JEAN-MICHEL MORGAN

JEAN-MICHEL MORGAN

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Livres
249 pages

Description

Jean-Michel Morgan est un détective privé. Un de plus ! direz-vous. Oui, mais non. Il traîne de page en page un humour bien à lui, interpelle le lecteur le prend à témoin. Il gravite autour de lui des personnages décalés et attachants. Retenez bien son nom. Il va d'ailleurs vous y aider : Jean-Michel Morgan, Jean-Michel Morgan, Jean-Michel Morgan, Jean-Michel Morgan, Jean-Michel Morgan, Jean-Michel Morgan, Jean-Michel Morgan, Jean-Michel Morgan, Jean-Michel Morgan, Jean-Michel Morgan, Jean-Michel Morgan,Jean-Michel Morgan est un détective privé. Un de plus ! direz-vous. Oui, mais non. Il traîne de page en page un humour bien à lui, interpelle le lecteur le prend à témoin. Il gravite autour de lui des personnages décalés et attachants. Retenez bien son nom.

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Ajouté le 17 juin 2011
Nombre de lectures 259
EAN13 9782304009200
Langue Français
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2 Titre
Jean-Michel Morgan

3Titre
Jean-Patrick Michel
Jean-Michel Morgan
Enlèvement demandé
Polar
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00920-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304009200 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00921-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304009217 (livre numérique)

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CHAPITRE I
– Bonjour M. Morgan, trois croissants au
beurre comme d'habitude ?
– Non, vous m'en mettez cinq aujourd'hui
M. Pain.
– Votre maman est chez vous ?
– Euh ! oui c'est ça, maman est venue pour
quelques jours.
Sacré M. Pain, dès que je prends des
croissants supplémentaires pour satisfaire une
grande faim, il est persuadé que c'est parce que
ma mère est venue rendre visite à son cher fils.
Je suis pour lui un éternel célibataire, pourtant
depuis le temps il devrait savoir. Cependant, M.
Pain est le meilleur boulanger du quartier, avec
son nom quel autre métier aurait-il pu choisir.
Cet homme d'une cinquantaine d'années, la
figure rondouillarde et la peau brunie par la
chaleur de son four, à deux gros défauts : la
curiosité, bien que s'il fît le même métier que
moi ce deviendrait une qualité, et un penchant
très marqué et même remarquable pour les
boissons dites à consommer avec modération.
9 Jean-Michel Morgan
– Voilà M. Morgan, ils sont encore tout
chauds.
– Merci, au revoir.
La boulangerie est dans le même immeuble
que mon appartement. Elle au rez-de-chaussée
et moi au second, porte droite, si vous voulez le
vérifier mon nom est écrit sur la porte, "Jean-
Michel MORGAN", que l'on prononce
d'ailleurs comme le prénom, soit Morgane.
Pour atteindre le deuxième étage il faut
escalader vingt-huit marches. Je sais que vous
n'en avez rien à faire mais je vous le dis quand
même ! Notez au passage une coïncidence, pour
atteindre le rez-de-chaussée on en descend
autant (si vous n'aimez par l'humour bête vous
allez souffrir parce que je donne dans le plus
bête qu'on puisse trouver, même en Belgique je
ne crois pas qu'ils en aient de cette qualité !
C'est pour dire). Vous pouvez toujours fermer
le livre si vous craquez, vous l'ouvrirez de
nouveau, un peu ou beaucoup plus tard, si vous
en avez le courage. A tout à l'heure.
Merci de tout coeur aux courageux restés
avec moi, les quelques lignes précédentes
n'étaient là que pour décourager les mauvais
coucheurs qui risquent de devenir de ma
lecteurs. Maintenant que nous sommes entre
nous reprenons le cours de l'histoire. Je
constate néanmoins que peu ont fermé ce livre,
curieux que vous êtes de lire, que dis-je, de
10 Jean-Michel Morgan
dévorer cette oeuvre policière, elle va être
grandiose, enfin assez grande... bon, ce sera une
bonne oeuvre (de l'acheter en était déjà une,
merci !). Allez, disons que ce bouquin ne sera
pas trop mauvais, buvable quoi ; je ne céderai
plus !!
Me voici arrivé sur mon palier, ma porte est
entrouverte... normal, n'ayant pas le courage de
chercher mes clés dans mon fouillis je l'ai laissée
ainsi. D'ailleurs le petit futé qui aurait l'idée de
visiter ma demeure serait vite aperçu. M.
Poponiakis, mon voisin, qui fait partie des
"qu'ont" de l'âge, quatre-vingt-sept ans à lui
tout seul, passe son temps (celui qui lui reste),
l'oeil collé à son judas. C'est ainsi qu'il s'occupe,
il n'a pas de télévision. Il doit en ce moment
m'observer. J'ai l'impression que vous ne me
croyez pas ?! Je vais vous prouver que j'ai
raison, je sens quand je suis épié.
– Bonjour M. Poponiakis.
– Bonjour M. Morgan me répond-il à travers
sa porte.
Vous constatez donc que j'avais raison. Ne
vous inquiétez pas vous allez vous habituer à
perdre.
– La vue est-elle nette cher voisin ?
– Ca va, j'ai réglé mon judas hier soir et c'est
beaucoup mieux ce matin.
– Très bien, je suis content pour vous, ça va
être une bonne journée ainsi.
11 Jean-Michel Morgan
– Je crois.
– Ciao Pépé ! à demain.
– C'est ça à demain.
Il serait temps que je petit déjeune (du verbe
petit déjeuner évidemment).
– Maman ! as-tu préparé le café ?
– Hein ! écoute JM (JM c'est moi, Jean-
Michel étant un peu long à dire paraît-il, moi je
ne sais pas, c'est rare que je m'interpelle !).
– Oui, je t'écoute maman.
– Que tu m'appelles ton petit canard orange,
ta petite poule d'eau, ta caille frondeuse ou
encore ta lapine échaudée passe encore, tu as dû
toujours rêver d'avoir une ferme avec une
grande basse-cour ; mais maman non ! et non !
j'en n'ai ni l'âge ni le courage. Je ne pourrais
supporter la responsabilité de t'avoir mis au
monde.
– Ne te fâche pas Chérie, c'est juste une
petite plaisanterie entre moi et mes Chers
Lecteurs, eux comprendront. Je sais bien
qu'avec tes vingt-sept ans tu ne peux être ma
mère, surtout que je ne pense pas que tu puisses
réussir un enfant aussi beau. Euh... si on
mangeait les croissants maintenant ?
– Mufle ! je vais prendre une douche, ça te
laisse le temps de faire le café.
– C'est ça ! et après tu veux aussi que je te
frotte le dos.
– Oui, pourquoi pas ! Hum ! l'eau est bonne.
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– Attends, j'arrive.
– Mais qu'est ce que tu fais JM ?
– Tu vois, je me déshabille.
– Tu ne vas tout de même pas...
– Si... C'est vrai l'eau est bonne. Tiens, donne
moi le gant je vais te frotter le dos.
– Pas trop fort JM, voilà, comme ça, c'est ça,
doucement. JM ! ici ce n'est plus le dos.
– Je sais mais pendant que j'y suis.
– D'accord, mais pourquoi as-tu retiré le gant
de toilette de ta main ?
– Désolé, il est tombé tout seul.
– Bien sûr.

Marlène se retourne lentement, ses doux
yeux bleus se posent sur moi. Ses cheveux
blonds plaqués par l'eau, une mèche rebelle sur
le front. Elle passe ses bras autour de ma taille
et colle ses lèvres pulpeuses aux miennes. Je
passe mes bras autour de son cou et nous
descendons doucement tous les deux jusqu'à
nous retrouver à genoux. Cette nuit nous avons
joué Pearl Harbor, ce matin c'est l'Empire
contre attaque. Je vous informe immédiatement
que j'autocensure la scène qui suit ainsi que
celles qui suivent. Ceci afin de ne pas choquer
13 Jean-Michel Morgan
certains de mes lecteurs et pour ne pas fâcher
(1)mon Editeur .
Je n'ai pas de chance ce matin, j'ai mangé des
croissants froids et bu du café en poudre.
Habituellement je me rends au bureau à 9
heures et il est presque 10 heures. Miss
Pudding, ma secrétaire et en même temps
femme d'ordre, ou si vous préférez, femme de
ménage, va s'inquiéter. Son vrai nom est
Wintherfield Joanna, c'est une Britannique
arrivée en France juste à la fin de la guerre pour
reconnaître le corps de son mari tué lors du
débarquement. Elle n'est jamais rentrée au pays.
C'est une femme de soixante ans, ses cheveux
bouclés sont châtains blancs ou blancs châtains,
tout dépend de la date de sa dernière visite chez
son coiffeur. Ses yeux noisette sont prisonniers
de lunettes à verres ronds et à monture étroite.
Une chaînette en argent pend de chacune des
branches, donnant aux lunettes un rôle de
pendentif inélégant lorsque Miss Pudding ne les
a pas sur son nez.
Mon bureau est à cinq minutes de mon
appartement, au second étage également.
Bizarrement, cela représente trente marches (je

(1) Que les lecteurs intéressés (je les comprends parce
que vivant ces scènes je peux vous dire qu'elles valent le
coup) soient rassurés. En accord avec mon adorable
Editeur nous rassemblerons ces épisodes dans un
recueil à paraître. Petits veinards !
14 Jean-Michel Morgan
n'ai pas pu résister). Sur la porte verte bronze
une plaque dorée est apposée sur laquelle est
écrit en lettres majuscules noires "JEAN-
MICHEL MORGAN - DETECTIVE
PRIVE". Comme je le pensais Miss Pudding se
fait un sang d'encre, c'est ainsi dès que je suis
absent. Son visage maigre et pâle s'éclaire quand
elle m'aperçoit.
– M. Morgan, je commençais à m'inquiéter.
– Ne vous gênez pas pour moi finissez, faites
comme si je n'étais pas là.
– Ce n'était rien de grave j'espère ?
– Non, juste un problème de douche.
– Une fuite ?
– Oui, tout est rentré dans l'ordre.
– J'aime mieux ça monsieur.
– Moi j'aime bien ça.
– Ah bon ! dit-elle surprise.
– Je plaisante voyons, y a-t-il du courrier ce
matin ?
– Il est sur votre bureau, une facture et le
règlement de Mme Houlout.
Sachez que j'ai un splendide bureau alors que
celui de Miss Pudding, qui sert également de
salle d'attente, ne donne pas envie de rester,
avec ses murs blancs où trônent quelques
affiches défraîchies de : John Wayne, Robert
Redford, Gary Grant et Sacha Distel. Au sol
une moquette mauve, épaisse, sur laquelle est
posée à droite de la porte d'entrée une table
15 Jean-Michel Morgan
basse en verre fumé et aux pieds gris anthracite.
Dessus traînent des magazines féminins
apportés par Miss Pudding. Les quatre chaises
disposées tout autour ont une ossature en bois
de noyer, leur dossier et leur plateau sont
recouverts de velours rose de même teinte que
les doubles rideaux de l'unique fenêtre. Le
bureau de Miss Pudding tout en noyer est
toujours excessivement bien rangé. Dessus est
installée la machine à écrire neuve que je lui ai
achetée le mois dernier pour sa fête. Je joins
l'utile... à l'utile.
Lorsque l'on pénètre dans mon bureau
changement de décor, atmosphère un peu folle.
Ma table de travail est en pin des Landes peinte
en bleu ciel, au début ça surprend toujours un
peu mais on s'y habitue très vite. Au sol la
moquette est bordeaux et les murs bleu océan
atlantique, à ne pas confondre avec le bleu
océan pacifique. Quand je dis les murs, je
devrais dire trois des quatre murs, car le
quatrième a été livré au talent d'un artiste qui a
eu la géniale idée de le tapisser avec du papier
toilette. Il a collé feuille après feuille, en utilisant
la palette de couleurs mise à disposition par les
divers fabricants. Le résultat est plutôt flatteur,
dépaysement garanti, on n'a pas l'impression
d'être dans un bureau. Ce qui ne veut pas dire
qu'on se croirait dans des W-C, non, du tout.
Toutefois je suis attentif, il suffirait d'une fois,
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quelqu'un qui ne serait pas au courant ; ça
m'embêterait d'être obligé de refaire le mur.
Je m'installe dans mon fauteuil directorial
grand confort, c'est encore inscrit sur l'étiquette
collée sur l'un des accoudoirs. Ma secrétaire
s'est vue offrir une magnifique machine à écrire
mon courrier et moi un véritable fauteuil de
PDG. J'ouvre ma correspondance, la facture
concerne le bail et quel bail ! Plus plaisant, le
règlement de Mme Houlout ; heureuse
d'apprendre que son mari ne la trompait pas
après quarante années de vie commune, mais
s'était découvert une passion soudaine pour les
courses. Il ne voulait pas l'avouer à sa femme et
trouvait des excuses de plus en plus
extravagantes pour expliquer ses absences et les
ponctions dans le compte en banque du couple.
Travail simple et routinier plus souvent
demandé que vous ne l'imaginez. La jalousie fait
partie intégrante de l'amour. Qui n'est pas
jaloux n'aime pas assez ?
– M. Morgan s'il vous plaît.
– Oui Miss Wintherfield.
– Un monsieur désirerait être reçu, c'est très
pressé, urgent même.
– Moi qui voulais rêvasser un peu. Tant pis,
qu'il vienne.
L'homme qui se présente à la porte de mon
bureau, est aussi droit et raide qu'un poteau
télégraphique. Allure fière, tête haute avec le
17 Jean-Michel Morgan
menton dressé vers le plafond, comme une
poule en train de boire, ceci afin de profiter au
maximum de ses cent soixante-dix centimètres.
Deux yeux brillants et perçants d'un gris
soutenu m'auscultent. Ausculter, le mot n'est
pas trop fort, je passe une véritable
radiographie, c'est agréable d'être ainsi soupesé
dès le premier contact, ça vous met à l'aise. Il
s'approche de mon bureau, je me lève, parce
que je suis un garçon poli, et remarque que ses
cheveux argentés sont plutôt absents sur le
dessus de son crâne, dans quelque temps il
pourra ouvrir une piste d'atterrissage pour
mouches Jumbo Jet. Son coiffeur s'est pourtant
donné beaucoup de mal pour cacher cette
tonsure. Son visage en lame de couteau est celui
d'un homme autoritaire, qui s'y frotte s'y pique.
Je l'accueille d'un "Bonjour" impersonnel et
l'invite à s'installer dans le fauteuil mis à la
disposition des visiteurs. Je m'assois également,
mais aurais-je touché un mécanisme sensible de
mon nouveau fauteuil ? Car je sens le dossier
fuir mon dos et la partie inférieure se soulever
doucement ; me voilà allongé comme un
vacancier dans son transat, prêt pour la sieste.
Je grogne, me débat afin de sortir de cette
position confortable habituellement, mais fort
déplaisante au moment présent. Après une rude
bagarre, je me retrouve au sol, le fauteuil sur
moi. Je me dégage de cet encombrant objet, et
18 Jean-Michel Morgan
en me redressant esquisse un sourire et dit tout
en montrant du doigt le siège à mon visiteur :
– C'est un matériel tout neuf, je ne le maîtrise
pas encore tout à fait.
Je me sens aussi à l'aise qu'un cachalot dans
une boîte de sardines à la tomate, avec juste une
rondelle de cornichon, un oignon émincé très
fin, et une pincée de poivre vert. Je demande à
Miss Pudding de m'apporter mon ancien siège,
moins rembourré mais sans surprise. Quand
elle me l'amène je remarque qu'elle a encore les
larmes aux yeux d'avoir ri et fait un effort pour
ne pas recommencer.
– Excusez-moi pour ce petit incident
Monsieur, je suis à vous maintenant.
– Je me présente : Monsieur Emile de
Rotanche, Sénateur, ancien Secrétaire d'Etat au
ministère de l'environnement, ancien Député du
Cantalou, ancien Maire de Trouperdu, ancien
Conseiller de...
– Enchanté coupais-je, Jean-Michel Morgan,
Détective Privé et c'est tout. Que puis-je faire
pour vous, si je le puis ? (modestie fort
appuyée).
Pour toute réponse, il me tend une
enveloppe décachetée. Je la prends et en retire
une lettre, courrier anonyme écrit a priori à
l'aide d'une imprimante à aiguilles, informant le
Sieur (qui m'a l'air d'être une huile de la haute)
19 Jean-Michel Morgan
de Rotanche, de la séquestration de son fils
Philippe en ces termes:
"GARDONS COMME UN TRESOR
VOTRE FILS PHILIPPE
ESPERONS POUVOIR LE RENDRE EN
BONNE SANTE
NE PREVENEZ PAS LA POLICE,
AUTRE MESSAGE SUIVRA."
Je regarde l'enveloppe, elle a été postée dans
le 15ème arrondissement de la capitale. Le
cachet de la poste est à la date d'hier soir 18
heures.
– De plus était joint ceci à la lettre. C'est un
morceau de tissu provenant de son blouson.
– Avez-vous prévenu la police ?
– Non, c'est bien précisé dans le message.
– Que désirez vous que je fasse ?
– Que vous m'aidiez. Découvrez qui ils sont,
où ils le cachent, essayez au moins. De toute
manière pas question de prendre le moindre
risque. S'il le faut je paierai. Dans tous les cas
j'aurai besoin de quelqu'un d'expérience pour
me conseiller.
– D'expérience ! Je ne suis qu'un Détective
Privé.
– Non M. Morgan, je me suis renseigné, mes
fonctions ouvrent bien des portes.
– Vous avez fait une enquête sur moi !
– Disons juste pris des renseignements
suffisants pour vous confier mes espoirs.
20 Jean-Michel Morgan
– Pourquoi moi ?
– Je viens de vous le dire, je pense que vous
êtes la personne qui peut m'aider, ou au moins
m'assister efficacement.
– Pourquoi moi ? (J’insiste, j'aime bien les
compliments).

êtes celui qui peut m'aider. Je connais vos
compétences, votre dossier est rempli d'éloges.
Vos supérieurs de la Brigade Criminelle vous
appréciaient. Vous avez eu, si mes informations
sont exactes, plusieurs citations et même les
remerciements personnels du Ministre de
l'intérieur. Comme vous le voyez, je suis
renseigné, même sur l'inutile, votre taille par
exemple : un mètre quatre-vingts.
– Quatre-vingt-un, j'y tiens.
– Je connais jusqu'à votre mets préféré.
– Lequel est-ce déjà ?
– Le coq au vin.
– Ah ! en effet, maintenant que vous me le
dites.
– Je connais également votre couturier
habituel.
– Aujourd'hui il s'agit de Lois et de ma
femme pour le pull-over.
– Habituellement Cardin.
– Cher vieux Pierre, quel talent il a. Soit M.
de Rotanche, je veux bien m'occuper de votre
affaire. Il faut faire vite, car on ne dispose pas
21 Jean-Michel Morgan
de beaucoup de temps avant d'avoir à verser la
rançon. Une fois qu'ils auront l'argent on ne
pourra plus faire grand chose.
– Certes, mais qui peut en vouloir à ce point
à un étudiant en première année de droit.
– Vous savez, une broutille peut se terminer
en drame. J'ai connu un couple de jeunes gens
qui ne s'était fait pire ennemi que leur voisine.
C'était une dame âgée, et elle se plaignait sans
cesse du bruit qu'ils faisaient, jusqu'à porter
plainte plusieurs fois. Les jeunes gens dans un
accès de rage vengeur ont mis le feu à son
appartement. Malheureusement, ils ont oublié
qu'ils habitaient le même immeuble, et s'ils se
sont débarrassés de la vieille dame, ils ont
également tout perdu. Je précise que tout cela se
déroulait en Belgique naturellement (précision
importante dans la mesure où certaines
personnes auraient pu penser que cette histoire
n'était pas véridique).
Après ce bref intermède où l'humour bête
réapparaît plus flamboyant que jamais, je me
permets une réflexion qui me trotte dans la tête
depuis que M. de Rotanche m'a exposé les faits.
– Tout à fait entre nous, M. de Rotanche, en
agissant ainsi, en confiant cette affaire à un
privé, vous limitez les chances de découvrir les
auteurs de cet enlèvement. La Police Nationale
a des moyens autrement performants pour
s'attaquer à ce genre de banditisme.
22 Jean-Michel Morgan
– J'en suis conscient M. Morgan, mais je ne
peux pas ébruiter cette affaire à un moment
aussi important. Je tiens à être réélu à mon siège
de Sénateur, ceci dans quinze jours.
– Vous pensez qu'un enlèvement entamerait
votre cote auprès de vos collègues ?
– Sûrement, et je crains surtout l'exploitation
qui en serait faite par une certaine presse. Je
ferai appel à la police si je ne peux faire
autrement, j'en déciderai, et j'en prends l'entière
responsabilité.
– Ce peut donc être un enlèvement politique
?
– Non M. Morgan, croyez-moi, si ce l'était je
le saurais. On ne s'amuse pas à ce genre de jeu
en politique, d'autres moins dangereux sont
aussi efficaces. Ce n'est pas dans cette direction
que vous devez chercher.
– Comme vous voudrez. Je vais avoir besoin
d'une liste de toutes les relations de votre fils
ainsi que des vôtres. Je veux connaître aussi ses
habitudes et ses activités. Je vous demande
également une photo récente.
– J'ai songé à tout cela dit-il en me tendant
une chemise en carton. En face de chaque nom
j'ai précisé le type de relation, l'adresse et le
numéro de téléphone lorsque je l'ai trouvé.
Quant à la photo, la voici, elle remonte à son
dernier anniversaire. C'était lors de ses dix-huit
ans.
23 Jean-Michel Morgan
Le jeune homme qui est sur la photo que
vient de me remettre M. de Rotanche m'a l'air
d'être d'un beau gabarit, grand sans aucun
doute, mais larges d'épaules aussi. Brun de
cheveux et une peau légèrement mate qui fait
ressortir de superbes yeux bleus. Ce garçon n'a
pas pris grand chose à son père, du moins sur le
plan physique. Il n'y a pas l'air de famille que
l'on retrouve parfois entre le père et le fils. Je
suppose qu'il ressemble énormément à sa mère,
et ce n'est pas plus mal pour lui sur ce que je
peux en juger.
– Je crois M. Morgan que vous avez de quoi
débuter vos recherches. Je vais vous laisser les
entreprendre. Je reste bien entendu à votre
disposition pour tout renseignement
complémentaire à n'importe quelle heure du
jour et de la nuit. Je vous ai inscrit le numéro de
téléphone où l'on peut me joindre au Sénat. Je
ne vous demanderai qu'une chose M. Morgan,
Mme de Rotanche étant gravement malade, ne
l'embêtez pas avec ceci. Elle est au courant et ce
fut déjà un terrible choc. Dans son état ce n'est
pas recommandé.
– Je comprends (que puis-je dire d'autre ?).
– Si vous ne pouviez m'obtenir appelez mon
fils aîné. Mes gens de maison sont également à
votre disposition. Si vous pensez qu'ils peuvent
vous rendre service n'hésitez pas à le leur
demander. Sachez que seule ma fille et mon fils
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