Le crime est servi

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Muté au 36 quai des Orfèvres depuis Le Masque de Janus, le Commissaire Calderon ne s’habitue pas à Paris. Ce n’est pas cette vie qu’il souhaite pour sa femme et sa fille. Son ami Milou se bat contre le cancer, bref rien ne va et c’est la dépression qui pointe son nez.
Le flic, plus morose que jamais, se voit confier l’enquête portant sur la mort d’un haut responsable allemand qui se serait tué en moto sur le Périphérique parisien. Les investigations à peine commencées et voilà qu’une bombe explose détruisant une tour de 30 étages dans le quartier de la Défense.
Après quelques infidélités au polar, Frédéric Coudron est de retour et il va mener la vie dure à son personnage fétiche ! Calderon sera dans l’œil du cyclone et devra se débattre dans les méandres d’un jeu de pouvoir qui le dépasse.
Simple pion sur l’échiquier, il ne se laissera pourtant pas faire.
La patte de Frédéric Coudron est bien présente, avec un récit réaliste grâce à de nombreuses références comme l’évasion de Redoine Farid, le vol de cocaïne au 36 ou une puissante industrie de produits chimiques qui rappelle bien sûr la multinationale Mosanto…
Pas de fioritures. Ici, tout s’enchaine à vive allure.
Masters and Servants est un vrai Calderon. Certains attendent avec impatience le nouveau Nothomb qui sort à chaque rentrée littéraire, pour ma part, c’est l’arrivée d’une nouvelle Chronique du commissaire Calderon qui requiert toute mon attention.
Gaylord Kemp (Chroniqueur, www.dubruitdanslesoreilles-delapoussieredanslesyeux.overblog.com)

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Date de parution 01 septembre 2015
Nombre de visites sur la page 34
EAN13 9782359625565
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Résumé

 

Muté au 36 quai des Orfèvres depuis Le Masque de Janus, le Commissaire Calderon ne s’habitue pas à Paris. Ce n’est pas cette vie qu’il souhaite pour sa femme et sa fille. Son ami Milou se bat contre le cancer, bref rien ne va et c’est la dépression qui pointe son nez.

Le flic, plus morose que jamais, se voit confier l’enquête portant sur la mort d’un haut responsable allemand qui se serait tué en moto sur le Périphérique parisien. Les investigations à peine commencées et voilà qu’une bombe explose détruisant une tour de 30 étages dans le quartier de la Défense.

Après quelques infidélités au polar, Frédéric Coudron est de retour et il va mener la vie dure à son personnage fétiche ! Calderon sera dans l’œil du cyclone et devra se débattre dans les méandres d’un jeu de pouvoir qui le dépasse.

Simple pion sur l’échiquier, il ne se laissera pourtant pas faire.

La patte de Frédéric Coudron est bien présente, avec un récit réaliste grâce à de nombreuses références comme l’évasion de Redoine Farid, le vol de cocaïne au 36 ou une puissante industrie de produits chimiques qui rappelle bien sûr la multinationale Mosanto…

Pas de fioritures. Ici, tout s’enchaine à vive allure.

Masters and Servants est un vrai Calderon. Certains attendent avec impatience le nouveau Nothomb qui sort à chaque rentrée littéraire, pour ma part, c’est l’arrivée d’une nouvelle Chronique du commissaire Calderon qui requiert toute mon attention.

 

Gaylord Kemp (Chroniqueur, www.dubruitdanslesoreilles-delapoussieredanslesyeux.overblog.com)

 

 

 

 

 

 

 

 

Frédéric Coudron

 

Le crime est servi

 

Thriller

 

 

ISBN : 978-2-35962-756-5

 

Collection Rouge

ISSN : 2108-6273

 

 

Dépôt légal septembre 2015

 

©ex aequo

©2015 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.

Toute modification interdite.

 

 

Éditions Ex Aequo

6 rue des Sybilles

88370 Plombières les bains

 

www.editions-exaequo.fr

 

 

 

 

 

 

 

Du même auteur

chez le même éditeur

 

 

Stabat Mater –2012

Requiems –2012

RIP –2012

L’affaire Ducroisé-Laroche - 2012

616 - 2013

Le masque de Janus –2013

Cavale –2014

Sur la piste du Shogun tonight - 2014

 

 

 

 

 

 

 

À mon épouse, Mallory

À mon fils, Matteo

À mon père et Christiane, son épouse

À mes « frères », Jean-Yves et Pascal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je crois que Dieu ce sont les hommes et qu’ils ne le savent pas.

(Jacques Brel)

 

 

 

Combatif au combat. Fataliste face à la fatalité.

(de mon ami Franck Ollivier)

 

 

 

Vivre chaque jour comme si c’était le dernier

est une belle connerie,

car le dernier jour est rarement gai.

(Alessandro Calderon)

 

 

 

 

 

 

 

AVERTISSEMENTS

 

 

Les situations de ce récit étant purement fictives, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. 

 

 

 

 

 

PREFACE de Franck Ollivier

 

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Franck Ollivier est scénariste, créateur, producteur et adaptateur pour la télévision. Il a, notamment, créé les séries Paris Enquête Enquêtes Criminelles, Sœur Thérèse.com, été scénariste des sagas de l’été Zodiaque, Mystère, le Maître du Zodiaque et signé les scénarios de plusieurs épisodes d’Interpol, Les Cordier, Juge et Flic, Les Montana, Jo et, plus récemment de Taxy : Brooklyn.

« Pourquoi j’aime Calderon… »

 

Franck Ollivier

 

 

 

C’est vers l’âge de douze ans que, lors d’une exploration du grenier de mon grand-père, découvrant une mystérieuse caisse en bois soigneusement rangée entre des cartons d’anciens habits et une caisse à outils obsolète, je tombai sous l’emprise du polar. Je me souviens encore de cette odeur de poussière et de carton vieilli à l’ouverture de cette caisse. Elle était pleine de livres. Tous étaient peu ou prou semblables à première vue. La plupart avaient une couverture solide, cartonnée noire et jaune. D’autres une couverture plus souple, noire et cernée d’un pourtour blanc. Tous portaient la même mention étrange et attirante : « Série Noire ». Et des noms, Chester Himes, James Hadley Chase, Carter Brown, Charles Williams, et d’autres encore qui, je l’ignorais à cet instant, allaient peupler mes nuits et, ce n’est pas une exagération de le dire, changer ma vie.

 

Le premier que j’ouvrai s’intitulait « La Sueur froide ». Il était écrit par un certain « Terry Stewart » — nom magique dont j’apprendrai plus tard qu’il cachait un auteur bien de chez nous, Serge Arcouët, qui fut le premier français publié dans la série noire, en 1954. Et, si je me souviens bien, le roman, noir par excellence, se terminait par la mort du héros, tué d’une balle dans le dos après avoir réussi le casse qui lui aurait permis de prendre la fuite avec la belle rencontrée au cours de cette aventure. L’impression sur le lecteur novice que j’étais fut profonde, délicieusement cruelle, singulièrement érotique et, surtout, définitive. Une impression qui allait devenir comme une drogue, sans cesse recherchée dans une quête avide de sensations toujours plus fortes qui se rappelle encore à moi lorsque j’ouvre un livre aujourd’hui — et parfois lorsque je le referme — comme un peu plus de trente ans en arrière lorsque j’ouvrai mon premier roman de la Série Noire.

 

C’est cette sensation unique du plaisir originel que j’ai retrouvée en lisant mon premier « Calderon ». Il n’était pas le premier dans l’ordre chronologique d’écriture ; d’autres l’avaient précédé. Mais, comme toute bonne série bien écrite, il était très facile de s’y retrouver à n’importe quel moment ; la vigueur des personnages vous prend et ne vous lâche plus. Très vite, je ressentis les vibrations du cerveau d’Alessandro Calderon, lui, l’homme aux origines du Sud, vivant, enquêtant, creusant l’enfer du Nord. Ses respirations aussi, enfumées de Marlboros qui le tuent à chaque bouffée, mais auxquelles il ne peut résister… Ses musiques favorites qui, comme par un hasard sidérant, étaient pour beaucoup aussi les miennes. Brel, Bashung, et, parmi tant d’autres, le « Bruxelles » du génial Dirk Arnegard que je croyais être le seul à vénérer secrètement… Puis, je découvris la belle Mallory, tombant instantanément amoureux d’elle, regrettant peut-être — par jalousie sans doute — qu’elle ne donnât pas plus de fil à retordre à Calderon, mais comprenant bientôt que c’était autre chose qui se jouait dans cette relation, une autre partition, que les celles des éternelles amours impossibles qui font fantasmer le lecteur. Cette partition, à la fois quotidienne et extraordinaire, c’est exactement la petite musique que veut nous murmurer à notre oreille son auteur, Frédéric Coudron.

 

Avec Alessandro Calderon, Frédéric Coudron a créé un héros d’aujourd’hui : placide, souvent fataliste, quelquefois cynique, mais toujours avec cette appétit pour la vie de ceux qui, très tôt, ont appris à se défaire de leurs illusions et pour qui la réalité est le seul bien. Mais surtout, il lui a donné une voix — en particulier grâce à cet usage si délicat de la première personne. Est-ce Frédéric qui parle à travers Alessandro, où Alessandro qui prend vie dans les mots que lui confère son auteur ? L’un et l’autre sans le moindre doute. Ce mélange des deux voix, celle du personnage et celle de son auteur, nous renvoie aux maîtres du polar dont les héros savaient s’exprimer sur la vie à mesure qu’ils la traversaient. Tel est pour moi Alessandro Calderon.

 

Dans son essai sur le roman policier « L’art simple du meurtre », Raymond Chandler soulignait l’extrême cohérence entre le héros de Dashiel Hammett, Sam Spade, et son époque, « un monde dans lequel, les truands tiennent des villes, et parfois des pays… Un monde qui n’est pas forcément des plus ragoûtants, mais qui est le nôtre. Celui dans lequel nous vivons. » Ce monde, écrit Chandler, a besoin d’un héros qui est capable d’avancer dans les rues corrompues avec un sens de l’honneur et de la justice, sans jamais les porter sur son front, mais sans jamais non plus se laisser corrompre lui-même. Tel est pour moi Alessandro Calderon, fils des Marlowe et des Spade, vivant dans un monde vrai, un monde sans illusion, mais où on vit, on aime retrouver sa femme et ses gosses le soir, où un morceau de musique entendu à la volée change parfois sa journée, où on se bat dans son coin pour vivre honorablement et faire respecter, à son niveau, un certain sens de la justice et de l’honneur. Sans illusion. Sans faux semblant. Mais sans faiblir non plus… Et, toujours, en nous faisant entendre sa voix.

 

C’est cette voix qui fait pour moi de Frédéric Coudron un des héritiers modernes des grands auteurs du roman noir. Roman après roman, il construit la vie de son héros. Il nous fait entendre et nous rend familière et proche sa musique, sa voix… Nul doute pour moi que cette voix, bientôt, très bientôt, devrait trouver une résonance à l’écran.

 

Voilà pourquoi j’aime Calderon… Parce qu’à chaque nouveau roman, chaque nouvelle histoire, en ouvrant le livre — même électronique ! — dès les premiers mots, je ressens cette odeur étrange venue du passé, ce mélange inoubliable de poussière et de carton que j’avais senti en ouvrant la caisse de Série Noire de mon grand-père…

 

Alors, allons-y, inspirons bien fort et, dès les premiers mots, les premiers instants, les premières notes, laissons-nous porter par la musique d’Alessandro. Ou de Frédéric…

 

 

 

 

 

 

 

REMERCIEMENTS

 

 

Je remercie mon ami, Claude Mesplède, le « Pape du polar », pour m’avoir fait croire, à un moment, que j’avais un peu de talent. Sans lui, rien n’aurait été possible.

Merci, « Claudio ».

 

 

 

 

 

 

PLAYLIST

 

 

Ceux qui me connaissent savent que la musique fait partie intégrante de mon processus d’écriture. Chacun des chapitres de Masters and Servants a été influencé par un titre particulier. Il n’y a pas de lien particulier entre les paroles des chansons et le contenu du chapitre en question. Juste une ambiance, un état d’esprit, une sensation. J’ai voulu vous faire partager cette playlist. J’invite les plus mélomanes d’entre vous à écouter, dans l’ordre, ces morceaux, avant, pendant ou après la lecture de ce roman. Cette expérience inédite me semble pouvoir ajouter à l’atmosphère que j’ai souhaité créer.

 

 

1— Les mots bleus (Alain Bashung)

2-Ashes to ashes (David Bowie)

3— Jaures (Jacques Brel)

4— Pilule (Damien Saez)

5-Shake the Disease (Depeche Mode)

6— Pilule (Damien Saez)

7-Allein (Exponentia)

8— Repenti (Renan Luce)

9-A tout moment la rue (Eiffel)

10— Je ne suis pas mort, je dors ! (Michel Sardou)

11— J’accuse (Damien Saez)

12 — Jeunesse, lève-toi (Damien Saez)

13— Madame Hollywood (Felix Da Housecat)

 

 

 

 

 

***

1

 

 

15 avril 2015 — Article paru dans le Parisien :

 

L’île de Nuku Hiva, dans l’archipel des Marquises, a tout d’un paradis. Mais pour un couple de touristes allemands, les vacances ont tourné au cauchemar et au drame. Des restes de Stefan Koll, un Hambourgeois âgé de 40 ans, ont été découverts mercredi dans un brasier. Les sites allemand Bild et britannique Mailonline évoquent la macabre hypothèse d’un acte de cannibalisme. Ce lundi, la zone de recherches a été « très largement étendue », a précisé le procureur de la République en Polynésie française, José Thorel, selon le site Tahiti-infos.com. Les enquêteurs recherchent activement Aférati Anglani, un chasseur marquisien de 31 ans qui avait invité le touriste allemand, Chercheur de son état, selon le quotidien allemand « Der Bild », à découvrir le dimanche 9 octobre la zone montagneuse de l’île Nuku Hiva. Ce jour-là, le chasseur était revenu seul de la vallée en expliquant à la compagne du touriste allemand, Heike Dorsch, que celui-ci avait besoin d’être secouru, car il s’était blessé. La jeune femme, qui l’aurait suivi, a raconté avoir été menacée par l’homme armé, qui l’aurait ensuite agressée sexuellement, avant de l’attacher à un arbre. Elle serait ensuite parvenue à se libérer. Les enquêteurs avaient aussitôt lancé des recherches. Mercredi, les restes de chair calcinée, d’os et de dents, avaient été découverts dans un brasier dans une vallée encaissée. Jeudi, le parquet de Papeete avait confirmé qu’une partie des restes découverts dans ce récent foyer étaient bien d’origine humaine. Une enquête de flagrance a été ouverte pour agression sexuelle, séquestration et homicide volontaire. Selon le procureur Thorel « des éléments permettent de penser » que ces restes humains sont ceux de Stefan Koll dont le dossier médical est entre les mains des enquêteurs. Ceux-ci se veulent toutefois prudents et attendent les conclusions des analyses ADN pour avoir confirmation de l’identité de la victime, ce qui devrait prendre plusieurs semaines. Rien ne permet de déterminer qu’il y a eu cannibalisme, ni de quelle manière ces dents se sont retrouvées dans ce brasier, précise Tahiti-infos.com. Le Bild prétend que le cannibalisme faisait partie des coutumes militaires locales. Le Mailonline évoque les Korowai, l’une des dernières tribus de Papouasie-Nouvelle-Guinée pour qui manger des êtres humains était également une pratique culturelle. Stefan Koll et sa compagne Heidi Bullock, 37 ans, venaient d’entamer un voyage à bord de leur catamaran.

 

 

 

***

2

 

 

2 mois plus tard, à Paris :

 

De retour des États-Unis où j’avais été missionné par la D.G.S.E, dans le cadre d’une enquête complexe, j’avais retrouvé Paris. Morose, grise, grouillante, déprimante. L’amour de ma femme — Mallory et celui de ma fille, Lola —, ne suffisait pas à soigner mon dégoût de cette ville. Je ne me sentais vivant que dans mon appartement de location situé rue Campo-Formio, entre 20h00 et 06h30. À l’extérieur, je n’étais qu’un zombie, un triste robot parmi les autres. Chaque jour, sur la route me menant au 36 Quai des Orfèvres, une boule semblait se former dans mon ventre. Manifestation physique de mon stress grandissant. Pourtant, j’aimais mon métier, le seul pour lequel j’étais fait, celui qui m’avait sauvé la vie. Flic. Commissaire à la Brigade Criminelle, plus exactement. Le poids des responsabilités n’était pour rien dans ma déprime. C’était l’environnement dans lequel j’exerçais qui me détruisait chaque jour un peu plus. Comme si un boulanger devait enfourner ses baguettes en plein cœur de l’enfer. Une forme sournoise de dépression me taraudait. Il y avait deux façons de passer son existence : la vivre ou attendre la mort. De plus en plus, petit à petit, c’était vers la seconde option que je me laissais emporter. Depuis combien de temps n’avais-je pas ri de bon cœur ?

Ce matin-là, en retard, comme souvent, je fus pris dans un véritable tourbillon, à peine la porte de la Tour pointue franchie. C’était l’affolement général. Même mon ami, le Lieutenant Marbaix, dit Milou, d’ordinaire calme et posé, passa devant moi, sans même m’apercevoir. J’interrogeai Matteo, un autre de mes subordonnés :

— Il se passe quoi, Matt ?

— Aucune idée, Aless. La Divisionnaire a convoqué tout le monde en salle de réunion.

Au pas cadencé, je suivis le mouvement de foule, en direction la salle que nous avions baptisée le dispatching. Sur place, je découvris Colette Bernard, patronne du 36, droite comme un i. Très élégante, dans un tailleur cintré dont la couleur gris perle se trouvait rehaussée par un foulard de soie bariolé. Sa nouvelle coupe de cheveux, faussement négligée, se résumant en un simple chignon lui conférait un charme indéniable. Bras croisés, regard fermé, elle faisait face à un auditoire de plus en plus fourni. Je fus parmi les derniers à entrer dans la pièce dont la porte fut refermée rapidement. La Divisionnaire prit la parole. Le ton était sec, les mots tranchants et précis.

— Gérald Berger vient d’avoir un accident de moto. À Paris. Il est mort sur le coup. Décapité.

Matteo hasarda une question.

— LE Gérald Berger ?

La Divisionnaire le fusilla du regard et lui répondit sèchement.

— Évidemment ! Sinon, je ne vous aurais pas tous convoqués !

Gérald Berger était un député européen, d’origine allemande, très influent depuis quelques mois. Tellement influent qu’il était pressenti pour briguer la Chancellerie. À dire vrai, il avait inventé une nouvelle façon de faire de la politique. À l’opposé de la démagogie. Il faisait preuve d’une grande honnêteté. D’une simplicité dont on sentait immédiatement qu’elle n’était pas feinte. Bref, il disait les choses telles qu’elles étaient, sans se préoccuper de sa cote de popularité. Ses discours anti langue de bois séduisaient les foules, même au-delà des frontières de l’Europe. Le Time l’avait baptisé « le nouveau Kennedy ». Le monde lui appartenait. Colette Bernard poursuivit :

— Et il a fallu qu’il vienne se tuer à Paris ! Vous n’êtes pas sans savoir que nous avons une obligation de résultat et que ces résultats ne sont pas bons, en ce moment. Encore hier, je me suis pris une soufflante du ministre qui n’hésite plus à m’appeler directement. Dans ces conditions, je veux que vous soyez tous mobilisés sur cette affaire pour la régler au plus vite et dans la plus grande discrétion.

Cette fois, je pris la parole :

— De quelle affaire parle-t-on ? S’il s’agit d’un accident, je ne vois pas trop ce que nous avons à faire dans l’histoire.

La patronne parut excédée par ma question pourtant logique et légitime.

— Calderon, quand une personnalité du calibre de Berger se tue, il y a forcément une enquête à faire. Même si c’est accidentel ! Berger avaient beaucoup d’ennemis et vous aurez toujours un connard de partisan de la théorie du complot pour vous inventer un meurtre commandité ! Nous devons avoir toutes les billes pour répondre à ce genre d’abruti. Vous avez oublié comment ça s’est passé avec Lady Di ? C’est un ordre d’en haut. Tout en haut. Vous allez tout me passer au peigne fin, sans a priori. Comme si c’était un meurtre.

Elle ponctua son intervention et nous invita à nous rendre sur les lieux de l’accident. Ce que nous fîmes. Peu convaincus.

 

***

 

Le périphérique avait été fermé, dans les deux sens, entre la porte de Saint-Ouen et celle de Champerret où s’était produit le drame. De loin, nous aperçûmes les gyrophares des services de secours, premiers arrivés sur les lieux. Dans ma carrière, j’avais été le témoin de nombreuses scènes d’horreur, mais parmi elles, celles qui me retournaient le plus l’estomac étaient constituées par les accidents de la route. Je me garai derrière un véhicule du S.A.M.U. Milou et Matteo qui m’accompagnaient descendirent de la DS4. Silencieux. Les autres membres de l’équipe ne tardèrent pas à arriver. Nous nous avançâmes vers l’attroupement de secouristes. Prévenus par leur hiérarchie, ils n’avaient touché à rien pour ne pas compromettre d’éventuels indices. La moto, plutôt ce qu’il en restait, était couchée sur le flanc gauche, au milieu d’une flaque de liquide visqueux. Un mélange d’huile et de carburant, probablement. Le carénage avait volé en éclats. La roue avant était pliée, méconnaissable. L’ensemble compact et comprimé ressemblait à une sculpture de César. Sur la chaussée, une trace composée de fibres textiles et de sang s’étendait linéairement sur environ cinquante mètres. Elle correspondait à la trajectoire du pilote qui avait glissé sur le bitume, après la chute. J’imaginais les secondes interminables vécues au ralenti par le malheureux Berger. Son calvaire se termina sous un rail de sécurité. Mon sang se glaça, en regardant ce qui témoignait encore de l’horreur de ces instants. Avec la force de l’impact, le motard avait été décapité. Sa tête casquée était là, par terre, comme un vulgaire ballon. Le reste de son corps avait continué sa course sur une dizaine de mètres, avant d’être percuté par une Clio lancée à pleine vitesse, à une heure où le trafic était fluide. Il ne restait plus qu’un amas de cuir et de chair complètement désarticulé et disloqué, en plein milieu du périphérique. La thèse de l’accident paraissait évidemment irréfutable. Pour tous les utilisateurs de deux-roues, les glissières d’autoroute constituaient de véritables guillotines et ce genre de tragédie était malheureusement fréquent. J’allumai une Marlboro, pensif. Dans la fumée bleutée de la nocive blonde qui se consumait entre mes doigts, je vis la scène, rétrospectivement. La moto qui se cabre et se désolidarise de son conducteur. Le bruit de la tôle qui s’arrache. Strident. Métallique. Les étincelles sur la chaussée. Puis, la glissade du Député. Sans appel. À quoi avait-il bien pu penser, à ce moment-là ? Sa vie avait-elle défilé devant ses yeux ? La voix de Milou me tira de mes rêveries.

— Il y a une caméra, Aless ! Nous pourrions analyser les images.

Je me retournai et levai les yeux, dans la direction que m’indiquait mon ami. Effectivement, une caméra était accrochée au pont routier qui surplombait le périphérique. Elle devait faire partie du parc de matériel de la sécurité routière. Mais l’espoir d’en tirer quelque chose était mince. Je le fis savoir au lieutenant Marbaix.

— Ces caméras servent à observer la circulation et permettent de réguler les feux tricolores à l’entrée du périph » pour fluidifier le trafic. Je ne pense pas qu’elles enregistrent les images. C’est de la gestion en temps réel. Mais bon, on peut vérifier quand même.