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L'infaillible Silas Lord

De
285 pages
Le cadavre fut découvert à l’aube, par un maraîcher, sur le trottoir de gauche de la rue du Jeudi. Il était couché face contre terre. C’était celui d’un homme âgé d’une trentaine d’années dont l’accoutrement défiait la raison. Il portait en effet outre un pyjama à voyantes rayures, un veston d’alpaga et un faux col empesé. Enfin un chapeau haut de forme avait roulé dans la rigole. Cela ressemblait à une funeste mascarade et , lorsqu’ils examinèrent le cadavre, ces messieurs de la police se demandèrent un instant s’ils n’étaient pas l’objet d’une illusion : la victime avait, aux pieds, des patins à roulettes !
Voilà une affaire pour Silas Lord, surnommé, l’infaillible. Plus fort que Sherlock Holmes et plus rusé que la police la plus expérimentée, il adore les énigmes inextricables et les problèmes ardus qu’il résout en un temps record. Ce n’est pas tant qu’il aime le crime, non mais le mystère excite son intelligence au point qu’il en a fait son métier. Silas Lord est le meilleur détective du monde !
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PREMIÈRE PARTIE
THE RIGHT MAN…
1
SILAS LORD ET SON ÉQUIPE
L'homme était grand – un mètre quatre-vingts environ – et légèrement voûté. Il portait un costume de tweed fatigué, mais encore élégant, une chemise de soie gris perle, au devant chiffonné, et un chapeau de feutre souple, bosselé à la diable. Une barbe de plusieurs jours envahissait, jusqu’aux pommettes, son visage maigre et cuivré. La silhouette typique de l’aventurier ! Mais ce qui me frappa le plus, en lui, dès l’abord, ce furent ses yeux clairs, comme délavés, déteints par d’éblouissants midis, son regard d’une étrange fixité, le sourire, enfin, railleur et dédaigneux, qui – on le sentait – devait rarement quitter ses lèvres.
En entendant frapper, j’avais vivement repoussé ma chaise. L'inconnu s’encadra, néanmoins, dans la porte large ouverte, alors que je n’en étais encore qu’à mi-chemin. Il convient d’avouer que j’avais perdu deux ou trois secondes à faire disparaître le cent unième fascicule des et la bouteille de porto dont j’attendais un moment d’oubli.Aventures de Nick Carter
– Pardon, dis-je, mais…
Je restai court. Ma timidité a toujours crû en raison directe de l’assurance d’autrui, et celle de l’inconnu me stupéfiait littéralement.
Sans m’accorder un regard, l’homme au complet de tweed pénétra dans le bureau, le traversa sans hâte et disparut à mes yeux, par la porte du fond. Je l’entendis fureter dans les pièces contiguës, et peut-être l’excès de mon indignation m’eût-il finalement inspiré le courage de l’y suivre s’il n’était revenu sur ses pas, en lançant un appel bref :
– Hep !
L'appartement – l’ex-appartement de M. Papapoulos – fut, aussitôt, envahi par un groupe d’individus qui avaient dû attendre, jusque-là, sur le palier. Ceci était bien fait pour me confirmer dans l’idée d’un guet-apens. Toutefois, l’aspect des nouveaux venus me rassura. À leurs vêtements, on reconnaissait des artisans. Mieux, chacun d’eux offrait un type si accompli qu’on eût dit les porte-drapeau de leurs corporations. Les deux premiers étaient plombier et menuisier, les autres électricien, vitrier, tapissier… et je ne pus m’empêcher de concevoir une secrète admiration – admiration appelée à croître et embellir – pour l’homme étonnant qui avait su réunir, à une heure et en un lieu dits, d’aussi fuyants personnages.
Je fis un pas en avant, puis deux en arrière. Personne ne semblait se soucier de ma présence. Religieusement écouté, l’inconnu au complet de tweed donnait des ordres, d’une voix brève et impérieuse, et, pendant dix bonnes minutes, je n’entendis guère que des formules lapidaires de ce genre :
– Vous m’arracherez cette tapisserie… je veux des placards de là à là… Ici, une vraie cheminée… Au centre de cette rosace : un plafonnier… Vous me flanquerez cette cloison par terre… Quant au petit clocher bleu, là-bas, je tiens à le contempler, de mon bureau, sans attraper un torticolis… Vous élargirez la baie.
Et – nouveau miracle – il y en avait toujours un des cinq – du menuisier, du plombier, de l’électricien, du tapissier ou du vitrier – pour répondre avec humilité :
– Bien, monsieur.
– Je vous donne quarante-huit heures ! conclut l’inconnu d’un ton sans réplique.
Comme il achevait, il se trouva nez à nez – si l’on peut dire – avec les aspidistras dont M. Papapoulos entretenait une véritable plantation et les considéra d’un air courroucé.
Le tapissier intervint :
– Des fois que vous ne tiendriez pas spécialement à ces machins-là, monsieur, je peux les emporter. Voilà des mois que ma femme me tarabuste pour que je lui en achète.
– Ça va bien. Vous les lui offrirez de ma part.
Un bruit de pas se faisait entendre depuis quelques instants dans l’escalier sans tapis. Je tournai la tête vers la porte, juste à temps pour voir apparaître deux nouveaux personnages. Ils n’offraient rien de très remarquable et ma perplexité grandissante m’empêcha, du reste, de leur consacrer beaucoup d’attention. Encore maintenant, je les décrirais malaisément en détail. Vêtus de façon voyante et négligée, ils étaient, tous deux, petits, nerveux et basanés. Mais à cela se bornait leur ressemblance. Pour le reste, on eût dit que la nature s’était complu à les opposer l’un à l’autre. Ainsi, le premier était chauve – le deuxième, exceptionnellement chevelu. Je crois que j’en aurai tracé le portrait le plus fidèle en déclarant qu’on s’attendait à leur voir exécuter, à tout moment, un sketch comique.
Ils entrèrent, naturellement, comme chez eux. Et – naturellement – ils n’eurent pas un regard pour ma modeste personne. Il est vrai que je commençais à m'habituer !
– Eh bien ? interrogea l’inconnu au complet de tweed, dès qu’il les eut aperçus.
– Trüde réclame un nouveau délai, dit le chauve. Il prétend n’être pas en mesure de s’exécuter avant la fin de la semaine. Je lui ai répondu que je vous en parlerais mais…
– Il fallait lui répondre…
Ici, devrait normalement figurer un mot brutal, mais immortel, que je ne saurais prendre sur moi de répéter, de crainte d’effaroucher mes lecteurs.
– Il n’est pas trop tard, du reste ! acheva froidement celui qu’en moi-même je persistais à appeler « l’aventurier ». Faites un saut jusque-là. Et ne revenez qu’avec tout le paquet.
Okay, boss.
Nous les tenons ! dit, à son tour, le chevelu, invité, par signe, à parler. Martel se fait encore un peu tirer l’oreille, pour la forme, mais les deux autres l’auront convaincu d’ici demain. Un seul danger : Benet. Croyez-vous qu’il se douterait de quelque chose si je l’invitais, ce soir, au Paradise ?
– Non. L'idée est bonne. Emmenez Hell et Paula.
Righi ho.