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L'imaginaire de l'eau

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Livres
94 pages

Description

Avec beaucoup de grâce et de délicatesse, Danielle Dussault crée, dans « L’imaginaire de l’eau », un univers trouble plus près du rêve que de la réalité. La première scène plonge le lecteur dans un monde qui, s’il semble resplendissant, laisse rapidement entrevoir sa dualité. De la lumière entourant un jeune couple à l’opacité des ombres, les symboles du bonheur et de l’insouciance sont occultés par l’état psychique de la mariée.
Isolée dans sa grande maison, la jeune femme souffre des absences de son mari, de ses infidélités, de sa froideur. Pour retrouver son équilibre, elle s’évade de ce lieu parfois inquiétant.
Si l’eau est un élément essentiel de ce récit, le thème qui l’habite est sans contredit celui de l’absence.

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Ajouté le 18 juillet 2012
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EAN13 9782895027904
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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L’imaginaire de l’eau
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L’imaginaire de l’eau
L’IMAGINAIRE DE L’EAU
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De la même auteure :
L’imaginaire de l’eau
Le vent du monde, récits, Triptyque, 1987. L’alcool froid, nouvelles, L’instant même, 1994 (prix AlfredDesRochers et prix AlphonseDesjardins). Ça n’a jamais été toi, nouvelles, L’instant même, 1996. Les yeux grecs, récit, Triptyque, 1996. Camille ou la fibre de l’amiante, roman, VLB éditeur, 2000 (mention d’honneur du concours RobertCliche 1999).
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L’imaginaire de l’eau
DANIELLE DUSSAULT
L’imaginaire de l’eau
récit
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Maquette de la couverture:Anne-Marie Guérineau Illustration de la couverture: Claire Lamarre, « Romance à deux voix I » (détail), 1993, acrylique sur toile (24 po x 60 po). Photocomposition:CompoMagny enr. Distribution : Diffusion Dimedia 539, boulevard Lebeau Montréal (Québec) H4N 1S2
© Les éditions de L’instant même 2002 L’instant même 865, avenue Moncton Québec (Québec) G1S 2Y4 info@instantmeme.com www.instantmeme.com ISBN PDF : 978-2-89502-790-4 Données de catalogage disponibles sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec L’instant même remercie le Conseil des Arts du Canada, le gouvernement du Canada (Fonds du livre du Canada), le gouvernement du Québec (Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC) et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec.
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L’imaginaire de l’eau
L’œuvre du vent
URLEPARVISDUNEÉGLISE, une jeune femme se tenait S rayonnante au bras de son nouvel époux. C’est du moins l’image de ce bonheur qui paraissait au premier coup d’œil jeté sur la photographie. À y regarder de près, l’homme et la femme accrochés l’un à l’autre comme des rescapés sou riaient faussement. Ils venaient de s’unir pour le meilleur et pour le pire. Derrière eux, un homme vêtu de noir regardait ailleurs. La célébration à peine terminée, déjà l’enthousiasme cédait la place à une inquiétude sournoise et pointue. L’homme au complet noir avait disparu. Personne ne s’était vraiment rendu compte de sa présence, seule la photo en témoignait. On en était à ce tournant de l’aprèsmidi où tout baigne dans un paisible ennui. Dans le ciel trop bleu et sans fissure, les cloches sonnaient avec une exagération irritante. On ne pou vait dire au juste ce qui s’était flétri. L’alanguissement que la fin de la cérémonie avait installé ne pouvait se mesurer, bien qu’il fût palpable dans l’air. On aurait pu le déceler si on s’était attardé au cliché qui révélait l’âme de ce mariage. Mais qui pou vait vraiment s’en inquiéter, sinon la mariée ellemême ? La veille, elle avait failli dire non.
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L’imaginaire de l’eau
Des jeunes filles habillées de tulle descendaient les marches de granit en se tenant par la main. Elles accueillaient candide ment le très beau rêve du mariage. Certains jours, leur cœur s’y accrochait désespérément. Les femmes suivaient lentement la procession qui se déployait avec langueur ; les hommes, so lennels, saluaient la mariée au passage. On attendait mollement l’heure du goûter. Le vent soufflait sur les ballons, un vent chaud qui semblait venir du désert. Le voile de la mariée fut soudain emporté par la brise. Il s’envola comme un morceau de chiffon et la jeune femme essaya de le retenir. Elle eut ce geste rapide, instinctif, de la main avide de saisir. Ce fut peine perdue, le vent se moquait de tout, des femmes, du mariage et de l’idéal. Aussi la parure dévalatelle l’escalier puis serpenta de ma nière imprévisible entre les rares ormes qui bordaient l’avenue. Elle s’échappait à vive allure, fuyante. Le plus surprenant pour la femme était de se retrouver soudain tête nue. Déjà le voile suivait son propre trajet. Il frôla l’homme au complet noir qui était demeuré dans l’avenue, s’immobilisa pendant un moment, puis repartit de plus belle. Il s’arrêta de nouveau, cette fois près du caniveau. Un passant, qui n’avait rien vu de la scène, le piétina sans même s’en rendre compte. Depuis le geste qu’elle avait esquissé, la jeune femme était restée attentive au parcours du voile. Elle avait rapidement quitté le parvis de l’église, s’était mise à courir, déviant deci delà pour le rattraper. Elle tenta de le coincer avec son soulier, mais le talon se détacha. La femme se mit à rire avec nervosité, re gardant cette chose qui gisait là, sottement, au beau milieu de la rue. Quant au voile, il s’éloignait prestement comme un papillon volage. La jeune femme hésita. Allaitelle retrouver son mari, ou parcourraitelle le monde à la suite d’un morceau
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d’étoffe ? En un moment aussi capital, elle s’étonna de son indécision. Mais la parure, elle, poursuivait son chemin par soubresauts. Elle se posa enfin contre un mur de pierres. Fascinée, la jeune fille considéra l’effilochure du tissu. Elle s’approcha pour saisir ce qui restait du voile. Mais de nouveau le vent le souleva. Il voltigea avec légèreté puis atterrit sur la place publique où jouaient des musiciens saltimbanques. Un accordéoniste scan dait un air. Le voile semblait suivre le rythme. Presque aussi tôt, il se colla au cuivre rutilant d’un trombone. Le soleil dardait, rendait chaque mouvement déplorablement lent. La jeune femme s’achemina péniblement vers la place publique. Les musiciens, trempés de sueur, persistaient à jouer des airs folkloriques sur un ton grave et languissant. Des enfants, captivés, applaudissaient. L’accordéoniste aperçut la jeune femme qui surveillait son voile toujours collé au trombone. Ils échangèrent un sourire. Le musicien qui jouait du trombone parvint à s’en emparer ; il tenta, non sans maladresse, d’en dé froisser le tissu. La parure était trouée, une étrange lumière passait au travers. La femme n’en vit que la salissure. Le voile était si gâché qu’elle se résolut à l’abandonner. Une larme toute chaude roula jusqu’à sa lèvre supérieure. Elle l’avala. Puis la pensée que son mari puisse s’inquiéter de son absence troubla son esprit. Il lui faudrait bien retourner à la cérémonie. L’an goisse étreignait son cœur.
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