La Maison de l'Escalier

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133 pages
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Quand le passé nous rattrape...


Cyril Laudier n’en finit pas de payer les conséquences de sa jeunesse tumultueuse : un ancien complice de ce petit voyou repenti a fait le serment de le tuer et, depuis dix ans, il n’a cessé de fuir et de se cacher.

La « maison de l’escalier » qu’il découvre par hasard lui fournit enfin un refuge provisoire. Mais pour combien de temps ? Une jeune fugueuse poursuivie par un oncle sans scrupules, des malfrats déguisés en faux policiers acharnés à retrouver un magot disparu, une indiscrétion inattendue de paparazzi sur les traces d’une vedette de la télévision, voilà quelques péripéties qui risquent fort de troubler sa retraite.

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EAN13 9782368324578
Langue Français

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La Maison de
l’Escalier
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Florence LEVET
La Maison de
l’Escalier
Roman
Lt un timbre strident, insistant, quie téléphone se mit à sonner. Le vieil appareil avai résonnait dans le silence de la nuit. Le jeune homm e tâtonna sans allumer la lumière, il n’était pas pressé de décrocher, il savait ce qu’il allait entendre. Ce coup de fil, il l’attendait depuis dix ans, il avait eu tout le tem ps de se faire à l’idée, tout le temps de s’y préparer, c’était une de ces choses inéluctable s dont on ne sait exactement quand elles vont vous tomber dessus et qui sont là, dans l’ombre, prêtes à surgir à tout instant, de préférence au moment où on a tendance à les oublier un peu, juste un nuage, une menace, imprécise mais bien réelle, qui se matérialise d’un coup. Il saisit le combiné en se redressant sur l’oreiller.
« — Oui ?
— C’est toi, Cyril ?
— C’est moi, oui.
— Dany sort aujourd’hui. Il va sûrement débarquer c hez moi dans les heures qui viennent.
— Tu lui as dit que j’étais ici ?
— Je ne lui ai rien dit du tout. Mais je ne suis pa s le seul à savoir.
— Corinne ?
— C’est elle qui m’a prévenu, il y a cinq minutes.
— Cinq minutes ? Mais quelle diable d’heure est-il ?
— Deux heures du matin… Avant, elle n’était pas seu le, tu comprends.
— C’est elle qui t’a demandé de m’appeler ?
— Bien sûr que non ! Pour elle, tu es mort, tu le s ais bien.
— Mort, oui, en quelque sorte.
— En tout cas, moi, si j’étais toi, je ne resterais pas là à attendre.
— Je sais ce que j’ai à faire.
— Je ne peux plus rien pour toi.
— Je m’en doute. Merci quand même pour tout le rest e. Je t’appellerai peut-être un jour.
— Moins j’en saurai sur toi, mieux ça vaudra. Je ne veux pas d’ennuis, à présent. Juste un mot de temps en temps, que je sache que tu es toujours vivant, ça suffira.
— Je comprends… Salut, Max ».
Une voiture passa dans la rue, ses phares balayèren t le plafond, zébrant la vague lueur orangée, diffusée par les réverbères, qui fil trait à travers les persiennes. Le garçon reposa le récepteur à l’aveuglette et resta quelques secondes immobile. Sa compagne se retourna dans le lit en soupirant, une bouffée de sa chaleur et de son parfum lui parvint.
« — Qu’est-ce que c’était ?
— Rien, dors ».
Il se leva, rejetant les couvertures. Les yeux de l a jeune femme, habitués à la pénombre, distinguèrent un instant, dans l’encadrem ent de la fenêtre, la longue silhouette de son corps nu.
« — Où tu vas ? ».
Il se pencha pour ramasser ses vêtements sur la moq uette et commença à s’habiller.
« — Hé, réponds-moi, où tu vas ?
— Nulle part.
— Qui c’est, cette Corinne ?
— Un fantôme ».
Elle alluma brusquement la lampe, au moment où, tor se nu, il s’asseyait au bord du lit pour lacer ses souliers. La lumière le fit clig ner des yeux.
« — Mais enfin, qu’est-ce que tu fais ?
— Je pars.
— Tu pars ?
— Oui, pour de bon.
— Cyril… ».
Elle le fixait, incrédule, étudiant son profil penc hé tandis qu’il se chaussait, la mèche noire qui lui retombait sur le front, les paupières baissées, l’ombre des cils sombres sur sa joue maigre.
« — Tu ne peux pas… ».
Pourquoi s’entêtait-elle à protester ? L’écoutait-i l seulement ? Il se releva et sortit de la pièce, elle l’entendit ouvrir le placard de l’en trée et, cette fois, elle n’eut pas à l’interroger, elle sut tout de suite ce qu’il était allé chercher : le sac, tout au fond, dont il lui avait dit un jour qu’il pourrait en avoir besoi n à tout moment et qu’elle ne devait le toucher ni le déplacer sous aucun prétexte. Bien sû r, en son absence, elle n’avait pas pu résister à la curiosité de l’ouvrir et, ce faisa nt, elle se jouait le personnage de la femme de Barbe-Bleue, elle s’était attendue plus ou moins consciemment à découvrir là quelque secret terrible et mystérieux, mais son inventaire avait finalement été pour
elle bien décevant, il ne lui avait rien révélé que de très banal, un peu de linge et un pantalon de rechange, plus ou moins usagés, un néce ssaire de toilette réduit au strict minimum, deux ou trois livres à bon marché et un vi eil harmonica, et enfin, sous tout le reste, un porte-cartes contenant quelques photograp hies anciennes représentant des gens inconnus d’elle ainsi que, plus intéressante, une grosse liasse de billets de banque qui devait représenter le plus clair des éco nomies de son propriétaire. « Etait-ce de cette somme qu’il estimait avoir besoin d’un jour à l’autre ? », s’était demandé la fouineuse, puisque cette manne lui était apparue co mme constituant le seul élément de valeur dans ce ramassis de vieilleries. Mais, à pré sent, elle saisissait intuitivement que ce qu’elle avait eu entre les mains était tout bonn ement un bagage, un viatique, un « au cas où », réuni de longue date pour un voyageur con traint à un départ précipité, et pas seulement une cachette commode pour une réserve d’a rgent. Et elle commençait à avoir peur de comprendre que l’homme qui avait part agé sa vie depuis près de trois ans, du moins en apparence, était en train d’en sor tir d’une façon aussi soudaine et aussi simple qu’il y était entré.
Il revint auprès d’elle. Il avait déjà enfilé son b louson de cuir par-dessus le pull-over noir qu’il portait à même la peau et tenait à bout de bras le léger sac à dos en nylon. Il ne lui avait pas fallu plus de cinq minutes pour se préparer depuis qu’il avait raccroché le téléphone. Il s’assit au bord du lit, tira de sa poche son trousseau de clefs et le posa sur la table de chevet à côté de la lampe.
« — Tu ne prends pas la voiture ? », s’étonna-t-elle.
« — Non.
— Et quand est-ce que tu reviens ?
— Je ne reviendrai pas… Ecoute-moi bien, Muriel. Tu te souviens, la première fois où je suis venu ici, je t’ai dit que je ne pouvais pas m’engager avec toi parce que, tôt ou tard, il y aurait un jour où il faudrait que je te quitte. Tu t’en souviens, n’est-ce pas ?
— Oui…
— Mais tu ne m’as pas cru, c’est ça ?
— Je pensais…
— Eh bien, ce jour-là est arrivé. Tu comprends, maintenant ?
— Emmène-moi.
— Ce n’est pas possible.
— Mais où est-ce que tu vas ?
— Je te l’ai dit : nulle part, je ne le sais même p as encore moi-même. Il y a certainement des gens qui vont venir te le demander . Tu auras juste à leur dire ce qui s’est passé cette nuit, que j’ai reçu un coup de té léphone et que je suis parti, et que tu ne sais rien d’autre. Et il vaut mieux, d’ailleurs, pour toi comme pour moi, que tu n’en saches pas plus.
— Mais je te reverrai, tout de même ? ».
Il ne dit rien, nia en tournant la tête. Elle l’agrippa par le bras.
« — Reste, ne t’en va pas ».
Il eut un petit sourire triste. « Bien sûr », pensa -t-il en un éclair, « bien sûr, je pourrais rester et attendre mes assassins et sans doute, si je t’aimais assez, Muriel, je le ferais ; mais la seule femme que j’ai aimée, je suis déjà mo rt pour elle… Alors, c’est tant pis pour toi ».
« — Ne me retiens pas », dit-il simplement.
Il se pencha, effleura ses lèvres des siennes. Elle perçut, l’espace de quelques secondes, la légère odeur de cigarette qui s’accroc hait à ses vêtements, et, plus intime, celle de sa peau, au moment où elle se pendait à so n cou. Il faillit basculer avec elle sur le lit, appuya un peu plus son baiser et, alors qu’elle le lâchait pour glisser ses mains dans son pull, il s’arracha à elle, se releva d’un coup de reins. En quelques pas silencieux, il traversa la moquette, elle entendit la porte se refermer derrière lui. Et elle sut qu’elle l’avait définitivement perdu.
Chapitre I
En quittant l’immeuble Cyril Laudier jeta un regard vers son taxi garé au bord du trottoir. Et ce fut seulement à ce moment-là qu’il prit conscience du caractère irrémédiable de ce qu’il venait de faire.
Ce n’était pas seulement son logis qu’il laissait d errière lui, il ne sortait pas simplement de la vie de Muriel, il ne faisait pas q u’abandonner son outil de travail, il venait de tirer un trait sur les dix dernières anné es de son existence et, au-delà, de renouer avec un passé qu’il avait espéré, au fond d e lui, ne jamais voir le rattraper. Si certains, après avoir bâti leur vie, repartent en q uête de quelqu’un ou de quelque chose laissé en arrière avec l’idée de retrouver leurs ra cines, lui, au contraire, se trouvait contraint de fuir, de fuir un homme qui avait juré qu’il aurait un jour sa peau. Cette dette, il avait toujours su qu’à un moment ou à un autre i l faudrait la payer, la vie lui avait bien appris, et de bonne heure, que toute erreur, même m inime, emportait nécessairement, tôt ou tard, des conséquences désagréables. Donner son argent ou son temps, il eût été tout prêt à le faire, et sans compter, mais c’é tait de son sang qu’il s’agissait et, malgré les épreuves qu’il avait traversées, il n’ét ait pas encore assez las de l’existence ni assez résigné pour renoncer à tout.
La rue était déserte. Qui aurait pu, d’ailleurs, av oir l’idée de circuler à pied, à cette heure de la nuit, dans ce dédale de venelles d’un q uartier excentré de Bordeaux, loin du port et des zones d’activité de la ville ? La ch aussée lui semblait résonner sous ses pas, comme s’il se déplaçait dans un décor vide, im pression encore accentuée par la légère brume qui ajoutait à la scène une touche d’i rréalité. Certes, le jeune homme aurait pu utiliser la voiture pour sortir de l’aggl omération, voire pour parcourir une certaine distance, mais cela n’aurait fait que reta rder le problème, il lui aurait de toute façon bien fallu en fin de compte l’abandonner, et il aurait risqué, ce faisant, de donner une indication sur l’orientation de sa fuite, sans compter qu’on aurait pu le soupçonner d’avoir voulu détourner ce qui avait été jusque là son outil de travail quotidien. Le matin, lorsque son employeur s’étonnerait de son absence, il téléphonerait à Muriel. Mais Cyril la connaissait assez pour savoir qu’elle n’aimait p as se créer d’ennuis inutiles, elle en dirait le moins possible, qu’il avait été appelé po ur une affaire personnelle, qu’il avait été obligé de s’absenter précipitamment, qu’elle ne savait pas où le joindre. On viendrait récupérer la voiture, dans quelques temps on lui trouverait un remplaçant, la vie reprendrait son cours, sans lui.
Prendre le bus, le train ou l’avion lui faisait enc ourir les mêmes inconvénients, il se trouverait toujours quelqu’un pour se rappeler l’av oir vu monter dans un moyen de transport quelconque ou avoir voyagé avec lui, trop de gens le connaissaient, au moins de vue, depuis qu’il conduisait son taxi dans les r ues de la ville. Il ne devait rien laisser au hasard, il ne pouvait se permettre la moindre er reur, surtout dès le départ, c’était là
que tout se jouait. Non, dans l’immédiat, une seule solution s’offrait à lui : marcher, marcher aussi loin que ses jambes le lui permettrai ent, en empruntant des petites routes, des petits chemins, et en s’écartant des li eux fréquentés et de la foule. Il devait, en quelque sorte, quitter la ville sur la pointe de s pieds. Ainsi, l’on perdrait sa trace dès l’instant où il avait franchi la porte de l’immeubl e de Muriel, on ne pourrait savoir quelle direction il avait empruntée, quel itinéraire il av ait suivi, on pourrait penser tout aussi bien qu’il avait cherché refuge auprès d’un de ses anciens amis ou choisi l’exil à l’étranger, il avait pris assez de précautions pour préparer cette échappée dans ses moindres détails pour ne pas se permettre le risque de tout gâcher au dernier moment. Il ne laissait rien derrière lui qui pût donner le plus petit indice sur son objectif. Il y avait bien longtemps qu’il y avait pensé, longtemps qu’il avait pris l’habitude d’effacer ses traces, au fur et à mesure que le temps passait, c’ était devenu chez lui une sorte de réflexe, longtemps aussi qu’il avait confectionné u n bagage qui lui permît, en cas d’alarme, de quitter les lieux, à quelque moment qu e ce fût, en moins d’un quart d’heure.
Dès ce soir, sans doute, Daniel allait partir en ch asse, faire le tour de ses relations passées et présentes, chercher à savoir par tous le s moyens ce qu’était devenu son ancien équipier, entraînant même peut-être Corinne dans son sillage. Tôt ou tard, ils arriveraient jusque chez Muriel. Max n’en dirait pa s plus qu’il ne fallait, on pouvait lui faire confiance. Mais les autres ?
Cyril hâta le pas. Après tout, ce n’était pas la pr emière fois dans son existence qu’il coupait les ponts derrière lui sous la menace. Dix ans auparavant, déjà…
*
Il avait dix-sept ans alors. Seul, il était assis a u volant d’une voiture volée qui stationnait, moteur en marche, à quelques mètres de l’entrée d’une agence de la Société Générale, où ses deux camarades perpétraien t un hold-up qui semblait tourner au massacre à en juger par les deux coups de feu qu i venaient de retentir, tandis que toutes les forces de police des environs étaient en train de converger vers lui.
L’alarme s’était déclenchée, on l’entendait hurler à l’intérieur, mais personne ne sortait, quelqu’un avait peut-être actionné le verr ouillage automatique des portes. Que pouvait-il faire ? Se porter au secours de Daniel e t de David était exclu, demeurer inactif dans l’attente de la venue des forces de l’ ordre était une pure stupidité, il ne lui restait qu’une seule possibilité, démarrer et s’élo igner en vitesse.
Mais, au moment où le premier gyrophare bleu appara issait derrière lui dans le lointain, ses deux acolytes avaient enfin fait leur apparition. David courait devant, portant le sac où ils étaient censés avoir entassé leur butin, Daniel couvrait leur retraite en brandissant son revolver. Tout s’était alors jou é en quelques secondes, un vigile armé était sorti sur leurs talons et, au moment où David jetait son fardeau sur la