//img.uscri.be/pth/2d34d6b8fb6bfc68b5eb1307650782566fba99bb
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Le Cannibale de Nice

De
26 pages

Pour terminer ses vacances aoûtiennes, la commissaire Langsamer fait une dernière étape à Nice. Malheureusement, y sévit au même moment un terrible tueur cannibale. Appelé en renfort par un ancien collègue et aidé de sa nièce, Langsamer va, encore une fois, contribuer à trouver et arrêter les coupables.





Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

couverture
Jean-François Pré

Le Cannibale de Nice

images

Joachim Crest jouait de son physique. Brun aux yeux très noirs avec une barbe de trois jours soigneusement entretenue, il plaisait aux femmes. À toutes les femmes. Son visage aux traits harmonieux, son nez fin et ses lèvres sensuelles avaient raison des romantiques. Sa haute stature et son corps d’athlète faisaient plier les sabines.

La fille n’appartenait à aucune de ces catégories. Toutefois, pas plus que les autres, elle n’avait su résister au charme de Joachim. D’autant moins qu’avec son physique disgracieux, les occasions de « se faire » un beau mec étaient plutôt rares. Très vite, elle avait proposé son appartement. Un coquet deux pièces qui donnait sur la Promenade des Anglais, au niveau de la place Masséna. Elle ne s’était pas étonnée de le voir monter avec une petite valise dans laquelle il disait garder des documents importants. Pas davantage n’avait-elle trouvé étrange qu’il ne se séparât jamais d’un curieux parapluie de forme concave. En août à Nice, les averses se faisaient plutôt rares.

Dans ce genre de situations, quand une fille, que la nature avait exclue de ses bonnes grâces, avait la chance de séduire un aussi bel homme, les phéromones annihilaient toute rationalité.

Quand commencèrent les jeux de l’amour, Crest refusa de se dévêtir. Il voulait voir la fille le faire avant lui. Se croyant belle aux yeux de cet homme, elle perdit totalement le sens des réalités. Alors, commença un strip-tease dévoilant des lignes anguleuses, que n’importe quel spectateur eût trouvé indécent. Assis devant la fille, Crest fit mine d’y prendre du plaisir. Enivrée de désir, elle adopta une posture lascive censée déchaîner le plus flegmatique des partenaires. Mais Crest ne bougeait pas, arborant un sourire de gravure de mode. Quand la fille fut entièrement nue, il se leva et se plaça derrière elle, corps contre corps, bassin contre bassin. Le ventre en feu, elle ne put bientôt plus respirer, à cause du sac plastique qui lui recouvrait le visage.

Quand il se fut assuré de la mort clinique, Crest enleva le sac et le remit dans sa poche. Il allongea la fille sur le dos, ouvrit sa mallette, saisit des gants de chirurgien qu’il enfila avec une précaution jouissive. À cet instant seulement, son regard noir s’illumina. Il dégoupilla son curieux parapluie qui faisait office de fourreau et en sortit un sabre à la lame étincelante qu’il effleura du bout des doigts, un sourire aux lèvres. Il écarta les jambes de la morte, plaça le bout de la lame au niveau du clitoris, côté tranchant vers le haut, l’enfonça lentement et remonta d’un coup vers le sternum, déchirant le ventre en deux parties, comme on décachète une enveloppe.

L’opération n’excéda pas une dizaine de secondes.

Ensuite, il prit dans sa valise une petite trousse noire qui s’ouvrait en deux, un nécessaire de chirurgie, et une boîte isotherme remplie de glace pilée. Il s’empara de quelques pinces, d’un scalpel et d’une paire de ciseaux. Puis, en expert maître de sa besogne, sans avoir besoin de fouiller dans les viscères de la fille, il sectionna le foie dans les règles de l’art, le sortit avec précaution du magma sanguinolent, le posa délicatement dans la boîte, la referma, la replaça dans la valise avec les gants maculés de sang qu’il avait pris soin d’enfouir dans une pochette, saisit le sabre parapluie et sortit de l’appartement.

*

Quand Georges Langsamer débarqua à la gare de Nice, il était de fort méchante humeur. Depuis Marseille, il avait dû subir les vagissements d’un nouveau-né, scie hurlante qui avait tranché sa douce somnolence et mit ses nerfs à vif. « À quoi bon s’offrir des premières si c’est pour voyager dans ces conditions ? » avait-il maugréé en descendant du train. C’est sûr que l’avion était plus pratique, avec une navette toutes les heures… mais rien à faire, la phobie de l’envol annulait l’évidence matérielle chez le vieux commissaire à la retraite.

Georges sortit de la gare en tirant sa valise à roulettes. Le dos voûté, la mine des mauvais jours. Autour de lui, que des visages hostiles ! Ça parlait russe, italien et que sais-je encore, ruminait-il en cherchant d’une oreille vaine l’accent anisé des personnages de Pagnol. Il faisait une chaleur étouffante. Dehors, des travaux et leur inévitable conséquence : embouteillages parfumés de diesel. Le marteau-piqueur, entrecoupé de klaxons, avait remplacé les cris stridents du nourrisson. Le Niçois klaxonnait pour un rien. Georges sursautait à chaque fois, en jurant.

Les gros titres des journaux, sur le présentoir d’un kiosque, détournèrent son attention. « Le cannibale de Nice » occupait presque toutes les unes avec ces quatre mots qui étiraient leur morbidité sur la longueur de la page. Langsamer trouvait ce jeu de mots (cannibale… carnaval) d’assez mauvais goût, même s’il ne savait exactement ce dont il retournait. Afin de s’en instruire, il acheta Nice-Matin puis héla un taxi.

Durant le trajet, il lut un article qui résumait assez bien la situation, tout en privilégiant l’actualité du fait divers. Celui-ci faisait état d’un meurtre atroce. Une femme avait été éventrée de bas en haut. Le corps avait été découvert hier par la femme de ménage, dans l’appartement de la défunte. L’assassin avait procédé à une ablation du foie, ce qui reliait ce meurtre à d’autres du même genre et l’assimilait aux agissements de celui qu’on surnommait « Le Cannibale ». Rien que des femmes, nota Langsamer. D’après l’article, ce tueur en série sévissait depuis plusieurs semaines. Jusqu’alors, la police s’était révélée impuissante. Dans l’incapacité totale de trouver un lien, un mobile qui désignât un embryon de piste, si ce n’est ce mode opératoire récurrent et, bien sûr, la disparition de l’organe vital dont on supposait que le tueur se nourrissait. Le psychopathe était peut-être sale dans sa tête mais très propre dans ses agissements. Il ne laissait aucune trace. Ni ADN ni empreintes ni même la moindre microparticule, le plus petit filament, la plus insignifiante fibre textile qui pût mettre les enquêteurs sur une piste. Rien ne reliait les victimes entre elles… ni au « Cannibale ». S’il existait un lien, personne ne l’avait encore trouvé. Bref, la police locale pédalait dans la choucroute – ou plutôt dans la salade niçoise – au grand dam des politiques qui, à un an des élections municipales, auraient été ravis de faire disparaître ce témoin (gênant) de leur impéritie.