Le destin des Fabre

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Troisième et dernier tome de la trilogie des Fabre.



Marseille, mai 1944. Félicien Fabre, résistant de la première heure et chef de réseau, voit des jeunes femmes disparaître mystérieusement. Pour lui, aucun doute, la traite des blanches mise en œuvre par les mafias locales sévit à Marseille.


Dès lors, avec l'aide de son équipe, il n'aura de cesse de démanteler cette filière, tout en composant avec la menace d'un capitaine SS venu le traquer et éliminer son réseau de partisans.


L'arrivée providentielle d'un déserteur allemand lui permettra de mener à bien ses recherches, mais aussi de découvrir une effroyable et insoupçonnable vérité...

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Ajouté le 05 septembre 2015
Nombre de lectures 12
EAN13 9782368450956
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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© 2015 – IS Edition
MarseileInnovation.37rueGuibal
1303MARSEILLE
www.is-edition.com

ISBN(Livre): 978-2-36845-094-9
ISBN(Ebooks): 978-2-36845-095-6

Directriced'ouvrage: MarinaDiPauli
ResponsableduComitédelecture: PascaleAverty
Ilustrationsdecouverture: ©Everetical-iH rots Mangostock

Colection«Sueursglaciales»
Directeur: HaraldBénoliel

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delapropriétéintelectuele.

PIERREDUPRAT

LE DESTIN DES FABRE

TOME 3

DISPARUES

RÉSUMÉ

TroisièmeetderniertomedelatrilogiedesFabre.

Marseile,mai194.FélicienFabre,résistantdelapremière
heureetchefderéseau,voitdesjeunesfemmesdisparaître
mystérieusement.Pourlui,aucundoute,latraitedesblanches
miseenœuvreparlesmafiaslocalessévitàMarseile.

Dèslors,avecl'aidedesonéquipe,iln'auradecesede
démantelerceteflière,toutencomposantaveclamenaced'un
capitaineS.snasitt eluqarv une tléree res miniéseaon r paru de

L'arivéeprovidentieled'undéserteuralemandluipermetra
demeneràbiensesrecherches,maisausidedécouvrirune
efroyableetinsoupçonnablevérité…

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CHAPITRE 1

Mai1944–GaredeVénisieux

Lesquatrehommessedéplaçaientsilencieusementdansla
nuit. Lyon n’était qu’à quelques kilomètres, et la gare de
Vénis xueiiuorglf de la ’objectidlta.sL tid eosa titiunaté
relativementsimple;pourtant,ilavaitétépréparéavecminutie
depuisplusieursjours: fae ir mlemixad muéd estâg sur les voies
principales,leslocomotivesetleswagons.

L’acheminementdesmunitionsetdesrenfortsenhommesvers
lelitoralsuddevaitêtreretardépartouslesmoyens.Etpour
cela,leréseauHomèren’enétaitpasàsoncoupd’esai.

Leshommessedispersèrentparmileswagonsimmobiles.Ce
quilesefrayaitleplus,cen’étaitpaslessoldatsdelaWehrmacht,
maisbienleurschiens.Cesanimaux-làpouvaientvoussentirà
desdizainesdemètresouentendrelemoindrebruitavecleurs
ouïesafûtées.Ilspouvaientégalementvoussautersurledosou
vousatraperlagorgeavantd’avoirpuesquiserunseulgeste.
Bref,ilsétaientdeloinlesplusredoutables.

Chacund'entreeuxconnaisaitprécisémentletravailàfaire.Ils
étaienttousaguerisàcegenred’opérationdesabotage.Depuis
quel’armisticeavaitétésignéen1940,lesréseauxderésistance
avaienteuletempsdesedéveloper.LeréseauHomèreétaitun
deceux-là,etdepuisquatreans,ilmultipliaitlesataquesetles
atentatscontrel’envahiseuralemand.

5

Lespartisansdisposèrentleschargesexplosivessurtousles
pointsnévralgiques.Lechronomètreenclenché,leurchefavait
fixéledélaimaximumàcinqminutes.Pasécetemps,lesrisques
desefaireprendreaugmenteraientconsidérablement.Aucunde
cesgarsn’avaitenviedeseretrouverentrelesmainsdela
Gestapolocale.Ilétaitpréférabledemouriraucombat.

Ilssereplièrentpratiquementenmêmetemps,déroulantdes
centainesdemètresdecâblesélectriquesgrâceàleursbobines
portables.Unefoisàl’abridestailis,lescâblesfurentreliésaux
détonateurs.Deuxsecondesplustard,lesbâtonsdedynamites
pulvérisaient les objectifs dans un feu d'artifice aux mile
couleurs.Leshommesnes’atardèrentpaspouradmirerle
résultatdeleuraction.Quandlesderniersdébrisretombèrentau
sol,ilsavaientdéjàregagnéleurvoiture.Eleneleurserviraitque
pours’éloignerrapidementdelazone,puisilsl’abandonneraient
dansunbois,avantd’ariveràLyon.Ensuite,ilsrejoindraient
leurscachesàvéloenespérantéviterlespatrouiles,carl’alerte
serait donnée dès les premières minutes. Demain, chacun
regagneraitMarseil,ts ménepéra,es danple lntvaui ilper e
prétabli.Jusqu’àprésent,toutsepasaitbien.

Unsourires’afichasurlevisagedeFélicien.

*

Marseile–Saint-André,lematindumêmejour

MargueriteChaumetetLucienneDubreuilmarchaientbras
desus,brasdesousenjacasantcommedespiessouslesoleilde
cetefindematinée.Lequartierétaitaniméetlescommerçants
s'afairaientavantlapausedéjeuner.Lesdeuxjeunesfemmes
étaient loin d'imaginer que la journée qui avait si bien
commencésetermineraitencauchemarpoureles.

LaCitroënarivadansleurdos,leurôtanttouteposiblitéde
voirsurgirleurstroisagreseurs.Elesneprirentconsciencedu

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dangerquelorsquelavoiturefreinabrutalementàleurhauteur
etquelesportièress'ouvrirentsansatendrel'arêtduvéhicule.
Deuxhommessejetèrentsurelespourlesempoigner,etavant
qu'eles neréalisentqu'eler, nlevnt esaief ia seseel ees s
retrouvèrent sur la banquete arx eu entre dcoincéesèier ,
énergumènes.Margueritevoulaitcrier,maisl'homme,avecune
grandehabileté,luimaintenaitunemainfermementplaquéesur
labouchetandisqu'avecl'autre,illuiapliquaitunelargebande
derubanadhésifquilamaintiendraitsilencieuseduranttoutle
trajet.QuantàLucienneeles'étaitévanouiedèsqu'onl'avait
pouséedanslavoiture,faclitantainsigrandementlatâchede
sonagreseur.

Lascènesedéroulasouslesyeuxmédusésdespasantsqui,par
peur,segardèrentbiend'intervenir.Trentesecondesplustard,il
nerestaitplusaucunetracepouratesterdelaviolenteagresion
quivenaitdeseproduire.

MargueriteChaumetetLucienneDubreuilnerentreraientpas
chezelescesoir.Nilelendemain.

*

Marseile–L'Estaque,deuxjoursplustard
Nathalieseleva,ouvritlesfenêtresetlesvoletsdelachambre.
Puis,elesepenchasurlelit.
– Debout la marmote! Asezdormi.
Ungrognementsourdluirépondit.
– Hum! Alez! Revienstecoucher.Onestdimanche.
Félicienenvoyalamainpouresayerd’atraperlebrasdesa
femmeetl’atireraufonddulit.
– Justement ! On est dimanche et il sera bientôt l’heure de la
mese.Jenetienspasàêtreenretard.

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Félicienmaugréaetréusitàrepouserledrapdelit,àgrand
renfortdecoupsdepieds.Ilsedirigeaverslasaledebain.

Depuisseizeansqu’ilavaitrencontrésafemme,àl’isuedela
tristeafairequiavaitvulamortdesamère,ilenétaittoujours
ausiamoureux.Lecoupdefoudreavaitétéréciproque,ettout
cequ’ilsavaientrécoltédepuiscetepérioden’étaitquebonheur.
Deleurunionétaitnéeunepetitefile,Madeleine.Grâceaux
biensimmobliersetquelqueslingotsd'or,d'uneprovenanceplus
1
quedouteuse,queFélicienavaitrécupérés,ilsavaientdécidéde
parcourirlemonde,voird'autresespaces,d'autrespays.En1932,
L'AmériqueduSudleuravaitouvertsesfrontièresdurantquatre
annéesmagnifiques,puisilss'étaientrabatussurleVieux
continent.Ilsavaientétéhélas! auxpremièreslogespoursuivre
lamontéeenpuisancedunazisme,souslescommandesduparti
social-démocrateetdeseshordesdefanatiquesbarbares.Ils
regagnèrentlaFranceaudébutde1939,etenaoût,Madeleine
s'envolaitpourl'Angletere.Félicien,sentantlesoufled'unvent
mauvais,avaitconvaincusafemmedelaconfieràunefamiledu
Wiltshire.Nathalieétaitunefemmedecaractère.Âgéedetrente-
huitans,eleétaitisued'unefamiled'ouvriers.Elen'avaitpas
hésitéàselancerdanslaviedèsqu'eleenavaiteul'oportunité,
après de brèves études secondaires commencées sur la
Canebière,entrelesmursdufameuxLycéeThiers.

Eles'étaitdégotéeleboulotdevendeusequiluiavaitpermis
desubsisteràsesbesoinsetderencontrersonhomme.Aucun
desaléasdelavieneluifaisaitpeur,maiscejour-là,eleavaitété
à deux doigts de s'ef pesoolarrend Lr.icill ned seéF eui
résonnaientencoreauxoreilescommelavibrationd'unecloche
aprèslechocdubatant:

– Madeleine doit partir en Angletere.Rapidement.Bientôt,
ici,ceseralechaos.

1. curPo pae sage,cftome2,«Lesserments».

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Évidemment,eleavaittentéd'argumenter,derechigner.Mais
ilavaitétéfermesursaposition,etsadécisionrestaitsansapel.

– Eledoitpartir.Ils'agitdesasécurité.Nousironslavoirde
tempsentemps,sionlepeut.

«Poursasécurité»,luiavait-ildit.Leseulargumentqu'ele
avaitjugévalableetquil'avaitfaitcéder,lamortdansl'âme.

Enfin,commeprévu,laguereleurtombadesus.Félicien,
moblisé,quitasaProvencenatalepourlenord,dansunepiètre
tentativedel'arméeFrançaisederalentirl'envahiseurboté.
Huitmoisplustard,l'armisticeétaitsigné.Bienquevivanten
zonelibre,lesFabres'étaiententenduspournepassubir
l'ocupationdeleurpayssansréagir.Patriotesjusqu'auboutdes
ongles,ilsnepouvaientacepterunetelesituation.Dansun
premier temps, ils réusirent àtraverser la Mancheet
retrouvèrentleurfile.Ensuite,ilsrencontrèrentlesreprésentants
delaFrancelibre,àLondres.«Résistercoûtequecoûte»,tel
étaitlemotd'ordre.Sixmoisd'entraînementsintensifsetils
furentparachutésunenuitdanslescolinesmarseilaises.Ilsse
réinstalèrentdansleurmaisondel'Estaque,vilageauxportesde
lavilequiavaitvunaîtreFélicien.LeréseauHomèreétaitné.En
novembre1942,lesaliésdébarquèrentenAfriqueduNord,
marquantlafindelazonelibreetsonenvahisement.Àprésent,
lesnazisocupaienttoutleteritoire.

Lesordresétaientclairs:retarderpartouslesmoyens
nécesairesl'acheminementdestroupesetdumatérielversles
côtesméditeranéennes.Faireleplusdedégâtsposiblesurles
instalations.

L'opérationmenéelasemaineprécédenteavaitétéunfranc
sucès.Undeplus.Certainessourcesbienimplantéesafirmaient
quelesGestapolocalesétaientenefervescenceetqueles
descentesetlesarestationsarbitrairessemultipliaient.Félicien
avaitparfaitementconsciencequechaqueopérationentraînait
desconséquencesdificilesàsuporter,maiscesactionssauvages

9

permetaientsansdoutedesauverlaviedecentainesde
combatantspourlaliberté.Danslabalance,lessacrificesde
quelquespersonnesnepesaientpaslourdpourl'État-major.

Ainsiétaitlavieencetepériodedetroubles,oùchacun
esayaitdesurvivretantbienquemal.Hélas,certainsavaient
choisilafaclité,etlesAlemandssavaientlesremerciercommeil
sedoit.Lesyeuxetlesoreilestraînaientpartout.

*
Féliciensortitdelasaledebain.Safemmeluiavaitétenduson
costumesurlelit.Lemesageétaitclair:bouge-toi!Ils'habila
enhâte.
«Jesuisprêt,machérie.Onpeutyaler.»
Ilsavancèrenttranquilementversl'égliseduvilage.Lesgens
commençaient à se rastnavsel rop set bdes,oi er demble
atendantquelecuréleurfasesignepourpénétrerdanslanef.
L'oficecommença.Lestroisquartsdesfidèlesquisuivaientla
mes gard nejceiei neratu surtout étaientem.sF léd sef me
circulairesurl'asemblée.Dansuncoin,enretrait,unefemme
priaitfaceàlaVierge.Cequil'interpela,c'estqu'eleétaiten
pleurs.
FélicienpousaNathalieducoude.Iluiglisaàvoixbase:

– Regarde, c'est la mère Chaumet. Qu'est ce qu'il peut bien lui
ariver?

– Chuuut, tais-toi! Cen'estpaslemoment.

Féliciencontinuad'observerlafemme.Illaconnaisaitdevue,
entantque«voisin».Dèsquelecuréenauraitterminé,ilirait
prendredesesnouveles.Peut-êtreétait-eledanslebesoin?Tout
lemondeétaitdanslebesoin.Maisele?Peut-êtreavait-eledes
problèmesparticuliers?Ilsavaitqu'eleétaitseuleavecsafile,et
quesonmariauraitsonnominscritsurlemonumentauxmorts,

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aveclamention«MortpourlaFrance»,quandlaguereaurait
prisfin.Encestempsdificiles,lasolidaritédevaitêtredemise.
Lameseseterminaetlesgenssortirentenrangsserés.
FélicienposasamainsurlebrasdeNathalie.
«Jereviens.Atends-moi,jen'enaipaspourlongtemps.»
D'unpasasuré,ils'aprochadelafemmequisetamponnait
sans ceseyxua ev eel s adroba'l lI. irhoucmon soc
respectueusement.
– Bonjour, Madame Chaumet. Je suis monsieur…
– Je sais qui vous êtes, Monsieur Fabre. Nous sommes voisins.
Quemevoulez-vous?
Féliciennes'atendaitpasàuneréponseausibrutale,niàce
qu'elesoitautantsurladéfensive.
– Excusez-moi, répliqua-t-il confus. Je ne voulais pas vous
importuner.Ilyaquej'airemarquévoslarmespendantl'oficeet
Nathalieetmoiavonspenséque,peut-être,vousaviezbesoin
d'uneaidequelconque.Sinouspouvonsfairequelquechose
pourvous,ceseraavecplaisir.
– Merci, Monsieur Fabre. Mais je doute fort que vous puisiez
m'aider.
– Sait-on jamais ? Dites-moi. Je vous écoute.
Lafemmesetamponnalesyeuxunefoisdeplusetsanglota.
– Ma fileMargueriteetmanièceontdisparudepuisdeux
jours.Jesuissansnouvelesd'elesdepuisqu'elessontparties
pourleurleçondechant.
– Êtes-vous aléevoirlapolice?
– J'y suis alée.Ilsontenregistrémademande.
– Et ?
– Etpuisrien.Lafaçondontilsmeregardaient…j’avais
l'impresiond'êtreunecriminele.
Félicienricana.

1

– Ils sont plus aptes à enregistrer les délations, c'est sûr. Ne
vousinquiétezpas.Desfiletesseulessefontviterepérer.

– Monsieur Fabre, ma
fileavingt-troisans.Manièce,vingtdeux.

Lafemmes'étaitarêtéedepleurer.Rasurée,eleétaitpartie
danslesconfidences.

– Vous savez que depuis quelque temps, des jeunes femmes
disparaisentsansexplications?

Félicienlaregardadanslesyeux,curieux.

– Comment ça, disparaisent?

– Hier, je suis aléchercherdesticketsderationnement.Ma
sœur était avec moi. El euast esi meemidévetrom tn
d'inquiétude.Nosfilesnesontpaslespremièresàs'être
évaporéesdanslanature: elem'aconfiéquelesfilesdedeuxde
sesamisavaientégalementdisparusanslaiserdetraces.

– Depuis longtemps ?

– Environ un mois et demi.

– Elessontaléesvoirlapolice,ausi?

– Bien sûr. Mais il n'y a eu aucune suite.

– Et aucun article dans le journal ? Même pas un entrefilet ?
Enprincipe,lesjournalistessontàl'afûtetfriandsdecegenre
d'informations.

Félicienréfléchisait.Detoutemanière,le«PetitProvençal»
étaittoutacquisàlacausedugouvernementdeVichy.Lesseules
informationsquienémanaientétaientesentielementdévolues
àlagloiredugouvernementpétainiste.

Lafemmereprit:

– Je viens ici tous les jours pour prier, afin que ma file
reviennesaineetsauve.J'aiperdumonmari,jenetienspasà
perdremonuniqueenfant.

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– Je comprends. Je suis vraiment désolé. Mais gardez
confiance.Ilyacertainementuneexplicationrationneleàsa
disparition.Elesontpeut-êtreétéretenuesparlesAlemands
lorsd'uncontrôle.Elesavaientleurspapiersd'identité?

– Évidemment! J'yaitoujoursveilé.

Elemarquaunepauseetdécidadestoperlàlaconversation.

– Merci de votre solicitude,maisj'aiàfaire.

– Atendez! Comments'apelevotrefile?

– Marguerite. Marguerite Chaumet.

– Et votre nièce ?

– Lucienne Dubreuil.

Félicienenregistralesnomsdanssamémoire.

Eleluitenditlamain.Félicienlasera,eteles'éloignaen
claudiquantlégèrement.

Illaregardas'éloignerpensivementetsursautaquandNathalie
lequestionna.

– Alors ? C'est quoi son problème ?

– Sa fileetsanièceontdisparu.

– Disparues ? Volatlisées?Sanslaiserdetraces?

Félicienclaquadesdoigts.

– Comme ça !

– Bah…Elessontprobablementpartiesenvadrouileavec
dessoldats.

– Des boches ? Tu plaisantes ? J'espère qu'elessaventceque
signifiecoucheravecdesboches.

– Elesréaparaîtrontdansquelquesjours,toutheureusesde
leurpetitevirée.

– Je le souhaite pour leurs mères. Cetefemmem'aausi
racontéquedeuxautresfilesétaientintrouvables.Cequienfait
aumoinsquatre.

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– Et tu penses à quoi, exactement ?

– À vrai dire, je n'en sais rien. Il s'agit probablement d'un
réseau de traite des blanches. D'après ce que cetefemme
raconte,c'estlapremièrechosequimevienneàl'esprit.Cen'est
pasparcequelemondeestenguerequelesvoyoussontàla
retraite.Lesbordelsd'AfriqueduNordsonttoujoursenpleine
activité.Quelemichetonsoitbocheouricain,lesproxénètess'en
metenttoujoursautantdanslesfouiles.

Nathaliesepositionnafaceàluietluiposalamainsurlebras.

– Je te connais, et je te vois venir avec tes gros sabots. Nous ne
pouvons pas nous oc ? Les 'entends .açm uTrepu ed
préocupationssontaileurs.Ettusaisquenotreemploidu
tempsseraasezchargédanslesjoursetlessemainesàvenir.

Ilfixasafemmedroitdanslesyeux.Elenebaisapaslagarde.

– Félicien, il est hors de question de metreleréseauen
danger.Nousnedevonsàaucunprixatirerl'atentionsurnous.
Çaseraitunegroseereur.

– Je te remercie de ton avertisement,maisjeterapeleque
jesuisencorelechefdecegroupe.Etjesaiscequejedoisfaire
oupas.

Letonétaitsec.Nathalien'insistapas.

– J'espère que tu en as efectivementconscience.

Elesedétournaets'engageasurlecheminduretour,piquée
auvifparlaréflexion.Félicienluiemboîtalepas.Ilsesentaitun
peupenauddecemouvementd'humeur.Sonéquipe–ainsique
safemme–prenaitdesrisquesquasimenttouslesjours,depuis
quelagueredel'ombreavaitdébuté.Ilsn'hésiteraientpasà
mourirpourleurpayss'illefalait,etiln'avaitpasledroitdelui
parlerausibrutalement.

Ilaratrapaetlasaisitparlataile.

– Pardonne-moi. Mais je ne peux m'empêcher de voir quelque
chosedesérieuxlà-desous.

14

– Sérieux ou pas, tu sais très bien que l'on ne peut agir sans
ordredeLondres.C'estlameileurefaçondemetreenpéril
toutel'organisation.

– Je te promets d'y réfléchir.

*
Lorsqu'ilsétaientrevenusàMarseile,ilavaitfaluorganiserle
réseaudefaçonfiableeteficace.Pourcommencer,ilsdevaient
absolumentavoirunecouverturediscrète.Nathalieavaitrepris
unboulotdevendeuseenchapelerie.Elen'avaitpastardéà
trouverunpostevacantdansuneboutiqueducentre,pastrès
loind'aileursdeceleoùilss'étaientrencontrés,desannées
auparavant.Deplus,lecommercedeschapeauxmarchaitbien,
lesAlemandsétantfriandsdesacesoiresàlamodesurtout
quandcele-ciarivaitdeParis.
Félicien,lui,s'étaitvu«atribuer»uneplacedebouquiniste
dansunelibrairieprèsdelaplaceCastelane.Lesnombreuses
livraisonsdelivrespouvaientjustifierdesdéplacementsàtout
momentdanslajournée.Dequoiavoirlechamplibre.
Toutlematérielderadiocommunication,parachutéenmême
tempsqu'eux,avaitétéinstalédansl'apartementqueluiavait
2
donné Alexis Mongrand et qui était ocupépourl'ocasionpar
l'un des membres du réseau, Armand. Les communications
étaientbrèves,àheurefixetouslessoirs.Lesmesagescodés
étaienttransmisdeLondresetchaqueréseauentiraitlesactions
qu'ildevaitmener.Ainsiétaitleurquotidiendepuisplusdetrois
ans.Maislesdisparitionsdecesfemmeslelaisaientperplexe.Le
faitnes'étaitjamaisproduitici,etsubitement,aumoinsquatre
enl'espacededeuxmoissevolatlisaientdanslanature?Sans
quequiconques'enaperçoiveetenfasemention?

2.».nts om tirVo emres seL « ,2 e

15

Celaméritaitd'êtrecreuséunpeu.

16

CHAPITRE 2

Lyon–Kommandantur

LecolonelHelmutSperétaitsoucieux.Lessabotagesà
répétition organisés par ces maudits résistants agaçaient le
Führerauplushautpoint.Plusparticulièrementquandunnœud
feroviaireausistratégiquequelagaredeVénisieuxétaitvisé.
S'ataqueràdesobjectifsausiprèsdeLyon,ennarguantles
importantesgarnisonsdeSt chi queh Warrmd teal e aieny étt
stationnées, frisait l'héroïsme ou la plus grande stupidité.
Pourtant,malgrésonmécontentement,Sperétaitcontraintde
reconnaître que ce coup-là avait été un franc sucèspour
l'ennemi.Deuxlocomotivesetdeswagonsentierschargésd'un
précieuxmatérielpourlesforcesdelaméditeranéeétaient
totalementdétruits.Sansparlerdesdommagescausésauxvoies.
Desrailstordus,arachéssurdesdizainesdevoies.Lagarede
triageétaitdevenueinutlisablepourplusieurssemaines,letemps
detoutremetreenétat.Siundébarquementennemidevaitse
reproduireenProvence,lesgarnisonsenplacesesentiraientbien
seulesetdémunies.

Ausitôtqu'àBerlinlehautcommandementavaitétéinformé
delacatastrophe,leurretournes'étaitpasfaitatendre.Ilavait
falumoinsd'unedemi-journéepourquelemesageaterise
sursonbureau.Deuxsemaines.Onluidonnaitdeuxsemaines
pourneutralisercesteroristes.Aprèsquoi,ildevraitrentrerà
Berlinpourune«miseaupoint».Ilnesavaitquetropceque

17

celasignifiait.Lefrontdel'Estétaitenpleinedébandadeetavait
besoinde«nouvelesidéesstratégiques».Ilfiniraitcommedes
dizainesd'autreschefsdebatailondelaWehrmacht:mortou
prisonnier,danssonefortpourtenterdefreinerlescontre-
ofensivesruses.Surlefrontdel'Est,lapremièredeshypothèses
étantnetementpréférableàlaseconde.
HelmutSpersoupira.Comments'yprendrepourdétruireen
deuxsemainescequequatreannéesdegueren'avaientpu
réusiràfaire?
C'estpeut-êtrepourceteraisonqu'ilsluiavaientoctroyéun
adjoint.Etpasn'importelequel:lecapitaineSÜlrichHeinz
devaitariversouspeudeParis,pour«l'aiderdanssamisionde
netoyage»,dixitlecommuniquéoficiel.Maistouslesoficiers
del'arméealemandeavaiententenduparleraumoinsunefois
duS hauptsturmführerHeinz.Réputéausib ei npour son
opiniâtretéàrésoudreles«problèmes»quiluiétaientconfiés
que pour son inconditionnelealégeanceauIeReich,le
capitaineHeinzétaitunspécialistedessituationsdélicates,un
netoyeur.
Sperfroisaleboutdepapieretlejetad'ungestedésabusé
danslacorbeile.SeulscesSfanatisés–ainsiqu'unepoignée
d'hommesiluminésàBerlin–continuaientàcroireenune
e
posiblevictoireduIq euc leiul- àedvrait jauger en Re h.icûr S
premierlieusadévotionàl'idéologienazie.Ilsortitdeses
penséesetapelasonordonnance.
«Gerdt! »
L'aidedecampaparutàlaportedecommunicationentreles
deuxbureauxetsepositionnaaugarde-à-vous.
Lecoloneleutungestedelamain.
– Oh! jevousenprie,Gerdt,arêtezcessimagrées.Depuisle
tempsquel'onseconnaîtetquevousmesuivez,vouspouvez
vouspaserdeçaavecmoi.

18

L'hommesemitaureposetatenditlasuite.

– Prévenez-moi lorsque le capitaine Heinz sera là.

– Le S hauptsturmführer eHni z .rueisna lIjàdét esMo, ci itend
danslesalon.

– Déjà ? Ils n'ont pas perdu de temps! Bien.Faites-leentrer.

Quelquesminutesplustard,leSev dtaenéspre sle .lonoelc na t
Lesbotesclaquèrentpourlesalutnazi.

– Oberst Sper.Jesuislehauptsturmführer Heinz.

Lecoloneladmiralesimulacre.Ilavaitbeauêtred'ungrade
plusélevéquelecapitaine,ilsavaitpertinemmentquelesâmes
damnéesd'Hitleravaientnetementplusdepouvoirqueles
oficiersdelaWehrmacht.Cegenredesalutdelapartd'untel
hommen'étaitquepoudreauxyeux.Dansceteafaire,les
commandesavaientchangédemainsàl'instantoùilétaitentré
danscetepièce.

– Bienvenue, capitaine. Veuilezvousaseoir,jevousprie.

Lecolonelselevaetfitletourdesonbureau.Ildésignaiten
mêmetempsunlargefauteuildecuir.LeSce sa vaealsnuqete
ets'asit,àl'aise.

– Je vous sers un cognac ? Il est fabuleux. Ces Français ont un
dondivinpourfabriquercetalcool.

Joignantlegesteàlaparole,lecolonelremplitdeuxveresde
cristal.Ils'asitfaceàsoninterlocuteur.

– Le trajet en voiture n'a pas été trop pénible ?

LeSreprit sèchement el elas pae dneei p en lI .mêm tirp
répondreàlaquestion.

– L'état-major m'a envoyé ici pour…

Le colonel n'avait pas l'intention de se laisermarcher
impunémentsurlespiedsparcechiend'ataque.Illuifit
comprendrequemêmes'iln'étaitpasdelaS,ilrestaitson

19

supérieur,d'ungradenetementplusélevé.Illecoupatoutausi
brutalement.

– Je connais le motif de votre venue, Capitaine. Je suis au
courantdesdirectivesdeBerlin.

Lesdeuxhommessejaugèrentduregarddurantquelques
secondes.LeSa evn soev lre.

– Bien. Santé, alors.

LeSut bne uor ge géeds noc goan cte reposa son vere.

– Colonel, je suis ici pour que nous réusisionsunebonne
foispourtoutesl'éradicationdesréseauxderésistanceautourde
Lyon.Notrecolaborationseralapiereangulairequinous
permetrademeneràbiennotremision.Leführercomptesur
nous.

– Capitaine Heinz, si je puis me permetre,nousnerestons
paslesbrascroisésfaceàcefléau.Dois-jevousrapelerqu'ilya
seulementquelquesmois,nousleuravonsportéuncouptrès
rudeenarêtantunepartiedeleurcommandement,pastrèsloin
d'ici,àCaluire?Lestraîtresetlesespionsquenousavonsréusià
infiltrerdansleursréseauxontfaitdesmerveiles.Pasplustard
quelemoisdernier,larésistanceprovençaleaquasimentété
démantelée.Qu'ilsaientpusereconstruireausirapidement
m'étonnebeaucoup.D'aileurs,lesabotagedelanuitdernière
étaitlepremierdanslarégiondepuisdesmois.

Lecolonels'arêtaetatrapauneboîtedecigares.Ilaprésenta
aucapitaine.

– Un cigare ?

LeSd ealm nug seetusefd'a ain. r

– Je vous en prie, Colonel. Poursuivez. Il m'est intéresantde
connaîtrevotreopinion.

– Et si ces teroristess'étaientdéplacés?Queleréseaunesoit
pas implanté dans la région ? Cela expliquerait peut-être

20

pourquoilesservicesdelaGestapon'ontpaseuventd'un
posibleatentatsurLyon.

– Qu'est-ce qui vous fait croire à ça ?

– Tout d'abord, comme je vous l'ai dit, la capture de plusieurs
hautsresponsableslesaprofondémentdéstablisés.Puis,une
voitureabandonnéeaétédécouverteprèsdulieudel'atentat.
Nouspensonsqu'ilss'ensontservispours'éloignerleplus
rapidementposible.Unevoiture. is Cèrmifoe nalp ere'tsb ei
qu'unevoitureestabandonnéesurplace.C'estuneméthode
inhabituele.

– Si je vous suis dans votre raisonnement, ils seraient venus en
voituredepuisjenesaisoù?Pourtant,laplupartdesvéhiculesà
moteursontstrictementinterditsderouler.Ilsauraientcourule
risquedetombersurdespatrouiles?Etl'esenceestunedenrée
trèsrare,réservéeànotrearmée.

– Capitaine, les trains et les gares grouilst ent eds load
alemands.Ilyabeaucoupplusdechancesdes'yfairecontrôler.
Ilestvrai,pardonnez-moi,quej'aioubliédevouspréciserque
cesrenégatsavaientmaquilélevéhiculeenvéhiculeoficieldela
mlicefrançaise.Avecdefauxpapiers,ilsauraientpufranchir
biendescontrôles.Ilsontégalementpupaserpardesroutestrès
petites,rarementfréquentées.Cesréseauxsonttrèsorganisés,et
lemarchénoirpermetdetrouvertoutcequel'ondésire.Y
comprisdel'esence.Jenepensepasqu'ilsviennentdeloin.
Toutefois,jevousl'acorde,ilspeuventvenirden'importequele
direction.

ÜlrichHeinzacquiesçad'unmouvementdetête.

– Je vois. C'est efectivementunepisteàsuivrepouresayerde
leurmeter demain la susetlescolertn nu etop uaecor
d'exécution.

Lecapitaineavalaunegorgéedesoncognac.

– Cetevoiture,peut-onlavoir?

21

– Eleestdansungarage,unpeuplusbassurl'avenue.Vous
pourezyjeteruncoupd'œilquandbonvoussemblera.

– Bien. Le plus tôt sera le mieux. Nous avons deux semaines
pourbouclercetehistoire.

Larépliquefitrireintérieurementlecolonel.LeSva ait utlisé
lenoustoutensachantpertinemmentquecelasignifiaitvous.
Mêmes'ilalaitprendreunepartactivedansceteenquête.

– Naturelement,meshommessontàvotredisposition,ajouta
lecolonel.

Lecapitaineselevaetrajustasacasqueteàtêtedemort.

– Il se fait tard. Je m'ocuperaideçademainmatin.Jevais
profiterdecetedoucesoiréepourmedétendredanslesruesde
cetebelevile.Parisestencorefroideàceteépoque.

Lecolonelselevaàsontour.

– Je vais vous faire racompagneràvotrehôtel.

– Ne prenez pas cetepeine.Monchaufeurestici.

Lesalutnaziclaquaencoreunefois.

*
Lelendemainmatin,lechaufeurstopalavoitureàl'entréedu
garageréquisitionnéparlesAlemandspourl'entretiendeleurs
véhicules. Quelques soldats en tenue de travail s'afairaient
autourdepiècesmécaniquesdiverses.
L'uniformeSfitsonefet,commetoujours.Lessoldatsse
figèrentaugarde-à-vous.Àchaquefois,Heinzsedélectaitdece
moment.L'impresiondepuisancequ'ilresentaitquandles
soldatsoulescivilssecrispaientàsonaparitionétaitsanségale.
Lepouvoirabsolu.Ils'aprochad'unsergent,sansprendrela
peinederendrelesalutauxhommesimmobiles.
–ornUet fizier,unevoituredeteroristevousaétéamenéeily
aquelquesjours.Oùest-ele?

2

LesergentrompitsapositionetmontralaCitroëndudoigt.

– C'est cele-ci,Capitaine.

LeSregardadansladirection indiquéeets'adresade
nouveauausergent.

– Avez-vous fouilécevéhicule?

– Non. Les soldats l'ont garé, puis sont repartis sans donner de
consignes.

Heinzsecoualatêted'unairdépité.Quedetempsperdu!
Personne n'avait pris soin de jeter un œil à l'intérieur de
l'habitacle,bafouantlesrègleslesplusélémentairesd'une
enquête.Sonimpresiondepuisanceaugmentad'uncran:
heureusementqu'ilétaitlàpourremédieràceteereurinouïe!
Voilàunechosequ'ilnemanqueraitpasdefaireremarquerau
colonel: untelaxismepouvaitluicoûterextrêmementcher.

Ilsedirigeaverslavoitureetouvritlaportièreavant,côté
pasager.Laboîteàgantétaitstrictementvideetriennetraînait
surlessièges.Évidemment,ilsedoutaitbienquecesteroristes
avaientprissoindenerienoublierderièreeux.Ilregardale
plancheravantetarière.Rien.Ilsortitetouvritlamale.Hormis
la roue de secours,elétaie gé tmela tneedivIl. ta é it
particulièrementdésapointé,mêmes'ils'atendaitànerien
trouver. Il nota le numéro de la plaque minéralogique, se
doutantbienqu'iln'auraitaucunrésultatdececôté-lànonplus.
Ilfitunderniertourdelavoitureetsedirigeaitverslasortie
quandunedernièreidéelefitrevenirenarière.Ilouvritde
nouveaulaportièreavantetsebaisapourinspecterledesous
dusiège.Souvent,deschosestombaient,etlesmouvementsdes
piedssechargeaientdelesfairegliserhorsdevue.

Ilvitlaformegrisâtreetenvoyalamain.C'étaitcoincésousle
siège,parlesarmatures.Ilinsistaplusieursfois,puisilresortit
l'objet.Ils'agisaitd'unecasqueteplate,banale.Illatournaet
retournadanssamain.Ilregardaàl'intérieuretsesdoigts

23

parcoururent lacouture pouren dégagerl'étiqueted e
fabrication.Lasatisfactiond'avoirdécouvertcetepiècedetisu
selisaitsursonvisage.Encoredequoiaugmentersonsentiment
depuisance!Lagrifeaparutentrelesdoigtsmanucurés:
«MaisonBerthier,Marseile».

*
L'ordonnanceducolonelseprésentadanslebureau.
«Colonel,leCapitaineHeinzestici.»
LeSn'atenditpaslaréponseducolonelets'introduisitdelui-
mêmedanslapièce.Sperfutexaspéréunefoisdeplusparle
salut nazi. Toutefois, prudent, il évita toutes sortes de
commentaires.Heinzsemblaitenthousiaste.
– Félicitations, Colonel. Je loue votre perspicacité. Voyez ce
quej'aitrouvédanslavoituredecesteroristesquevousn'avez
pasprislapeinedefairefouiler.
Iluitenditlacasquete.

Sperencaisalaremarquesansmotdire.Silavoitureavaitdû
êtreinspectéeparquelqu'un,c'étaitbienparcessauvagesdela
Gestapo.Maisaparemment,lecapitainenefaisaitpasla
diférenceentreuncoloneldelaWehrmachtetlesservicesde
police. Le colonel n'esquis aapm io sel gesndreour te p
s'intéreseràcetacesoire.

– Expliquez-moi, capitaine.

– Vous semblez avoir vu juste en pensant que ces hommes
s'étaientdéplacéspourvenirnousataquerhorsdeleursecteur.
Cetecasqueteenestlapreuve.Eleaétéoubliéedanslavoiture
etprovientd'uneboutiquedeMarseile.

Spec enuqsaap aU .sguarntmeen'r thctere vait s'ae pou
n'importeoù,quelequesoitlamaisonquilaconfectionnait.
Maissicele-ciavaitlepouvoirdefairedégagerÜlrichHeinzde

24

sonespacevitalenl'envoyantsurlacôte,àtroiscentskilomètres
desonbureau,alorsilaprouvaitsonraisonnementsansréserve.

Lecapitainecontinuad'exposersonidée.

– Je vais donc me rendre sans tarder dans cetevilepour
continuerlesrecherches.Jeferaipartdèsaujourd'huidema
découverteetdemonprojetàl'état-majordeBerlin.

Sperjubilait.Iln'encroyaitpassesoreiles.Ilalaitêtre
débaraséplusvitequeprévudecevisiteurencombrant.

– Je vais faire prévenir le Major Kolde ot v arerivée.

– Ne vous donnez pas cetepeine,OberstSper.J'aimebienles
efetsdesurprise.

25

CHAPITRE 3

Laréunionavaitétéhouleuse.Lesujetsurlacoordination
entrelesréseauxétaitunproblèmerésoluetmisaupointdepuis
quelque temps déjà, mais le thème récurentconcernant
l'atributionducommandementgénéraln'aboutisaitjamais.Les
réseauxpartisansétaientloindes'entendresurcepoint,etcela
prometa ditdue r reocnel ertgnospme. Chaque chef étia t
d'acordpourchapeauterlesautresetcoordonnerleursactions,
maisaucunnevoulaitsesoumetreauxautres.Leproblèmeétait
sansfinetperdureraittrèscertainementunlongmoment.

PiereLeducmarchaitdevant.AmideFélicien,iltenaitlaplace
deseconddanslahiérarchieduréseau.Ilétaitmécaniciende
formation.Plusjeunesdetroisansquesonami,ilsavaientfaitles
quatrecentscoupsensembleentrel'EstaqueetMourepianeau
tempsoùlavien'étaitfaitequed'insouciance.Physiquement,ils
neseresemblaientaucunement,Piereétantdecorpulence
moyenne,avecdescheveuxoscilantsduchâtainauroux.Cequi
n'avaitpasempêchélesgensdelesprendresouventpourdes
frères,tantilsétaientculetchemise.Parlasuite,danslesannées
vingt,ilavaitreprislegaragedemécaniqueautomobile,queson
pères'étaitlevél'âmeàbâtir.Ilvivaitseul,au-desusdeson
atelier,dansunpetitapartementlumineux.L'ateliers'était
heureusementtrouvésurletrajetdupercementdelatoute
récenteavenueFoch,cequiavaitpropulsésonpetitcommerce
au premierplan.Du coup,lesaf pérépros tneiava seria

26

proportionnelementaveclenombred'automobilesdeplusen
plusgrandisant.Pierevivaitchichement,maisilétaitun
hommeriche.Certes,depuisledébutdelaguerelesafaires
avaienttrèsnetementralenti,maislesvéhiculesmlitaireset
oficielsluiasuraientunerégularitédanssonactivité.

Malgrétout,auretourdeFélicien,ilavaitréponduprésentsans
pinailerlorsquecelui-ciluiavaitproposéd'intégrerleréseau
clandestin.IlétaitsansfaileetFélicienluiacordaituneamitiéet
uneconfianceabsolue.

Félicienlesuivaitàunetrentainedemètres.Lesconsignes
étaientstrictesàceniveau-là.Onneserendaitjamaisengroupe
auxréunions.Onyentraitetonensortaittoutseul.C’étaitla
règledeprudencelaplusélémentaire.Lesdeuxhommesse
dirigeaientversl’apartementsituéaupieddelaBonneMèreoù
undébriefingsérieuxdevaitêtrefait.

LarueNeuveSainte-Catherineétaitdéserte,etseulesdeux
jeunesfemmes,surletrotoiroposé,descendaientlarueen
papotant.Elesavaientl’airgaiesetinsouciantes.Lajournéeétait
agréable,propiceaufarnienteetriennelaisaitprésagerqu’ele
alaittourneraudramedansl'instantquisuivait.Unevoiture
arivasoudainentrombeetdépasaFélicien,puisPiere.Ele
stopabrutalementàlahauteurdesdeuxfemmes,etles
portières s’ouvrirent pour en laisued ritros re esmmhox
précipitamment.Ilsseruèrentsurelesetlesentraînèrent
violemmentverslavoiturequiatendait,moteuralumé.

Piere,surprisparlabrutalitédelascène,cesademarcher,
puissemitàcourirendirectiondesagreseurs.

3
« Eh ! Vous, espèces de bordiles!Lâchez-les!Laisez-les
tranquiles! »

3. gens.M auvaises

27

UndesagreseursseretournadansladirectiondePierequise
raprochaitdeplusenplus.L’hommesortitunpistoletetd’un
gestemenaçant,luifitcomprendrederesteràsaplace.

Laplusgrandedesjeunesfemmessemitàcrieretàse
débatre,alorsl’individuluiasenauncoupdematraquequilui
fitperdreconnaisance.Laseconde,paralyséeparlapeur,était
incapabled’oposerunequelconquerésistance.Elesfurent
litéralementjetéesàl’arièreduvéhiculequiredémaraen
trombe.L’enlèvementn’avaitpasduréplusdetrentesecondes.

FélicienarivaàlahauteurdePiere.

– Je crois que la liste des disparues vient de s’alonger.Tuaseu
letempsdevoirlevisagedecestypes?

– Non. Malheureusement. Ils étaient encore trop loin et je n’ai
pasvoulurisquerdemeprendreunebale.J'aijusteretenule
débutdelaplaqued'immatriculation: 495.

– Tu as bien fait de t’arêter.Ilt’auraitdéfourailédesus.

Piereposalaquestionqu’ilsavaienttouslesdeuxentête:

– Tu as une idée de qui peut faire ça ?

– Je ne sais pas. En tout cas, ces gars avaient l’air d’avoir un
aspect«oficiel».Pouravoirl'autorisationdecirculerenvoiture,
ilfautêtrealemandoutrèscopainaveceux.

– Mais pourquoi procéder comme ça ? Ces sales types font des
descentestouslesjourspourramaserlesgens.Pourquoi
auraient-ilsbesoind'agircommedesbandits?

– Ce n'est qu'une suposition,maiscesontpeut-êtreausides
cacous,enrecherchedefilespourlaprostitution.Latraitedes
blanchesexistebeletbien.IldoityavoirduSpiritolà-desous.
C'estleseulpersonnageasezpuisantàMarseilepourdirigerce
genrederéseau.Ettoutlemondesaitqu'ilasesentréeschezles
boches.Quandonseraàl'apartement,jeteraconteraiune
conversationquej'aieueavecunevoisine.Viens! Suis-moi.

Iltraversalarueetsetrouvaauniveaudulieudel'agresion.

28

Féliciens'acroupitsurletrotoir,visiblementpourchercherun
objet.

– Il me semble qu'une des femmes a laisétombersonsac.Je
nesaispass'ilss'ensontaperçus.Toninterventionlesagênés.

Descontainersàorduresétaientposéssurletrotoir.Félicien
regardasousl'und'eux.

– Tiens. Il est là. Je ne m'étais pas trompé.

Ilouvritlepetitsacàmain,fouilaàl'intérieuretensortitune
carted'identitédelapochelatérale.

– Germaine Tardieu, 18, rue Paradis. Elen'habitepastrèsloin
d'ici.Bon,filonsd'icimaintenant.

Ilsacélérèrentlepas.L'apartementsetrouvaitausidansle
quartier,etilsnetardèrentpasàtoqueràlaportesuivantlecode
convenu.Eles'ouvrit,etdansl'encadrementsetenaitunhomme
d'unecinquantained'années.

– Ah! Vousvoilà.Entrez.

ArmandFouxs'écartapourlaiserpaserFélicien.Armand,un
monsieur « tout le monde », ne travailaitpasetocupait
l'apartementdeFélicien.Ilétaitchargédumatériel,etson
expériencedanslestransmisionsl'avaitdésignéd'oficeàce
poste. Il était aux petits soins avec tout le matos de
radiocommunication.Lalogistiqueduréseau,c'étaitlui.Un
personnage-clé.Unrésistantdelapremièreheure.

Ilrefermalaporteaprèsavoirjetéunderniercoupd'œildansla
caged'escalier.

– Alors ? La réunion s'est bien pasée?Desavancées?

Entantquechefduréseau,Félicienpritlaparole.

– Tu parles! Toujourspareil.Toutlemondes'esttirédansles
pates.Aucunréseauneveutsesoumetreàl'autoritéd'unautre.
Tousleschefsrevendiquentleurindépendance.Onn'yarivera
jamais.

29

Félicien se tut. Pierinevuna e ne disai tirne .rAamdnd
problème.

– Qu'est ce qu'il y a, les gars ? Vous semblez soucieux. Ce n'est
pourtantpaslapremièrefoisquelesréun…

– Ce n'est pas ça. Piereetmoiavonsasistéàunenlèvement,
toutprèsd'ici.Etcen'estpaslepremier.

PiereserapeladesparolesdeFélicienuninstantplustôt.

– Explique ce que tu voulais me dire, tout à l'heure.

Lestroishommess'asirentautourdelatable,danslacuisine.

– Dimanche, après la mese,j'aidiscutéavecunevoisine.Ele
étaitenpleursetjemesuisditqu'eleavaitbesoind'aide.Alorsje
m'aproche,onentamelaconversation,etelemelâchecomme
çaquesafileetsanièceontdisparusanslaiserdetraces.Même
topopourdeuxautresfilesd'unedesesamies.Etaujourd'hui,
deuxdeplus.

– Tu penses que les enlèvements de tout à l'heure sont liés aux
autres?interogeaArmand.

– J'en suis certain. À mon avis, et j'en suis de plus en plus
convaincu,unréseaudetraitedesblanchesestactifdepuispeu.
Auseinmêmedenotrevile.

– Nathalie est au courant ? Je veux dire, eleétaitavectoi,àla
mese?demandaPiere.

– D'après ele,ilnefautsurtoutpass'embrigaderdanscete
histoire.Leréseauseraitexposé.

Armandaprouva.

– La voix de la sagese.Elearaison,Félicien.Onnedoitpas
s'ocuperdeça.C'estleboulotdelapolice.

– La police ? Que veux-tu qu'elefase?Laplupartdesflics
sontcorompusdanscetevile.C'estpasnouveau,etjete
garantisquejesaisdequoijeparle.Lesgarsétaientsapéscostard
cravate.ÀpartlessauvagesdelaGestapo,jenevoisquela

30

mafia.Ilsdoiventarosertoutelavilepourêtretranquilesdans
leurtrafic.Lesflicslaisentfaire.

– Stop,stop…lançaArmand.Admetonsquetuaiesraison.
Quepeut-onyfaire?Rien!

– On ne peut pas continuer à être au courant et laiserfaire
cespouritures.Laplusvieiledecesdemoiselesdevaitavoirà
peineplusdevingt-troisouvingt-quatreans.

Armandavaitlaréputationdetempérerlesardeurs.Ilanalysait
toujourslessituationssoustouslesanglesetsonbonsensavait
permis de leur sauver la mise plus d'une fois. Il devait
absolumentfaireentendreraisonàsonchef.

– Félicien, on est en guere.Etnous,onfaitpartiedela
résistance.Lecombatcontrelesbochesestnetementprioritaire.
Latraitedesblanchesatoujoursexisté,etaencoredebeaux
joursdevantele.Onn'ypeutrien.Laisetomber.

– Je vais demander l'aval de l'état-major. Ce soir.

Ilpritunaircatastrophé.

– Ne fait pas ça, malheureux. Ils vont te rire au nez. Tu vas te
ridiculiser.Ilsn'apem ut eonerciréqus pat teslaviedes
partisansetletravaildeplusieursannéesendangerpource
genred'histoire.Ilsn'ontrienàfoutredequelquesgonzeses.

– Au moins, j'en aurai le cœur net. En atendant,jevaisrendre
visiteàsondomicile.

Pieresortitdusilencequ'ilgardaitdepuisleurarivée.

– Ne fais pas ça non plus. Si tu vois ses parents, que vas-tu leur
dire?Queleurfiles'estfaitramaserpardesinconnus?Et
après?Tufaisquoi?Tureparscommetuesvenuenleslaisant
avecleurangoise?

– Oh oh oh! Jeveuxjusteesayerd'obtenirdesinfossurcete
gamine.D'oùelevenait,oùelealait.Celapourasansdoute
éclairernotrelanterne.

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