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Le cinquième étage

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Le cinquième étage

Un mari trompé vient laver son honneur et tuer l'amant de sa femme, mais il ne se présente pas au bon étage...





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couverture
Jean-François Pré

Le Cinquième Étage

images

Édouard Bosquet avait deux fils, une coquette fortune et un immeuble cossu, rue de la Pompe. L’aîné, Élie, était – comme on dit – confortablement assis. La très catholique bourgeoisie bien pensante du seizième arrondissement de Paris en faisait un exemple de réussite sociale et la fierté d’un vieux père au crépuscule d’une vie de devoir. Haut fonctionnaire, grand commis de l’État, promis à un avenir politique, Élie Bosquet avait procréé en nombre avec son épouse.

Comme souvent dans les familles bourgeoises, le second fils se posait en contre-exemple. Célibataire dévoyé, coureur impénitent, Étienne Bosquet n’avait guère plus réussi à se fixer dans une carrière que dans une vie familiale. De lit en lit, de boulot en boulot, il virevoltait sur une existence aussi légère que les bulles de champagne dont il était un régulier consommateur. Les deux frères ne s’étaient jamais entendus mais, depuis l’héritage, c’était le Triangle des Bermudes.

Rupture totale des communications.

À sa mort, le patriarche avait pratiquement tout légué à son fils aîné. Dans son esprit, il représentait la pérennité du nom ainsi que les valeurs morales autour desquelles il avait construit sa vie. Comme il se voulait bon chrétien, il avait quand même laissé au fils prodigue la jouissance de son appartement, au cinquième étage de l’immeuble familial qui en comportait six. Les cinq autres étaient devenus la propriété d’Élie, dont la famille nombreuse occupait tout le sixième étage avec une immense terrasse. Afin d’augmenter ses revenus, il avait séparé les vastes appartements des quatre premiers étages en studios et deux pièces dont la location s’avérait plus lucrative.

De cette injustice était née une rancune tenace du frère cadet envers l’aîné. Au fil des ans, cette rancune s’était transformée en haine. Une haine attisée par les nuisances sonores d’un voisinage composé d’enfants en bas âge, à un étage supérieur. Comme Étienne ne parlait ni à son frère ni à sa belle-sœur, ni même à ses neveux et nièces, il lui était impossible de faire valoir son droit à un silence domestique qui ne lui était accordé que nuitamment. Aussi en était-il réduit à fuir son logis pour échapper à ces galopades intempestives qui lui étaient devenues insupportables. Or, Étienne n’avait plus vingt ans et sa fréquentation des lieux de plaisir s’espaçait. Il aspirait à une vie casanière dont son frère lui interdisait tacitement l’accès.