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Jalousie meurtrière

De
491 pages
Jalousie meurtrière est un roman à suspens riche en rebondissements qui tiendra le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page. L'héroïne attire la sympathie par sa sensibilité et sa finesse d'esprit. Symbole de la femme au foyer, elle devient rapidement une femme hors du commun qui doit se battre pour échapper à la mort. Par ce roman, l'auteur veut démontrer que la vie possède des trésors cachés que chacun est capable de découvrir à force de lutte et d'acharnement, trésors qui donnent une ouverture sur un monde meilleur.
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2

Jalousie meurtrière

3
Corinne Vomscheid
Jalousie meurtrière

Polar
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00004-7 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304000047 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00005-4 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304000054 (livre numérique)
6 . .

8
1
Novembre 2006, Longwood, Lincoln Avenue
– Tu t’es surpassée cette année, petite soeur !
fit remarquer Cassie d’un air taquin, en se
léchant les doigts enrobés de pâte sablée.
– Je veux que ce premier Thanksgiving passé
avec Tom soit une réussite ! C’est la première
fois que toute la famille sera réunie au grand
complet ! répondit Alva, exaltée.
– Justement ! Quand on parle du loup…
souligna Cassie en écartant les rideaux de la
fenêtre de la cuisine.
– Tom est déjà de retour ! s’esclaffa Alva,
paniquée. Je n’ai même pas encore eu le temps
de préparer le gâteau au potiron !
– Calme-toi Alva, fit Cassie d’une voix
lénifiante, en entourant ses bras autour des
épaules de sa soeur. Tu as encore quelques
heures devant toi !
Alva se dirigea vers la fenêtre, espérant que
Cassie s’était trompée. Malheureusement, c’était
bien Tom qu’elle voyait franchir l’allée centrale
9 Jalousie meurtrière
bordée d’arbres squelettiques et de massifs
dépouillés de leurs fleurs. En cette fin de
novembre, l’air était glacial : elle vit Tom
remonter le col de son manteau pour se
protéger des premiers flocons de neige qui
tourbillonnaient autour de lui comme pour le
narguer. De gros nuages noirs se profilaient à
l’horizon, couvrant de leur ombre les maisons
sur lesquelles retombait la lumière froide du ciel
de novembre.
– Tu as passé une bonne journée ? demanda-
t-elle quand il franchit le seuil de la cuisine.
– C’était relativement calme à l’agence,
comparé aux autres jours ! répondit-il sans
enthousiasme. La plupart des gens ont
probablement préféré rester chez eux pour
préparer Thanksgiving.
L’agence immobilière qui employait Tom,
était dirigée par Timothy O’Tool, le frère cadet
de Cassie et Alva. Richard avait légué son
agence à son fils, quand il avait appris qu’il était
condamné par un cancer des poumons.
Timothy, seulement âgé de 24 ans, était bien
trop jeune pour gérer seul l’agence. Pour cette
raison, son père l’avait nommé dans un premier
temps co-directeur, en attendant qu’il ait
suffisamment d’expérience pour être promu au
grade de directeur de l’agence. Richard avait
donc momentanément légué les ficelles à son
ami et collaborateur Henderson jusqu’à ce que
10 Jalousie meurtrière
son fils prenne suffisamment d’assurance dans
le domaine. Malgré tout, Jake Henderson ne
pouvait pas signer un contrat sans le
consentement de Timothy. C’était l’une des
clauses du testament. Jake proposait les bonnes
affaires et Timothy n’avait plus qu’à apposer sa
signature s’il jugeait l’affaire intéressante.
Tom travaillait à l’agence depuis deux ans. Il
avait d’abord commencé comme simple
employé puis Timothy l’avait chargé de
missions de plus en plus importantes car il était
le cadre le plus dynamique de la société, le seul
à avoir le pouvoir de traiter des affaires
compliquées auprès de clients réputés exigeants.
Ses services étant devenus quasi indispensables
au sein de l’agence, il rentrait désormais de plus
en plus tard à Longwood, ce qui agaçait Alva.
Le voir rentrer de si bonne heure, la surprenait.
Ce n’était pas arrivé depuis Pâques !
– Pourrais-tu aller chercher les triplettes chez
Barbara, mon amour ? lui demanda-t-elle d’un
ton mielleux. Je gagnerais du temps et le repas
n’en sera que meilleur ! ajouta-t-elle pour le
convaincre.
– Tu ne crois pas qu’elles devraient passer
moins de temps chez les voisins et être plus
souvent avec leur mère ! dit-il d’une voix lourde
de reproches.
– Ne recommence pas, Tom ! Tu sais
pertinemment que je suis débordée en ce
11 Jalousie meurtrière
moment ! Entre mon travail et la maison, je n’ai
même plus un instant à moi ! Tandis que toi…
– Je regrette ce que je viens de te dire ! Avoir
trois filles de 18 mois, ce n’est pas une sinécure,
je le sais bien !
Alva lui jeta un coup d’oeil furtif en coin en
soupirant quand elle le vit monter les escaliers
conduisant aux trois chambres de l’étage.
Depuis quelques mois, elle trouvait que Tom
avait changé de comportement. À y regarder de
plus près, son attitude s’était métamorphosée
l’an passé quand il avait reçu un curieux coup
de fil le jour de Thanksgiving ! Il avait quitté la
table au début du repas prétextant une urgence
et s’était volatilisé le restant de la journée sans
explications ! Par moment, elle avait
l’impression d’être en face d’un inconnu ! Il
changeait d’humeur comme de chemise. Elle
espérait que cette année, il ne prendrait pas la
poudre d’escampette comme l’année précédente
en cette même période. Elle se résolut à se
montrer sous son meilleur jour pour satisfaire
les moindres besoins de son mari choyé ! Elle
se montra aimable avec lui et concoctait par
conséquent un véritable festin pour ce repas de
fête.
– Je change de tenue et je vais chercher les
filles ! lança-t-il du haut des escaliers.
– Entendu, chéri ! claironna-t-elle.
12 Jalousie meurtrière
Cassie, restée en retrait, depuis que Tom était
rentré, se décida à relancer la discussion avec sa
soeur.
– Tu as l’air soucieux ! constata-t-elle en
remarquant le visage déconfit d’Alva.
– Ce n’est rien ! répondit-elle d’un geste
ostensible.
– Tu peux m’en parler. Je suis prête à ouvrir
grandes mes oreilles ! enchaîna-t-elle en prenant
une posture comique pour tenter de faire
sourire sa soeur.
– En réalité, je trouve que Tom se comporte
de façon étrange ces temps-ci. Il est très
serviable puis tout à coup, sans raison
apparente, il devient enragé.
– C’est à dire ?
– Quelque chose le contrarie, j’en suis
certaine mais je n’arrive pas à mettre le doigt
dessus ! Et quand j’essaye d’en savoir plus, il
monte sur ses grands chevaux ! La semaine
dernière par exemple, alors que j’entrais dans
son bureau pour lui demander s’il avait besoin
de quelque chose, il s’est dépêché de glisser les
papiers qu’il avait en main dans le tiroir de son
bureau. Quand je lui ai demandé de quoi il
s’agissait, il m’a répondu qu’il était question de
documents sans importance concernant le
travail. Il mentait ! Ça se voyait à son
expression.
13 Jalousie meurtrière
– Tu n’as pas appelé Tim pour lui demander
si tout allait bien à l’agence ?
– Oh que si ? J’ai fait chou blanc ! Selon lui,
tout marche comme sur des roulettes en ce
moment !
– C’est curieux effectivement, fit Cassie en se
frottant le menton, l’air songeur.
– Ce n’est pas tout, il y a trois jours il a reçu
un coup de fil qui l’a contrarié. Il était blanc
comme un linge ! Je lui ai demandé ce qui
n’allait pas et là il m’a tout naturellement
répondu que tout allait bien et que je me faisais
des idées ! expliqua-t-elle avec emphase. Si
seulement j’arrivais à savoir ce qui ne tourne
pas rond chez lui, les choses seraient plus
simples. Je pourrais peut-être agir ou l’aider !
– Il ne veut peut-être pas t’importuner avec
des soucis qu’il juge inappropriés au sein du
couple !
– Je suis sa femme, Cassie ! J’ai le droit de
savoir ! riposta-t-elle excédée.
– Tu ne peux pas le forcer à dire ce qu’il n’a
pas envie de dire. Sois patiente, les problèmes
finiront probablement par se résoudre d’eux-
mêmes.
– Je te reconnais bien là, Cassie ! Toujours
aussi optimiste !
– Il en faut bien une dans la famille !
s’exclama-t-elle pour détendre l’atmosphère.
14 Jalousie meurtrière
– Il était différent au début de notre
rencontre, toujours serviable et attentif à tout ce
que je faisais ou disais ! Je ne comprends pas,
fit-elle en secouant la tête.
Elle se remémora les premiers moments
passés avec Tom. Elle avait fait sa connaissance
lors d’une soirée organisée par son frère pour
célébrer sa promotion au sein de l’agence. À
cette époque, Alva n’attendait plus rien de la
vie. Elle avait perdu l’homme de sa vie, John
Mallory, qu’elle devait épouser deux semaines
après la tragédie dont il avait été témoin. Il avait
en effet été pris en otage sur son lieu de travail,
dans une banque. Cet incident avait mal tourné
entraînant une fusillade à laquelle il ne réchappa
pas. À l’annonce de ce tragique évènement, elle
avait fait une fausse couche, elle était enceinte
de trois mois. Ce trois juillet 2001 était
désormais à jamais marqué dans son coeur.
Quand elle voyait le mois de juillet
s’approcher, elle ne pouvait s’empêcher de
trembler à l’évocation de la mort de John. Tom
réussit à lui redonner goût à la vie par sa
simplicité et son naturel enjôleur. Durant un an,
ils vécurent le grand amour, établirent des plans
pour le futur et des projets pour fonder une
famille. Les triplettes naquirent un an après leur
rencontre en mai 2005, le jour de la fête des
mères. Ils formaient la famille idéale jusqu’à
l’année dernière. Le coup de fil reçu le jour de
15 Jalousie meurtrière
Thanksgiving avait bouleversé et transformé
son mari. Il était plus aigri, fréquemment de
mauvaise humeur et surtout il avait perdu ce
charme qui envoûtait tant Alva.
– Ne t’en fais pas Alva ! Les choses finiront
bien par s’arranger. Tom a probablement
besoin de souffler un peu !
– Tu as peut-être raison. Je m’en fais trop,
conclut-elle avec lassitude.
Elles reprirent leurs occupations et
terminèrent les préparatifs pour Thanksgiving
tandis que Tom revenait avec les triplettes, les
bras chargés de divers cadeaux que les voisins
avaient achetés pour Maella, Marwa et Matti
qu’ils considéraient comme leurs propres
petites-filles. Une fois à la maison, le brouhaha
habituel reprit le dessus, empêchant toute
discussion sérieuse tant les cris des filles étaient
stridents et énervants.
16
2
Début décembre
Richard était absorbé par la lecture d’un
article de journal quand la sonnerie du
téléphone retentit.
– Allô, répondit-il machinalement.
– Monsieur MacDonald, j’ai de bonnes
nouvelles pour vous ! fit le type d’une voix
guillerette à l’autre bout du fil.
Richard MacDonald n’en croyait pas ses
oreilles. Le détective, Kevin Neuwirth, qu’il
avait embauché deux ans plus tôt pour
retrouver Chris Duncan, avait enfin du
nouveau ! Ne t’emballes pas trop vite, Richard !
Ne mets pas la charrue avant les boeufs !
Attends de voir ce que va te dire ton cher
détective. Ce n’est peut-être qu’une broutille !
– Je vous écoute, monsieur Neuwirth, fit
Richard d’un ton neutre.
– Je pense avoir repéré Chris Duncan à
Longwood, dans l’est des États-Unis, une petite
ville située à une centaine de kilomètres de
17 Jalousie meurtrière
New-York. Il vit sous un nom d’emprunt et se
fait appeler Tom Glover.
Tous les sens de MacDonald se mirent en
alerte, son visage s’empourpra et son coeur
s’accéléra. Il avait enfin retrouvé ce salaud qui
avait assassiné ses trois filles. La vengeance
allait être terrible, se dit-il.
Il avait lu deux ans plus tôt dans le journal
local de Westminster que Chris Duncan était
sorti de prison. À partir de cet instant, il
consacra tout son temps à retrouver celui-ci
dans l’ultime but d’assouvir sa soif de
vengeance qui, durant toutes ces années, avait
décuplé. À l’époque de l’assassinat de ses trois
filles, l’affaire avait ému l’opinion publique. Les
journaux de la région s’en étaient emparés
durant des mois. Les MacDonald étaient en
effet très appréciés à Westminster pour leur
dévouement à l’égard de la communauté, en
particulier à l’égard de Richard qui aidait
activement les pauvres et les sans-abris en
proposant des aides financières pour les
soutenir.
Il s’était juré de venger ses filles. J’aurai sa
peau, je peux vous le jurer ! avait-il clamé tout
autour de lui. Aujourd’hui, il avait du mal à
croire qu’il allait enfin pouvoir assouvir sa soif
de vengeance. Tant qu’il n’aurait pas la peau de
ce type, il ne pourrait pas vivre en paix. Sa vie
s’était arrêtée ce soir de juillet 1989. Quand il
18 Jalousie meurtrière
était arrivé dans son quartier, il avait
immédiatement compris que quelque chose ne
tournait pas rond. Les gyrophares des voitures
de police éclairaient de leur halo bleu la clôture
entourant sa propriété et la foule s’était
agglutinée devant chez lui, avide de savoir ce
qu’il se tramait. Quand il était parvenu devant
sa maison, l’inspecteur de police avait voulu lui
en interdire l’accès. Il avait dû décliner son
identité pour que ce représentant de la justice
daigne le laisser passer. On l’avait prévenu, le
spectacle n’était pas beau à voir. Et le mot était
faible ! Ses trois filles gisaient sur le sol dans un
bain de sang, inertes. Il les avait serrées l’une
après l’autre, en espérant y trouver un souffle
de vie. Aucune n’avait échappé et survécu à ce
massacre. Il avait poussé un cri de douleur
strident qui aurait pu briser les vitres des
fenêtres de la maison tant ses pleurs étaient
intenses. Il s’était rué dehors en hurlant « j’aurai
la peau de cet assassin ! ».
Chris et Rosalind Duncan, les responsables
de ce massacre, avaient été emmenés une heure
plus tôt à la brigade criminelle du comté.
MacDonald aurait pu commettre un meurtre s’il
les avait croisés. On ne lui permit à aucun
moment de les rencontrer tant que le verdict ne
serait pas rendu.
À l’annonce de la sentence, Richard s’était
révolté en invoquant le manque de lucidité de la
19 Jalousie meurtrière
part du jury. Il n’avait jamais pu admettre qu’un
meurtrier ne puisse pas être condamné à
perpétuité. En réalité, Chris Duncan ne fut
accusé que de complicité de meurtre en dépit
du fait qu’il tenait le pistolet en main à l’arrivée
des policiers. La vue de Rosalind Duncan, la
soeur de Chris, en possession d’un couteau de
cuisine recouvert de sang séché ne laissa plus
aucun doute sur sa culpabilité. On avait en
outre retrouvé ses empreintes sur le couteau et
l’arme que tenait Chris. On ne condamna Chris
qu’à quinze ans de prison ferme sans remise de
peine possible tandis que Rosalind fut internée
en milieu psychiatrique pour démence totale au
moment des crimes. Son terrible passé
confirmait le diagnostique. Richard n’avait
jamais accepté le verdict du jury. Il estimait que
les Duncan s’en étaient tirés à bon compte.
Aujourd’hui, il était près à tout pour sauver
l’honneur de ses filles, prêt à commettre
l’irréparable.
Sa vie était devenue un cauchemar depuis ce
jour. Sa femme s’était renfermée sur elle-même.
Rongée par la perte de ses filles, elle avait fini
par être atteinte d’un cancer des os qui la
plongea dans des souffrances insurmontables.
En l’intervalle d’un an, Richard avait perdu sa
famille et son goût de vivre. Il ne vivait que
pour venger les siens ; une fois son but atteint,
il aurait enfin l’esprit en paix. Peut-être
20 Jalousie meurtrière
rejoindrait-il le ciel comme ses filles et sa
femme…
Ce fut par conséquent comme une
bénédiction quand il reçut le coup de fil de
Kevin Neuwirth. Verrait-il enfin le bout du
tunnel ? L’avenir le lui dirait bientôt.
Lorsqu’il avait appris la sortie de prison de
Chris Duncan, il s’était empressé d’aller à la
pêche aux renseignements. Il essaya d’obtenir
des informations auprès des détenus, espérant
connaître les intentions de Chris. Il fit chou
blanc. Personne ne savait ce qu’il allait faire à sa
sortie de prison et où il se rendrait. Il décida par
conséquent d’embaucher un détective qu’il
paierait généreusement pour enquêter sur lui.
L’argent ne l’inquiétait pas, il avait reçu une
énorme prime se montant à un million de
dollars à la mort de sa femme. Il n’avait plus
besoin de travailler et en avait encore moins
l’envie. Plus rien ne l’intéressait, hormis
retrouver le salaud qui avait anéanti son
existence et celle de sa famille.
Jusqu’à ce soir, il désespérait de retrouver ce
fils de pute. Durant deux ans, le détective
n’avait rien trouvé de probant. Quand il
montrait aux gens une photo de Chris, les gens
déclinaient d’un signe de tête ; personne ne
l’avait vu à un moment ou un autre. Il
considérait cette enquête comme une défaite. Il
ne croyait plus découvrir la planque de ce
21 Jalousie meurtrière
salaud si bien que cette nouvelle le fit jubiler
intérieurement.
– Êtes-vous certain qu’il s’agit de Chris
Duncan ? demanda-t-il d’un air dubitatif.
– Oui, il n’y a aucun doute à ce sujet ! Je l’ai
vu en chair et en os !
– Je vous fais entièrement confiance !
répliqua Richard avec emphase.
– Et maintenant, que dois-je faire ?
– Me donner l’adresse exacte de ce type, je
me charge de la suite ! Je pense que votre
mission est enfin terminée et je vous serai
éternellement reconnaissant de m’avoir rendu
ce service.
– Il n’y a pas de quoi ! C’est mon boulot de
rechercher des personnes disparues et vous
m’avez largement rétribué !
– Le jeu en valait la chandelle !… Alors, où
habite ce cher Chris Duncan alias Tom
Glover ?
– Au 58 Lincoln Avenue. Malgré son nom,
c’est une petite rue ! fit le détective en ricanant.
C’est proportionnel à la taille de la ville. Vous
devriez trouver assez facilement !
– Quelles informations avez-vous à son
sujet ?
– Il est marié, père de trois enfants et
travaille dans une agence immobilière.
– Intéressant ! Il va enfin pouvoir subir ce
que j’ai moi-même enduré pendant des années !
22 Jalousie meurtrière
maugréa-t-il en se parlant à lui-même, oubliant
que son interlocuteur était toujours à l’autre
bout du fil.
– Qu’entendez-vous par là ? demanda le
détective, intrigué.
– Oh rien ! Ce n’est plus votre affaire
désormais mais la mienne ! Envoyez-moi vos
honoraires. Je vous ferai parvenir l’argent dans
les plus brefs délais.
– Entendu ! répondit-il en raccrochant.

Richard passa une nuit agitée sans trouver le
sommeil, il était bien trop excité à l’idée de
retrouver l’assassin de ses trois filles qu’il avait
chéri plus que tout.
Quand je pense que je lui faisais entièrement
confiance ! songea-t-il en se faisant des
reproches. Il n’aurait jamais dû mettre les pieds
à la maison ! Le comportement de son père
aurait dû me mettre la puce à l’oreille ! Tel père,
tel fils ! se dit-il. Mais aujourd’hui, ton avenir est
entre mes mains, mon coco ! Tu ne
t’échapperas pas, je peux te le garantir !
Il réfléchit aux mille et une façons de se
venger de ce type. Il n’avait pas encore de plan
précis en tête mais les idées allaient
certainement se préciser durant les prochains
jours. La vue de ce type le guiderait sur ce qu’il
lui semblerait le plus adapté ! Il se rendit le
lendemain à l’aéroport le plus proche de
23 Jalousie meurtrière
Westminster et prit le vol 912 en partance pour
New York. Il arriva le soir à 19 heures 20. Il prit
une chambre d’hôtel dans la cinquième avenue
et s’interrogea sur ses projets à venir. Son
cerveau était en ébullition. Il avait mille et une
choses à mettre au point. Où allait-il résider une
fois qu’il serait à Longwood ? Comment filerait-
t-il Duncan sans se faire repérer ? Tant de
questions auxquelles il n’avait pas encore de
réponse ! Il voulait prendre son temps, observer
les faits et gestes de ce type avant d’envisager
quoique ce soit. Il prendrait tout le temps
nécessaire et toucherait au point le plus
sensible. Il riait intérieurement, satisfait de ses
projets futurs.
Richard resta toute la matinée à l’hôtel à
passer des coups de fils à droite et à gauche
pour trouver un endroit approprié où loger à
Longwood. Il finit par obtenir gain de cause en
fin de matinée chez un particulier qui louait des
studios meublés à la semaine. Il prit une voiture
de location pour quinze jours et partit pour
cette destination. Une fois arrivé, il fit l’état des
lieux de la ville pour y faire des repérages.
Le soir même, il se rendait au 58 Lincoln
Avenue. Il ne s’attendait pas à se retrouver dans
un quartier bon chic, bon genre. Une
somptueuse demeure de style victorien
entourée d’un immense tapis vert agrémenté de
divers buissons et arbustes dominait la rue.
24 Jalousie meurtrière
C’était l’une des plus belles maisons du quartier.
Ce salaud ne s’épargne aucun luxe ! songea
Richard sarcastique. En cette période de
l’année, cette propriété était mise en valeur par
des guirlandes lumineuses de toutes les couleurs
qui ornaient les massifs le long de l’allée
centrale et encadraient la porte d’entrée ainsi
que les bords des fenêtres. On apercevait à
gauche de la maison un père Noël descendant le
long de la gouttière. Il n’y a pas de doute, ces
gens ont l’esprit de Noël, pensa-t-il.
Tandis qu’il continuait à balayer la propriété
d’un regard circulaire, les phares d’une voiture
vinrent éclairer son visage ; il pencha sa tête au
niveau du volant pour ne pas être repéré. Il
constata qu’elle se dirigeait dans l’allée des
Glover. Il vit un homme de haute taille, un
attaché-case à la main, en sortir. La nuit était
déjà tombée mais il n’eut aucun doute sur
l’identité du type. C’était bien Duncan. Il avait
certes épaissi et changé de look mais il reconnut
au premier coup d’oeil sa façon de se déplacer
et cette apparence désinvolte qu’il se donnait
pour avoir une contenance. Décidément, tu n’as
pas changé, mon pauvre gars ! Il le vit rentrer
chez lui, distingua derrière la porte d’entrée
vitrée une silhouette féminine. Ce devait être sa
femme qui l’embrassait tendrement. Trois
bambins se glissèrent entre eux, attendant leur
tour pour embrasser leur père. Puis les cinq
25 Jalousie meurtrière
silhouettes disparurent et ce fut à nouveau le
silence dans la rue. Richard s’étonna du manque
d’animations dans cette rue. Le calme régnait en
roi. Il resta devant chez les Glover jusqu’à
vingt-deux heures et retourna dans le studio
qu’il avait pris en location le matin même.
Durant des jours et des nuits, il épia les
moindres faits et gestes des Glover, s’attardant
en particulier sur sa cible, Duncan lui-même. À
force de les côtoyer chaque jour, il finit par
avoir l’impression de faire partie de la famille. Il
connaissait l’emploi du temps de Duncan et de
sa femme par coeur. Il apprit que Duncan avait
une bonne place dans une agence immobilière
et que sa femme était professeur de dessin dans
une école d’art. Il fut même étonné qu’une si
petite ville soit dotée d’une école de ce style. La
femme de Duncan avait des horaires très
variables, travaillant tantôt le matin, tantôt
l’après-midi, tantôt le soir et ces horaires
changeaient chaque semaine. Ça ne va pas être
un jeu d’enfants de trouver une plage horaire où
Duncan sera seul chez lui sans ses petits
protégés ! réalisa Richard. Quand sa femme
était absente, Duncan se chargeait tout le temps
des enfants. Et ils passaient tous leurs week-
ends en famille. Si je veux intenter quelque
chose contre lui, il faudra que je trouve un autre
lieu de prédilection !
26 Jalousie meurtrière
Richard se creusa les méninges, se
demandant comment il allait s’y prendre pour
évincer Duncan. Il n’avait qu’un but : prendre
sa vie comme il avait pris celle de ses filles. Il
réfléchissait donc à la façon de se débarrasser
de lui sans éveiller les soupçons. Il finit par
trouver une idée géniale. Il avait remarqué qu’il
ne se passait pas une semaine sans que Duncan
se rende au centre commercial couvert du
centre-ville. Il songea par conséquent à cet
endroit, lieu tout à faut adapté pour un meurtre
et se glisser aisément parmi la foule, pour
disparaître comme neige au soleil.
C’est ici que Duncan passera ses dernières
heures de sa vie ! se dit Richard en ricanant. Il
ne me reste plus qu’à concocter un plan pour
atteindre ma cible. Il se creusa la tête durant des
jours avant de trouver un plan machiavélique.
Ce plan qu’il avait taillé sur mesure, le ravit au
plus haut point comme on peut l’imaginer
quand on est satisfait de ses performances. Il ne
me reste plus qu’à peaufiner quelques détails et
je suis prêt à l’attaque !
Il attendit l’instant propice durant des jours
et le moment en question finit par arriver cinq
jours avant Noël. C’était un mercredi.
27
3
Vendredi 15 décembre
Alva, assise sur le tapis du salon, baignant au
milieu des emballages de papier cadeau, se
redressa en un tour de main quand elle constata,
désespérée, qu’elle avait oublié, dans la frénésie
de Noël, d’acheter des chocolats pour Colleen,
sa mère, qui ne jurait que par ça.
– Toom ? Tu m’entends ? claironna-t-elle
d’une voix frisant l’hystérie.
– Tu réveillerais un mort à fanfaronner
ainsi ? Que se passe-t-il ?
– J’ai oublié les chocolats pour maman !
expliqua-t-elle d’un ton larmoyant.
– C’est pour ça que tu aboies dans toute la
maison ! s’esclaffa-t-il, outré.
– Tu ne comprends rien, s’entêta-t-elle. Si
maman n’a pas ses chocolats de chez Hugues,
elle va en faire tout un plat et gâcher le repas de
Noël !
29 Jalousie meurtrière
– Tu exagères, Alva ! lui dit-il d’un ton de
reproches. Noël est dans dix jours ! Tu pourras
y aller demain à l’ouverture.
– Certainement pas ! Ça ne peut pas attendre
demain ! Plus on attend, moins on a de choix !
Maman est tellement difficile !
Elle garda un court instant le silence avant
d’ajouter d’une voix suppliante et mielleuse :
– Tu pourrais aller les chercher, toi, ces
maudits chocolats ! Tu ne travailles pas cet
après-midi.
– Bon, j’ai compris ! fit-il en soupirant.
Elle le regarda enfiler sa veste, l’air bougon,
prendre les clés de la voiture et dévaler les
escaliers quatre à quatre pour rejoindre le
garage.
Tom se demanda si toutes les femmes étaient
pareilles, à faire toute une montagne d’un rien.
Non seulement il devait sortir par un froid
glacial et en outre, il devait se rendre au centre
commercial qui serait bondé de monde en
raison des fêtes de fin d’année. Elle n’aurait pas
pu lui en parler deux jours plus tôt quand il y
était allé comme chaque lundi pour prendre le
pain à la boulangerie. Elle savait pertinemment
qu’il devait prendre le pain en ville puisque leur
boulangerie était fermée ce jour. Les femmes,
pesta-t-il, ne sont qu’une source d’ennuis ! Je
n’aurais peut-être jamais dû me marier, se dit-il.
Sans oublier que j’ai hérité de trois filles ! Un
30 Jalousie meurtrière
seul garçon aurait fait l’affaire ! Je n’avais pas
besoin de m’encombrer de toute une marmaille
et d’une famille à nourrir ! Mais quoi de mieux
qu’une famille comme couverture ! se rassura-t-
il.
Quand il s’engagea dans le garage souterrain
du centre commercial, les voitures
s’accumulaient jusqu’à l’entrée du parking.
C’était l’affluence du mois de décembre ! Tout
ce qu’il détestait. En ce moment même, il
n’imaginait pas un instant qu’il était suivi depuis
des jours par MacDonald, le père des trois filles
qu’il avait fréquentées durant toute sa jeunesse.
Il se doutait encore moins que celui-ci était
quasiment collé à son pare-chocs, prêt à
commettre l’irréparable.
Richard, derrière son rétroviseur, scrutait
minutieusement les moindres mouvements du
fils de pute qui se trouvait devant lui. Il le vit
tendre son bras pour retirer la carte qui lui
permettait d’accéder au parking. Richard se mit
à rire d’un rire hystérique, en sachant que
Duncan ne ressortirait en aucun cas vivant de
cet endroit. Profites-en, mon vieux ! s’exclama-
t-il à voix haute. Ce sont tes dernières heures
parmi les vivants. Tu vas connaître l’horreur
telle que l’ont connue mes filles, je peux te le
garantir ! enchaîna-t-il, comme s’il s’adressait
directement à lui. D’une certaine façon, c’était
31 Jalousie meurtrière
un peu la réalité, vue qu’il le regardait droit dans
les yeux même si Duncan n’y voyait que du feu.
Le type dans le break derrière lui remarqua
que Richard parlait tout seul et se fit la réflexion
qu’il devait être complètement siphonné. Y en
a, se dit-il, ils feraient n’importe quoi pour se
donner l’illusion qu’ils ont de la compagnie.
Des malades mentaux, oui ! Et regardez-le à
faire ses simagrées !
Ce type ne se doutait pas qu’il serait tout à
l’heure témoin d’une tentative de meurtre dont
il connaissait déjà le meurtrier sans le savoir.
Tom tourna en rond pendant vingt minutes
avant de trouver une place où stationner. Il
poussa un soupir de soulagement quand une
voiture laissa enfin une place vide. Ce n’est pas
trop tôt ! Toute cette perte de temps pour une
simple boite de chocolats ! Où va-t-on de nos
jours ! maugréa-t-il.
Il prit l’escalator pour rejoindre le premier
étage où tous les magasins alimentaires s’étaient
regroupés. Richard se tenait à quelques mètres
de lui, ne sachant pas encore quel allait être son
point de mire. Il avait tout prévu dans les
moindres détails avant de se lancer à l’aventure.
Il portait à l’épaule un sac de sport assez
volumineux dans lequel il avait glissé des
vêtements de rechange, une perruque aux
cheveux blonds alors que lui était brun et une
moustache sans oublier évidemment le plus
32 Jalousie meurtrière
important, l’arme qui servirait à mettre un
terme à la vie de Duncan. Changer d’apparence
après l’assassinat de Duncan lui permettrait de
passer inaperçu et de sortir du centre ni vu ni
connu ! Il avait opté pour un fusil de chasse
même si l’arme était encombrante, il voulait
avant tout atteindre sa proie en plein coeur et ce
genre d’armes était ce qui s’y prêtait le mieux. Il
avança d’un pas nonchalant vers le magasin
d’alimentation exotique et observa Duncan.
Le centre commercial de Longwood était le
centre d’attraction le plus important de la ville.
Il faisait la fierté des habitants par sa variété de
magasins en tout genre. On pouvait y trouver
une aiguille dans une botte de foin ! C’était une
immense galerie de verre bâtie sur trois étages.
Pour les fêtes, la mairie avait mis en place
diverses animations, certaines payantes, d’autres
gratuites, pour attirer le maximum de monde
des environs. Au centre de la galerie se dressait
un sapin de Noël monumental au pied duquel
étaient éparpillés de faux paquets cadeaux que
les enfants en bas âge enviaient. Le sommet du
sapin orné d’une étoile couleur argent atteignait
le second étage, appelant la curiosité des
visiteurs, petits et grands, qui, en extase, se
délectaient d’un tel spectacle. Une crèche
grandeur nature, installée à côté du sapin,
plongeait les gens dans la féerie de Noël. Les
33 Jalousie meurtrière
personnages étaient articulés et remuaient leurs
membres et leur tête de façon mécanique.
Tandis que chaque passant s’attardait à
contempler ces installations spécialement
conçues pour les fêtes, Tom, précédé de
Richard, n’y fit même pas attention, passant
devant comme une flèche. Il se rendit
directement à la chocolaterie et commanda un
berlingot composé uniquement de friandises
sélectionnées par Alva qui avait établi une liste
avant le départ de son mari. Une fois son achat
terminé, il décida de faire une halte au café, un
lieu qu’il fréquentait régulièrement lorsqu’il
voulait souffler un peu.
Quelle bonne idée ! se réjouit Richard en
voyant Duncan prendre un siège et s’installer à
une table. J’aurai au moins le loisir de prendre
mon temps pour ajuster mon tir !
MacDonald, un rictus de satisfaction aux
commissures des lèvres, se hâta de rejoindre le
lieu stratégique au second étage du centre
commercial, bousculant au passage la foule qui
s’agglutinait devant les vitrines décorées des
magasins et disparut subitement, sans que
personne ne remarquât son absence, derrière
d’immenses plantes vertes ornant le rebord de
la balustrade qui traversait l’étage d’un bout à
l’autre. D’où il se tenait, il avait une vue
imprenable sur l’ensemble du premier étage. Il
balaya l’étage d’un regard circulaire et celui-ci se
34 Jalousie meurtrière
posa sur une terrasse de café où Tom avait pris
place.
Je ne pouvais pas espérer mieux ! se dit-il en
constatant que la vue était dégagée. Il n’aurait
aucun mal à atteindre sa cible. Il jeta un dernier
coup d’oeil derrière lui pour s’assurer qu’il était
à l’abri des regards indiscrets, repéra les cages
d’ascenseurs situées à quelques mètres de son
repère et se prépara à agir.
Tandis que Richard mettait les derniers
détails au point, Tom dégustait un verre de
cognac. En temps ordinaire, il se serait contenté
d’une simple tasse de café mais il était sur les
nerfs depuis quelques jours, ne supportant plus
cette agitation autour de lui liée à l’approche de
Noël, une fête qu’il ne vénérait absolument pas.
Enfant, il n’avait pas connu les joies que
peuvent procurer les fêtes de fin d’année. Sa
mère avait banni ce mot de son vocabulaire du
jour au lendemain alors qu’il avait tout juste
cinq ans. Tom n’en avait jamais connu la
véritable raison jusqu’à son quinzième
anniversaire lorsqu’il tomba inopinément sur
une conversation entre sa mère et sa grand-
mère. Il apprit à cette occasion que son père
l’avait frappée sans merci l’avant-veille de Noël
car elle refusait de lui donner l’argent qu’elle
avait mis de côté pour acheter des cadeaux aux
enfants pour les fêtes de Noël. Il lui avait
répondu que ces fêtes de fin d’année n’étaient
35 Jalousie meurtrière
que pures foutaises et lui interdit à ce jour de
célébrer le jour de la nativité dans sa maison. Il
avait menacé sa mère de la mettre à la rue sans
un sou et surtout sans ses enfants. Elle avait
pris ses menaces au sérieux et s’était donc
résolue à rayer Noël du registre des fêtes.
Quand Tom avait compris les motivations de sa
mère, il s’était juré de la venger de son père, ce
qu’il fit quelques mois plus tard.
Richard briqua son arme minutieusement
comme s’il s’agissait d’un trophée puis glissa
une à une les munitions dans le fusil et fut fin
prêt à tirer sur sa cible, moment privilégié qu’il
attendait depuis des années. Il s’accouda à la
rambarde camouflée par les plantes vertes,
glissa son oeil derrière le viseur et chargea le
fusil. Il pointa le canon en direction de Tom,
appuya sur la gâchette et le coup partit.
Tom, le verre de cognac en main se sentit
défaillir sans comprendre ce qu’il lui arrivait. Un
voile diaphane s’abattit devant ses yeux, il eut
l’impression de sentir une distorsion des sens.
Le brouhaha régnant devint de moins en moins
perceptible et ce fut le trou noir.
Le serveur passant près de lui pour aller
servir la table voisine, lâcha son plateau qui se
renversa sur les genoux d’une cliente et se
précipita sur le corps de Tom gisant au sol. A la
vue de l’homme inconscient, les gens affluaient
de tous les côtés. Un homme d’une trentaine
36 Jalousie meurtrière
d’années se fraya un chemin parmi la foule et
cria à tue-tête je suis médecin, laissez-moi passer ! .
Les gens s’écartèrent du corps et le jeune
médecin put lui tâter le pouls.
– Il est grièvement blessé ! fit remarquer le
médecin. On lui a logé une balle dans la
poitrine.
Un cri de stupéfaction se fit entendre dans
les foules. Certains poussèrent des hurlements
de frayeur, d’autres cherchèrent en vain parmi la
foule celui qui aurait pu commettre un tel acte.
– Il respire encore ! s’exclama-t-il. Mais sa
tension et son pouls sont faibles. Il faut
l’emmener sans perdre de temps aux urgences !
Appelez une ambulance !

Personne ne remarqua la silhouette qui
prenait l’ascenseur au deuxième étage, un sac de
sport étrange et volumineux à l’épaule.
Le gérant du café composa le numéro des
urgences et un quart d’heure plus tard, des
hommes en tenue blanche arrivaient au pas de
course avec un brancard. Ils glissèrent
délicatement Tom sur celui-ci et repartirent en
coup de vent. La vie dans le centre commercial
reprit son cours comme s’il ne s’était rien passé.
Le regroupement des passants près du corps
de Tom donna l’occasion à Richard d’agir plus
librement et de se faufiler sans être vu dans
l’ascenseur. Une fois à l’intérieur, il stoppa son
37 Jalousie meurtrière
ascension un court instant, le temps de changer
de vêtements, d’enfiler la perruque et de coller
sa fausse moustache. La métamorphose
terminée, il remit l’ascenseur en marche et
appuya sur la touche conduisant au parking
souterrain du centre. En quittant cet endroit, il
éprouva une grande sensation de calme et de
paix.
38
4
Quelques heures plus tard…
L’évènement passa au journal du soir sur la
chaîne ABC. La chaîne diffusait des images du
centre commercial de Longwood peu de temps
après la tentative d’assassinat de Tom Glover,
n’omettant pas de rappeler que Longwood était
une petite ville tranquille située au sud de New
York, à une centaine de kilomètres. La
présentatrice, sur les lieux du délit, résumait la
situation en expliquant que l’on ne savait
toujours pas si Tom était hors de danger. On
l’avait placé sous assistance respiratoire car l’un
de ses poumons avait été perforé mais les
chirurgiens ne s’étaient pas prononcés sur son
état. Ils attendaient la fin de l’intervention
chirurgicale pour émettre un avis.
Une photo d’assez bonne qualité montrait
Tom souriant, en haut de l’écran à droite. Cette
photo n’échappa pas aux yeux caves et verts
ternis d’une rousse aux cheveux filasses et
crépus, une femme dont l’apparence aurait
39 Jalousie meurtrière
réveillé un mort tant elle était vilaine à voir : elle
avait l’air malingre et un corps décharné, rongé
par les quantités incommensurables de
tranquillisants qu’elle avait ingurgités pendant
des années. Elle n’eut aucune hésitation sur
l’identité de l’homme dont la photo était
diffusée à l’antenne même si on lui donnait
pour nom Tom Glover. C’était son Chris, la
chair de sa chair, celui qu’elle n’avait pas revu
depuis une éternité.
L’émotion qu’elle vivait en ce moment-même
était si intense qu’elle lui donna suffisamment
d’énergie, en dépit des tranquillisants, pour
rassembler quelques idées et trouver une
solution pour sortir de l’asile de Burlington.
Elle avait certes docilement avalé durant des
années tous ces médicaments qui l’abrutissaient
pour échapper au monde réel mais aujourd’hui
sa vie prenait un nouveau tournant : elle allait
rejoindre Chris, le seul être capable de lui
transmettre le goût de la vie et elle ferait tout ce
qui est en son pouvoir pour y parvenir !
Ce fut le docteur Sutherland qui avertit Alva
de la tentative de meurtre et de l’état de santé
de son mari. En apprenant la nouvelle, elle avait
tout laissé en plan et s’était ruée sur la voiture
pour atteindre en un temps record l’hôpital
central de la ville. Elle se fit des reproches et
regretta de l’avoir envoyé chercher les chocolats
par monts et par vaux. Ce n’était vraiment pas
40 Jalousie meurtrière
la période idéale pour circuler tranquillement en
ville. Le docteur ne lui avait pas tout raconté
dans les détails, elle savait seulement que Tom
était en détresse respiratoire et qu’il allait être
conduit au bloc.
Rosalind n’avait plus qu’un but en tête depuis
qu’elle avait vu Chris à la télévision. Elle
sortirait aujourd’hui de l’asile, coûte que coûte !
Elle se fixa un objectif qu’elle projetait
d’atteindre le soir même. Elle profita de la visite
du soir du surveillant pour agir, se plaignit de
maux de ventre insupportables, joua la comédie
en se pliant en deux pour donner plus de
véracité à ses propos et finit par obtenir gain de
cause : elle fut admise en centre hospitalier dans
l’aile gauche réservée aux « vrais » malades ! On
la crut sur parole, les docteurs et surveillants
n’ayant jamais eu de problèmes avec elle jusqu’à
ce jour.
L’asile différenciait les malades mentaux des
malades aux troubles physiques et la
surveillance était moins assidue en centre
hospitalier qu’en centre psychiatrique. On la
transféra dans une chambre semblable à celles
des hôpitaux, à l’exception de la fenêtre à
barreaux qui rappelait aux malades qu’ils
n’étaient pas libres d’agir à leur guise. En
revanche, la porte d’entrée n’était pas
verrouillée. Rosalind ne pouvait certes pas
circuler librement car sa main gauche était fixée
41 Jalousie meurtrière
au montant du lit par des menottes mais elle ne
s’en faisait pas pour si peu. . Elle avait en effet
trouvé une épingle à cheveux dans le parc de
l’asile lors de sa promenade hebdomadaire qui
avait eu lieu l’après-midi même et s’en était
emparée, la dissimulant dans l’un des revers de
la manche de sa blouse. Elle estimait que cette
épingle, en apparence inutile, pourrait lui être
d’une grande utilité à un moment opportun.
Elle ne se doutait pas qu’elle lui servirait dans
les prochaines heures !
Elle attendit que les couloirs de l’hôpital
soient déserts et se mit à l’oeuvre. Au bout de
cinq minutes, sa main était libre comme l’air.
Elle sortit à pas de loup de sa chambre et
embrassa le couloir d’un coup d’oeil furtif. Il n’y
avait pas âme qui vive, à son grand
soulagement. Même si son cerveau s’était
ramolli au fil des années, elle restait lucide
sachant pertinemment qu’elle ne pourrait pas
quitter les lieux sans une tenue adéquate. Elle se
dirigea par conséquent vers la buanderie et
enfila une tenue d’infirmière. Elle prit l’un des
sacs à mains traînant dans le vestiaire, le jetant
sur son épaule pour être plus crédible et passa
devant l’accueil de l’hôpital où les portes
coulissantes s’ouvrirent tout naturellement à
son passage. L’homme à l’accueil lui fit même
un signe de tête pour lui dire bonsoir. Elle y
42 Jalousie meurtrière
répondit poliment, n’ayant pas oublié les
bonnes manières.
Une fois dehors, elle remarqua à son grand
désarroi que l’asile de Burlington était à l’écart
de la civilisation. Avec ses murailles de cinq
mètres de haut, elle n’avait jamais pu observer,
lors de ses sorties autorisées, ce qu’il se passait à
l’extérieur de l’enceinte. Ce qu’elle découvrait
de ce monde la déstabilisa un moment mais elle
recouvra rapidement ses esprits, se rappelant la
photo de Chris lors de son passage à la télé. Il
était tout pour elle ! Elle ferait n’importe quoi
pour le revoir, ne serait-ce qu’un instant et
profiter de ce moment de bonheur en sa
compagnie. Elle avait vécu son incarcération en
milieu psychatrique comme une véritable
déchirure, non pas parce qu’elle s’était sentie
coupée du monde mais bien plus parce qu’on
lui avait arraché Chris de son emprise. Elle
n’avait plus eu aucun moyen de le surveiller et
de prendre soin de lui. Elle avait toujours eu
peur qu’il lui arrive quelque chose. Aujourd’hui,
le destin lui permettait de le revoir ! C’était le
plus beau jour de sa vie.
Elle dut marcher des heures durant avant
d’affronter le monde civilisé. Elle finit par
tomber sur une station-service située au milieu
de nulle part, s’avança d’un pas alerte vers le
magasin, détailla avec minutie les rares
personnes qui prenaient de l’essence et son
43 Jalousie meurtrière
regard se posa sur une jeune femme blonde à la
silhouette longiligne, vêtue d’un jean moulant et
d’un pull rouge à grosses mailles. En la
dévisageant, une idée lui traversa soudainement
l’esprit : le seul moyen pour elle de réussir à
passer inaperçue dans ce monde impitoyable
était d’usurper l’identité de quelqu’un. Sa cible
serait cette femme ! Celle-ci était entrée à
l’intérieur du magasin et faisait la queue à la
caisse, attendant son tour pour payer la boite de
gâteau et le paquet de chips qu’elle venait de
sélectionner dans le rayon épicerie.
Rosalind l’attendit discrètement à la sortie du
magasin, derrière un pylône, prête à sauter sur
sa proie. L’attente lui sembla interminable. La
blonde finit par pointer le bout de son nez au
bout de dix minutes et Rosalind se propulsa sur
elle, la jetant sur le sol et lui asséna un coup de
pierre sur la tête. La fille s’écroula par terre, un
filet de sang ruisselant le long de son front.
Rosalind admira fièrement son travail quelques
secondes et se saisit de son sac à mains. Elle fit
l’inventaire du contenu, ne gardant que la carte
d’identité, le permis de conduire et l’argent
liquide qui se composait d’un billet de
cinquante dollars et de vingt cents et fit les
poches de sa victime et trouva un trousseau de
clés dont l’une était celle de la Ford Mustang
garée devant la première pompe à essence. Elle
se réjouit de ses trouvailles qui représentaient à
44 Jalousie meurtrière
ses yeux une petite fortune. Elle n’avait pas été
en contact avec la société depuis des lustres si
bien qu’elle n’était absolument pas au courant
de ce qui se faisait actuellement sur le marché !
Elle en eut presque le tournis. Elle inspira
profondément et se ressaisit rapidement,
n’oubliant pas son objectif premier : retrouver
Chris.
Une fois derrière le volant de la Ford
Mustang, de petites étincelles traversèrent ses
yeux ternes, ravagés par des années d’exil. Cette
flamme éteinte depuis une éternité se ravivait à
mesure que son objectif prenait une forme plus
concrète. Une lueur étrange, presque effrayante
prenait possession de son regard,
métamorphosant Rosalind en une furie
implacable, prête à tout pour retrouver Chris
Duncan, le seul être pour qui elle aurait donner
sa vie !
Elle mit le contact, plaqua ses mains sur le
volant et démarra en trombe, faisant crisser les
pneus sur la chaussée humide. On crut voir sur
la nationale sur laquelle elle venait de s’engager,
une fusée sur le point de décoller. Elle ignora
les panneaux de signalisation, dépassa sans
appréhension ceux qui ralentissaient sa course
et heurta au passage un cerf traversant la route.
Elle ne le remarqua même pas tant elle était
obnubilée par la photo de Chris. Le monde qui
l’entourait, s’estompait progressivement pour
45 Jalousie meurtrière
laisser place à une brume indistincte. Elle était
dans un état second, oubliant le contact avec le
monde réel, ne gardant à l’esprit que l’instant où
elle retrouverait Chris et le prendrait sous son
aile comme le ferait toute mère digne de ce
nom.
Elle parvint à Longwood 48 heures plus tard,
hypnotisée par le trajet interminable qu’elle
menait depuis deux jours, ne s’étant accordée
que de courtes pauses dont l’objectif principal
était l’apport en essence dans la Mustang. Elle
commit au passage quelques actes
répréhensibles par la loi, obligeant une vieille
femme à lui fournir les billets qu’elle avait
glissés dans son sac, menaça un caissier de
station-service avec une arme fictive pour qu’il
lui donnât le contenu de la caisse et s’en prit à
un pauvre gosse qui avait osé la regarder d’un
oeil patibulaire. Hormis ces incidents, elle
estimait avoir passé un excellent trajet en
voiture.
Alva se faufilait dans les couloirs de l’hôpital
Fleming exposés à une lumière blafarde
provenant des néons, croisant le personnel
allant et venant dont les semelles en caoutchouc
crissaient sur le linoléum tout juste ciré quand
ses yeux se posèrent sur le docteur Sutherland
qui s’approcha d’elle, un sourire chaleureux et
accueillant aux lèvres.
46 Jalousie meurtrière
– Bonjour madame, lui dit-il en lui tendant la
main. Vous devez être madame Glover, je
suppose ?
– C’est exact, répondit-elle d’un ton angoissé
à l’idée de ce qu’allait lui dire ce médecin.
– Je vous conduis auprès de votre mari,
continua-t-il en lui montrant le chemin. Je vous
expliquerai tout après que vous l’ayez vu.
Elle hocha la tête en guise de réponse. Le
médecin la fit entrer dans une chambre à la
lumière tamisée, au centre de laquelle gisait son
mari, inconscient. Un tube sortait de sa gorge,
là où les chirurgiens avaient pratiqué une
trachéotomie. On lui avait glissé un autre tube
dans le nez, on avait fixé un tuyau de
transfusion de sang dans le bras gauche ainsi
qu’une perfusion dans le bras droit. Tom était
entouré de machines, d’écrans et de moniteurs.
Il était là, couché, au milieu de ce décor irréel,
immobile, le visage inexpressif.
Alva sentit ses jambes se dérober sous elle et,
prise de vertiges, dut se rattraper à l’accoudoir
de l’unique fauteuil de la chambre pour ne pas
perdre l’équilibre. Elle se sentit nauséeuse et des
crampes d’estomac la firent grimacer.
– Comment vous sentez-vous ? demanda le
docteur Sutherland, visiblement préoccupé par
son état. Voulez-vous un verre d’eau pour vous
rafraîchir ? ajouta-t-il délicatement en posant sa
main sur l’épaule de la jeune femme.
47 Jalousie meurtrière
– Non, je vous remercie, fit-elle en signe de
dénégation.
– Allons dehors ! suggéra-t-il. Je vais vous
expliquer ce que nous avons fait à votre mari !
Vous serez certainement rassurée une fois que
vous saurez tout !
– Je l’espère bien ! dit-elle en poussant un
soupir de lassitude.
Le docteur Sutherland la conduisit dans son
bureau et lui proposa une tasse de café qu’elle
accepta avec plaisir.
– J’ai conscience de ce que vous vivez,
madame Glover. … commença-t-il, mais les
apparences sont trompeuses. Tous ces appareils
placés dans la chambre de votre mari ont
uniquement été installés par sécurité. Nous
devons en effet vérifier durant les prochaines
heures que votre mari se remet des suites de
son opération et que son état est stable. Nous
lui avons pratiqué une intervention assez longue
qui nécessite un suivi régulier et seuls les
appareils peuvent nous fournir des indications
fiables.
– Je vois, dit-elle pour seule et unique
réponse.
– Quand à la trachéotomie, elle est pour le
moment nécessaire car l’un des poumons de
votre mari a gravement été endommagé et nous
sommes en attente d’une greffe.
48 Jalousie meurtrière
– Une greffe ! s’exclama-t-elle horrifiée. Mais
vous venez de me dire que tout allait bien,
enchaîna-t-elle outragée.
– Ce que je voulais insinuer, c’est qu’il est
désormais hors de danger. Il a malgré tout
besoin d’un poumon pour éviter des
complications respiratoires.
– Et en attendant, qu’envisagez-vous ?
– Il doit dans un premier temps reprendre
des forces et ensuite, nous lui ferons une greffe
des poumons dès que ce sera possible.
– Dans combien de temps ?
– Je ne peux pas vous le dire. Tout dépend
du nombre de poumons disponibles et de la
liste d’attente. Mais étant donné son état, il va
être placé sur la liste prioritaire.
Le docteur Sutherland garda le silence,
attendant qu’Alva le questionne. Voyant qu’elle
restait impassible, il lui demanda :
– Avez-vous des questions auxquelles vous
voudriez que je réponde ?
– Non, vous m’avez expliqué tout ce qu’il y
avait à savoir.

Le docteur Sutherland remarqua l’air abattu
de cette pauvre jeune femme et ne put
s’empêcher de ressentir de la compassion pour
elle. Il essaya de se montrer aussi amical que
possible, espérant la réconforter. Alva ne resta
par ailleurs pas insensible au charme de ce
49