Le faux et le vrai Furet

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L’Homme au stylo, en fuite en Angleterre, s’est fait passer pour l’inspecteur Furet et a résolu une enquête avec brio.


Mais Furet retrouve bien vite son identité et, devenu une « célébrité » grâce aux articles dithyrambiques de la presse britannique vantant le succès de son « imposteur », croule sous les demandes d’aide.


Dans le volumineux courrier, le policier est interpellé par l’appel au secours d’une jeune femme, sans se douter, encore, que son ennemi juré est mêlé de près à l’affaire.


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EAN13 9782373472073
Langue Français

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L'Homme au stylo
6 - Le faux et le vrai Furet
Roman policier
par Marcel IDIERS
I
LE FAUX ET LE VRAI FURET
L'inspecteur Furet, sitôt arrivé à la gare deCharing-Cross, au centre de Londres, se mit en quête d’un hôtel en harmonie avec la modicité de ses possibilités financières. Il ne tarda pas à découvr ir ce qu’il cherchait dans une petite rue voisine du Strand, et fut assez heureux pour rencontrer un compatriote en la personne du garçon d’étage, ce qui facilita grandement les choses.
Après une nuit d’un sommeil réparateur, il s’attabl a devant un de ces breakfastsupérieurs à notrequi sont, quoi qu’on en dise, infiniment s  anglais système du café-crème et du croissant. Rien de tel, pour se sentir d’attaque, que l’absorption d’une solide tranche de bacon, agrémentée de deux œufs bien saisis et d’une ou plusieurs tartines de confiture d’orang e, le bacon, d'abord, et la marmelade ensuite, comme de juste, et non pas affre usement mélangés, à la façon des Américains, qui ont encore beaucoup à app rendre, en matière de sciences dégustatives, même des Anglais.
Son petit déjeuner avalé, la première chose à faire était de se rendre à Scotland-Yard. Il n’y manqua pas. Comme ceux du soi r, et avec plus de détails encore, si possible, les journaux du matin étaient pleins de ses hauts faits. On y chantait, sur trois colonnes, et avec des titres à donner le vertige, les louanges de l’extraordinaire inspecteur Furet, le « génial » dé tective français qui venait de donner une leçon magistrale aux spécialistes du Royaume-Uni.
C’est une chose bien connue qu’il n’y a pas plus sp ortifs que les Anglais, et, aussi, que cette sportivité, cet amour dufair-play, les poussent à reconnaître très loyalement la supériorité d’un adversaire, toutes l es fois que l’occasion s’en présente. C’est donc avec une satisfaction sans mélange que la presse anglaise se plaisait à encenser celui qu’elle appelait le « génial » Furet, au détriment de ses propres détectives.
Ces louanges, à la fois méritées et imméritées, pui squ’elles s’adressaient à Furet et avaient été glanées par l’homme au stylo, auraient couru grand risque de lui demeurer étrangères, si son nouvel ami, le garçon d’étage, ne s’était point fait un devoir de les lui traduire fidèlement, en y ajoutant, comme il se doit, l’expression de sa propre admiration, la gloire d’un compatriote éclaboussant, dans une certaine mesure, l’obscur valet de chambre duCaledonian Hotel, qui avait la bonne fortune d’abriter l’illustre inspecteur Furet.
Ledit Eugène, c’était le nom du garçon d’étage, n’e ut même rien de plus pressé, à peine Furet eut-il mis le cap sur Scotlan d-Yard que de téléphoner aux divers journaux la nouvelle adresse du célèbre limi er, ce qui valut à notre ami, quand cette information fut dûment publiée, une ava lanche de lettres, la plupart
rédigées en français, dont sa modestie aurait eu positivement à souffrir si, d’ores et déjà, il ne l’avait préparée à subir ces assauts de louanges, par la pratique d’un positivisme bien compris.
À Scotland-Yard, Furet, comme bien on pense, il fit doublement sensation. Il était l’homme du jour, celui à qui allaient tous le s suffrages et, déjà, les rares privilégiés qui l’avaient approché lors de sa récente visite, se félicitaient de lui avoir accordé leur confiance, quand, coup de théâtre ! ils s’avisèrent que le Furet qui les venait voir n’était pas le même.
Le sergent Kelly crut à une erreur.
— Nous attendons l’inspecteur Furet, de Paris, dit-il à Furet, en brandissant la fiche dûment remplie par celui-ci dans l’antichambre. Vous n’êtes pas l’inspecteur Furet !...
— Je suis l’inspecteur Furet, affirma énergiquement notre ami, à qui l'observation du sergent Kelly fut aussitôt traduite.
— impossible !
— C’est pourtant comme cela...
Grâce au truchement d’un interprète et à un grand d éploiement de bonne volonté, ils finirent par se mettre d’accord... À la description qu’on lui en fit, Furet eut tôt fait de reconnaître celui qui s’était subst itué à lui. Il l’avait, d’ailleurs, soupçonné dès le début. Ce ne pouvait être que l’homme au stylo. Et qui donc, en effet, aurait déployé une semblable astuce, jointe à un plus parfait sans-gêne ?...
L’homme au stylo ! Les agents de Scotland-Yard n’ét aient pas sans avoir entendu parler du célèbre cambrioleur. Il leur manq uait de le rencontrer ; c’était maintenant chose faite.
Furet, assez penaud, se défendit de se vouloir pare r d’une gloire qui n’était pas sienne, mais, aussi, n’était-il nullement respo nsable de cette substitution d’identité.
— Vous aurez votre revanche ! lui dit le sergent.
— J’y compte bien ! fit Furet.
— Nous vous aiderons, ajouta Kelly.
Furet le remercia d’un sourire légèrement empreint d’amertume, se demandant s’il devait voir dans cette promesse une manifestation de cet humour britannique, qu’on lui avait dit si redoutable, ou, plus simplem ent, l’expression d’un collègue sincèrement apitoyé.
En somme, se dit-il, en manière de consolation, le gaillard les a possédés jusqu’à la gauche... Le...