut)), avait accouché de sa loi sur la gravité (l’accélération de la chute e st de ½ de gt², si je ne me goure). Mais l’arbre n’était pas un pommier, c’était un pin . Des pommes en tombaient, certes, des pommes de pin, de pleins seaux, même, c haque jour, en ce printemps, et que j’utilisais comme paillage et pour empêcher les mauvaises herbes de pousser dans les massifs de fleurs. Ce pin était très élanc é, et dominait les alentours, au point d’être un perchoir idéal pour les nids de pie s. « Pie niche haut, oie niche bas, hibou niche ni hau t ni bas. » La pie niche haut, et jacasse. Ce qui est particuli èrement crispant sur le coup de 5heures du matin lorsque tu as laissé la fenêtre ou verte et que ces salopards de volatiles de mes fesses célèbrent le retour du jour , comme si, au bout du bout, ils n’avaient pas encore pris l’habitude de voir le sol eil se lever chaque matin. Des pies, quoi. Avec trois neurones au mètre carré et le QI d ’une moule. Un voisin m’avait d’ailleurs adressé le reproche qu e leurs jacassements incessants l’empêchaient de bien profiter de ses fi ns de nuits, comme si je choisissais les locataires des arbres de mon jardin , non mais des fois… Y’a de ces cons… Ce soir-là, j’étais en train de prendre le frais su r la terrasse, équipé d’une bouteille de Jack Daniel’s dont le niveau avait nettement bai ssé, et je compris de suite que le truc qui était tombé tout droit du ciel était en fa it tout droit tombé de son nid. C’était un petit enfoiré qui s’était trop penché, b ien sûr. Un téméraire ! Un intrépide ! Un qui sait mieux que tout le monde ! U n qui voulait épater la galerie ! Montrer qu’il savait voler alors que manifestement, il n’était pas tout à fait au niveau… J’ai appris, plus tard, en consultant la littératur e grise consacrée à ce genre de situations, qu’il est déconseillé de se précipiter et de caresser l’oiseau en lui tapotant le sommet du crâne tout en lui disant des mots gent ils. Pas que la mère ne veuille plus de lui en décelant notre odeur, non (ce qui po urrait arriver à propos d’un faon, par exemple), car les piafs n’ont aucun odorat. Mai s en fait, pour l’oiseau, nous sommes l’ennemi juré, nous sommes des prédateurs, e t plus on s’occupe de lui, et plus ça lui file les copeaux, et il risque l’arrêt cardiaque. Il faut attendre de voir si sa maman vient le récupérer, parfois assez longtemps, car la maman s’absente plusieurs minutes, non pas pour aller se faire cour tiser par un voisin de pin, mais pour aller chercher de la nourriture pour ses petits, justement. Ce que les distingués ornithologues de mon bouquin avaient dramatiquement
sous-estimé en commettant leur savant opuscule, c’e st que là où j’habite, ça grouille de greffiers (des chats, pour les caves) qui pullul ent et qui sont toujours à l’affût d’un mauvais coup. Ce qui fait que, n’écoutant que mon courage, domina nt ma répulsion pour ces bestioles, je suis allé recueillir le bébé pie, qui était d’ailleurs déjà de belle taille, pour le déposer tendrement dans un cageot calfeutré par une de mes chemises (la verte avec les boutons de manchette blancs) que me tendai t ma fille, toujours prête, et c’est bien naturel à 20 ans aux prunes, à se porter au secours de la souffrance universelle. Toute la famille, mon épouse Laura et mes trois enf ants (Karl, 24 ans, Lucie, 20 ans et Romuald, 16 ans) se penchèrent alors sur le berceau improvisé dans lequel le piaf n’avait pas l’air d’en mener large. Chez nous, on aimait assez se sentir proche de la n ature. Nous appréciions ce qu’elle avait de secret, de farouche. Nous revenion s d’un voyage en Amérique où nous avions campé dans le parc Red Top Mountain, au centre du lac Allatoona, en Géorgie, et nous avions alors côtoyé des cerfs, des biches, des oiseaux et des écureuils. Choses assez rares ici, où il faut que l ’oiseau tombe de son nid pour qu’on puisse le toucher. Chacun soumettait à mon analyse de la situation les recommandations les plus diverses, comme de lui donner de l’eau (il ne faut pas, le piaf risque une pneumonie) ou des miettes de pain (il ne faut pas non plus, ça lui bouche le jabot), qui me permirent de décider que le bébé passerait exceptio nnellement la nuit dans le salon avant qu’on le remette dehors, en hauteur sur une é chelle placée sous l’arbre, pour que sa mère revienne le chercher, ne me demandez pa s comment, chacun ses problèmes. Parce qu’au fond (oui, au fond, n’oublions jamais q ue si je commence mon histoire par un événement absolument dépourvu d’intérêt, quo ique très chargé d’un point de vue émotionnel et mélodramatique, c’est forcément p arce que cette anecdote est en relation étroite avec ce qui va suivre, je ne suis pas assez fou pour vous raconter un fait qui serait sans rapport avec la suite des déve loppements), au fond (car il y a un fond, bien sûr, contrairement aux autres auteurs de notre bien triste époque où le fait divers l’emporte sur l’analyse), au fond, donc, si une telle chose m’arrivait (de tomber du nid (c’est une métonymie)), qui se bougerait, je dis bien qui se bougerait pour me confectionner un cocon plein d’amour et d’attention ? Me font marrer, moi, les gens. Prêts à se porter au secours d’un chien-chien aband onné, mais féroces avec le reste de la planète. J’étais à l’âge où l’on s’émeut encore de cela. J’avais fait mon trou, certes pas reluisant, mais q uand même, je me disais souvent que, pour un flemmard de première, je m’en sortais bien. Je m’étais déjà dit cela quinze ans plus tôt, lorsq ue j’avais réussi à épouser Laura et que nous avions pu acheter un petit appartement bien à nous (aux dix ans de remboursement près) dans une sympathique ville de b anlieue en plein cœur de la forêt de Saint-Germain-en-Laye. Un soir qu’elle était couchée, j’avais traînassé da ns le salon, qui, la nuit venue, n’était plus éclairé que par les lumières des salle s de danse du centre culturel, en
face, et le clignotement de l’enseigne de l’hôtel q ui jouxtait l’immeuble. Et là, ébahi d’avoir réussi à m’en sortir proprement, sans rien faire de répréhensible, j’étais au bord des larmes. J’avais réussi à créer du bonheur autour de moi, un bonheur que je croyais fragile, à cette époque-là. Ça n’est qu’ens uite que j’ai commencé à trouver le bonheur naturel, à m’y habituer, pour finir par le considérer comme mérité, légitime, et immuable. J’étais arrivé en région parisienne, cette mégalopo le tentaculaire, pour y chercher un job. Laura de même. Et on s’était rencontré par l’intermédiaire d’une de ses copines vaguement copine avec un copain à moi, et c ’est comme ça que je suis devenu dingue de cette petite femelle, allez savoir pourquoi. Bien sûr, elle ne s’était rendu compte de rien, et il avait fallu sortir l’artillerie lourde et y aller avec mes gros sabots pour qu’elle compre nne que je m’en ressentais pour elle. Elle m’avait répondu qu’elle souhaitait construire, c’était son leitmotiv. Construire. Ce qui voulait probablement dire : je n’ai pas envi e de passer mon temps avec un type qui ne veut pas fonder un foyer tout bien comm e il faut. Sous-entendant par-là que je correspondais visiblement pour elle au schém a classique du branleur tout en couilles, mais rien dans le bocal. J’avais dû souquer ferme pour changer mon image, et le fait est que j’étais aujourd’hui, ce jour-là, le jour du piaf, parfaitem ent intégré dans ma boîte depuis vingt-cinq ans ! Pas un jour de chômage en vingt-ci nq ans ! Pas un jour d’arrêt maladie ! Un métronome. Grâce à quoi j’avais droit à son amour, et à celui de mes gosses. Tout baignait. J’avais même intégré le club de ping-pong, j’étais aux parents d’élèves, et j’avais fini par me coller sur la liste du maire aux Munici pales. J’étais un homme comblé, d’une certaine façon. J’av ais oublié ce vieux réflexe de juif (paraît-il) qui consiste, lorsque tout va bien , à se demander quelle tuile va vous tomber sur le coin de la gueule. J’étais heureux et j’avais créé du bonheur autour d e moi. Je n’aurais jamais pensé, plus jeune, pouvoir ressentir une telle sati sfaction à offrir du bonheur aux autres. J’en étais là, le jour du piaf. Pour en terminer avec lui, parce qu’il faut toujour s refermer les portes ouvertes et clore une histoire, il est retourné avec sa mère. D ès le lendemain, il a disparu du haut de mon échelle. Romuald avait patiemment guett é le retour de la maman pie, de derrière la fenêtre de sa chambre, et ne s’était absenté que l’espace de quelques instants pour aller soulager sa vessie. Quelques in stants qui avaient suffi à la maman pour récupérer son chérubin. Il a encore, ensuite, de longues semaines, particip é au concert matinal des pies exacerbées qui faisaient tant chier le voisin chaqu e aube à 5heures du mat’.
2. LA CHEFFE
Jen’avais pas senti le vent tourner. Si, en fait, des indices auraient pu m’alerter. Un changement à peine perceptible, une inflexion da ns la voix de la responsable du personnel, la Cheffe, à la boîte. C’est arrivé le lendemain de l’histoire de l’oiseau , c’est simple, c’est pour ça que je me souviens parfaitement de la date. Nous parlions de choses profanes: les travaux en cours, les chantiers à engager, les projets à me ttre en œuvre. Les dossiers se faisaient de plus en plus rares sur le coin de mon bureau. Il faut dire que j’avais, depuis le temps, acquis une certaine célérité, et l es dépôts étaient traités à la vitesse d’un cheval au galop dans la baie du Mont-Saint-Mic hel. La Cheffe, secrétaire généralissime attachée à la gestion du personnel, é lément incontournable du CODIR, le COmité DIRectionnel, trônait fièrement su r le fauteuil grotesquement surélevé de son bureau dont la fenêtre donnait sur la Tour. Je n’avais jamais pu encadrer cette femme, depuis t rois ans qu’elle était là, mais je ne le montrais pas, j’étais réglo, je faisais un travail rapide et soigné, et je gardais mon calme. On n’est pas obligé d’aimer tout le mond e, non plus. Elle avait un physique particulièrement ingrat, peu ragoûtant. Mais on peut apprécier des personnes plus laides encore, lorsqu’ elles sont aimables. La Cheffe, elle, avait la mine patibulaire, renfrognée, et par lait sèchement à ceux qu’elle n’aimait pas (qui ne se faisaient ainsi aucune illu sion), d’une voix gutturale, du fond du larynx, comme si elle avait peur elle-même des s ons qu’elle proférait. Non, une femme détestable à tous points de vue. Au détour d’une phrase, elle m’apprit que la Direct ion avait décidé de «professionnaliser les postes». Phrase simple, compréhensible, neutre. De nature à être accueillie favorablement, du reste. Sauf que le regard de la gorgone, lui, tr ahissait une intention agressive dans cette assertion apparemment banale. Je sentis que dans son esprit, professionnaliser, ç a voulait dire faire le ménage dans le cheptel, se débarrasser de ceux qui ne para issaient plus assez performants à ses yeux, et en gros, se passer de mes services. C’était la première fois depuis longtemps que je me sentais sur la sellette. Et c’est lorsqu’on ne s’y attend pas que ça déstabilise le p lus. J’ai fait celui qui ne comprenait pas. — Super, ai-je applaudi en souriant large. J’y suis tout à fait favorable, si nous en avons les moyens. Parce que s’il avait pu arriver que je gère mes dos siers sans être trop regardant sur les procédures, c’était par souci d’efficacité, et par souci d’économie. Et non parce que je manquais de professionnalisme, ou que je ne savais pas faire… — Je ne vous demande pas si vous êtes favorable, ré torqua-t-elle avec humeur, je vous dis que c’est ce qu’on va faire. Vous êtes là depuis combien de temps, déjà ? C’était parti, on ouvrait les hostilités.
Ça va faire vingt-cinq ans en juin. C’est beaucoup. Nos regards se sont croisés, et j’ai eu la vision d e son plaisir. Textuel ! Je ne mens pas ! J’ai senti qu’elle jouis sait de me tenir entre ses serres. J’ai clairement vu dans ses yeux la cyprine dégouli ner de son conduit vaginal. — Et c’est une chance inouïe pour l’entreprise, emb rayai-je avec enthousiasme. Que je sois là depuis si longtemps ! Voyez-vous, ce qui compte, dans notre activité, c’est le métier de lamaisones,. Le MÉTIER ! On peut toujours changer les techniqu les procédures, ce qui compte, c’est de connaître l e MÉTIER. Et qui le connaît aussi bien que quelqu’un qui est là depuis vingt-cinq ans ? Oui, oui, bon, écoutez, je n’ai pas envie d’entendre votre théorie sur le sujet. Elle avait mis un terme à l’entretien, et je sortis de son bureau un peu assommé. Lourdé ? Je ne l’étais pas encore, mais manifestement, je n’ étais plus en odeur de sainteté. Je me demandais bien à quoi je devais ce revirement , ce changement de cap, je ne voyais pas quelle erreur je pouvais avoir commis e, mais il fallait que je me tienne sur mes gardes, car si la direction avait décidé de m’évacuer, elle tâcherait de le faire à moindres frais, c’est-à-dire sans me payer les indemnités de licenciement qui la mettraient sur la paille, pensez, vingt-cinq ans de maison ! Largement de quoi me faire creuser une piscine ! Je devais éviter toute faute professionnelle, car c es veaux sauteraient sur l’occasion… Je commençai par désinstaller le Tétrix de mon ordi nateur, supprimai les vidéos pornos déchargées de sites coquins, vidai mon cache internet, passaiCcleanerpour effacer les scories inévitablement accumulées à force d’à force, et défragmentai mon disque dur. Puis je me remis au boulot. Après tout, je ne risqu ais pas grand-chose. J’avais tant d’expérience qu’il serait absurde de se sépare r de moi. De plus, Teddy, le boss, était presque un ami, on se connaissait depuis très longtemps et on se tutoyait. Il ne laisserait pas faire une chose pareille ! Je recouvrai donc bon espoir et repris mon travail dans le calme. Mon travail ? Je pris quand même conscience que la pile des dossi ers qui m’étaient confiés s’était réduite à un dossier tout seul, là, sur le coin de mon bureau. Le dossier des «Matelas Kipionce». Je l’ouvris et le refermai aussitôt : s’il ne me re stait plus que celui-ci, il fallait le faire durer. J’allai voir Louisette, au bout du couloir. Elle m’ accueillit avec son gentil sourire. J’aimais bien Louisette. C’est le genre de petit bo ut de femme qui fait son travail proprement, consciencieusement, sans jamais interve nir dans aucun conflit, amie avec tout le monde, et qui considère que les heures qu’elle passe dans la société sont purement alimentaires. C’est une parenthèse né cessaire, point final. Elle doit s’éclater par ailleurs, probablement, mais on n’en sait pas plus à ce sujet. — Tu ne m’as pas laissé de dossier cette semaine ? lui dis-je. Ça sent les vacances ! plaisantai-je. Son sourire disparut instantanément. Incapable d’êt re fourbe, cette gentille
Louisette. — Ben, c’est la Cheffe qui fait l’affectation en fo nction des dossiers à traiter. C’est avec les nouvelles procédures, maintenant… Tu sais, y’a eu des formations là-dessus. Non, je ne savais pas. Je n’avais effectivement pas été consulté sur la mi se en place des « nouvelles procédures », comme elle disait. Et j’ignorais qu’e lles fussent déjà en place. Bien bien bien bien bien bien… Je blaguai encore un peu avec Louisette, puis ré-ar pentai le couloir dans l’autre sens vers mon bureau. Là, je tombai sur Jason, un mec sympa, Jason, un de s nouveaux fraîchement arrivés. Ça va ? me dit-il en se foutant complètement de la réponse. Mais ça, c’est tout le monde ! On demande si ça va pour avoir l’air de s’intéresser un peu à la personne, c’est plus un réflexe, on n’e spère pas que le gars réponde non et se répande pendant trois plombes sur les pugilat s avec sa femme ou la rubéole du dernier. Il me serra la main. — J’ai pas le temps cette semaine pour déménager, c ontinua-t-il, mais on fait ça lundi, si tu veux ? Il n’avait pas l’air de plaisanter. Déménager quoi ? lui demandai-je. Il me dévisagea, réalisant que je n’étais sans doute pas au courant. — Ben tu sais, je m’en sors plus, moi, dans mon cag ibi, ça déborde. Tu ne savais pas qu’on échangeait nos bureaux ? — Non, j’ignorais, et ne faisons rien encore, je n’ ai pas donné mon accord sur ce point. Il me sourit et passa au large. Mon accord, il n’en avait rien à battre. Il avait vu ça en haut lieu. Le reste, il s’en fichait complètemen t. Sûr qu’à lui, on avait dû les lui expliquer, les nouvelles procédures. Qu’est-ce qui me valait cette mise au placard ? Cette mise au placard qui (je le réalisais soudain) ne datait d’ailleurs pas d’hier. Je croyais que les affaires marquaient le pas, qu’on é tait dans le creux de la vague, et que les dossiers à traiter se rempileraient à nouve au sur le coin de mon bureau à la reprise de l’activité. Comment m’étais-je mis hors course ? Avais-je démérité ? Avais-je commis une faute ? Il fallait que je réagisse. La pire des choses dans ce cas de figure, c’est de culpabiliser et de se déprécier. De ruminer. Ces salauds de patrons comptent sur l’isolement, le sentiment d’être inutile, pour que cela débouche sur une bonne déprime. À ce momen t-là, on pouvait lâcher la rampe, se mettre à picoler, négliger son travail, e t commettre des fautes. Voire mettre fin à ce cauchemar en s’envoyant par la fenê tre. C’est l’approche la plus rationnelle, au fond, ça d evrait être institutionnalisé