La dame au Cèdre

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Description

Le commissaire passe ses vacances dans le Finistère. Sa petite ville bretonne est perturbée par une histoire de fantôme. Ses apparitions correspondent aux meurtres de certains notables de la ville. L’inspecteur Jaffar Aït Kacem et Samuel Berthier aideront l’adjudant Pensec à résoudre cette étrange affaire. L’enquête se révèlera difficile, jusqu’au dénouement, où le fantastique se mêle étroitement à la réalité.

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EAN13 9782819104537
Langue Français

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Laura Elia LA DAME AU CÈDRE LES ENQUÊTES DE SAMUEL BERTHIER
« Le Code de lapropriété intellectuelle et artistique n'autorisant,aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article L.122-5,d'unepart,que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usageprivé du copiste et non destinées à une utilisation colle ctive » et, d'autrepart,que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illust ration,toute re « présentation ou reproduction intégrale,oupartielle,faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite »(alinéa 1er de l'article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction,parquelque procédéque ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. » ©2019 Les Editions Sharon Kena www.leseditionssharonkena.com
Je demande aux personnes qui croiraient se reconnaître, Ou reconnaître des proches dans le récit de cette histoire, De bien vouloir voir en ce roman une œuvre de pure fiction
Prologue Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6 Chapitre 7 Chapitre 8 Chapitre 9 Chapitre 10
Table des matières
Prologue
Le commissaire Samuel Berthier regarde sa valise, rangée sous son bureau, d’un air ravi. Il s’accorde une énième pause-café en cette fin de matinée froide et venteuse d’avril. Demain, commencent les vacances de Pâques. Enfin, il va pouvoir se reposer et goûter aux plaisirs champêtres de sa petite ville bretonne. Il possède, près de Quimper, dans le village du Guilvinec, une coquette maison à deux cheminées, aux fenêtres cerclées de granit rose. Il en a hérité à la mort de ses parents ; et, son cousin célibataire, Loïc Le Dantec, a accepté d’y habiter et de l’entretenir toute l’année. Dès qu’il le peut, le commissaire va se réfugier dans sa retraite pour profiter de l’air marin, faire de longues promenades, taquiner le goujon, manger des fruits de mer et du poisson à volonté, redécouvrir les livres qu’il n’a jamais le temps de lire autrement, et surtout se détendre. Il voit déjà en pensée son cher Loïc l’attendre à la sortie du train, et le conduire jusqu’à la vieille deux-chevaux, qui les emmènera en ronronnant sur les routes ponctuées de calvaires et d’églises. Il sourit béatement à cette évocation. Bien entendu, il n’a dit mot à personne, même pas à son supérieur, à propos du lieu de sa villégiature. Surtout, règle d’or, ne jamais laisser un numéro de téléphone où l’on puisse être joignable. Le commissariat tourne vraiment au ralenti ces derniers temps. Il regarde d’un œil torve la pendule : onze heures. Encore deux heures à patienter, en espérant qu’un crétin ne déboule pas dans son bureau pour une urgence, et il pourrait enfin prendre le métro pour la gare Montparnasse. Il songe à ce pauvre Jaffar qui, lui, doit continuer la routine. Plutôt beau gosse, il sait jouer de son charme pour glaner des renseignements. De taille moyenne, mais solidement bâti, Jaffar possède des cheveux mi longs, bruns et bouclés, qui encadrent un visage aux pommettes hautes. La pâleur de son teint accentue la profondeur de son regard aux yeux bleus porcelaine frangé de cils noirs. Jaffar est le cadet d’une famille kabyle de cinq enfants. Il est arrivé en France à l’âge de six ans. Il garde en mémoire des souvenirs lumineux de son Algérie natale. Il a grandi dans une cité de la proche banlieue nord parisienne. Déjà tout jeune, il côtoyait les voyous et cherchait à jouer les redresseurs de torts. Son caractère frondeur lui a valu pas mal d’ennuis, de bagarres et une cicatrice à l’arcade sourcilière gauche à la suite d’une rixe au couteau. L’expérience et l’intelligence de Samuel Berthier l’impressionnent. Il le respecte, car, contrairement aux railleries de ses collègues des beaux quartiers qui pensent que Jaffar serait complètement perdu parce que « sorti de sa zone », le commissaire, lui, ne lui en a pas tenu rigueur. Courageux, patient, plus intuitif que raisonnable, il a une prédilection pour l’action et le travail minutieux de recherche indispensable dans toute enquête.
Chapitre 1
Quelques heures plus tard, le commissaire aperçoit son cousin sur le quai de la gare. Il le rejoint bientôt et s’exclame : – L’avantage du TGV, c’est qu’en quatre heures on est arrivé ! Comment vas-tu, Loïc ? Samuel Berthier lui donne une chaleureuse poignée de main et lui tape dans le dos. – Oh, moi, j’ai toujours mes vieilles douleurs d’arthrose qui me font souffrir. Et ce n’est pas avec ce temps de crachin que ça va s’arranger. Viens vite, la Rolls nous attend ! Loïc Le Dantec ouvre le coffre pour y mettre la valise et s’installe au volant. Ils sont à peine sortis de Quimper, qu’il rigole et lance : – Au fait, Sam, notre petite ville est en émoi. Figure-toi que nous avons notre fantôme local. Les deux gardiens, Olivier Menez et Corentin Carradec, ont affirmé avoir aperçu, hier, une apparition étrange entourée d’un halo qui se promenait dans le parc après la fermeture. Il parait que c’est une jeune femme très belle en robe du soir. Moi, je crois volontiers qu’ils ont dû forcer sur le chouchen. – Tu sais ce que je pense de toutes ces foutaises ! s’exclame le commissaire. Je suis certain que tu as raison, mais raconte-moi les détails, histoire de passer le temps du trajet. – Eh bien, voilà. Olivier l’a vue arriver de loin. Elle se dirigeait vers le jardinet du cèdre. Il a prévenu Corentin, qui justement devait cadenasser les grilles. Elle était assise sous l’arbre, un livre à la main. Corentin l’a interpellée pour lui signifier que le parc allait bientôt fermer. À sa grande stupéfaction, elle a feint de ne pas l’entendre. Son habillement l’a surtout surpris. Les soirées sont fraîches, et elle ne semblait pas souffrir du froid. Elle portait une longue robe d’un vert émeraude et une étole en soie argentée. Il a haussé les épaules en pensant que ce devait être encore une touriste excentrique. Lorsqu’il est revenu pour verrouiller l’entrée du jardinet, la femme avait disparu. Le plus étrange est qu’Olivier a juré sur la bible qu’il ne l’avait vue sortir par aucune des entrées. Bien sûr, toute la ville ne parle plus que de ça ! Comme la plupart des commères et des gars sont superstitieux, ça m’étonnerait qu’ils aillent se promener dans le parc la nuit tombée pour y rencontrer le fantôme. – Je crois qu’ils ont inventé cette fable pour effrayer les bigotes, rigole Samuel. – C’est bien possible ! De la part d’Olivier, en tous cas. Ce qui me gêne, c’est plutôt Corentin, qui croit volontiers à toutes ses fadaises. – Eh alors ! Il s’est certainement prêté au jeu, afin de rire un bon coup ou de trouver le temps moins long. – Peut-être. – De toute façon, ce n’est pas cette histoire de fantôme qui va me gâcher mes vacances ! – Pour sûr ! Ah, nous voilà bientôt arrivés, on vient de dépasser le calvaire de la Vierge. – Dis-moi, la pêche est bonne en ce moment ? – Ça grouille ! J’y suis allé la semaine dernière et j’ai ramené un cageot entier de goujons. – Qu’est-ce que tu nous as préparé pour ce soir ? – Je me suis souvenu que tu adorais la bouillabaisse. – Ah, chouette ! s’exclame le commissaire en poussant un soupir d’aise.
*** Le lendemain matin, le commissaire décide de faire une petite balade jusqu’au port pour acheter des tourteaux, des bulots et des crevettes grises. Il constate qu’un des pêcheurs ne manque pas d’humour. Il a exposé un cageot vide, qui porte une étiquette où l’on peut lire : « Pêche Fantôme » À la boulangerie, les cancans vont bon train. Certaines de ses connaissances le saluent brièvement pour reprendre avec ardeur leurs bavardages. Sur le chemin du retour, il décide de passer par le parc. À sa grande surprise, il n’y a pas d’attroupements ni de curieux. Il entreprend de faire le tour du domaine. Il aime particulièrement le lieu qu’a choisi le fantôme. Le jardinet coquet, fermé par une grille, est comme un écrin où le cèdre du Liban trône majestueusement. Petit garçon, il a joué dans le parc avec ses copains, adolescent, il a donné des rendez-vous amoureux dans le jardin du cèdre. Lorsqu’il se sentait trop seul ou qu’un souci le tracassait, il allait régulièrement s’allonger sous le conifère. Il y méditait quelque temps, et repartait plus serein. Aujourd’hui, il n’en éprouve pas le besoin. Il va s’asseoir sur un des bancs de l’aire de jeu. Cet endroit-là ne changerait jamais. Des enfants, emmitouflés dans des anoraks avec écharpes et bonnets, escaladaient le toboggan, la cage à poules, ou se poursuivaient à travers les dédales d’un petit labyrinthe composé de genêts et de bruyères. Les mères les surveillaient tout en papotant entre elles. Samuel Berthier n’a pas besoin de tendre l’oreille pour comprendre qu’elles parlent du fantôme. Il ne les écoute pas, perdu dans ses rêveries. Il revoit le petit garçon blond de huit ans qu’il était. Les yeux bleus, vifs, comme l’éclair, le corps robuste, toujours prêt à se bagarrer gentiment avec ses copains. Il avait un ennemi pourtant, Jean Le Goulven. Ils étaient tous les deux épris de la petite Marine aux longs cheveux de jais. Comme il lui semblait merveilleux cet amour platonique et tellement romantique. Jean était jaloux parce que Marine lui préférait nettement Sam. Alors, il cherchait tout le temps la bagarre. Madame Berthier se plaignait souvent qu’elle n’avait jamais assez de mercure au chrome pour soigner les genoux écorchés et les griffures de son fils. Il se souvenait d’une dispute mémorable. C’était le jour où la petite Marine s’était élancée pour lui faire un énorme bisou. Un peu surpris et surtout déséquilibré, il avait voulu éviter une chute en la saisissant à bras le corps pour lui rendre son baiser. Ce faisant, il avait, sans le faire exprès, relevé un peu les jupes de son amoureuse. Jean, qui bien entendu avait tout vu, fondit sur lui comme une buse. Il avait écarté rageusement les deux enfants et commencé à le rouer de coups. En le frappant, il l’avait traité de « sale juif », « dégoûtant », « satyre », et autres insultes véhémentes. Samuel avait été tellement surpris par ces accusations qu’il en était resté interdit, incapable de se défendre. Quand un choc plus fort l’avait atteint à la tempe, il en avait vu trente-six chandelles et s’était rappelé que Marine les regardait. Alors la rage s’était emparée de lui et il avait rendu les coups avec une telle force que Le Goulven s’était enfui en criant qu’il allait chercher du renfort. Il émet un sourire triste au souvenir de Marine, parce qu’il boitait légèrement à l’époque, et qu’elle avait peur que Jean et ses copains ne lui fassent encore plus mal. Il avait répondu avec assurance : – T’inquiète pas. Moi aussi, j’ai ma bande ! Et puis, tu sais, je n’ai besoin de personne pour lui donner sa raclée à ce grand con. Il est jaloux comme une teigne. Marine avait déclaré avec gravité :
– Il a raison. C’est toi que j’aime, Sam. Et elle avait ajouté un peu timidement : – Pour la vie. Comme il était heureux. Il ne sentait même plus ses douleurs. Comme c’était beau, l’enfance ! Dommage que ça ne dure pas plus longtemps. Il sourit en revivant mentalement la rencontre mémorable d’Anne et de Marine. Ils étaient sur la plage avec Marine et des copains, occupés à faire un magnifique château de sable. Les garnements de la bande de Jean les observaient de loin. Ils attendaient impatiemment de pouvoir détruire l’œuvre, à grands coups de pieds rageurs, quand les enfants seraient partis. Les amis de Sam avaient cependant décidé que seule la mer envahirait l’édifice, le soir tombé. Anne était une petite fille issue d’une famille bourgeoise qui, ce jour-là, s’installait sur la plage pour profiter du soleil. Elle mourrait d’envie de rejoindre les enfants qui construisaient...