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L'Arc-en-ciel de la gravité

De
768 pages

Londres à l'époque du " Blitz ". Le lieutenant américain Slothrop semble avoir été conditionné dès l'enfance pour connaître des érections à l'endroit où des explosions vont avoir lieu. La carte de ses exploits sexuels anticipe donc légèrement celle des V2 et de leurs fatals impacts. Il est logique qu'" on " s'intéresse de près à lui, notamment Roger Mexico, expert en prévisions guerrières. Il y a des conspirations, de la science, du sexe, des sacrifices, et des centaines de personnages qui se croisent, se perdent, des savants fous, des espions kirghizes, un coprophage, une tribu africaine déportée, une Hollandaise à double-jeu, une pieuvre apprivoisée, des femmes faciles, des filles et des fils illégitimes. Ce roman de la guerre et de ses débordements se déroule à Londres, beaucoup, puis à Nice, en Hollande, et dans l'Allemagne dévastée. Il y a un complot à fuir ou à démasquer. Mais quel complot ?


" Un roman post-apocalyptique où les personnages traversent les pages comme nous-mêmes les lisons : hébétés, stupéfiés ou fébriles, devant le chaos, l'accumulation insensée, la destruction folle. Bien sûr, cette Seconde Guerre mondiale est métaphorique, c'est l'image choisie par Pynchon pour parler de l'univers moderne, pour mettre en scène la ruine de l'esprit. Métaphoriques aussi sont les V2 : ce sont des merveilles technologiques, la courbe qu'ils décrivent est splendide et comme ils vont plus vite que la vitesse du son, on ne les entend arriver qu'après coup, une fois qu'ils ont frappé ; ils semblent aussi porter la mort au hasard, sans raison. Ne sont-ils pas de belles images de la science ? " (Claude Grimal, La Quinzaine littéraire ).



Traduit de l'Anglais (États-Unis) par Michel Doury.


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Thomas Pynchon, né en 1937 dans l’État de New York, est l’un des hommes les plus secrets de la littérature américaine. Il est l’auteur de plusieurs livres, tous publiés dans la collection « Fiction & Cie », au Seuil :V etL’homme qui apprenait lentement (en 1985),Vente à la criée du lot 491987), (en L’Arc-en-ciel de la gravité (en 1988),Vineland (en 1991),Mason & Dixon2001), (en Contre-jour (en 2008),Vice caché2010, adapté au cinéma par Paul Thomas Anderson en (en 2015) etFonds perdus(en 2014).
Uu MÊME AuTEuR
L’homme qûi apprenait lentement nouvelles Seuil, 1985 o et « Points », n P1745 V. roman prix Faulkner 1963 Seuil, 1985 o et « Points », n P812 Vente à la criée dû lot 49 roman Seuil, 1987 o et « Points », n P773 Vineland roman Seuil, 1991 o et « Points », n P813 Mason & Uixon roman Seuil, 2001 o et « Points Signatures », n P1991 Contre-joûr roman Seuil, 2008 o et « Points Signatures », n P2279 Vice caché roman Seuil, 2010 o et « Points » n P2683
Fonds perdûs roman Seuil, 2014 o et « Points », n P4147
La première édition de cet ouvrage a été puPliée par la liPrairie lon, en 1975, sous le titreRainbow.
TEXTE INTÉGRAL
TITRE ORIGINAL
Gravity’s Rainbow
© Thomas ynchon, 1973
ISBN 978-2-0211-6860-0
re (ISBN 2-02-009858-X, 1 puPlication e ISBN 978-2-02-032793-0, 2 puPlication)
© Éditions du Seuil, 1988, pour la traduction française
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
Pour Richard Fariña
1
EN DESSOUS DE ZÉRO
« La nature ne connaît pas l’extinction ; tout ce qu’elle connaît, c’est la transformation. Tout ce que la science m’a enseigné, tout ce qu’elle continue à m’enseigner, renforce ma foi dans la continuité de notre existence spirituelle après la mort. » Wernher von Braun.
n hurlement traverse le ciel. Ce n’est pas la première fois, mais rien de comparable à ce qui se passe maintenant. Trop tard. L’Évacuation se poursuit, mais c’est du théâtre. Aucune lumière dans les voitures, ni ailleurs. Une antique architecture de fer se dresse au-dessus de lui comme l’épave d’un paquebot par où filtre la lumière du jour. Cependant il fait nuit. Il craint de voir cette verrière s’écrouler – bientôt –, ce sera un fameux spectacle : la chute d’un palais de cristal. Qui va s’effondrer dans le noir complet, sans la moindre lueur, une immense catastrophe invisible. Dans son compartiment, à plusieurs niveaux, assis dans ce silence velouté, sans rien à fumer, il sent tout ce métal autour de lui, tout près, plus loin, qui s’entrechoque, se tamponne, laisse échapper des jets de vapeur. Le wagon vibre, immobilité soudaine, inquiétante, et tous ces autres autour de lui, faibles, paumés, laissés pour compte par la veine et le temps : poivrots, anciens combattants qui n’en sont toujours pas revenus, vingt ans après, durs en costume de ville, cinglés, et ces femmes épuisées avec toute une marmaille qui semble n’appartenir à personne, ils sont tous entassés là, en route vers le salut. On ne distingue que les visages les plus proches, images argentées, verdâtres, de gens importants, VIP, derrière les vitres blindées, qui traversent la ville à toute allure… Le convoi s’est ébranlé, il quitte lentement la gare centrale, vers les banlieues, traverse de vieux quartiers délabrés. Va-t-on s’en sortir ? Les voyageurs regardent aux fenêtres, personne n’ose rien demander à haute voix. Il se met à pleuvoir. Non, ils ne s’échappent pas, ils s’enfoncent dans autre chose – ils franchissent des tunnels sur lesquels donnent les entrées secrètes, dont le béton s’effrite, des galeries qui disparaissent… un coffrage de madriers noircis soutient la voûte qui défile lentement, imprégnée de l’odeur du charbon, journées d’hiver qui sentaient le pétrole, dimanches sans trains, concrétions mystérieusement vivantes comme des coraux et qui surgissent dans une courbe de la voie, odeur sure des trains absents, de la rouille qui ronge, à travers tous ces jours vides aux étincelantes et profondes résonances, surtout à l’aube, jours clos sur leur reflet bleuté, en marche vers le Zéro Absolu… de plus en plus raréfiés… pauvres ruines de villes, d’endroitsaux noms inconnus…murs les s’écroulent, les toits se font plus rares, comme la lumière. Les embranchements, qui devraient se multiplier, se raréfient, tournent court, ils passent sous une dernière voûte : les freins se bloquent brutalement. Jugement sans appel. Le convoi s’est arrêté. Terminus. Les évacués reçoivent l’ordre de descendre. Ils s’avancent lentement, sans résistance. Ceux qui les encadrent ont une cocarde couleur de plomb, ils ne parlent pas. C’est un vieil hôtel, immense et sombre, prolongement métallique de la voie et des aiguillages qui les ont conduits ici… Des globes électriques, peints en vert bouteille, éteints depuis des siècles, pendent aux
ferronneries compliquées… Sans un murmure, sans un accès de toux, la foule s’avance le long des couloirs rectilignes et fonctionnels comme ceux d’un entrepôt : il règne une odeur de bois moisi, comme si l’on avait rouvert cette annexe désaffectée seulement pour y accueillir cette avalanche d’âmes en peine ; cela sent le plâtre humide. On dirait que tous les rats sont morts, il ne reste que leurs fantômes obstinés, phosphorescents comme des peintures rupestres… les évacués sont emmenés par groupes vers l’ascenseur, simple cage de bois hissée par de vieilles cordes goudronnées tournant sur des poulies de fonte aux rayons tarabiscotés. Des gens montent et descendent à chaque étage… il existe des milliers de ces pièces silencieuses et obscures… Certains restent seuls, d’autres partagent des chambres invisibles. Invisibles, certes. À ce stade, qu’importe le mobilier ? On piétine une poussière urbaine centenaire, ultime cristallisation de ce que la ville a rejeté, écrasé, caché à ses enfants. Tous entendent leurs voix, qui leur disent : « Tu ne croyais pas que tu allais t’en sortir. Allons, nous savons bien qui nous sommes. Personne n’allait prendre la peine de te sauver, toi, mon pauvre vieux… » Pas moyen de s’en sortir. Il n’y a qu’à attendre, en faisant le moins de bruit possible. Inutile de hurler contre le ciel vide. Est-ce que ça va arriver dans le noir, ou bien cela produira-t-il sa propre lumière ? Avant ou après. Mais il fait déjà jour. Depuis combien de temps ? Le jour s’est glissé imperceptiblement, avec l’air froid du matin. Il est transi. La clarté révèle tout un assortiment de poivrots, certains en uniforme, d’autres pas, serrant des bouteilles vides ou à demi vides, avachis sur des chaises, blottis dans une cheminée éteinte, vautrés sur des divans, des tapis qui n’ont pas vu d’aspirateur depuis longtemps, sur des chaises longues disséminées dans l’énorme pièce, ils sont tous à ronfler sur des tons différents, formant des chœurs changeants. La lumière londonienne, hivernale, élastique, s’infiltre par les fenêtres à meneaux, à travers les couches de fumée de la veille, qui stagnent encore aux poutres cirées du plafond. Tous ces types allongés, tous ces frères d’armes, sont aussi roses que des paysans hollandais rêvant que la résurrection éternelle est pour dans quelques minutes. Il s’appelle le capitaine Geoffrey (« Pirate ») Prentice. Il est enveloppé dans une épaisse couverture écossaise à carreaux orange, rouille, écarlates. Il a l’impression que son crâne est en métal. Juste au-dessus, douze pieds plus haut, Teddy Bloat est prêt à dégringoler de la galerie, ayant choisi de s’effondrer juste à l’endroit ou, plusieurs semaines auparavant, en proie à un beau délire, quelqu’un a cassé deux des balustres d’ébène. Dans son hébétude, Bloat a réussi à y faire passer, pouce par pouce, sa tête, ses bras, son buste, et tout ce qui le retient maintenant, c’est un quart de champagne vide dans sa poche revolver, et qui s’est coincé quelque part. Pirate a réussi à s’asseoir sur son lit à une place, il tente d’ouvrir un œil collé. Affreux, vraiment affreux… il entend au-dessus de sa tête un bruit d’étoffe déchirée. Dans le service des Special Operations Executive, on l’a entraîné à avoir des réflexes rapides. Il bondit de son lit et d’un coup de pied l’envoie sur ses roulettes dans la direction du point de chute de Bloat. Bloat atterrit en plein milieu dans un bruit sourd de ressorts. Un des pieds s’effondre sous le choc. « Bonjour », dit aimablement Pirate. Bloat sourit faiblement et se rendort, pelotonné dans la couverture de Pirate. Bloat est un des occupants de l’endroit, construction élevée au siècle dernier, près de la Tamise sur Chelsea Embankment, par Corydon Throsp, ami des Rossetti. Il