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Le Cœur du diable

De
310 pages

D’origine américaine, Damien vit en France. Il termine ses études dans une école de commerce. Victime d’un grave accident de la route, il a subi une transplantation cardiaque et a perdu une partie de sa mémoire. Depuis, il n’est plus le même. Lors d’un séjour à San Francisco, il rencontre Kaleb. Cet homme prétend connaître sa véritable identité, il lui révèle qu’il est au coeur d’une machination. On lui a volé sa vie. Tout ce qu’il est, ce qu’il vit, est fabriqué.

Seul contre tous, Damien enquête et se heurte aux forces du mal pour retrouver sa vie...


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Couverture
Copyright
Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-03130-6
© Edilivre, 2017
PARTIE I
Le réveil du Démon
«La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas.» Charles Baudelaire.
Et la foule gueulait. Une droite, une série de gauches, un direct, un uppercut. Dans le public certains mimaient les gestes du boxeur. Une belle blonde, genre fatal, serrait les poings : elle l’aimait son américain. Sur le ring, les deux hommes se tartinaient la gueule, au corps à corps : des poids lourds, des grosses cylindrées. Damien enferma son adversaire dans un coin, du Cassius Clay dans la manœuvre, le jeu de jambes, l’élégance, le style aérien du grand champion. Il bougeait, non il dansait, une composition chorégraphiée. Son adversaire avait l’arcade sourcilière ouverte, des filets de sang coulaient le long de son visage, mais il encaissait le bougre, et Damien commençait à fatiguer. Son cœur s’emballait comme pour les grands sentiments. Un moment d’absence et boum ! La droite du Français vint s’écraser sur la pommette du Yankee, la puissance du coup déforma son visage, on eut l’impression que l’œil droit prenait la place du gauche ; une figure concave, creusée, se courbant devant la force. Sa chevelure ondulait en se répandant dans l’espace, il y avait quelque chose de très poétique dans cette violence : la beauté du geste sans doute. Damien vacilla, la blonde se leva, le public retint son souffle, le campus allait perdre sa vedette. Un pied devant suivi d’un autre en arrière, il tanguait ; une autre droite, herculéenne cette fois-ci, s’écrasa contre sa gueule. L’étudiant vola dans les cordes, puis rebondit : la chute. Son corps tomba comme une masse sur le plancher. La main de l’arbitre s’agitait, son décompte commençait : 10,9, 8… Des images diffuses passèrent devant ses yeux : une femme à la peau laiteuse lui tenait la main ; il mourrait, une lance lui avait transpercé le cœur. Zéro ! Damien était rétamé, un combat stupide. L’arbitre leva le bras de Paul, la victoire lui appartenait, mais il n’aurait jamais le prix de l’élégance. L’ambiance était mitigée, ils étaient tous déçus, on pouvait battre l’Amérique. Son amie, Sharon, se rua sur le ring. – DAMIEN ! DAMIEN ! cria-t-elle en remuant son corps, elle le pensait mort. Pauvre idiot, on n’est pas dans la merde maintenant, murmura-t-elle en serrant les dents. Sharon se releva d’un bond et se précipita vers Paul. Son poing partit du bas vers le haut et percuta son menton : le champion alla rejoindre Damien sur le tapis. – UN DOCTEUR ! UN DOCTEUR ! Une ambulance entra dans le parking universitaire. Les étudiants quittaient la salle en trainant les pieds. Les brancardiers ramassèrent le corps de Damien et le déposèrent sur une civière. Damien fut opéré du cœur des années plus tôt, une transplantation qui lui avait sauvé la vie. Sportif dans l’âme, le yankee relevait tous les défis, mais ses capacités, sa résistance ne s’adaptaient plus à son tempérament belliqueux. Il jouait avec sa vie mais il ignorait qu’elle ne lui appartenait plus. Les sirènes rouges crièrent et la voiture disparut. Paul sortit de la salle, la mâchoire de coin et la gueule tuméfiée ; deux types du genre patibulaire marchaient sur ses pas : la mort l’accompagnait.
-2-
L’hôpital sortait de terre, une forteresse américaine construite par les architectes de la « NSA » (National security agency) Damien était allongé sur une table d’opération, un linge blanc recouvrait son corps. Un électrocardiogramme mesurait la cadence des battements de son cœur : irréguliers, réguliers. Un bruit strident mélangé au silence donnait à la salle une couleur étrange, une antichambre, quelque part entre la vie et la mort. Où était Damien ? Qui était-il surtout ? Des chuchotements longeaient les murs des couloirs vides de l’établissement : Sharon s’entretenait avec le chirurgien. Des ombres recouvraient son visage et masquaient ses traits ; une voix caverneuse lui donnait une aura mystérieuse, elle ne parlait pas à un médecin. – Vous deviez le surveiller ! – J’ai essayé, j’ai essayé… répéta Sharon à plusieurs reprises. Sa voix s’étranglait, la peur lui serrait la gorge. – Vous n’êtes rien à côté de lui, et si vous n’êtes pas à la hauteur, on vous remplacera. – Mais il m’aime ! s’exclama-t-elle avec une voix d’enfant. – Il n’aura aucun mal à vous oublier. Et puis un accident est si vite arrivé. – Des menaces… – Non, des conseils. Vous êtes prévenue. La prochaine erreur vous sera fatale. – Ce français provoquait Damien depuis des mois… Vous comprenez ? – C’est de l’histoire ancienne. M. regarda sa montre, un grand sourire illumina son visage. – A l’heure où je vous parle, ce français n’existe plus. Nous avons récupéré ses organes. D’ailleurs… M. plongea dans ses yeux verts. – Ils sont magnifiques. Sharon baissa la tête. – Vous me faites peur ! – Une de mes clientes a les yeux verts également, et elle ne voit plus. Sharon eut un geste de recul, des frissons lui parcoururent le corps. Ils allaient la dépecer, récupérer ses organes et les revendre. Elle comprit à cet instant que son rôle dans cette histoire se limitait à prendre soin du protégé d’Adrian, à le surveiller et à l’accompagner jusqu’au jour de la cérémonie. – Je me montrerai digne de la mission qui m’a été confiée. – Je vois que vous comprenez vite Sharon. Un avenir brillant vous attend au sein de notre Organisation. C’est cela, pensez à votre avenir et le maitre vous récompensera à la hauteur de votre dévouement. – Et pour Damien ? – C’est notre affaire. Nous le gardons quelques jours en observation. Je dirai à l’Organisation qu’il a été victime d’un malaise. C’est une chose qui arrive fréquemment chez les sujets opérés du cœur. Sharon sortit du bureau quand le téléphone sonna,M. décrocha son combiné. Le grand patron venait aux nouvelles, son protégé devait vivre.
-3-
Damien se réveillait. Les rayons du soleil traversaient les stores, la lumière se diffusait dans la pièce et éclairait une partie de son visage. La porte s’ouvrit brusquement et un courant d’air s’infiltra, Sharon l’accompagnait. «Aussi légère que le vent » pensa Damien. Ses pieds touchaient à peine le sol, elle planait, son tailleur pantalon Prada lui donnait du style, l’assurance surfaite des mannequins. Elle se dirigea vers la fenêtre et tira le store : une source aveuglante jaillit, Damien sortait de l’ombre. – Tu es nullle ! cria-t-il sans s’énerver. – Oh mon ange, il n’y a que le Diable qui craint la lumière. – J’ai toujours cru qu’il était la lumière. – Une réflexion intéressante. Sharon prit une chaise et alla s’assoir près de lui. Mécaniquement sa main s’enroula dans sa chevelure. – Arrête s’il te plaît, dit-il sur un ton sec tout en la repoussant. Sharon lui faisait les yeux doux, Damien la regardait à peine. Il fixait le plafond quand il sentit la main de Sharon sur son sexe. – Tu préfères peut-être ça. – Qu’est-ce que tu fais ? Il regarda sa langue qui mouillait ses lèvres chaudes et pulpeuses, puis il la vit descendre le long de son torse pour disparaître sous sa taille. Damien ferma les yeux. La porte s’ouvrit brusquement, le chirurgien cardiologue entrait dans la chambre. La situation était équivoque. – Je. je reviens dans quelques minutes… si vous voulez, dit-il en s’excusant. Sharon se redressa avec hâte. – Vous auriez pu frapper, fit Damien d’un air détaché, la situation l’amusait. La réaction de Damien mit le docteur plus à son aise. – Ce genre d’excitant est déconseillé pour le cœur, vous devriez vous ménager mademoiselle. – J’en prends note, dit Sharon d’un ton sec. – Vous n’aurez plus à attendre très longtemps pour ce genre de massage. Votre état est stable Damien. Encore une ou deux nuits ici, et vous pourrez reprendre toutes vos activités. – Tu as entendu chérie, dit Damien avec ce léger soupçon d’ironie perché dans les yeux. Sharon lui lança un regard noir. – Je reviendrai te chercher dans deux jours ! Elle prit sa veste et claqua la porte. – Un sacré tempérament dites-moi. – Elle est fière. Vous l’avez surprise dans une situation qui ne la met pas à son avantage. C’est une femme, elles aiment entretenir l’illusion. – Vous vous connaissez depuis longtemps ? demanda le chirurgien comme pour faire la conversation. Damien réfléchit quelques secondes, il essayait de se souvenir de leur première rencontre, mais rien ne lui vint à l’esprit. – Je ne sais pas à vrai dire, c’est troublant. Vous croyez que mes problèmes cardiaques auraient pu provoquer une perte de mémoire ? – Je ne pense pas. Mais les chocs peuvent parfois créer des traumatismes. – Sans doute oui, répondit Damien, mais sans trop y croire. Quelque chose le gênait : un problème avec ses souvenirs. – Vous avez eu un grave accident, n’est-ce pas ?
'Sur la route, oui. – Tout vient de là. Mais n’y pensez plus, vous aurez tout oublié demain. – Vous êtes marrant vous ! dit Damien en rigolant Un sourire se dessinait sur le visage du docteur. – Vous m’avez compris. Reposez vous, on se verra plus tard. Le chirurgien quitta la chambre rapidement. D’une manière générale, les spécialistes accordaient peu de temps à leurs patients, mais ils éprouvaient une certaine fierté à les voir vivre : tels des dieux, ils les avaient tirés des bras de la mort. Damien était son œuvre, une peinture vivante suspendue quelque part dans un hôpital. Tout était calme, silencieux. Damien restait seul avec cette étrange impression d’être étranger à sa vie. Il fixait l’électrocardiogramme, sa vie se résumait à des mouvements d’appareils.
-4-
Plusieurs facultés se côtoyaient dans cette université : économie, sciences, littérature… Elles étaient regroupées sous le même nom « la Catho ». Une idée très religieuse, solennelle, sans doute une vocation que d’étudier dans cet établissement privé, mais Damien avait les moyens de se payer ce genre d’études. Ses parents travaillaient pour un patron très généreux et qui plus est l’adorait, alors il cédait au moindre de ses désirs. Damien n’était pas du genre intéressé, l’argent lui était égal, il possédait juste une vieille Alpha Roméo rouge. Un cadeau qu’il s’était offert après son accident, pour éviter les séquelles et se mettre face aux problèmes, les assumer. Son bolide avait quitté la route un soir de pluie, il ne savait rien d’autre. Un silence militaire protégeait cette histoire. Sharon conduisait, la peur d’un nouveau drame l’amenait à jouer les chauffeurs. Mais dans le fond, la peur n’était qu’un prétexte. Elle devait le surveiller, le contrôler. Damien était éprouvé par ce contrôle quasi-systématique, il ne supportait plus cette situation. La voiture longea une haie de troènes et se rangea quelques mètres plus loin. L’EDHEC (Ecole des hautes études commerciales) se trouvait à quelques mètres de là. Damien s’était inscrit ici pour passer son « MBA » (maitrise en administration des affaires) en ingénierie financière. Sharon tourna la clef, le moteur s’arrêta. – Tu n’as qu’à m’attendre ici, j’y vais seul. Sharon sortit sans prêter attention à ses remarques. – Laisse-moi ! Je n’ai pas besoin de toi. – Ça veut dire quoi cette attitude ? – Je veux être seul, ça arrive non ! C’est humain comme sentiment. Tu n’as jamais ressenti quelque chose comme ça ? – Pas de cette manière en tous les cas. – C’est de ta faute, tu insistes. Alors ne t’étonnes pas si mes réactions sont brutales. – Je t’aime Damien et c’est avec toi que je veux être. Tout le temps et partout. Les menaces deM. et la peur de perdre la vie firent évoluer les rapports qu’elle entretenait avec Damien, elle envisageait leur relation sous un angle différent. Elle serait plus qu’une épouse pour lui, un véritable guide, une protectrice. – Tu me laisses seule. Tu me délaisses depuis un certain temps, dit-elle en prenant un air faussement triste. – Ne fais pas l’enfant ! J’en ai pour cinq minutes. L’étudiant lâcha sa main et entra seul dans l’école. Sharon resta sur le trottoir, un sentiment de honte et d’inutilité la traversa, elle venait encore d’échouer. Elle sortit une cigarette de son sac et la colla sur ses lèvres. Un homme au physique plutôt banal s’avança, il craqua une allumette et tendit la main dans sa direction. La flamme entama le papier de sa cigarette. Sharon aspira, une fumée blanche s’échappait de ses narines, le filtre de sa cigarette s’imbibait d’une couleur pourpre. Sa bouche humide, ses lèvres sensuelles et son rouge à lèvres coloraient les choses les plus ordinaires. – Merci. – Mais c’est un plaisir, Sharon. – Comment connaissez-vous mon prénom ! s’exclama-t-elle en se retournant sur lui. – Vous savez, tout le monde connaît tout le monde, quand on y regarde bien. Le monde est petit, et ses yeux sont partout. – Qu’est-ce que vous voulez ? Le comportement de cet homme l’intriguait. Quelque chose de particulier se dégageait de lui, une certaine hostilité mélangée à de la familiarité.
– Vous avertir une dernière fois. Faites attention, un homme comme Damien est rare, il se mérite. Vous devriez être plus combative. – Mes rapports avec Damien ne vous regardent pas. – Ils regardent l’«Organisation». Soyez prudente, les yeux sont partout. Sur cet avertissement, l’homme partit comme il était venu, dans le silence. Sharon se sentit une nouvelle fois menacée. Son regard s’agitait et se perdait. Si la vie de Damien ne lui appartenait plus, la sienne semblait accessoire. Dans un geste de rage, elle jeta sa cigarette et la broya avec le talon de sa chaussure.