L'affaire des « petits papiers »

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Un mystérieux assassin sévit dans la ville de Paris où il étrangle avec un fil de laiton ses victimes. Cinq crimes commis en moins d’un mois. Aucun indice. Aucune piste. Seul un papier épinglé sur chaque corps avec un message inscrit dessus : 3 + 6 = 0.


L’inspecteur Durieux est chargé par son supérieur de faire appel au PÈRE LEBŒUF, un ancien de la maison, désormais plus préoccupé par ses rosiers que par les faits divers, dans l’espoir qu’il puisse apporter un œil neuf sur le dossier...

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EAN13 9782373473544
Langue Français

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PÈRE LEBŒUF
* 1 *
L’AFFAIRE DES « PETITS PAPIERS »
Roman policier
L. FRACHET
CHAPITRE PREMIER
— Bonjour, patron... Vous allez bien ? Ça fait plaisir de vous revoir !
— Bonjour, Durieux... Ça va très bien... Merci... M ais, ne t'ai-je pas déjà dit de ne plus m'appeler « patron » ? Ça m'agace... Je ne fais plus partie de la maison, et il n'y a plus d'inspecteur-chef Lebœuf, mais simplement le bon vieux père Lebœuf, qui profite d'une retraite bien gagnée pour se reposer de quarante années de service en soignant ses rhumatismes et se s rosiers.
Et le père Lebœuf appliqua sur l'épaule de l'inspec teur Durieux une claque amicale accompagnée d'un gros rire jovial. D'ailleu rs, tout était gros chez l'ex-inspecteur-chef : le corps, trapu et massif ; le ve ntre proéminent ; la tête, ronde comme une boule et posée, par l'intermédiaire d'un cou gras et court, sur des épaules de lutteur de foire ; les cuisses énormes, semblables à des piliers de cathédrale ; les pieds larges et caparaçonnés dans d'impressionnants brodequins cloutés ; les mains épaisses aux doigts boudinés ; la voix, même, qui semblait toujours sortir d'outre-tombe. Seul, e n lui, l'esprit était fin, vif, mordant et quelque peu teinté d'ironie, ce qui avai t valu à l'inspecteur-chef, au cours de sa longue carrière, de solides rancunes.
Mais l'inspecteur-chef s'était fait également des a mis, nombreux et sincères, car son intelligence, son bon sens, son flair deven u proverbial et sa conscience professionnelle n'avaient d'égaux que son amabilité , sa serviabilité et son grand cœur. Toutes ces qualités avaient fait de ce brave homme, doublé d'un homme brave, un serviteur d'élite dont la carrière, plus qu'honorable, aurait pu être brillante, avec, de la part de l'inspecteur, un peu plus d'ambition. Mais Désiré Lebœuf n'était pas ambitieux. Son seul désir avait été, pendant quarante ans, de remplir toujours au mieux les missions qu'o n lui confiait. Et maintenant, retiré dans sa petite maison de Viroflay, où il viv ait seul, sa nouvelle ambition, qui tournait à la passion, était de créer une nouve lle espèce de rose. Hors son jardin, ses fleurs et ses rosiers, rien ne l'intére ssait.
Cependant, il ne refusait jamais un conseil ou un a vis à un jeune collègue en difficulté, ni son concours actif à l'occasion, lorsque son expérience était officiellement réclamée par la « Maison », cette Po lice judiciaire à qui il avait consacré toute son existence. Et l'on avait sans do ute, une fois encore, besoin de ses capacités, puisqu'un appel pressant lui avai t été envoyé le matin même. Du reste, l'inspecteur Durieux – un élève du père L ebœuf qui lui conservait une admiration un peu naïve – devait être au courant de l'affaire, car il répondit à l'observation de son ancien « patron » :
— Bah !... Pour moi, vous êtes toujours de la maiso n, et pour les autres aussi, puisque vous êtes là aujourd'hui. On a l'air d'être « embêté » en haut lieu.
Je suppose qu'il s'agit de l'affaire des « petits p apiers ».
— Les petits papiers ?
— Oui..., vous savez bien : ces bouts de papier qu' on a retrouvés épinglés aux vêtements des cinq personnes assassinées de la même façon, sinon au même endroit, en l'espace de moins d'un mois. L'enq uête n'avance pas : on piétine... on piétine...
— Ah !... Qui en a été chargé ?
— Dubreuil... votre successeur.
— Parfait... Ces messieurs sont là-haut ? J'étais c onvoqué pour quinze heures, et il est exactement moins cinq.
— Oui... Tout le monde est là : le directeur... le juge d'instruction... et naturellement l'inspecteur-chef Dubreuil. Ils doive nt vous attendre. Faut-il vous annoncer ?
— Pas la peine... Je connais le chemin. Allons... A u revoir, gamin... À tout à l'heure : je te raconterai l'histoire si tu es enco re là.
***
— Vous pouvez fumer, mon cher Lebœuf... avait dit a imablement le directeur.
Et l'inspecteur ne s'était pas fait prier. Maintena nt, confortablement installé dans un profond fauteuil de cuir, la pipe entre les dents, il tirait de courtes bouffées et attendait le bon plaisir du grand patro n. Et celui-ci commença sans préambule :
— Vous êtes au courant de cette affaire des « papie rs » pour laquelle je vous ai convoqué, n'est-ce pas ?
— Pas du tout..., répondit Lebœuf qui voulait « voi r venir » et qui ne savait réellement pas grand-chose, préférant la contemplat ion de ses rosiers à la lecture des journaux. J'en ai seulement entendu parler, vaguement. Car je pense qu'on n'a pas encore arrêté l'assassin, sinon...
— Nous ne vous aurions pas dérangé..., coupa le dir ecteur en souriant. C'est évident, et je vous sais gré d'avoir répondu si vite à mon invitation. Vous savez en quelle estime nous vous tenons tous ici. C 'est avec regret que nous vous avons vu partir, et avec joie que nous vous vo yons revenir de temps en temps. Votre concours nous est infiniment précieux, et, aujourd'hui encore, nous avons besoin de vous pour nous aider à débrouiller une affaire aussi mystérieuse que dramatique. Je vais vous la résumer en quelques mots, et vous
me donnerez ensuite votre opinion qui nous éclairera peut-être :
« Voici exactement vingt-sept jours, une ronde de g ardiens de la paix découvrait, à l'angle de l'avenue Hoche et de la ru e du Faubourg-Saint-Honoré vers trois heures du matin, le corps inanimé d'un i nconnu étendu au milieu du trottoir. L'homme était mort par strangulation. Un fil de laiton, disposé en lasso, était encore noué à son cou, si vigoureusement serr é qu'il avait pénétré profondément dans les chairs. Il s'agissait d'un ce rtain Jean Astier, garçon de salle à l'Hôtel Monceauet âgé de 50 ans.
« Quelques jours plus tard, des noctambules alertai ent un commissariat de ème police du 14 arrondissement, signalant la présence d'un cadavre à proximité de l'Observatoire. C'était celui d'une femme cette fois, une jeune fille plutôt, puisqu'elle n'avait pas vingt ans. La malheureuse s e nommait Denise Chevreuse et elle exerçait la profession d'artiste de cinéma. En réalité, ce n'était encore qu'une petite figurante, et son vrai nom était, plu s prosaïquement, Amélie...