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Iliana, la fille cyborg

De
222 pages

Pour nous, le transhumanisme c'est demain. Pour le commandant Max Leborgne, brillant enquêteur, cela va être aujourd'hui. Brutalement plongé dans la technologie cyborg, il rencontre une jeune migrante, Iliana, handicapée, rusée, dotée d'un Q.I. exceptionnel, qui l'aidera à comprendre le jumelage mystérieux de l'humain et de l'intelligence artificielle. Leurs aventures les mèneront dans deux grands parcs d'attractions, Disneyland et Port Aventura. Mais le commandant devra affronter seul des rencontres féminines charmantes ou machiavéliques. Enfin, vous pourrez, avec l'auteur, vous faire une opinion sur l'éthique qui doit présider au développement de l'intelligence artificielle, du big data ou du séquençage de l'ADN. Suspens et méditations sont au rendez-vous.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-12231-8

 

© Edilivre, 2017

Avertissement

Les personnages de ce roman sont imaginaires. Georges, seul s’inspire d’un personnage réel ayant les qualités scientifiques décrites.

Les parcs d’attractions, Disneyland et Port-Aventura, ainsi que tous les lieux parcourus par les personnages n’ont jamais connu d’incidents ou d’accidents semblables à ceux décrits dans le livre.

Par contre les préoccupations éthiques mises en avant par l’auteur sont bien réelles, actuellement et dans un avenir proche. Le transhumanisme et surtout le post-humanisme méritent une réflexion objective des savants et chercheurs. Les politiques ont le devoir de ne pas se laisser abuser et de légiférer en conséquence.

Illustrations de Jocelyn CHALIER
Corrections de Séverine CHALIER et Joël JUSTAMON

Chapitre I :
La mission

Place Beauvau, au ministère de l’intérieur, les vitres du bureau du chef de cabinet tremblaient. Tom Smith, représentant les intérêts de la société Disney en Europe hurlait sur Armand de la Sablière, fidèle serviteur du ministre.

– J’avais rendez-vous avec le ministre ! pas avec vous !

L’Américain était une grande baraque, originaire du Texas, à la voix grave et puissante parlant un français rocailleux. Là, il était tout rouge.

– Le ministre a été appelé en urgence par le président, plaida de la Sablière.

– Vous vous foutez de moi, vous me prenez pour un imbécile ! Le ministre est actuellement, 20 Boulevard Hausman. Vous voyez ce que je veux dire ?

– Euh… comment… vous vous trompez… c’est secret… enfin…

– Vous avez déjà entendu parlé de la CIA et de la NSA ? Ou bien vous ne savez pas ce que c’est ? Nous savons tout et apparemment plus que vous ne savez vous-même.

– Monsieur Smith, nous ne voyons pas où est le problème pour cette enquête de Disneyland. Nos meilleurs limiers sont sur l’affaire. Soyez patient.

– Monsieur le chef de cabinet, tant que cela ne sera pas réglé, nous perdrons des visiteurs, soit du chiffre. Est-ce que vous vous rendez compte que la victime, Armand Pinot, était le suprême commandeur du Chapitre Français1 et ami personnel de John Fish, grand maître de la grande loge du Maryland et membre du congrès. D’autre part, contrairement à vos affirmations vous n’avez pas mis votre meilleur policier sur cette enquête.

– Ah bon ! Là je ne vous suis pas.

– Vous avez un spécialiste des problèmes maçonniques. Le commandant Max Leborgne. Il a résolu la célèbre et très compliquée affaire « de la Mothe ».

– Connais pas ! ni le commandant, ni ses exploits.

– Mon correspondant à la CIA peut vous faire parvenir le double du dossier, ironisa l’Américain. Sachez, monsieur le chef de cabinet que la direction de Disney pense sérieusement à déplacer le Disneyland dans l’environnement de Bruxelles.

– C’est de la provocation, du chantage, Monsieur Smith ?

De la Sablière appuya sur le bouton de l’interphone.

– Roxane, amenez-moi le dossier « de la Mothe » et recherchez où exerce actuellement le commandant Leborgne… Bien monsieur Smith, nous n’allons pas nous fâcher pour si peu. Euh… vous prendrez bien un scotch ?

Smith hocha affirmativement la tête, se cala au fond du fauteuil, l’air boudeur, pour bien montrer que le scotch ne suffirait pas à résoudre le différend. Il approcha le verre de ses narines, puis trempa délicatement ses lèvres et laissa paraître un petit air de satisfaction. Le scotch lui convenait.

Roxane, belle femme de quarante ans, tenue sexy, œil pétillant entra dans la pièce sans frapper. Elle était chez elle, dans ce bureau. Elle s’approcha de son chef, se pencha sur lui avec l’attitude de quelqu’un qui va parler discrètement, pour finalement s’exprimer normalement.

– Il n’y a aucun dossier « de la Mothe » dans nos services et le seul commandant Max Leborgne est en poste à Mende en Lozère.

– Roxane ! voyons, c’est impossible… cherchez un commandant ou un commissaire au 36 quai des orfèvres.

Le rire rocailleux de Smith remplit la pièce.

– C’est le bon, Leborgne à Mende. En France vous ne savez pas repérer vos agents de valeur. En Amérique il serait déjà chef de la police de New-York.

De la Sablière murmura pour lui-même :

– Il m’énerve ce mec… il m’énerve.

Puis à haute voix :

– Je m’occupe de son détachement complet sur le crime qui nous préoccupe.

Les deux hommes se quittèrent sur un serrement de mains, en gardant l’attitude qui avait présidé à leur entretien. Smith resta arrogant, De la Sablière conserva son air de faux-cul.

*
*       *

Mende, préfecture de la Lozère, était pour ses habitants permanents un petit paradis. Au printemps ils pouvaient déjà profiter de la nature. Max Leborgne avait fait deux kilogrammes de champignons. Cela allait alimenter son quotidien culinaire. Il en donnerait à son adjointe, la sympathique Agathe Lambert. En se dirigeant tranquillement à pied vers le commissariat le commandant faisait un bilan de sa vie amoureuse. C’était triste. L’enquête sur les frères « de la Mothe » lui avait permis de rencontrer la charmante Nelly : un trésor d’amour, une fille vive, intelligente à la libido débridée. Ils avaient vécu le grand amour. Mais une vie en couple, quand l’un habite Mende et l’autre la banlieue parisienne ce n’est pas facile. Six mois de rendez-vous entre deux trains avait usé Nelly. Max avait conscience que s’il avait demandé une mutation sur Paris il aurait sauvé le couple, mais cela était au-dessus de ses forces. Et c’était reparti pour une vie de célibataire avec le travail, le bridge, les soirées maçonniques et les balades dans la nature.

Le bureau était calme. Agathe fit l’inventaire des petits problèmes en cours : violente dispute de ménage, le mari avait frappé sa femme ; un conducteur ivre en cellule de dégrisement. Elle fut interrompue par la sonnerie du téléphone et décrocha.

– Chef, c’est le commissariat de Montpellier pour vous.

– Ah ! C’est Laurent.

Son collègue et ami Laurent Debreuil était l’adjoint du commissaire principal Marty à Montpelier.

– Commissaire Leborgne ?

– Oui.

– Je vous passe le commissaire principal.

Leborgne se redressa et se mit presque au garde à vous devant le téléphone. Mais que lui voulait Marty ? Le ton sec et autoritaire du commissaire principal lui malmena les tympans.

– Leborgne, je vous veux, demain à neuf heures dans mon bureau !

– Bien commissaire ; Que se passe…

Il n’y avait déjà plus personne au bout du fil.

Max raccrocha brutalement.

– Nom de Dieu, ce bonhomme est infiniment déplaisant !

Max restait hébété, à regarder le combiné.

– Demain j’avais mon bridge, après demain ma tenue maçonnique, j’espère qu’il ne va pas me faire rater tout cela. Soyons tout de même prévoyant Agathe. Nous faisons un bilan des affaires en cours au cas où je ne rentrerais pas le soir et moi je vais prévoir une petite valise.

*
*       *

Max commençait à connaitre le chemin du commissariat de Montpellier. C’était déjà le Q.G. opérationnel dans l’affaire « De la Mothe » et le commissaire Marty chapeautait toutes ces enquêtes complexes. Laurent Debreuil appréciait son chef. Max le trouvait prétentieux et sans humanité. Il fut introduit dans son bureau dès son arrivée. Laurent était déjà là. Il tenait un dossier en main.

Les salutations d’usage furent rapides et formelles. Marty ne perdait pas de temps en salamalec.

– Commandant, attaqua Marty, vous êtes requis par le ministère pour une mission correspondant à vos qualités. Vous êtes bien membre du Chapitre Français.

– Oui, commissaire.

– À quel grade ?

– Au plus haut, chef.

Max évitait de donner des détails. Le commissaire Marty était membre du Grand Orient de France et le commandant adhérait à la Grande Loge Nationale Française, obédience reconnue sur le plan international. Certes, les maçons sont tous frères, mais jusqu’à une certaine limite. Nous allons dire, en étant spirituels : « d’une obédience à une autre nous sommes demi-frères », pensait Max.

– Avez-vous été mis au courant de ce qui est arrivé à votre grand commandeur du chapitre Français ?

– Il est décédé d’une crise cardiaque dans le parc d’attraction Disneyland. Il était avec son petit-fils. C’est terrible pour ce gosse.

– C’est la version officielle. Mais la vérité est en train de transpirer et cela fait du tort au parc. Il a été poignardé. C’est vous qui reprenez l’enquête.

– Avec le commissaire Debreuil ?

– Non ! J’ai besoin de Debreuil ici. Mais il restera à votre disposition pour toutes les recherches sur les bases de données. Je vous adjoins un lieutenant, une femme de formation psychologue chargée de faire le profil des suspects que vous lui proposerez.

– Tu en as de la chance, intervint Laurent.

Mais, Max faisait la gueule.

– Une psy, vous voulez que je fasse des cauchemars ?

– Ecoutez, Leborgne, c’est vous le chef, vous la ferez travailler à votre convenance.

– À ta convenance ! ironisa Laurent.

*
*       *

Max sortit du bureau, furieux.

– Qu’est-ce que cette plaisanterie, Laurent ?

Laurent riait pour essayer de détendre l’atmosphère. Son collègue continuait à maugréer.

– Le patron a reçu des ordres de Paris ! La direction de Disneyland est montée au créneau, en menaçant de transférer le parc à Bruxelles. Le ministère s’affole. Tu es quelqu’un de célèbre, ce sont les Américains qui ont demandé que tu reprennes l’enquête.

– Arrête de dire des bêtises, les Américains ne me connaissent pas.

– Détrompe-toi ! Je te dis la stricte vérité. L’oncle Sam a un dossier sur toi.

Leborgne souleva les épaules. Il n’y comprenait rien !

– Qui est cette greluche qui vient avec moi ? Tu la connais ?

– Là tu as touché le gros lot. Je ne la connais pas. C’est une stagiaire sortant de l’école. Nous ne l’avons pas encore vue. Mais elle est pistonnée dur. Moyennement classée à l’école de police, elle obtient Montpellier. Nous ne savions même pas que nous avions un support budgétaire. Je pense que la petite doit avoir de la famille ici et Marty lui fait une vacherie en l’envoyant tout de suite en mission.

– Bien, nous allons étudier le dossier dans ton bureau.

– Non, c’est l’heure de casser la croute. Gardons nos vieilles habitudes. Allons à la pizzéria de la place de la Comédie. Sarah travaille aujourd’hui. Je ne t’ai pas dit, elle est enceinte de quatre mois.

– Toujours aussi amoureux tous les deux, félicitations !

*
*       *

Max fut ravi de revoir Sarah, qui, toujours mince, laissait entrevoir un petit ventre.

Sarah, mal informée, demanda des nouvelles de Nelly. Max raconta sa rupture, qui en fait était une séparation cordiale. Laurent lui reprocha de ne pas avoir l’ambition professionnelle pouvant sauver le couple et donner à Leborgne un poste à la hauteur de son talent. Mais Max pensait déjà à sa retraite. Devant la pizza et la bouteille de rosé les langues reprirent le dessus et les deux complices examinèrent l’affaire. Laurent fit le point.

– Le mort était un brillant universitaire, spécialiste de cyborg. Tu connais ?

– Oui, c’est la cohabitation entre la matière organique et la matière minérale soit non-organique. L’exemple le plus simple c’est l’humain, matière organique, qui a besoin d’un pacemaker, matière non organique. Les deux font copain-copain ; l’humain profite du pacemaker pour survivre, le pacemaker compte sur l’humain pour l’entretenir et changer la pile.

– Tu es toujours aussi pédagogue. Tu vois, un poste d’enseignant dans une école de police à Paris, tu serais peinard, reconnu à ta juste valeur et tous les soirs tu sauterais Nelly.

– Laisse tomber et revenons à l’affaire. Tu as compris, j’espère, j’ai pris le cas le plus simple. Le cyborg actuel est une science très complexe technologiquement, posant aussi des problèmes d’éthique. Elle peut être considérée comme une branche du transhumanisme.

– Du quoi ?

– Transhumanisme ! Je te ferai un cours particulier plus tard.

– Le rapport dit que le mort était grand commandeur du « Chapitre Français ». Tu m’expliques, même si j’ai une petite idée car j’ai été élevé maitre le mois dernier.

– Félicitations, bourrique ! Te rappelles-tu ! J’étais là, à la cérémonie ?

– Je t’ai vu dans un brouillard, j’étais sonné. Cette cérémonie est mortellement surprenante, astronomiquement impressionnante, spirituellement assourdissante. De plus tu n’es pas resté aux agapes. Rentrer à Mende dans la nuit, tu as fait une folie.

Max haussa les épaules et reprit :

– Le « chapitre » reste, dans le contexte d’une progression du maçon, la quête de sa perfection. Il couvre, au rite français, les grades supérieurs quatre, cinq, six, sept. Chaque grade permet de réfléchir sur une période de l’ancien testament et d’en tirer une leçon dans le cadre de la réussite maçonnique applicable à la vie profane. Comme dans les trois premiers grades, le maître devra travailler et présenter son travail pour réussir à franchir les échelons. Nous avons le droit de rentrer au chapitre suite à une longue expérience de maître.

– Oui, maitre !

– Pinot avait-il des ennemis connus ?

– Non, mais le domaine dans lequel il exerçait peut déclencher des rivalités, des jalousies et de la concurrence sauvage. Voici les circonstances du meurtre : l’homme, grand-père exemplaire, avait amené son petit-fils, Hugo, à Disneyland. L’assassin a agi dans une allée du deuxième parc. Arme blanche ! La fille de Pinot, soit la mère de Hugo était de la sortie mais elle était allée chercher à boire.

– Vu le sérieux du service de sécurité, comment peut-on rentrer un poignard dans le parc ?

– Le mystère est résolu. L’examen de la plaie a montré une arme blanche ou un objet pouvant servir d’arme, en fibre de carbone. Il n’y a pas de fouille au corps à l’entrée, donc tu peux passer ce type d’arme sur toi.

– Mort instantanée ?

– Non, le coup a été porté plutôt bas. Il y a eu éclatement du pancréas et dégâts dans les viscères, soit une grosse hémorragie interne. L’homme est entré rapidement dans un état comateux mais il est décédé à l’arrivée à l’hôpital. Tu verras dans le dossier le compte-rendu des interrogatoires des proches, famille et collègues. Ils n’apportent rien.

– Rien de plus ?

– Non.

– Il y a quelque chose qui me chiffonne. Avez-vous dans les archives une affaire similaire ?

– Pas que je sache.

– En conséquence ce n’est pas une affaire concernant l’ordre maçonnique. Je n’ai jamais entendu parler de rivalité au sommet de la hiérarchie du chapitre. Mais même si cela était le cas il faudrait s’orienter vers une affaire d’homme, pas de maçon. Par contre si nous sommes dans le contexte cyborg, il va y avoir du boulot. Ce domaine prometteur est déjà pourri par la rivalité, l’espionnage, la mafia industrielle… De plus, je connais un peu, mais je ne suis pas spécialiste.

Les deux amis finirent le repa sur d’autres sujets, attendant tranquillement la fin du service de Sarah.

*
*       *

Max n’arrivait pas à dormir, tracassé par cette nouvelle affaire. Que savait-il de ces nouvelles technologies ? Il avait lu dessus, mais s’était plutôt attardé sur les manipulations du génome humain, le séquençage de l’ADN et les travaux sur l’intelligence artificielle.

Les croyances les plus folles entouraient la perspective de ces nouvelles découvertes. Une partie des chercheurs pensait que les robots équipés de cette nouvelle intelligence seraient capables du même ressenti que les hommes : amour, jalousie, dépression, joie et tristesse. Certains allaient plus loin ; cette nouvelle génération d’intelligence artificielle préfigurait le Dieu n’ayant jamais existé. L’homme n’a pas été créé par Dieu, il va créer Dieu. Le jour où les robots pourront se reproduire, nous y serons. Dieu sera le produit du transhumanisme.

Les recherches sur la nouvelle génération de cyborg et le transhumanisme s’inscrivent dans la quête de l’immortalité. Le vieux rêve, commencé à Ourouk avec le roi Gilgamesh2, il y a 4600 années se poursuit aujourd’hui et semble être à portée de main.

Là, il est possible de mesurer toute la perfidie de nos dirigeants. Le résultat de ces recherches ne profitera pas à l’ensemble de la population terrestre. Déjà en surpopulation, la terre ne supporterait pas dix milliards d’immortels pouvant enfanter. Donc ces nouvelles technologies sont destinées à une élite. Ce jour-là, le fossé entre les pauvres et les riches sera à son maximum. Y aurait-il encore, à l’école un discours sur l’égalité des chances ?

Mais, plus gênant pour Max, que deviennent ses rêves de voir un jour l’intelligence supérieure être reconnue comme le Dieu incontestable de l’univers. Elle est la raison de la naissance de l’univers, celle qui a voulu le Big-Bang. Pour le commandant, franc-maçon sérieux, cette intelligence supérieure s’accorde bien avec le Grand Architecte de l’Univers.

Va donc bientôt commencer la lutte fratricide entre les deux types d’intelligence, artificielle et supérieure, entre l’extropie3 et l’entropie4. La victoire de l’intelligence artificielle ouvrirait l’ère eschatologique5 pour les hommes. Bien entendu la création d’êtres cyborg n’entre pas dans la théorie de l’humanisme et cela confirmerait le jugement dernier, promis par le dogme chrétien. Max préférait rester fidèle à l’intelligence supérieure, créatrice de l’univers.

Le combattant intrépide s’endormit, prêt à aller affronter Paris dès le lendemain.


1. Chapitre Français : Branche de la franc-maçonnerie réservée aux grades supérieurs.

2. Gilgamesh : Voir annexe I.

3. Extropie : Le principe extropien est l’opposé du principe d’entropie. Il s’applique à l’espèce humaine, prévoyant que dans le cadre du transhumanisme la condition humaine ne peut que s’améliorer, aucun déclin ni aucune désorganisation n’est acceptable et le progrès sans fin est à portée de main.

4. Entropie : Grandeur thermodynamique qui mesure le désordre d’un système fermé. D’après le deuxième principe de la thermodynamique l’entropie d’un système est toujours en augmentation dont le désordre aussi. L’univers subit ce deuxième principe ce qui veut dire que son désordre thermodynamique est en augmentation.

5. L’ère eschatologique : qui prépare la fin de l’humanité et qui lèverait le voile (apocalypse) sur la scène finale de notre civilisation.

Chapitre II :
Disneyland

Max sortait du TGV. C’était vraiment extraordinaire, cette gare arrivant à deux pas de Disneyland. Autour de lui un flot envahissant de touristes se précipitait pour être rapidement au contrôle de sécurité de l’entrée du parc. Ça parlait toutes les langues : anglais, allemand, néerlandais, espagnol, arabe… Très rarement français. Le nombre de femmes voilées, accompagnées de leurs enfants était impressionnant en ce lieu. Comme quoi les activités pour enfants et adultes font l’unanimité et il n’y a plus de Satan américain à Disney. Voici une voie pour ramener la paix dans le monde, et l’amour au-delà des cultures et religions : créer des Disneyland un peu partout.

Brutalement, le flot de touristes s’écrasa contre un ruban de police qui barrait le chemin. Le brouhaha du questionnement envahit l’espace. « Qu’y-a-t’il ? Que se passe-t-il ? Attentat ? »

De bouches à oreilles la réponse arrivait. Un sac à dos abandonné, au milieu, là était le problème. Sécurité oblige, il allait falloir attendre. Le protocole prévoyait l’intervention de la brigade canine qui était surbookée. Max n’était pas particulièrement pressé. Il en profita pour observer son environnement et pour réfléchir. Il était un peu triste de travailler seul. Dans un premier temps, l’administration policière devait lui envoyer quelqu’un, un lieutenant. Il n’avait vu personne. Marty, le commissaire divisionnaire, était encore son référant, à Montpellier. Laurent, le commissaire Debreuil, son ancien chef et son comparse dans la sulfureuse affaire du « paradoxe EPR » était toujours à son écoute, de son bureau. Il lui ferait, sans nul doute, toutes les recherches nécessaires dans les banques de données.

Mais l’échange sur le terrain était nécessaire et servait surtout à éviter de s’enfoncer sur une fausse piste.

Son regard s’attarda sur une petite fille, mignonne, alerte, chargée d’un sac à dos, allant d’un touriste à un autre. Elle attirait le regard par son handicap. Il lui manquait la main gauche. Au lieu de cacher cette anomalie, elle mettait son moignon bien en évidence sous le nez de ses interlocuteurs. Max en conclut qu’elle devait mendier. Pourtant elle paraissait propre sur elle, l’air intelligent. Mais son pantalon était trop court et son chemisier très ample et trop long. La fille sentit le regard du policier. Elle se retourna et lui décocha un joli sourire puis elle s’approcha en imitant des pas de danse, comme pour le charmer. Cela faisait un peu ridicule car il était évident qu’elle n’était pas encore sortie de l’enfance.

– Bonjour, Monsieur.

– Bonjour jeune fille.

– Auriez-vous une entrée de reste à me donner, pour le parc ?

Cette fille s’exprimait avec une aisance et une correction extraordinaire. Max crut déceler un léger accent, mais ce n’était pas très évident.

– Je n’ai pas acheté la mienne, je vais la prendre tout à l’heure. Où sont tes parents ?

– Je suis seule. Mes parents sont restés en Syrie. Je suis venue, il y a deux ans en Europe avec mon frère. Nous voulions rejoindre l’Allemagne. Dans la pagaille des migrants je l’ai perdu, j’ai continué seule. Petite et avec mon handicap j’ai pu passer partout. En France la police et les services sociaux m’ont mise en foyer et en famille d’accueil. Je me suis échappée six fois.

La petite fille éclata de rire, fière et heureuse d’avoir berné les services français.

– Comment t’appelles-tu ?

– Iliana ! Cela veut dire en arabe « hauteur d’esprit »

– Qui s’occupe de toi ?

Image 6

– Personne !

– Mais, où vis-tu ?

– À l’hôtel, au Santa-Maria, Il y a énormément de chambres là-bas, il y en a toujours une de reste. J’ai un copain qui y travaille, je lui fais une petite gâterie et il me donne une clé.

– Ton copain, c’est qui ?

– Un des employés de l’hôtel.

Max eut brutalement envie de vomir. Voir cette mignonne petite handicapée, même pas pubère, payer en nature son logement le révoltait.

Il sortit son téléphone. La petite, très intuitive, avait compris. Elle cria.

– Noooon !

Elle se précipita sur lui, lui arracha son mobile et au passage le griffa volontairement, puis elle prit ses jambes à son cou et disparut. C’est juste à ce moment que le flot de visiteurs fut libéré. Un policier tenant à bout de bras, comme un trophée, le colis suspect se fit applaudir par une foule réconfortée et contente de se lancer à l’assaut du parc. Max était très contrarié de ne plus avoir de téléphone. Il eut l’impression d’un autre vide. Il se tata les poches de la veste. La sale gamine avait fait main basse sur son portefeuille. Là, c’était la catastrophe, plus de carte de police, sans parler de la carte bancaire et autres pièces.

Par réflexe, il se retourna et plongea son regard au plus loin afin de distinguer éventuellement la silhouette fluette de l’enfant. Rien ! Brusquement le rire cristallin d’Iliana se fit entendre. Il baissa les yeux. Elle était à trois mètres de lui, agitant de sa main valide le portefeuille du policier. Max fonça, mais l’enfant fut plus rapide, disparaissant dans la foule compacte. Le désespoir s’empara à nouveau du policier. Il se tétanisa sur place regardant sur la gauche, là où l’enfant avait disparu. C’est sur la droite que le son du rire revint. Max avança très lentement pas à pas. Iliana reculait au même rythme, continuant à se moquer de lui. L’homme comprit qu’il fallait changer de tactique. Il s’arrêta.

– Qu’est-ce que tu veux Iliana ?

– Que tu me jures sur ton honneur de policier de ne plus appeler les services sociaux.

– C’est d’accord.

– Ce n’est pas tout. Tu me paies l’entrée du parc.

Max fit un signe de tête affirmatif et rejoignit Iliana, l’attrapant par l’oreille.

– Aïe ! tu me fais mal et tu as juré !

– Tu sais que tu es une petite voleuse ! Tu as de la chance que j’ai juré.

Les deux, réconciliés, prirent le chemin du parc.

– Qu’as-tu dans ton sac à dos, Iliana ?

– Quelques affaires et ma main.

– Ta main ?

– Oui, j’ai une prothèse que je mets parfois.

Au point sécurité, Max sortit sa carte pour justifier du port d’arme, arme qu’il ne sortait d’ailleurs jamais.

Iliana retira une main métallique du sac et passa le reste au scanner. L’agent de sécurité regardait soupçonneux la prothèse, mais une de ses collègues lui fit signe de laisser tomber.

Iliana souffla à Max :

– C’est la fille qui me contrôle d’habitude.

– Tu viens souvent ?

– Très souvent !

– Et comment tu fais pour te payer le billet d’entrée.

– Oh ! C’est variable. Il y a des gens très gentils comme toi qui me le payent. Souvent, ils ont un billet de trop, dû à l’absence d’un des leurs. Si cela ne marche pas je pique un portefeuille.

Max commençait à se poser sérieusement des questions. Il avait vu peu de temps la prothèse, mais il était convaincu que c’était un modèle de très bonne qualité technologique. Comment cette fille avait-elle fait pour se le procurer ? Il se dirigea droit sur l’entrée et se mit dans la queue. Iliana grogna.

– Tu m’avais dit que tu n’avais pas de billet. Pourquoi tu ne vas pas l’acheter pour toi et pour moi.

– Tu vas voir, moi aussi je suis capable de faire des tours de passe-passe.

Il sortit son ordre de mission et ajouta :

– La petite est avec moi, c’est un témoin de l’affaire.

Un responsable examina l’ordre de mission et marmonna :

– Vous êtes le cinquantième flic pour cette affaire.

– Oui mais moi je suis le bon, mon vieux.

Iliana regarda, cette fois, Max avec un peu d’admiration. Cet homme devait être un grand flic.

– Tu viens, toujours pour le vieux qui s’est fait descendre ? Il devait être vachement important ce gars pour attirer autant de cognes !

– Soit polie, Iliana !

– Comment veux-tu que je t’appelle ? Ah ! J’ai vu sur la carte, je te dirai toujours commandant.

– Qui t’a parlé de cette affaire ?

– J’étais là. J’adore Ratatouille et c’est dans le même coin.

– Ratatouille ? Qu’est-ce que c’est ?

Cette fois Iliana regarda son commandant avec un air catastrophé. Comment un être humain pouvait méconnaitre Ratatouille.

– Enfin ! la petite souris qui s’intéresse à la cuisine. Bon, nous allons commencer par faire Ratatouille.

– Non ! je suis là pour le travail, tu me montres où et puis tu peux faire ce que tu veux.

La petite se renfrogna, maugréa, râla et s’arrêta.

– Commandant ! j’ai vu le corps, je sais comment il était orienté, positionné. Tu es un très mauvais flic. Pour résoudre une affaire, il faut respirer l’ambiance environnante, étudier le terrain, s’imaginer la situation. Tu vois, par exemple, j’ai entendu le gamin qui était avec lui dire qu’ils arrivaient de Ratatouille.

– Depuis quand tu sais comment les flics résolvent les affaires.

– Je regarde les séries américaines à la télé. Ils sont très bons les policiers là-bas, bien meilleurs que toi.

– Bon, ça va, nous allons à Ratatouille. Elle est niçoise ?

– Nul ! commandant !

En débouchant sur la petite place, Max vit la queue qui l’attendait devant Ratatouille, mais Iliana le rassura.

– Ce n’est rien, nous avons de la chance. Il y a moins de monde que d’habitude. Ça va aller vite.

Vite ? vite dit ! Le policier s’impatienta rapidement maudissant la gosse qui l’avait embarqué dans cette attraction. Après trente minutes de patience ou d’impatience, les deux purent accéder à une voiture. Max, n’ayant pas réfléchi où il allait, se retrouva brutalement dans un monde inconnu pour lui. La nacelle semblait s’agiter sans raison. Image, lumière, traversaient l’espace apparemment sans logique. Puis il commença à comprendre, il était tout petit, dans un monde d’humains géants. Il était capable de se cacher sous une table, passer entre les jambes d’hommes habillés en cuisinier. Cette déformation du réel faisait tourner la tête, amplifiait les impressions de vertige, de chute, de course. Iliana riait aux éclats. Max, n’ayant pas d’enfant découvrait entièrement cette merveille de Disney. Mais il était loin de comprendre. Il se promit, tout en continuant à foncer sous des buffets, d’approfondir cette nouveauté avec Iliana. À l’arrivée, il ne savait plus où il était, complétement perdu entre le rêve nouveau et la réalité. Iliana lui prit la main et le tira dehors, incapable qu’il était de s’orienter.

Ils allèrent s’assoir sur un banc de la placette qui jouxtait l’attraction.

– S’il te plaît, explique-moi.

– Je te raconte le film de Disney qui s’appelle aussi « Ratatouille ».

Si les collègues du policier avaient pu voir leur commandant écouter religieusement un conte pour enfants, sortant à la perfection de la bouche de l’un d’entre eux, ils auraient éclaté de rire.

À la fin de l’histoire, habilement racontée, Max resta longuement silencieux. Il venait de découvrir une...