Le loup devenu berger

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Sachant que son ennemi juré, l’Homme au stylo, cherche à s’embarquer clandestinement pour l’Angleterre, l’inspecteur Furet se fait embaucher, sous couverture, sur un bateau faisant de la contrebande et dans lequel il pense y dénicher le cambrioleur...


La chance lui sourit enfin, puisque son intuition était bonne. Mais il n’a pas compté sur le flair du fugitif et le « gendarme » se retrouve bientôt en prison, en terre anglaise, pendant que le « voleur », fort des papiers d’identité du détective, se fait passer pour un policier...


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EAN13 9782373472059
Langue Français

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couve

L'Homme au stylo

5 - Le loup devenu berger

Roman policier

 

par Marcel IDIERS

I

« LE NOUVEAU »

 

Il y avait plusieurs heures déjà que « La Belle Lamballe » tirait au large, fortement balancée au creux des lames, son équipage très affairé dans la soute à l’arrimage d’une cargaison perpétuellement instable.

Furet n’avait toujours pas aperçu celui qu’il cherchait. Il le savait à bord, pourtant. Il ne lui était pas permis d’en douter, mais il aurait préféré en avoir la preuve. Le patron Martin, qui depuis un bon moment surveillait ses hommes du coin de l’œil, les mains enfouies dans les poches d’un pantalon large comme un jupon de paysanne hollandaise, l’interpella tout soudain :

— Eh ! le nouveau... arrive voir ici !

Le nouveau, Furet se dit immédiatement que ce ne pouvait être que lui. Il songea aussi qu’il avait peut-être oublié de se donner un nom quand il était venu solliciter le maître après Dieu de « La Belle Lamballe », et il se promit de remédier à cet oubli.

Mais le patron du cargo se moquait bien de son nom, en vérité, pour lui, ce qui importait, ce n’était pas l’identité des bonshommes qu’il employait, c’était leur habileté au travail et, positivement, sur ce point, le nouveau ne lui donnait guère satisfaction.

— Tu m’as l’air fait pour arrimer un navire, fit-il, quand Furet se fut approché, comme moi pour jouer du piano, et encore...

L’inspecteur ne souffla mot. Mais, à part lui, il songea que c’était, à peu de chose près, ce qu’il aurait dit à un gaillard aussi maladroit de ses dix doigts pour ce genre de travail.

Ce silence, loin de mécontenter le patron Martin, eut tout au contraire l’heur de l’apaiser.

— Jamais fait ça de ta garce de vie, hein ?...

— Jamais, convint humblement Furet.

Martin n’était pas bavard. Il apprécia cette réponse laconique. Il était enchanté par surcroît d’avoir vu juste et d’inspirer cette sorte de crainte qu’il lisait dans le regard du nouveau.

— Tu prêteras la main au cuistot, dit-il en éjectant un long jet de salive brunâtre. Nous n’avons pas de machine à peler les patates, ici... J’espère que tu sauras faire ça, au moins, et passer le faubert dans les coins.

— J’ai été soldat.

— Bon ça... Va donc à la cambuse, terrien, et que je ne te revois plus !

Furet, dissimulant du mieux qu’il put sa satisfaction, ne se fit pas répéter deux fois une invitation aussi providentielle. En un rien de temps, il eut rejoint le maître-coq, modeste personnage qui devait avoir fort peu d’analogie avec Prosper Montagné et autres seigneurs de haute cuistance, et lui transmit les ordres du patron.

— Ça colle, émit le cuisinier, et jaugeant d’un regard sceptique l’aide que lui adressait Martin, il ajouta : P’t’être bien que tu sauras t’expliquer avec le Chinois d’Ia cabine, aussi, parce que moi, j’y renonce.

— Le Chinois ? s’étonna Furet.

— Oui, le type qu’a embarqué hier, un coco qui lui faut des plats spéciaux et du vin d’archevêque... Une croix, celui-là, alors, et jamais content...

L’inspecteur eut une inspiration.

— C’est justement pour ça que le patron m’envoie, fit-il. J’ai fait un peu le garçon de restaurant avant la guerre, alors, tu comprends, j’ai la manière avec les clients difficiles...

— Ben, tu seras à la noce avec ce particulier-là, ricana le cuisinier. J’ai jamais vu un type pareil. Y s’croit à bord du « Normandie » pour le moins...

— Il occupe une cabine...

— Oui, une petite cambuse qu’on peut appeler une... cabine, si l’on veut. Il est arrivé hier et il n’en est pas encore sorti. On m’dirait qu’il a fait un coup dur, ce particulier-là, que j’en serais pas tellement surpris !

Furet eut un petit sifflement admiratif.

— Ça s’pourrait, dit-il ! Mais c’est pas nos oignons, comme dit l’autre...

— Quel autre ?

— Heu... un ami à moi qui est discret.

Le maître queux haussa les épaules. Il n’était pas fâché d’avoir un aide, encore ce dernier devait-il rester à sa place et ne pas se donner des airs supérieurs. Un garçon de cuisine est un garçon de cuisine, que diable !

— On sert le jus dans une heure, dit-il. Pour monsieur l’comte, c’est du café filtre, du véritable, et avec du lait condensé... Tu iras lui porter, comme de juste, mais pas avant neuf heures. Y fait la grasse matinée, l’client, c’est tout juste s’il te laissera entrer.

Furet se félicita in petto de l’excellence de son déguisement qui allait lui permettre de pénétrer dans la cabine de l’homme au stylo sans risquer d’être reconnu. Les dents manquant à la mâchoire supérieure étaient, à elles seules, une trouvaille, et, pourtant, il lui avait suffi d’enlever son appareil dentaire pour obtenir ce changement radical. Le maquillage de ses joues, en creux, ne lui avait guère donné plus de mal, et, là aussi, le résultat était surprenant.

Sans doute n’était-il pas question d’arrêter séance tenante le célèbre cambrioleur, il n’y songeait même pas, mais le fait de lui donner confiance en pénétrant dans sa cabine sans être reconnu, pouvait grandement faciliter sa capture au moment du débarquement sur la côte britannique.

Quelques heures plus tard, les mains chargées d’un plateau, Furet pénétrait dans le réduit affecté au passager de marque que comptait à son bord le capitaine Martin.

L’éclairage, peut-être était-ce voulu, était réduit au...