Le Livreur

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124 pages
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Description

Au cœur de Silver Owl, depuis trois cents ans, une légende prospère, jalousement gardée.
Le dimanche, au cœur des ténèbres, entre minuit et 10 heures, le Livreur opère. Et un mystérieux colis noir apparaît sur le chemin d’un des habitants.
« Ce que vous désirez le plus au monde », voilà ce qu’il vous offre. Il ne se trompe jamais. Il ne demande rien en retour.
Et personne ne l’a jamais vu. De lui, on ne connaît que sa légendaire signature : « Au plaisir de ton bonheur, le Livreur ».
Une ombre fugace, la lueur dans l’obscurité ; il est le héros de chacun.
Qui est-il ? Quel est son objectif ? Tant de questions demeurent sans réponses…
Cependant, pour la première fois en trois cents ans, le Livreur a commis une erreur… Une erreur qui pourrait bien mener Mélie sur sa piste.
Parviendra-t-elle à être plus rusée que son héros ? Fondez-vous avec elle dans les pas du Livreur, et plongez au cœur de ses secrets.

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Date de parution 30 septembre 2014
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Langue Français

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Le Livreur
Marie-Sophie Kesteman
© Éditions Hélène Jacob, 2014. CollectionMystère/Enquête. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-173-9
« La valeur d’un homme tient dans sa capacité à donner et non dans sa capacité à recevoir. » Albert Einstein
Chapitre 1
Mélie entrouvrit les paupières alors que la chaude lumière du soleil de septembre s’infiltrait par les persiennes. Ce matin, la jeune fille fraîchement diplômée du lycée entrait à l’université. Elle jeta un rapide coup d’œil dans sa chambre. Rien. Elle soupira. Il n’y avait aucune raison pour qu’il la choisisse. — Alors ? s’enquit Mélie en s’asseyant à la table du petit-déjeuner en compagnie de ses parents et de sa petite sœur. Sa mère secoua la tête. — Si tu continues à le chercher, il ne te choisira pas, la tempéra son père, caché derrière son journal. Maggie frappa avec humeur sa tasse de plastique contre la table. — Je veux que le Livreur vienne ! Sa grande sœur lui ébouriffa tendrement les cheveux. — Je suis certaine qu’un jour tu découvriras le plus merveilleux des cadeaux posé sur ton lit. Mélie embrassa les cheveux blonds qui bouclaient sur le front de sa sœur. Elle attrapa une pomme au centre de la table et sortit sous l’azur du ciel automnal. Les feuilles orangées tourbillonnaient autour de ses chevilles dans une valse interminable alors qu’elle arpentait la rue déserte. La jeune fille serra l’écharpe autour de son cou. Cela ferait bientôt dix-huit ans qu’elle attendait le Livreur, mais elle ne désespérait pas. À Silver Owl, cette ville isolée du reste du monde et perdue au milieu de l’Iowa, le Livreur était une légende. Un dimanche matin sur deux, avant 10 heures, ce mystérieux héros déposait une boîte noire fermée par un sceau de cire argentée à l’attention de l’un des habitants. Si vous aviez de la chance, au colis pendait une étiquette marquée à votre nom, suivi de sa légendaire signature : Au plaisir de ton bonheur, Le Livreur À l’intérieur du paquet, chacun y découvrait ce qu’il désirait le plus au monde. Le Livreur ne se trompait jamais. Ainsi, madame Macbeth, dévastée depuis le décès de son époux, avait un jour découvert
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dans sa cuisine un colis. Il renfermait une quinzaine de fiches au nom d’amies qu’elle avait depuis longtemps perdues de vue. Avec leur numéro de téléphone et leur adresse, il lui avait été facile de retrouver leur trace et, depuis lors, il y avait toujours chez la vieille dame deux ou trois grands-mères qui bavardaient gaiement en sirotant le thé. Mélie sourit. Le Livreur était un héros. Personne ne l’avait jamais vu. Plus mystérieux encore était le fait qu’il œuvrait ainsi dans l’ombre depuis près de trois cents ans. La plupart des villageois expliquaient son immortalité par ses origines célestes, puisque pour beaucoup il serait un ange chu du ciel qui, tombé amoureux du patelin, vivrait parmi eux. Mélie dut marcher vingt minutes pour rejoindre l’arrêt où l’autocar universitaire venait chercher les étudiants en littérature. Lorsqu’elle arriva à destination, elle s’étonna de ne trouver que peu de personnes qu’elle connaissait. Le premier petit groupe était composé d’Annie et Fergie, deux grandes pom-pom girls rousses qui faisaient les yeux doux à l’ancien vice-capitaine de l’équipe de basket-ball du lycée. Quelques mètres plus loin se tenaient une poignée de membres des clubs de philosophie et cinéphilie. Au fond du parking, vêtu des mêmes habits rapiécés que d’habitude, Naru observait d’un œil maussade Jack le basketteur et ses deux groupies. Les épaules courbées en avant, le jeune homme paraissait difforme. Mélie n’avait jamais eu de véritables amis au lycée et, maintenant plus que jamais, elle se sentait bien seule. Dès que l’antique bus arriva, tous se regroupèrent et embarquèrent silencieusement. Le véhicule s’ébranla dans un grand bruit de ferraille. Un beau garçon, un peu plus âgé qu’elle, prit place à ses côtés. Mélie jeta un regard impressionné à ses habits impeccables. À n’en pas douter, il devait appartenir à une riche famille. Il lui adressa un sourire éclatant. — Tu as l’air bien triste, murmura-t-il, en penchant comiquement la tête sur le côté. Mélie rougit jusqu’à la racine des cheveux. C’était la première fois qu’un inconnu s’inquiétait de son humeur maussade. — C’est vrai ? marmonna-t-elle. Pas le moins du monde. Le sourire du garçon s’élargit alors qu’une étrange lueur s’allumait dans son regard. — Quel impoli je fais ! Je ne me suis pas présenté. Je suis Oliver Mackenzie, délégué des « cinquième année ». Sa voix grave fit rosir les joues de la jeune fille. — Mélie, dit-elle simplement, ses pensées se mélangeant désagréablement. Les yeux verts du garçon la fixaient intensément, la mettant mal à l’aise. — Olive ! Ne commence pas à terroriser les nouveaux dès le premier jour, soupira une fille
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assise derrière eux. Ses cheveux blonds comme les blés descendant en cascade sur ses épaules, elle tendit la main à Mélie. — Wendy Scarlett, cinquième année et amie d’enfance d’Oliver. — Non, tout va bien, la rassura-t-elle. Wendy hocha la tête et se renfonça dans son siège, ses doigts voyageant rapidement sur le clavier de son téléphone portable. Oliver lui adressa une grimace exaspérée et ferma les yeux, la tête renversée sur le dossier usé. L’université la plus proche se situait entre Silver Owl et les deux villes voisines. Ne sachant pas encore ce qu’elle voulait faire de sa vie, la jeune fille avait opté pour un cursus varié à proximité du domicile familial. La plupart des étudiants étaient généralement là par manque d’ambition ou par manque de moyens.
— Tu ne peux pas dire ça ! s’écria soudain Annie dans le fond de l’autocar. Il existe vraiment. Le basketteur leva les mains en signe de paix. — Ce Livreur n’est qu’une mascarade. Tous les regards convergèrent vers leur groupe. — Arrête de dire des idioties pareilles, contra Wendy sans lâcher son écran des yeux. Nous avons tous vu ses colis. — Je ne dis pas qu’il n’existe pas, répondit Jack sur la défensive. Je suis juste certain qu’il s’agit d’un type comme vous et moi payé par la mairie pour distribuer de fichues boîtes. Mélie serra les poings, furieuse. Il n’était pas question de l’écouter plus avant. — Et alors ? Qu’est-ce que cela peut faire que ce soit quelqu’un comme nous ? Qu’est-ce que ça peut faire qu’il soit payé pour ce qu’il fait ? Il rend les gens heureux, non ? Je ne me lève jamais d’aussi bonne heure et d’aussi bonne humeur que le dimanche matin ! La jeune fille déglutit, ravalant les larmes de fureur qui lui brûlaient les yeux. — Ose dire que tu ne t’es jamais levé le dimanche matin en te demandant si cette fois, ce ne serait pas toi ! Il rend mon week-end magique ! Alors, qu’il soit un ange tombé du ciel, un alcoolique cherchant à se racheter une conduite ou un employé de mairie, je n’en ai strictement rien à faire ! Le Livreur est un héros. Un grand silence s’abattit un instant sur le bus avant que les étudiants ne se mettent à siffler et à applaudir. Les joues rouges, la jeune fille se tassa dans le fond de son siège. Elle aurait aimé disparaître. — Bien dit, déclara Wendy qui s’était rapprochée. Qu’en dis-tu, Oliver ?
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— Intense, confirma-t-il en lui jetant un coup d’œil curieux. Alors qu’ils discutaient avec allégresse du discours enflammé de la jeune universitaire, le bus pénétra finalement sur le campus et s’arrêta en face de la faculté de littérature. L’humble bâtiment en pierre de taille n’avait rien d’impressionnant. À la sortie de l’autocar, une petite dame replète les attendait, levant un panneau marqué « Première année ». — Vous êtes nombreux, cette année, c’est bien, fanfaronna-t-elle en les comptant. Mélie se retourna et compta six autres étudiants en plus d’Annie, Fergie, Jack, Naru et elle. Elle n’osa pas imaginer ce que représentait une année peu nombreuse. L’accompagnante toussota pour s’éclaircir la voix.
— Suivez-moi ! D’un même élan, tous lui emboîtèrent le pas alors qu’elle les conduisait dans l’amphithéâtre qui serait le leur durant l’entièreté de l’année académique. La petite femme poussa une porte à double battant et leur demanda de s’installer. La salle était déserte. À l’intérieur régnait une insoutenable odeur d’humidité et l’on pouvait voir la poussière danser dans les rayons de soleil qui filtraient sous les stores épais. Mélie soupira en laissant tomber son sac à côté d’une chaise située à mi-parcours entre le tableau et le fond de la salle. — Désolé, lâcha Naru en bousculant sa chaise à tablette. Le jeune homme s’installa à l’autre bout de la rangée, semblant vouloir mettre le plus de distance entre lui et ses anciens camarades de classe. Durant un long moment, seuls les commérages de Jack et ses pom-pom girls, installés dans le fond de l’amphithéâtre, meublèrent le silence. La jeune fille ferma les yeux, repensant au beau jeune homme blond qu’elle venait de rencontrer. Les yeux verts scrutateurs d’Oliver se matérialisèrent de façon si claire dans son esprit qu’elle rougit alors que les groupes d’étudiants venus de Northwood et Osage pénétraient en désordre dans la salle. Redressant le torse, la jeune fille jeta un coup d’œil discret aux visages qui défilaient devant elle, prêtant une oreille attentive aux conversations. Peut-être dans ce groupe hétéroclite de jeunes adultes se trouvaient ses futurs amis. Le cœur empli d’espoir, Mélie scruta la foule, mais elle ne croisa le regard d’aucun étudiant. Un groupe de garçons bouscula son écritoire, renversant sa trousse dont le contenu s’éparpilla au sol. Le plus grand d’entre eux se retourna, surpris, mais alors qu’elle s’apprêtait à balayer ses excuses d’un revers de la main, il ricana et s’en alla. La mine furibonde, elle ramassa ses feutres et les rangea dans son sac.
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Le cours lui parut interminable et, en sortant de l’amphithéâtre en fin de journée, elle avait une terrible migraine. Elle fut ravie de retrouver le bus à la peinture écaillée qui l’attendait sur le parking. Wendy et Oliver étaient déjà installés et l’accueillirent avec un grand sourire. — Alors ? demanda Oliver. — C’est horrible…, souffla la jeune fille en s’effondrant sur la banquette en face d’eux. — C’est normal. C’est le premier jour. Dès demain, l’amphithéâtre va se vider, la mauvaise graine ira papillonner ailleurs. Mélie hocha la tête. Il était dommage que les deux premières personnes avec qui elle semblait avoir noué contact la précédent de quatre ans.
Avant de rentrer chez elle, elle fit un crochet par la mairie où, un dimanche sur deux, une petite affiche portant une photo de l’heureux élu était agrafée au mur. Mary Newbatisth (26 ans) 15 septembre Dans son colis, la jeune Mary expliquait avoir trouvé la peluche qui avait bercé toute son enfance et qu’elle avait égarée alors qu’elle n’avait que 8 ans, dans un accident de voiture. Un grand sourire ravi aux lèvres et les yeux encore rougis, elle posait avec joie pour l’affichette. Les jours qui suivirent s’écoulèrent doucement, le temps s’égrenant goutte à goutte. Rapidement, une certaine routine s’installa, entre cours et études à domicile, pompant l’énergie qu’elle avait espéré consacrer à la recherche de nouveaux amis. Cependant, comme Oliver le lui avait affirmé, les étudiants cessèrent progressivement de fréquenter les cours et, au bout de la seconde semaine, il ne restait qu’un quart des élèves, lesquels, le visage fermé, n’étaient pas des plus engageants. Les cours en eux-mêmes n’étaient pas difficiles à suivre, maintenant qu’un silence mortuaire s’était installé dans l’amphithéâtre. Seul un étudiant semblait mettre un point d’honneur à répondre aux questions du professeur de son air nonchalant, entrant parfois dans de véritables débats d’opinion. Le dos voûté au-dessus de son écritoire, les manches de son pull aux coudes élimés remontées, il ne cessait de prendre des notes. D’une certaine manière, il lui faisait de la peine. Il avait les meilleures notes de leur classe au lycée, mais était issu d’une famille pauvre et ses parents n’avaient pu lui permettre d’intégrer de meilleure université. Le dimanche matin, Mélie fut réveillée par une branche qui frappait inlassablement sur son carreau suite aux assauts du vent. Agacée, elle se leva et regarda machinalement autour d’elle pour s’assurer que le Livreur n’avait rien laissé à son attention. Malgré l’heure bien avancée, il faisait encore sombre. Étonnée, elle remonta sa persienne et découvrit un ciel rempli de gros
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nuages noirs. Maussade, comme tous les jours d’orage, elle ne prit qu’un rapide petit-déjeuner. — Tu joues avec moi ? S’il te plaît, la supplia Maggie. Mélie soupira en poussant la porte de sa chambre. Elle n’avait vraiment pas la tête à ça. — Pas aujourd’hui. — Je ferai tout ce que tu veux ! Je ne te… La petite fille se tut, le visage livide, alors qu’elle regardait entre les jambes de sa grande sœur. — Qu’est-ce qu’il y a ? demanda la jeune fille en se retournant. Mélie se pétrifia. Sur son lit, au centre de l’édredon, se trouvait une boîte noire cachetée de cire argentée. S’approchant à petits pas, elle souleva le colis de ses mains tremblantes, caressant la chouette aux ailes déployées du sceau. Cubique, le paquet devait mesurer une quinzaine de centimètres d’arête. Il était si petit qu’il tenait facilement dans sa main. Accroché sous le cachet de cire, un rectangle de parchemin se balançait au rythme des battements sourds de son cœur. Sur la petite étiquette, une belle écriture calligraphiée s’étirait élégamment : Au plaisir de ton bonheur, Le Livreur
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Chapitre 2
À l’avant de la voiture, les parents de Mélie discutaient avec excitation, jetant des regards avides en direction du colis noir qu’elle tenait sur ses genoux. Sa mère trépignait d’impatience. — Je me demande ce que ça peut-être. — Ce dont je rêve le plus au monde, souffla la jeune fille pour elle-même. Elle caressa le tissu sombre qui recouvrait la boîte. Sous ses doigts, il était infiniment doux. Mélie sourit. Elle avait finalement reçu un colis du Livreur. Elle soupesa la boîte qui était étonnamment légère. Que pouvait-elle avoir reçu ? En vérité, elle n’avait aucune idée de ce qu’elle désirait le plus au monde. Le père de Mélie freina brusquement. — Nous y sommes ! Je vais garer la voiture, attendez-moi. La petite famille sortit avec fièvre de la voiture, Maggie serrant fermement la main de sa sœur. — Dis, Maman, ils vont nous prendre notre boîte ? Madame Doutrerive s’agenouilla devant elle, lui caressant les cheveux. — Ce n’est pas notre boîte, ma chérie, c’est la boîte de Mélie. — Mais… Elle posa un doigt tendre sur les lèvres de Maggie et se releva. Accompagnée de son mari qui les avait rejoints, elle passa la porte de la mairie. La procédure voulait que les colis du Livreur soient ouverts à la mairie. Ainsi le maire pouvait-il demander à sa secrétaire de réaliser l’affichette qui serait agrafée au mur extérieur. Mélie jeta un coup d’œil à l’heureuse élue du dimanche précédent. Cette fois, c’est elle qui serait sur l’affichette. Aurait-elle, elle aussi, les yeux humides et un sourire aussi rayonnant que le sien ? Elle n’en doutait pas. Serrant son colis contre sa poitrine, elle enjamba les quelques marches qui menaient au bureau d’accueil et se dissimula derrière le dos de son père. — Premier palier, la porte du fond, finissait d’expliquer l’hôtesse. Elle leur adressa un sourire poli avant de se replonger dans son travail. La mairie venait juste d’être rénovée et la pièce embaumait encore le plâtre fraîchement séché. Les plafonds
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