L'Entorse

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Description

Que faire quand votre secrétaire, non content de coucher avec votre femme, se met à essayer de vous tuer ?

Pour Richard Besson, richissime marchand de tableaux à la vie bien installée, la réponse coule de source : il faut s’en débarrasser. De manière définitive.

Et pour ne pas se faire prendre, comme tous les assassins, il pense avoir tout prévu.

Et comme tous les assassins ayant tout prévu, il risque bien de finir en prison.


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Date de parution 27 janvier 2014
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EAN13 9791025100295
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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couverture
ANDRÉ LAY
L’ENTORSE
 
 
French Pulp Éditions

 

Policier

1

Le vacarme est infernal, l’air surchauffé vibre sourdement autour de la villa.

Les bruits divers peuplant habituellement les rues sont étouffés, écrasés, par le grondement du groupe électrogène, le halètement violent du marteau-piqueur attaquant rageusement le bitume liquéfié par la chaleur.

Un peu plus loin, la pelleteuse mêle son vrombissement au concert insupportable.

Les oiseaux se sont tus, les abeilles, voletant de massif en massif, semblent battre inutilement des ailes.

Les pavillons alentour, fenêtres et volets clos, paraissent recroquevillés sur eux-mêmes, attendant six heures pour reprendre vie.

Le chantier s’étend sur toute la longueur de la rue.

Les conseillers municipaux, secouant leur apathie, viennent enfin de décider de doter toutes les vieilles rues de notre banlieue du tout-à-l’égout.

Depuis dix jours la voie crevassée offre une énorme plaie aux rayons brûlants d’un soleil implacable.

Les ouvriers, accablés, font des prodiges. Portugais, pour la plupart, durs à la peine, ils avancent doucement vers le but lointain.

Un nuage de poussière flotte en permanence au-dessus du quartier.

Les voies environnantes sont interdites à la circulation et les voitures, recouvertes d’une pellicule blanchâtre, s’entassent autour des barrages.

Il suffit de parcourir vingt mètres parmi les tas de gravats, de pierres, de sable, pour avoir la gorge asséchée.

Les ménagères ne sortent que contraintes et forcées, elles passent rapidement, font leurs emplettes et rentrent vite s’enfermer afin d’échapper à la cacophonie.

Voilà plus d’une semaine que j’observe, derrière mes carreaux, le travail des terrassiers ; chaque jour la même scène se reproduit, l’homme chargé de défoncer la chaussée plonge la pointe vibrante de son pistolet dans l’asphalte, le revêtement craque, s’effrite, se boursoufle, cède sous la pression formidable, pendant que le groupe électrogène hurle ses plaintes inhumaines.

L’ouvrier lutte contre le tremblement en poussant de toutes ses forces sur les poignées jusqu’au moment où le trépan s’enfonce brusquement sous la croûte de bitume, il coupe le contact, dégage la pointe et recommence quelques pas plus loin ; lorsqu’il a parcouru une dizaine de mètres il refait la même opération de l’autre côté, traçant ainsi au milieu de la rue deux rails parallèles entre lesquels la pelleteuse s’engage.

La mâchoire métallique entre alors en action, les crocs s’enfoncent dans les entrailles de la terre, se referment inexorablement, puis le long cou de la machine se redresse vers le ciel, pivote sur lui-même pour vomir sa prise sur le trottoir. Tel un monstre préhistorique insatiable, grondant, haletant, la pelleteuse creuse une tranchée rectiligne.

Derrière, d’autres hommes s’affairent, les énormes conduits sont immédiatement déposés dans la faille, mis bout à bout, joints entre eux au ciment et recouverts de gravats déposés un instant plus tôt par la machine ; au fil des heures, le long serpent poursuit sa progression, laissant derrière lui une boursouflure semblable à une cicatrice.

Demain, les terrassiers inonderont cette portion de rue pour tasser la terre, puis le rouleau compresseur, qui attend patiemment au carrefour, nivellera définitivement les tonnes de cailloux.

Plus tard, dans un mois, deux peut-être, lorsque les pluies, le passage répété des véhicules auront donné un visage définitif à la chaussée, les hommes reviendront pour la goudronner et tout ce qui se trouvera enfoui dans la tranchée sera irrémédiablement enterré…

Irrémédiablement enterré.

Je quitte la fenêtre, obsédé par cette phrase, traverse la chambre d’amis, descends l’escalier, pousse la porte de mon bureau et passe sur la terrasse précédant le jardin.

Les bruits sont légèrement atténués par la villa, néanmoins je peux, grâce à eux, suivre la progression des travaux.

Ce soir, la tranchée s’arrêtera devant la petite porte du potager, juste derrière la maison.

Je tire un fauteuil, dossier à l’ombre du parasol multicolore, et contemple, sans la voir, la pelouse s’étendant jusqu’aux grilles de l’entrée principale donnant sur l’avenue, depuis longtemps pourvue de toutes les commodités afférentes à son standing.

Mon regard erre sans s’arrêter sur les bâtiments annexes, le garage, les énormes marronniers, les allées sombres et fraîches, les parterres chatoyants, le parc, la villa, témoignant de ma réussite, étalant insolemment ma fortune aux yeux envieux.

Un goût certain, au service d’un flair et d’une perspicacité instinctive, a fait de moi un des plus importants marchands de tableaux de la place, quelques coups de chance incroyables ont définitivement établi ma réputation.

Ma galerie sert de tremplin, les jeunes peintres rêvent d’exposer chez moi, il me suffit d’accorder une chance à un inconnu de talent pour le lancer définitivement et faire monter sa cote. Un mot, glissé au creux de quelques oreilles, peut briser net une carrière.

Je suis craint, respecté, méprisé, flatté, selon mes verdicts, mais quelles que soient les réactions le nom de Richard Besson ne laisse personne indifférent dans le monde superficiel de la peinture. Il provoque même la haine, une haine tenace, sournoise, implacable, inspirant le meurtre.

Un oiseau traverse l’air immobile en piaillant, ses cris ont du mal à percer le mur assourdissant.

Je reprends conscience des bruits pour avoir simultanément envie de les fuir, le bureau, noyé d’une pénombre rafraîchissante, m’attire.

Je me retrouve assis devant ma table de travail face à la photo de Marthe souriante dans son cadre.

Ses yeux sombres, impénétrables, légèrement ironiques, semblent me narguer.

Un coup d’œil sur l’image réveille ma rage, renforce mes résolutions.

J’oublie la beauté du visage, la sensualité des lèvres, la moue conquérante du menton, l’éclat du regard, les formes harmonieuses du corps pour ne songer qu’à l’esprit diabolique dissimulé derrière son front.

Nous nous détestons depuis si longtemps que ni elle ni moi ne conservons le souvenir de nous être aimés.

Une longue habitude, une indifférence totale, nous permettent de vivre ensemble, de cohabiter plutôt.

Nous prenons nos repas en commun, nous retrouvons pour paraître aux expositions, aux premières théâtrales, échangeons des banalités et nous quittons sur le seuil de nos chambres respectives.

Marthe est un objet de luxe indispensable à mon train de vie.

Elle dirige admirablement la maison, reçoit à la perfection, excelle dans l’art de séduire les invités, rehausse les réunions de sa beauté, de son esprit, charme les acheteurs indécis, les dirige, les conseille, en bref, s’acquitte à merveille de son rôle ; son ambition égalant la mienne, nous formions, au début de notre mariage, le couple parfait que nous sommes apparemment.

Nous aurions pu continuer ainsi longtemps sans Laurent Dumer. Même avec lui s’il n’avait pas dépassé les bornes.

La passion de Marthe pour mon jeune secrétaire, leur liaison, soigneusement tenue secrète, ce dont je leur sais gré, ne froissent même pas mon orgueil, ce n’est pas la première aventure de Marthe et de mon côté…

S’ils s’en étaient tenus à leur cinq à sept, j’aurais fermé les yeux, il a fallu un accident de chasse pour m’ouvrir l’esprit.

Personne n’a pu expliquer comment le canon de ma carabine, nettoyé une heure avant le départ, se trouvait obstrué par une cartouche entrée à force.

Un concours de circonstances extraordinaires a empêché l’arme de m’exploser au visage ; c’est au retour de ce week-end, en observant Marthe et Laurent, que j’ai acquis la certitude d’une machination. Le souvenir d’un coup de fusil malheureux alors que Laurent m’accompagnait, a pris sa véritable signification : ces deux êtres semblaient prêts à tout pour m’éliminer.

Paradoxalement, mon premier sentiment fut la jalousie, seul un très grand amour pouvait les pousser au meurtre.

Une nuit de réflexions suffit pour découvrir les mobiles empêchant Marthe de demander le divorce. La situation précaire de Laurent Dumer, son manque de fortune, d’avenir, et surtout le contrat de notre mariage. Marthe est trop réaliste pour échanger, même par amour, une existence agréable dans une villa confortable, contre un deux-pièces cuisine sur une cour.

Laurent, trop paresseux pour tenter de s’enrichir autrement que par les femmes, envisage une disparition d’un autre œil.

Un meurtre, habilement camouflé, un accident, suffirait à changer sa vie. Du jour au lendemain, il peut hériter de la femme et des biens. Il a tenté deux fois sans succès, je n’ai pas l’intention de lui accorder une troisième chance.

Il va, ce soir, payer ses échecs.

2

La pelleteuse se rapproche inexorablement de la petite porte du jardin. Les bruits intolérables vont s’amplifiant ; à cinq heures, l’effrayante machine passera juste derrière la maison, pour, essoufflée, s’arrêter une heure après, dix mètres plus loin.

Entre-temps, les terrassiers auront posé, scellé les conduits, commencé le remblai.

Laurent doit se présenter vers cinq heures trente.

Je n’éprouve aucun sentiment de culpabilité, j’estime me trouver en légitime défense.

Depuis quelques mois, je vis sur les nerfs, attendant à chaque seconde la rencontre d’un danger imprévisible.

La mort a plané trop longtemps au-dessus de ma tête pour ne pas m’inspirer.

Renvoyer Laurent, le séparer de Marthe, des pis-aller éloignant momentanément la menace.

Marthe est indispensable à mes affaires comme ma fortune est nécessaire à son existence. Elle continuera à rencontrer Laurent et, subjuguée par sa passion, n’hésitera pas à reprendre le flambeau ; là où Dumer a échoué, elle est capable de réussir.

Leur avenir étant lié à ma disparition, toute parade ne peut que retarder l’instant inévitable de leur victoire ; tôt ou tard, malgré ma vigilance, je suis, si je n’attaque pas, voué à succomber.

Maintenant je lutte sur mon propre terrain en me servant de leurs armes, finies les esquives, les nuits d’angoisses, les sueurs froides.

Laurent ne tentera plus de me supprimer et, lorsque Marthe, chassée par les bruits envahissant la villa, reviendra avec la bonne de notre maison de campagne, ce sera pour constater la disparition de son amant.

Je lui prépare un splendide chagrin d’amour, de longues attentes, d’inutiles démarches, une multitude d’hypothèses, une foule de suppositions, de mensonges. Les jours suivant son retour me réservent d’agréables instants. Elle doutera, cherchera, imaginera, s’inquiétera, comme je l’ai fait pendant des semaines.

Le groupe électrogène déchire l’air pétrifié de chaleur de ses plaintes. Le martèlement du pistolet ébranle les murs, le fracas est épouvantable, on pourrait hurler sans crainte d’être entendu, décharger un revolver sans éveiller l’attention.

Je tire le tiroir de mon bureau, sors mon automatique, le pose devant moi.

Le chargeur est plein, cette fois le canon n’est pas obstrué.

Je me suis entraîné hier soir, six balles sur sept ont fait mouche, je ne pense pas qu’il m’en faudra plus de deux.

Cinq heures juste.

Le carillon parait muet, il égrène vainement des minutes que personne ne peut entendre. Je me demande ce qu’éprouvent les terrassiers lorsqu’à six heures, machines stoppées, le silence s’abat sur leurs épaules.

Il se produit, à ce moment, une espèce de flottement, comme si le quartier, hébété, abasourdi, doutait de ses sens ; bêtes et gens restent pétrifiés une infime fraction de temps, puis, timidement d’abord, un oiseau ose siffler donnant le signal aux autres, c’est alors une débauche de chants, de bourdonnements, de froissements légers, de murmures, comme si la nature, enfin libérée, voulait profiter, au maximum, des derniers instants du jour.

Cinq heures dix, j’espère que Laurent n’aura pas de retard.

Je lui ai prêté ma voiture samedi pour le week-end, en lui recommandant de me la ramener lundi soir. Nul doute qu’il a passé la journée de dimanche et une partie de celle-ci en compagnie de Marthe, probablement à ébaucher des projets concernant ma perte.

Il va arriver, cordial, détendu, dissimulant ses sombres pensées derrière un sourire et tout de suite commencer à mentir en me contant son emploi du temps.

Pauvre Laurent, sa fatuité égale sa bêtise, le monde ne perdra pas grand-chose, il me suivra, sans soupçon, dans la serre afin d’admirer mes bégonias, m’abreuvera de compliments et s’écroulera foudroyé. Sur la terre meuble, avide, aucune trace de sang ne subsistera.

Ces tentatives de meurtres ont fait naître en moi un être insoupçonné ; à force de songer à ma mort, je me suis mis à imaginer la sienne. Je ne commettrai aucune faute, entre Laurent Dumer et Richard Besson. il y a l’abîme séparant l’artiste du bricoleur.

Ces timides essais ne peuvent se comparer à mon plan soigneusement établi.

Laurent n’a aucune chance de s’en tirer, il ne comprendra même pas sa défaite.

Cinq heures un quart.

Ma nuit sera chargée, la journée de demain aussi, mon carnet de rendez-vous est complet, de plus, je devrais m’inquiéter de l’absence de mon secrétaire, téléphoner chez lui, éventuellement prévenir la police, je serai la dernière personne à l’avoir vu. Ma déposition sera importante pour orienter les recherches. Sa disparition hâtera probablement le retour de Marthe, elle mènera, entre deux expositions, son enquête personnelle dans une direction autre que la police et finira par me soupçonner, peut-être par deviner. Connaissant les intentions de Laurent, il lui sera facile d’envisager un nouvel échec suivi d’une riposte impitoyable. Elle cherchera à transformer ses suppositions en certitude, puis se lassera. Les réceptions, les sorties, l’accapareront de nouveau, petit à petit, Laurent s’effacera de sa mémoire. Notre existence reprendra comme avant et j’engagerai une femme pour remplacer Dumer.

Cinq heures vingt.

Une légère pause, je sais, pour les avoir longuement observés, qu’à ce moment les ouvriers reprennent leur souffle avant de donner le dernier coup de collier.

Les plus jeunes boivent, à même le goulot, de larges lampées d’eau minérale ou de bière, les plus âgés épongent leur torse nu, bronzé, sec et musclé, à l’aide de serviettes douteuses, étirant leurs membres las, tournent autour du baraquement où se trouvent musettes, vêtements, gamelles, vélos, mobylettes, le contremaître ramasse les outils afin de les boucler dans la remise, les hommes harassés rassemblent leurs forces et attaquent la dernière demi-heure.

Le hurlement de la pelleteuse se fait plus rauque. Les sons arrivent sur ma droite, la machine a dépassé la porte du potager.

Je saisis mon arme, retire le cran de sûreté et glisse l’automatique dans la poche de mon veston.

Laurent ne devrait plus tarder.

Je quitte le bureau, traverse la terrasse, descends les trois marches conduisant au jardin et m’engage dans l’allée principale menant à l’entrée. Pratique, un jardin possédant des entrées sur deux rues parallèles.

Je ne veux pas le faire attendre devant la porte, il est préférable qu’il pénètre avec la voiture directement dans le garage.

Je tire les grilles, jette un regard vers l’avenue, pivote et regagne la terrasse.

Laurent a au moins une qualité, il pénètre dans le parc à cinq heures trente-cinq.

3

La Mercedes roule à vitesse réduite jusqu’aux écuries transformées en garage, puis disparaît dans la pénombre fraîche.

Un instant plus tard Laurent apparaît en plein soleil. Il me cherche du regard, m’aperçoit, lève la main et s’avance dans ma direction.

Je l’observe sans indulgence.

Fils de docteur, incapable de suivre les traces de son père, il a, après de piètres études de droit, profité des relations de celui-ci pour trouver une place correspondant à ses capacités, à dire vrai, réduites ; un stage dans une administration, quelques essais ratés à droite, à gauche et l’appui d’un ami commun pour rentrer à mon service.

Tout à fait genre « le complet fait l’homme », une pipe de bruyère empestant le tabac anglais entre deux lèvres boudeuses, des attitudes étudiées devant sa glace, lisant ostensiblement les journaux d’extrême droite, des idées avancées empruntées évidemment à d’autres, comme son argent de poche, méprisant les faibles, flattant les forts, vingt-huit ans, le type parfait de l’arriviste un peu lâche, je me demande ce que Marthe… Sa jeunesse ? Elle n’a pas dix ans de plus…

Sa veste d’été est admirablement coupée ainsi que ses cheveux. Ce qui paraît bien, en lui, est l’œuvre d’autres. Il faut les yeux d’une femme amoureuse ou d’une mère pour ne pas percevoir le crétin stagnant sous ce vernis.

Un sourire découvre des dents éblouissantes, il saute les trois marches, main tendue.

— Je ne vous ai pas fait trop attendre ?

— Pas du tout, voulez-vous vous asseoir ?

Une grimace déforme son visage, il porte ses paumes contre ses oreilles.

— Ce bruit est infernal, je comprends Marthe, comment pouvez-vous tenir ?

Nous sommes obligés d’élever la voix pour nous faire entendre.

— Passons dans le bureau, nous serons un peu plus tranquilles.

Laurent pénètre dans la pièce, avance mon fauteuil puis revient sur ses pas pour fermer les portes-fenêtres. Un soupir gonfle sa poitrine maigre.

— Enfin, un peu de calme. Bon week-end ?

— Et vous ?

Il esquisse un geste vague en se laissant choir sur une chaise. Ses yeux fuient les miens, il ne semble pas très à son aise ; s’il pouvait prévoir ce qui l’attend, il le serait encore moins.

Il sort un mouchoir immaculé de sa poche et essuie son front avant de répondre.

— J’ai poussé jusqu’à Deauville, par cette chaleur, seule la mer peut…

Le reste de sa phrase se perd dans le crépitement rageur du marteau pneumatique.

Je retrouve mon Laurent, ses expressions toutes faites : « Il n’y a que », « C’est parfaitement valable », « Il faut voir cela », etc.

Il poursuit ses petites et dernières vilenies.

— Pour la route, rien ne vaut les Mercedes… À Deauville, j’ai aperçu Bernard Lafon.

Il doit savoir que ce peintre se trouve en Normandie pour l’avoir lu dans une revue, ce petit détail fournit une apparence d’authenticité à son mensonge.

S’il savait comme je m’en fous, il ne se donnerait pas autant de mal.

— Un whisky, Laurent ?

— Avec plaisir.

Le verre du condamné.

— Une cigarette ?

Il accepte, empressé à me satisfaire. Il doit avoir, en quarante-huit heures, combiné une belle machination. Je lis une sorte d’angoisse, de peur, dans son regard.

Il ne redoute rien de ma part, ce sont ses actes, ses pensées ou leur suite, qui l’effrayent.

Je vais le libérer avant peu.

— À votre santé, Laurent.

— À la réussite de votre...