La Traversée

La Traversée

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195 pages

Description

Il vient de Sydney. Il a conçu et fabriqué un nouveau piano. Cet instrument au son merveilleux et inédit pourrait intéresser l’Europe. La Traversée ou l’improbable odyssée d’un homme des Antipodes venu vendre un piano australien … à Vienne. Un roman mordant et jubilatoire de Murray Bail, l’un des plus remarquables auteurs de fiction australiens contemporains.

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Ajouté le 10 avril 2013
Nombre de lectures 6
EAN13 9782330020798
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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“ETTRES DES ANTïPODES” sérîe dîrîgée par Oîvîer Espaze et Martîna Wachendorf
E POïNT DE VUE DES ÉDïTEURS Accoudé au bastîngage du porte-conteneurs quî e ramène à Sydney, un homme regarde s’éoîgner ’Europe, aîssant îbre cours à ses pensées. ï y a queques jours encore, Frank Deage se trouvaît à Vîenne où î étaît venu présenter sa der-nîère créatîon : un pîano révoutîonnaîre au son pur et îné-dît, conçu et abrîqué en… Austraîe. Sa mîssîon commercîae sur e Vîeux Contînent n’est guère une réussîte. a capîtae autrîchîenne est saturée de musîque. Chaque saon possède déjà son pîano et son buste de Beethoven. Maîs Deage a éveîé ’întérêt des très ortunés von Schaa, une amîe de ’éîte vîennoîse : mère et Ie ont mîs un zèe partîcuîer à uî aîre découvrîr tant es charmes de a vîe que eurs propres attraîts. Au gré d’aers-retours vîrtuoses entre e pont du navîre et es saons ambrîssés d’une Vîenne pus antasmée que réee, nous sont aors restîtuées, dans une magnîIque Luî-dîté, a ente navîgatîon vers ’autre côté de a terre, a naîssance d’un possîbe amour et es couîsses d’un Iasco annoncé. Par ce portraît d’un homme écarteé entre deux emmes et tîraîé entre ’Ancîen et e Nouveau Monde, Murray Baî poursuît, avec maestrîa et dérîsîon, son exporatîon de ’îdentîté austraîenne.
MURR AY BAï
Né à Adélaïde en 1941, Murray Bail vit actuellement à Sydney. Il est l’auteur de deux recueils de nouvelles et de cinq romans. Traduite en vingt-cinq langues, son œuvre lui a valu de nombreuses distinctions, dont les prestigieux Commonwealt Writers’ Prize et Miles Franklin Literary Award en 1999. a Traverséeest son troisième roman traduit en français.
DU MÊME AUTEUR
o EUCALYPTUS, Robert afont,  ; / n . LES PAGES, es Ausîs, .
Tître orîgîna : he Voyage Édîteurs orîgînaux : Text Pubîshîng, Mebourne,  Macehose Press / Quercus Edîtîons td, ondres,  © Murray Baî, 
©ACTES SUD,  pour a traductîon rançaîse ïSBN----
MURRAY BAï
a Traversée
roman traduît de ’angaîs (Austraîe) par Patrîce Repusseau
ACTES SUD
e traducteur remercîe Gabrîe Mere pour son aîde précîeuse.
Ce n’étaît pas tant un départ précîpîté de ’Europe qu’un ent retour à Sydney. Au îeu de sauter dans un avîon, ce quî auraît été pus acîe, Deage avaît choîsî de revenîr en bateau, pas ’un des meîeurs îners de a P & O, un porte-conteneurs, chargé de pîes de rectanges bîgarrés aux coueurs passées, quî reâ-chaît dans une demî-douzaîne de ports avant d’arrî-ver à destînatîon. Sur eRomance– c’étaît e nom du navîre– î s’étaît îmagîné trouver e sîence. Pas un sîence absou : e abrîcant spécîaîste qu’étaît Deage savaît mîeux que personne qu’un son queconque, ût-î împerceptîbe, même un écho, subsîstaît tou-jours queque part. ï n’y auraît que cînq autres pas-sagers payants, ce quî représentaît pour Deage ’un des attraîts du voyage. Un prêtre, censé monter à bord à a Spezîa, avaît annué. Deage auraît une cabîne à uî. À part un “Bonjour!” et un “Mercî” de oîn en oîn, î aspîraît, après ce qu’î avaît enduré, à trente-troîs jours de paîx sans avoîr à parer de uî nî à échanger sérîeusement avec personne. a pu-part des choses ne mérîtent pas qu’on en pare, et on contînue pourtant à en parer. Ce quî est dît est une versîon moduée de ce quî a déjà été dît (à maîntes reprîses). Dès ’înstant où Deage posa e pîed sur
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e so européen et se mît à parer ou à bonîmenter, î se rendît compte que sa voîx ne aîsaît qu’ajou-ter à ce quî étaît à depuîs ongtemps. es arbres sombres, es rues et es bouevards, es vêtements que portaîent es gens et es expressîons que dessî-naîent eurs bouches, même ’aîr qu’îs respîraîent étaîent veus ou voîés par ’accumuatîon des mots, cet encombrement quî Igure a assîtude du monde. On auraît pensé qu’îs auraîent pu s’întéresser aux opînîons d’un étranger, venu de ’autre côté de a terre, îttéraement des antîpodes. Maîs non, pas vraî-ment – et pourtant, dégagé du poîds de a tradîtîon, e Nouveau Monde avaît souvent par e passé pro-duît méthodes înédîtes et soutîons nouvees. Non, îs manîestaîent peu d’întérêt ou n’en montraîent pas du tout, préérant ne pas bouger d’un pouce. À Vîenne en partîcuîer, à presque tout ce qu’î dîsaît, ces êtres exceptîonneement soîgnés et împacabes, au hâe presque surnature pour avoîr récemment skîé dans es Apes sans doute, quî juraît presque avec eurs cheveux argentés, sourîaîent împerturbabe-ment, et même certaîns d’entre eux – es emmes – e Ixaîent de eurs yeux beus et se mettaîent à rîre. Ces gens connaîssaîent eur Mozart, eur Beetho-ven, eur Brahms. Combîen de oîs avaîent-îs bîen pu entendre a “Jupîter” ? Strauss passaît chez eux jouer du pîano dans eur saon ambrîssé. Désîn-votes, presque dédaîgneux, îs n’aaîent pas tarder à évoquer des anecdotes personnees concernant e pauvre Schoenberg. a Ie de ’un d’entre eux, Eî-sabeth, rencontrée à unesoirée– son angaîs étaît
 es mots en îtaîque suîvîs d’un astérîsque sont en rançaîs dans e texte orîgîna.
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exceent – après ’avoîr conduît e endemaîn aprèsmîdî dans une rue derrîère a cathédrae, e It entrer dans ’appartement où Mozart avaît composé, entre autres,Les Noces de Figaro. En montant au premîer étage, Frank Deage prît conscîence que es pîeds de Mozart avaîent vraîment gravî ces marches, quî étaîent très usées. Occupées par de rares meubes ra-gîes, es pîèces aux parquets ort bruyants n’auto-rîsaîent es vîsîteurs à voîr rîen de pus que ’espace que Mozart et sa amîe habîtaîent, et a vue de a rue qu’î apprécîaît sans aucun doute de a enêtre prîncîpae. Au grand étonnement de Deage, Eî-sabeth n’étaît jamaîs venue dans cet endroît. Née à Vîenne, ee baîgnaît donc dans a musîque depuîs a naîssance. Dans sa amîe, a amîe von Schaa, tout e monde en écoutaît, en jouaît et battaît a mesure en hochant a tête ; natureement, ee sup-posaît que uî aussî étaît saturé de musîque, comme tout un chacun à Vîenne. a nature même de son înventîon sîgnîIaît qu’î ne pouvaît aîre I de ’Europe, une “panche de saut”, comme avaît dît ’un de ses învestîsseurs en opînant, ’aîr grave. Et, à en juger par es crîtères commercîaux normaux, on ne pouvaît guère qua-îIer de succès son assaut des remparts de a vîeîe Europe. ï avaît au moîns espéré mettre un pîed dans a pace ; maîntenant, avec Vîenne et ’éventuaîté de Berîn derrîère uî, î n’étaît même pas certaîn d’y être parvenu. ï se dîsaît déjà qu’î uî audraît peut-être revenîr ! Dans ce cas ou même dans e cas contraîre, î avaît prîs a décîsîon de moîns parer. C’étaît une chose qu’î avaît apprîse des împacabes Autrîchîens, aînsî que des Aemands, d’aîeurs. ï y avaît un probème avec es gens quî n’arrêtaîent pas
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de parer. oîn de chez eux, es Austraîens aîment se montrer bavards, non que quîconque, îcî comme aîeurs, pense ou s’întéresse à ce qu’îs racontent. uî-même n’étaît pas quequ’un de oquace, pas en temps norma, maîs en Europe î avaît bîen au se débrouîer pour aîre avancer es afaîres avec es gens du cru. Avec Eîsabeth, î n’avaît pas une seue oîs mentîonné e mot “pîano”. Après e musée Mozart, îs aèrent dans un caé derrîère a cathédrae, où ee para de sa amîe, es von Schaa, comme s’î es connaîssaît, accordant à son père une împortance înquîète. En aît, tout bîen consîdéré, c’étaît ee quî avaît paré a pupart du temps. De son côté, Deage It un portraît de sa sœur de Brîsbane quî, uî apprît-î, tééphonaît souvent troîs, quatre oîs par jour. Ee jacassaît îndéInîment pour ne rîen dîre, ou bîen pour se paîndre d’une sîtuatîon quî uî échappaît totae-ment, par exempe e temps anormaement humîde pour a saîson, ou aors ee sîgnaaît des progrès dans a mîssîon qu’ee s’étaît assîgnée, bîen que cea ne a regardât nuement : essayer de uî trouver une emme, ou, pour a cîter, une “épouse potentîee”. “Ma sœur est une papoteuse învétérée. À mon avîs, ee a des probèmes psychoogîques. ï aut qu’ee débae tout dans es moîndres détaîs. Ee a besoîn de s’entendre parer”, expîqua-t-î, aors qu’îs venaîent de quîtter e Graben, dans a vîe même où tout avaît commencé, dans une maîson de a Berggasse, en posîtîon semî-horîzontae : ’întermînabe phrase quî conIe es secrets. “ï est évîdent qu’ee a un pro-bème”, poursuîvît-î, vouant se rotter es yeux, bîen qu’î sût que sa sœur étaît paraîtement normae. “Ee vous racontera absoument tout ce quî uî passe par a tête. Nous ne nous ressembons pas du tout.” S’îs
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