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Il faut rendre à Caesar

De
108 pages

Un petit bourg tranquille perdu dans la campagne du massif central voit son existence troublée par la très étrange mort d'un de ses villageois.
Suivez l'évolution de l'enquête qui a été confiée au prometteur inspecteur Delacour, élément d'avenir de la police lyonnaise.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-01157-5

 

© Edilivre, 2017

Chapitre 1

À chacun son du, à chacun son tour

Chacun chez soi et les vaches…

Les vaches, mais leur a-t-on demandé leur avis aux vaches ?

Jamais, on les parque, on les laisse brouter dans des prés trop étroits une herbe trop sèche et trop rare, avec le loisir de regarder des trains qui passent trop vite pour qu’elles puissent y remarquer les regards tout aussi bovins des passagers en itinérance.

Elles sont seules, ces vaches. Pas la moindre silhouette d’un berger ou d’une bergère pour les surveiller d’un œil affectueux et vigilant, posé au calme à l’ombre d’un vieux pommier que la foudre aura fendu un soir d’orage. Il y a longtemps, du temps du grand père Gustave, celui qui a été prisonnier pendant la Grande guerre.

Il est rentré un peu dérangé et il chassait les gosses du village à coup de casquette en accompagnant leurs cavalcades de jurons dans le patois local qu’il marmonnait dans sa grosse moustache.

Il y a si longtemps qu’on ne se rappelle plus quand cela est arrivé et puis de toute façon, on s’en fout, il n’y a plus de berger. Juste Simon.

Il vient une fois par jour aux commandes de son tracteur tout neuf qu’il aurait acheté avec le crédit accordé par le directeur magnanime de la Banque Agricole du village et qu’il rembourserait grâce aux subventions européennes qu’il touche pour laisser la moitié de ses terres en jachère. Faute de terre, il lui reste ses vaches qu’il élève pour la viande et qui lui rapportent juste assez pour faire le plein du tracteur avec lequel il leur apporte la ration d’eau quotidienne.

Pour le reste, il compte sur sa femme. Juliette, dernière d’une fratrie dont ses frères ont sombré un à un dans l’alcool et les sœurs ont échoué leur carcasse dans les lits de maris ivrognes, compagnons de boissons de leurs frères.

Le destin quoi.

Juliette ne se plaint pas. Finalement, elle a eu de la chance avec Simon. Il ne boit pas, il ne la frappe pas non plus. Pas que ce soit le mari idéal, mais à quoi ça ressemble un mari idéal ? Elle n’en sait fichtre rien. Simon, il ne cause pas beaucoup et elle ne le voit guère plus avec les horaires de la ferme. Levé à 4heure et couché si tard que la plupart du temps, elle dort déjà si bien que pour la bagatelle…

Parfois, il la trousse dans son sommeil. Juliette, dans ces moments, elle ne bouge pas même si cela la réveille, de sentir ce souffle chaud aux relents d’ail dans son cou et les coups dans ses reins, elle ne bouge pas, elle patiente. Elle attend que cela passe. Cela ne dure pas longtemps du reste. Rapidement, le Simon se crispe, grogne, souffle, se retourne et il ne tarde pas à ronfler. Juliette se rajuste, se recroqueville dans son coin et tente elle aussi de trouver le sommeil.

Elle a marié le Simon il y a 16 ans de cela, la veille du 14 juillet, il pleuvait…

« Mariage pluvieux, mariage heureux ! » qu’ils gueulaient tous à la sortie de l’église alors que le riz lui collait de partout avec la flotte qui tombait. Mais bon, c’était tout de même une belle journée. Elle avait passé des heures chez Henriette, la coiffeuse du village et presque autant pour enfiler sa robe qui semblait avoir rétréci entre les essayages et le jour J.

Simon, elle l’avait rencontré sur les bancs de la communale, un garçon un peu rougeaud et toujours prompt à la rigolade à l’époque. Un jour de fête, alors qu’ils avaient tout juste 18 ans, il l’avait entrainée dans les foins juste moissonnés et elle s’était laissée faire, elle avait un peu abusé du vin d’honneur.

Le Simon, il était encore plus rouge que d’habitude, et il soufflait, il soufflait… Là-dessus, le père de Juliette était arrivé. Il était encore plus rouge que le Simon qui s’était redressé le pantalon aux chevilles, la chemise en vrac et de la paille dans les cheveux. Le père hurlait à l’assassinat, au déshonneur, une fille perdue, une trainée et qu’il allait les embrocher, ces deux salopiauds, avec sa fourche.

Alors il avait été convenu de les marier l’été d’après, vu que pour les finances ce n’était pas vraiment prévu et pour faire bonne figure auprès du voisinage.

Ainsi va la vie à la ferme des Aiguillettes. Rien de bien folichon. Rien de sensationnel. Une monotonie sordide et affligeante.

Pour Juliette, le soleil, c’est son travail à la supérette du village, ses clientes qui viennent, intarissables, déverser sur le comptoir usé de sa caisse, tous les potins du coin. Et puis il y a Étienne.

Étienne Jacquard, c’est le gérant de la supérette. Gérant pas propriétaire comme il le précise toujours pour s’excuser de ne pas pouvoir faire tout ce qu’il voudrait dans le magasin. Il est arrivé il y a maintenant quinze ans pour prendre la gérance. A l’époque il travaillait avec sa femme, une petite brune fluette et pâle, à la santé fragile. C’est pour elle qu’ils avaient quitté la ville en espérant trouver un air plus sain qui aurait pu rendre la santé à Mme Jacquard. Hélas, deux ans plus tard, cette pauvre madame Jacquard avait du se résoudre a laisser seul son mari s’occuper de la supérette et depuis lors, elle passait le plus clair de son temps allongée dans son lit avec sa collection de potions diverses dont une moitié tenait la maladie à distance, la seconde, tentait d’atténuer les effets indésirables de la première. Juliette, qui venait faire régulièrement ses courses, avait proposé ses services à Étienne. Monsieur Étienne comme elle disait à l’époque et comme elle continue de l’appeler devant les clientes d’ailleurs. Dans la réserve, par contre, c’est Étienne, « son » Étienne…

Étienne a toujours été très poli avec Juliette. Tout d’abord en tant que cliente, ce qui bien la moindre des choses, mais aussi, lorsqu’elle est devenue son employée pour aider au magasin en l’absence de son épouse souffrante. Il était toujours prévenant, s’assurant de son bien-être en toutes circonstances. Pour Juliette, cela a été une vraie découverte. Jamais, de toute sa vie, elle n’avait été traitée avec tant de délicatesse et de ménagement. Jamais on n’avait pris soin de ce qu’elle pouvait penser ou ressentir. Jamais, aussi loin qu’elle pouvait remonter dans ses souvenirs surtout lorsqu’elle était enfant. Elle était la dernière arrivée, comme sa mère ne manquait jamais une occasion de le lui rappeler, par accident, un lendemain de noce trop arrosé. De quoi vous fiche le bourdon pour tout le reste d’une misérable existence. Avec Étienne, c’était différent. Il lui donnait du, « Madame Juliette », des « s’il vous plait » et des mercis plus qu’il n’en fallait. Toutes ces petites attentions, ce café servi sur un petit plateau de réclame, avec un sucre et un petit gâteau pour sa pause de dix heures. Cette tasse de thé proposée vers les seize heures. Un ravissement. A ce régime, il ne fallut pas longtemps pour qu’elle multiplie les heures supplémentaires qu’Étienne lui payait d’ailleurs sans rechigner. Elle passa de plus en plus de temps au magasin et de moins en moins à la ferme. Le Simon de toute façon ne s’en rendait pas vraiment compte vu ses horaires et tant que la soupe était chaude quand il rentrait, il ne trouvait rien à redire car avec le salaire ramené par Juliette il pouvait payer ses cigarettes et l’ordinaire.

Étienne et Juliette, Juliette et Étienne, deux solitudes qui s’étaient rencontrées. Deux cœurs simples que la vie n’avait pas ménagés. Ils trouvèrent de plus en plus de plaisir aux moments passés ensemble dans le magasin. Lui à rangé les rayons, elle à la caisse faisant la conversation aux clientes. Une clientèle qui venait aussi de plus en plus nombreuse, attirée par la bonne humeur qui régnait ici comme si le bonheur eu été contagieux. Un soir, alors qu’ils finissaient de ranger après une bonne journée de travail, Juliette se coinça le doigt sous un carton et poussa un cri de surprise et de douleur mélangée. Aussitôt, Étienne se précipita. Il lui prit la main pour examiner sa blessure. Rien de grave, juste un ongle rougit. Sans savoir pourquoi, il porta ce doigt endolori à sa bouche et lui déposa un baiser. Juliette se figea, le pourpre aux joues. Lui aussi parut surpris par son geste, mais il ne lui lâcha pas la main. Au contraire, il la garda serrée contre lui et Juliette put sentir les battements de son cœur sous son tablier d’épicier. Étienne leva les yeux pour regarder Juliette. Juliette retint son souffle et fixa Étienne. Il se pencha sur elle et leurs bouches se joignirent en un baiser qui avait le goût d’éternité. Cela leur sembla si long et si court à la fois.

Ce soir là, Juliette eut beaucoup de mal à trouver le repos. Heureusement, Simon lorsqu’il rentra, se coucha tout de suite pour plonger dans le sommeil du juste avec ses ronflements pour l’accompagner.

Toute la nuit elle revécut ce moment magique, ce baiser si doux si chaud et puis cette main rude et délicate à la fois qui s’était égarée sur son corsage, et elle qui ne bougeait pas. Ces doigts qui un à un dégrafèrent les boutons pour libérer sa poitrine et elle qui ne bougeait pas. Cette main qui se referma sur son sein et elle qui se mit à trembler… Le reste, une tornade, un ravissement. Ses mains à elle qui semblaient animées de leur vie propre et qui partaient à la découverte de ce corps d’homme comme jamais elles n’avaient osé. Ce corps ferme posé sur le sien, chaud et parfumé. Cette brûlure dans son ventre qu’elle sentait encore bien des heures après, comme un cadeau du ciel. Il avait fallu qu’elle arrive à trente cinq ans pour découvrir le plaisir. Quel bouleversement ! Mais maintenant, que faire de tout cela ? Comment allait-elle retourner au magasin ? Elle n’oserait plus jamais regarder Étienne dans les yeux. Étienne, la simple évocation de ce nom lui faisait remonter le rouge aux joues et ravivait le feu de son ventre.

Juliette resta longtemps à revivre cette étrange soirée, recroquevillée dans son lit, évitant tout contact avec Simon qui continuait à ronfler. Le poing dans la bouche elle étouffait ses sanglots. Le bonheur, ça fait mal lorsqu’on n’est pas habitué.

*
*       *

Le réveil à six heures du matin fut difficile pour Juliette qui avait eu une nuit trop agitée. Simon n’était déjà plus là, comme d’habitude, la laissant seule avec son désarroi. Petit déjeuner sans trop de conviction, un café froid, une tartine de beurre rance et cette boule au ventre qui la donnait envie de hurler. Ce matin, c’est toute sa vie qu’elle prenait en pleine figure. Une vie triste et grise. Trente cinq ans de perdus. Trente cinq longues et misérables années pour rien. Une vie dans la pénombre, sans espoir, sans rêve, sans but, juste l’interminable égrainement des heures et des jours passant d’une saison à l’autre, d’un jour de pluie à un ciel trop gris. Même les moissons, avec le temps, avaient perdu leur éclat. Et puis d’un coup, la lumière, trop forte, trop vive et elle, paralysée comme un lapin de garenne dans la lumière des phares.

Une femme adultère, voilà ce qu’elle était devenue. Et si les gens du village l’apprenaient ? Et si sa famille le découvrait ? La honte…

Elle se mit à se détester pour sa faiblesse. Un moment d’égarement et c’est toute sa vie qui volait en éclat. Une vie de merde, certes, mais sa vie, bien tracée, sécurisée, sans surprise. Et maintenant ? Le vide, un sentiment de panique devant cet avenir inconnu qui s’ouvrait à elle et puis Étienne…

Et puis, zut ! Advienne que pourra. Elle ne pouvait plus reculer maintenant. Pas après cette folle soirée, pas après cette nuit.

*
*       *

La Marmande sous Vaire, un petit village de province qui était passé à coté de l’histoire. Pas un monument, pas une demeure de maître, pas un site classé, rien. Même les grandes invasions semblaient ne pas avoir trouvé ce trou perdu. Au point qu’au sortir de la Grande Guerre, la municipalité de l’époque c’était résignée à faire construire un monument aux morts des autres communes alentour, faute d’avoir le moindre héros tombé au champ d’honneur. Les deux seuls gars qui étaient partis avaient eu la mauvaise idée de revenir sans la plus petite égratignure.

Des petites maisons de pierres grises, des toits de tuiles romaines, pas même une église, rien qu’un calvaire en ruine à la sortie du village et une petite mairie ouverte quelques heures par semaine pour gérer les diverses formalités administratives, un bistrot tenu depuis trois générations par la famille Grangère et qui n’en verrait sans doute pas une quatrième, vu que le propriétaire actuel buvait plus que tous ces clients réunis. La boutique tenait parce qu’elle faisait aussi bureau de poste et tabac. Pour ce qui est du courrier qu’on y déposait, il ne fallait pas avoir peur des retards parce que le Gérard n’était...