Le commissaire savait...

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Les habitants de Rochelongue sont en émoi, Mlle Fabrègue a été retrouvée étranglée chez elle.


Les autorités concluent rapidement à un crime crapuleux et les soupçons se tournent tout naturellement vers « La Griotte », un fainéant de bas étage qui jardine parfois pour la victime afin de gagner de quoi se saouler.


L’homme qui possède la clef du jardin est autorisé, lorsqu’il le désire, à dormir dans la remise.


Qui plus est, « La Griotte » a été aperçu, le soir du crime, pénétrant dans le jardin de Mlle Fabrègue.


Tout irait pour le mieux pour le substitut, si « La Griotte » n’avait pas un alibi inaltérable.


C’est alors au Commissaire Rosic d’entrer en jeu pour démêler cette histoire de faux semblants.


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EAN13 9782373473629
Langue Français

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Commissaire Rosic
LE COMMISSAIRE SAVAIT…
Roman policier
par Rodolphe BRINGER
CHAPITRE PREMIER
La petite placedu Chevet, à Rochelongue, était calme et silencieuse comme elle l'est ordinairement...
D'une part ce sont les deux étroites rues qui longe nt l'église, vieil édifice romain, et se continuent jusqu'au chemin des Moulin s, puis une autre qui monte vers la Vialle, qui est l'ancien quartier de Rochel ongue et enfin, au sud, une dernière qui conduit au Champ de Mars, et où s'élèv e la façade de l'hospice.
De ce côté, l'hospice occupe à peu près la moitié d e la placette, puis, après la petite rue, c'est la maison de Clara la laveuse, mitoyenne avec celle un peu lle moins branlante de M Claut, la brodeuse, qui s'occupe surtout des ornem ents de l'église. De l'autre côté, le logis de Caporal l e sacristain, puis l'atelier de Gougne, le rempailleur de chaises ; enfin à l'autre encoignure, Sido le serrurier, et, plus loin, une vieille remise servant de garage . Au fond, c'est la belle maison lle de M Fabrègue, curieux logis, contemporain de la vieill e église et qui dresse e une façade du plus pur style du XV siècle, attirant tous les archéologues, artistes et touristes de passage à Rochelongue. Enf in, au milieu de la place, un bassin circulaire que surmonte, sur une colonne, un e statue de la Vierge en fonte, complètement dédorée et rongée par la rouill e.
Ce matin-là, donc, vers huit heures, Zoé Sido sorti t de chez elle, comme elle le faisait chaque matin, son balai à la main, sous prétexte de nettoyer le devant de sa porte, mais en réalité pour bavarder avec les voisines qui n'allaient pas tarder à sortir de chez elles.
En effet, comme à un signal, ce fut d'abord Clara, qui apparut, poussant une brouette chargée d'une corbeille de linge, qu'elle allait blanchir au lavoir, puis Finet, la sœur de Caporal le sacristain, une cruche de grès à la main, et enfin Nani Gougne, la femme du rempailleur de chaises por tant dans son tablier relevé des épluchures destinées à quelques lapins q u'elle élevait dans une remise située sur le proche chemin des Moulins.
Et les quatre commères enfin réunies se mirent à ba varder, comme à leur ordinaire...
Or ce fut Zoé Sido qui, la première, aiguilla la co nversation sur un fait assez insolite au sujet de quoi elle avait hâte de connaî tre l'opinion de ses voisines. Et ce fut d'ailleurs le plus naturellement du monde qu 'elle interrogea :
lle — À propos... Avez-vous vu M Fabrègue, depuis avant-hier ?...
Les trois femmes considérèrent Zoé, puis Clara la l aveuse opina :
— Vous m'y faites penser !... Il est bien certain q ue ce matin, à sept heures,
je ne l'ai pas vue sortir de chez elle pour aller à la messe, comme elle le fait tous les jours !...
— Il est de fait, déclara Nani, la sœur du sacrista in, que je ne l'ai pas aperçue hier, de toute la journée !...
— Lui serait-il arrivé quelque chose ? observa Zoé.
Et, toutes les quatre, d'un même mouvement, considé rèrent la maison de lle M Fabrègue...
La façade de cette maison était fort curieuse. Édif iée en un bel appareil régulier, au rez-de-chaussée s'ouvrait une porte en plein cintre que surmontait le cul-de-lampe d'une tourelle contenant évidemment un escalier à vis. À droite et à gauche, deux fenêtres, haut placées, plus larges que hautes, et grillagées, devaient éclairer quelque salle basse. Au premier é tage deux belles baies, à croisillons sculptés, ainsi qu'au second, d'où avan çait un large auvent muni à ses extrémités de deux têtes de monstre, en plomb, et qui servaient évidemment pour l'écoulement des eaux de pluie.
Cependant, Zoé Sido tenait à son idée, car elle ins ista :
— Moi, je vous dis que tout cela n'est pas naturel, et qu'il a dû arriver lle quelque chose à M Fabrègue !...
— Dame ! fit Clara, elle est mortelle comme tout le monde ; et pas jeune avec cela. J'ai toujours dit qu'un matin on la trou verait morte !...
— Si on allait voir ! proposa Nani.
— On peut toujours aller frapper à sa porte !... On verra bien si elle répond !...
Ayant traversé la petite place, les quatre femmes s 'arrêtèrent devant la porte, une solide porte de chêne aux pentures de fe r et que décorait un merveilleux heurtoir de cuivre, représentant une tê te de lion tenant en sa gueule une grosse boule.
Ce fut Zoé qui souleva le heurtoir par trois fois, et le bruit en résonna dans le logis...
Mais nul ne répondit...
Les femmes se regardèrent, consternées...
— Bah ! fit alors, Nani, peut-être est-elle dans so n jardin.
— C'est facile à voir ! répondit Clara la laveuse. Attendez !...
Elle courut vers la remise qui jointait sa maison, en sortit une échelle qu'elle alla appuyer contre un mur, haut d'un mètre cinquan te, à peine, et qui servait de lle clôture au jardin qui se prolongeait derrière le lo gis de M Fabrègue, jusqu'au
chemin des Moulins... Avec une agilité qu'on eût pu s'étonner de voir chez une personne aussi rondelette, elle avait grimpé à l'éc helle, et maintenant, dominant le mur et penchée vers le jardin, elle appelait :
— Mamz'elle Fabrègue !... Mam'zelle Fabrègue !...
Mais aucune voix ne répondit à la sienne, et Clara descendit en disant :
— Pour sûr elle n'est pas dans son jardin !...
— Je vous dis qu'il lui est arrivé malheur ! répéta Zoé.
— Il faudrait pénétrer chez elle !... opina la remp ailleuse.
— Mais la porte est fermée !...
— Dame ! Votre mari, Zoé, est là, dont c'est le métier, d'ouvrir les portes !...
Alors Zoé se tourna vers l'atelier et appela :
— Marius !... Marius !...
Les manches de chemise retroussées jusqu'aux aissel les, dépoitraillé, ceint d'un petit tablier de cuir et, tenant un marteau à la main, Marius Sido sortit et demanda :
— Qu'est-ce que tu as à brailler ?...
lle — Viens donc !... Sûrement M Fabrègue est morte, ou bien malade chez elle !... Elle ne répond pas ! Alors, apporte tes rossignols et ouvre la porte, qu'on aille un peu voir ce qui est arrivé à la pauvre dem oiselle ?...
Mais Sido haussa les épaules :
— Tu te figures que ça se fait comme cela ?... Mais pour crocheter une porte, il faut un ordre de l'autorité !...
— Eh bien, il faut alors avertir le garde-appariteu r ou les gendarmes !...
— J'y vais ! fit Gougne, le rempailleur de chaises, qui à son tour venait d'arriver sur la place, une poignée de paille à la main...
Il n'y avait pas loin à aller. La mairie se trouvai t à cent mètres de là, sur la place de l'Église. Aussi fut-il tout de suite de re tour, suivi de Laurier, le garde-appariteur, coiffé de son képi à deux galons d'arge nt.
— Ouvrez ! fit-il simplement à Sido, qui, pendant c e temps, était allé prendre son paquet de rossignols.
Laurier qui connaissait le logis, grimpa lestement l'escalier qui, de la porte d'entrée, conduisait au premier étage ; là il se tr ouva en présence de deux portes ; celle de droite, donnant dans une vaste pi èce qui occupait presque toute la façade était ouverte, et, quand il eut pén étré dans cette pièce, il eut instinctivement un mouvement de recul : au beau mil ieu de la pièce, étendu sur
lle les carreaux rouges cirés, gisait le corps de M Fabrègue...
Mais Sido s'était penché, avait examiné la vieille fille, puis se redressant :
— Elle est morte, fit-il, et morte étranglée !...
Alors Laurier :
— Ne touchez à rien !... Laissez tout en place !... Et d'abord, que tout le monde sorte !... Et que quelqu'un aille prévenir le s gendarmes !...
lle M Marie Fabrègue pouvait avoir une soixantaine d'ann ées ; c'était une petite personne mince et menue, aux cheveux blancs, à la figure jaune, aux yeux d'un bleu lavé, avec un grand nez pointu qui t ombait sur une bouche édentée auréolée de mille petites rides.
On la citait dans tout le pays pour sa grande bonté , car elle était d'une charité aveugle, excusait tout le monde et ne médis ait jamais de personne. D'une excessive religion, allant à la messe tous le s matins, s'occupant de toutes les bonnes œuvres comme de toutes les congrégations de la paroisse, elle n'avait point pour cela les idées étroites de certa ines dévotes, et sa bonne humeur était proverbiale.
Très courageuse, elle vivait seule dans sa grande m aison, n'ayant pas voulu remplacer sa vieille bonne Thérézon, il y avait cin q ans, quand ce modèle des servantes était morte ! Et on avait trouvé cela tou t naturel, car nul n'ignorait que lle M Fabrègue ne possédait que de toutes petites rentes et qu'elle ne pouvait mener qu'un modeste train de vie.
Pourtant elle était de bonne maison, et depuis plus de deux cents ans, les Fabrègue tenaient à Rochelongue le haut du pavé. Da ns cette famille on était greffier de père en fils, et c'était pour cela que dans le logis s'amoncelaient de si nombreuses archives.
lle M. Martial Fabrègue, le père de M Marie, membre important de l'Académie du Tricastin, et...