Le drame du studio 5

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50 pages
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Charles Ponty, dix-huit ans, tout juste bachelier, ne rêve que d’une chose : faire du cinéma.


Son rêve devient réalité le jour où il est embauché sur le tournage du film « Tragique destin » pour jouer l’ami du jeune premier, le célèbre Louis Merlais.


Arrive la scène du grand final dans laquelle une bagarre doit éclater entre les deux héros et une dizaine de bandits armés, et où le personnage joué par Charles Ponty désarme le chef des brigands et lui tire dessus.


La prise se déroule au mieux, Charles bien dans son rôle malgré des frictions récurrentes avec l’acteur principal saisit le browning, appuie sur la détente... Louis Merlais s’écroule, touché à la poitrine par une vraie balle...


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EAN13 9782373476149
Langue Français

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LE DRAME DU STUDIO 5
Roman policier
par René Duchesne
*1*
La librairie Pontys, située avenue du Château, à Vincennes, était bien connue des jeunes gens qui achetaient là des romans d'aventures et, pendant les vacances, n'oubliaient pas de bavarder un peu avec Charles, le fils du libraire qui, cette année-là, pouvait s'enorgueillir, à juste titre, d'avoir brillamment terminé ses études avec le titre de bachelier. — Que vas-tu faire, maintenant ? lui demanda un de ses camarades après avoir réglé ses me achats à M Pontys qui tenait la caisse. — Mon fils restera ici, mon jeune ami, affirma M. P ontys qui plaçait dans sa vitrine les derniers numéros des publications du jour. Dieu mer ci, j'ai du travail pour lui dans ma maison que, d'ailleurs, je lui laisserai quand nous serons, ma femme et moi, devenus assez vieux pour désirer nous reposer.
Charles ne répondit pas, mais sa mère, qui l'observ ait, remarqua qu'il ne paraissait nullement ravi de cet avenir.
me Quand, le soir venu, on ferma le magasin, M Pontys prépara le repas, laissant le père et le fils écouter la T. S. F.
— Ouf ! soupira le libraire ravi de retrouver son fauteuil, cela fait du bien de s'asseoir sans risquer d'être dérangé. Charles, passe-moi donc ma boîte de cigares. Un bon cigare, un bon concert, et la vue de son fils, voilà qui vous paye d'une journée de fatigue. Décidément, je me fais vieux, mon petit, et tu seras patron de la librairie Pontys plus vite que tu ne le crois. Après tout, j'ai de petites rentes suffisantes, une villa à Nogent, un vieux bateau de pêche et la Marne est à cinquante mètres de la mais on. Pourquoi attendre l'âge des rhumatismes pour vivre de ses rentes ? Voici octobre proche, mon garçon, cet hiver, il faudra te mettre au courant de notre commerce. Après ton service militaire, je te nomme patron du magasin... Eh bien ! tu en fais une tête. Voyons, tu es sérieux, travailleur, tu aimes lire et tu devrais être ravi !
me M Pontys qui venait dans la petite salle à manger po ur mettre le couvert du dîner jeta un regard à Charles silencieux et mélancolique, puis dit à son mari :
— Je crains bien que notre fils n'ait pas de goût pour le commerce, mon pauvre ami. Voyons, Charles, parle en toute confiance. Tu es no tre seul enfant, c'est pour toi que nous avons travaillé, économisé. Nous n'avons en vue que ton bonheur. Voyons, est-ce que tu rêves autre chose que cette librairie ? Jamais tu n'as manifesté la moindre préférence pour une carrière quelconque. Crains-tu de notre part une opposition à tes désirs ?
— Oui, parle, fit M. Pontys, affectueusement. Allons, mon enfant, sois franc et n'aie aucune crainte. Tu as le droit de choisir la profes sion qui te plaît et nous sommes heureusement assez aisés pour sacrifier encore quelque argent à te préparer un avenir de ton goût.
Ému, le jeune homme embrassa sa mère, sourit au bon M. Pontys et, un peu embarrassé, répondit : — Oui, j'ai fait un rêve... que je gardais un peu s ecret parce que je crains de vous désappointer, car ce que je désire est si difficile à obtenir ! Voilà, je voudrais faire du cinéma ! Le libraire sursauta. Sa femme devint grave, inquiète.
— Pour arriver, au cinéma, mon garçon, il faut des relations et nous n'en avons pas. De plus, il faut aussi du talent... et avant de devenir vedette, il faut souvent travailler longtemps, obscurément, se contenter de petits rôles qui ne so nt guère payés. Je lis chaque semaine les publications parlant de cinéma, les mémoires des artistes connus et je sais que les débuts sont difficiles et que beaucoup de comédiens végètent toute leur vie.
me — Réfléchis encore, Charles, conseilla M Pontys. Oh ! je sais, la jeunesse, maintenant, ne parle que cinéma ou aventures lointaines dans des pays dangereux. Ce sont des rêves irréalisables, crois-moi.
Mais, maintenant qu'il avait parlé, Charles se sentait le courage d'insister, de plaider sa cause.
Il le savait bien qu'on ne devenait pas vedette tou t de suite. Il aurait de la patience... car, vraiment, il n'y avait que cette carrière qui lui plaisait. — Songe, maman, à ta joie, à ta fierté aussi, si, u n jour, je tourne des premiers plans ! Après tout, pourquoi ne réussirais-je pas ? Grâce à vous, je sais nager, danser, jouer au tennis, conduire une auto. — Tu es aussi bachelier, bougonna son père qui rallumait rageusement son cigare éteint. Pas besoin d'avoir tant étudié si seul le sport doi t te servir. Artiste de cinéma ? Ah ! mon pauvre garçon, tu as vraiment des goûts surprenants. Réfléchis encore, ta mère a raison.
Charles s'approcha de M. Pontys et, gravement :
— Papa, laisse-moi tenter ma chance ! J'ai des dispositions, rappelle-toi, tu dis toi-même que j'ai du chic, un physique agréable, et que, dans les saynètes qu'on jouait au lycée, j'étais le meilleur interprète. Puisque tu me laisses libre de mon choix, permets-moi d'essayer. Qu'est-ce que je risque ? Tiens, si cet hiver, je n'arrive pas à tourner, je renoncerai au cinéma et je me mettrai résolument à la vente des journaux et des bouquins.
Déjà le brave homme réfléchissait au moyen de faire accepter son fils dans un des studios de Joinville. Il ne s'était jamais opposé aux désirs de Charles et, bien qu'il fût un peu triste de penser que son enfant unique ne lui succéderait pas dans ce magasin où il avait passé sa vie, il consentait à lui laisser « tenter sa chance », comme disait Charles.
— Demain matin, Herbeau, le comique de cinéma viendra acheter son journal. Il habite Vincennes et je le connais depuis des années, je te promets de lui demander un tuyau. Il tint parole. Herbeau se montra bienveillant et, lorsque le libraire lui présenta Charles,
il déclara :
— Un beau garçon, ma foi, qui doit être photogéniqu e. Aie de la patience, mon garçon, et tu arriveras. Tiens, voici ma carte avec un petit mot de recommandation pour un metteur en scène de Joinville. Mais, tu sais, pour commencer, il faut débuter dans la figuration. J'y suis resté trois ans, moi, avant d'obtenir un petit bout de rôle.
— Oh ! je ne me fais pas d'illusion, monsieur Herbeau, je sais qu'il me faudra attendre. Mais j'ai bon espoir.
Grâce à la recommandation de l'artiste, le jeune garçon fut reçu par le metteur en scène Ravais qui, l'ayant regardé, constata tout haut : — Bon physique, de la distinction. Allez voir de ma part le régisseur, Portois, qui inscrira votre nom et votre adresse. On vous mettra dans la figuration pour vous essayer. Portois, un gros homme chauve, grincheux et toujours bougonnant, examina, lui aussi, le débutant, et lui dit :
— Soyez dans six jours, à sept heures du matin, au studio. Vous tournerez un des apaches de la scène 124. Comme tenue, un vieux complet et une casquette déformée. Cachet de quarante francs. On peut compter sur vous ?
— Certainement, monsieur Portois.
Charles fut donc un des quarante apaches qui évoluè rent dans un décor du port de Marseille. Deux jours après, il représentait un soldat défilant avec ses camarades dans une rue me de village et M Pontys, qui lui avait commandé un smoking, un costume de chasse et une tenue de tennis, se demandait si ces dépenses n'étaient pas superflues, quand Portois dit enfin au figurant dont il avait remarqué l'exactitude et l'adresse :
— À demain sept heures, Pontys, tenue de soirée. On verra ce que vous donnez en gentleman.
*2*
On allait tourner « Tragique Destin », film dramati que, dont Louis Merlais serait la vedette. Louis Merlais était un jeune premier déjà connu malgré ses vingt-quatre ans. Il avait eu la chance pour lui et ses succès l'avaient rendu extrêmement vaniteux. Il était peu aimé de ses camarades avec lesquels il se montrait très arrogant.
— Vous n'allez pas me donner un figurant pour tenir, dans ce film, le rôle de mon ami, j'espère ? dit-il au metteur en scène. Ce garçon sera ridicule et cela risque de faire rater toutes les scènes que nous tournerons ensemble.
— Mon cher, répliqua Ravais, il me faut surtout un artiste qui fasse jeune et je n'ai que Pontys sous la main. Il a de la distinction, de la tenue et j'ai confiance en son désir de bien faire. Vous paraissez à peine vingt ans, vous, ce qui vous a valu vos succès. Pontys en a à peine dix-huit, ce sera parfait.
Merlais allait protester encore contre ce qu'il appelait le trop rapide avancement du jeune Pontys, mais le metteur en scène, impatienté par les observations du jeune premier, coupa court à une nouvelle protestation en réclamant l'attention de tous, car il allait expliquer la scène qu'on allait tourner.
Louis Merlais, dans le scénario, représentait le fils d'un riche banquier et Charles Pontys l'ami d'enfance du jeune homme. Tous deux assistaient à une soirée donnée dans les luxueux salons du banquier, salons envahis par de nombreux invités fort riches.
Soudain, grâce à des complicités qui ne devaient être révélées qu'à la fin du film, dix bandits masqués et armés, font irruption chez le banquier et exigent qu'on leur donne argent et bijoux. Terrorisés, les malheureux vont céder, quand le fils du banquier et son ami, indignés de cette brutale attaque, se jettent sur celui qui paraît être le chef et le désarment.
Merlais devait, lui, s'emparer du browning d'un autre bandit. Charles Pontys tirait sur le chef qui s'écroulait. La scène se terminait là. Ravais, s'adressant aux artistes et aux figurants, ajouta :
— Vous avez compris. Les invités...