Le meurtre était (presque) parfait

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Quand des auteurs se réunissent pour imaginer un meurtre parfait, ou presque, cela donne dix nouvelles surprenantes avec des époques et des modes opératoires différents.


Quel meurtrier n’a jamais rêvé que son crime demeure impuni ? Oui mais voilà, la police veille et les criminels ne peuvent pas s’en sortir aussi facilement. Quoique...


Dix auteurs se réunissent autour d’une même thématique, le meurtre (presque) parfait, pour vous faire frissonner, vous faire douter et vous surprendre. Nouvelles historiques, contemporaines ou encore futuristes, il y en aura pour tous les goûts ! Accident, suicide ou préméditation ? Poison, pistolet, couteau ou encore implant, quel est votre choix ? Nos auteurs eux, ont tranché ! Il ne vous reste plus qu’à découvrir leurs histoires...


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Sommaire :
1 - Moonlight Sonata - Guillaume Lenoir
2 - Aussi insidieux qu'un cobra - Amélie Hanser
3 - Jugement - A.R. Morency
4 - Pour Elysia - Annabelle Blangier
5 - Le coup de l'escalier - Jérôme Bertin
6 - Un jeune homme si bien - Véronique Charrière
7 - Faux-semblants - Marc Legrand
8 - Fourberies Assassines - Véronique Rivat
9 - L'un tue, l'autre meurt, le reste s'amuse - Anne-Laure Guillaumat
10 - Mirages Meurtriers - Josepha Bassoni

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EAN13 9791034804740
Langue Français

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Clair-Obscur collectif Le meurtre était (presque) parfait ! Couverture :Néro Publié dans la Collection Clair-Obscur, Dirigée par Jennifer Pereira
©Evidence Editions 2017
Le meurtre était (presque) parfait !
1 -Moonlight Sonata- Guillaume Lenoir 2 -Aussi insidieux qu’un cobra- Amélie Hanser 3 -Jugement- A.R. Morency 4 -Pour Elysia- Annabelle Blangier 5 -Le coup de l’escalier- Jérôme Bertin 6 -Un jeune homme si bien- Véronique Charrière 7 -Faux-semblants- Marc Legrand 8 -Fourberies Assassines- Véronique Rivat 9 -L’un tue, l’autre meurt, le reste s’amuse- Anne-Laure Guillaumat 10 -Mirages Meurtriers- Josepha Bassoni
- Moonlight Sonata -
de Guillaume Lenoir
Octobre 1899 Près du village de Tyneham, dans le comté de Dorset , au Royaume-Uni, se tenait le Worbarrow Bay Castle, le château de la baie de Worbarrow qui avait une vue imprenable sur le promontoire. Depuis les plus haut es fenêtres de la demeure, on apercevait les falaises en contrebas, sur lesquelle s venaient frapper les vagues. C’était bien là le seul attrait de cette bâtisse en pierres brutes qui se dressait en surplomb, face à la mer. Été comme hiver, les pièce s étaient envahies par une humidité sournoise qui faisait pourrir les parquets et gondo ler les tapisseries anciennes. Elizabeth soupira devant la vision de ce triste pay sage d’automne où le soleil se couchait déjà. Mais aussi en repensant à ses années de mariage. Elle avait épousé Sir Henry Gordon Smith, de dix ans son aîné, car elle a vait été séduite par son esprit et ses manières. Et parce qu’issue d’une famille de la petite bourgeoisie désargentée, orpheline et sans autre parenté qu’une vieille tant e éloignée, elle y avait vu un intérêt financier pour ne pas sombrer dans la précarité. Ils avaient résidé au départ dans leur propriété lo ndonienne, dans le quartier de Kensington et Elizabeth s’était imaginée organiser des dîners somptueux, tenir salon avec des invités prestigieux. Elle avait vite décha nté lorsque, au bout d’une année, Henry avait décidé de se retirer sur les terres lég uées par ses ancêtres dans le comté de Dorset pour venir habiter dans cet horrible château. Trois ans qu’ils vivaient isolés du reste de la soc iété. Les rares visites se limitaient à celles de quelques notables locaux, à mille lieues des esprits éclairés qu’Elizabeth aurait souhaité recevoir chez elle. Le soleil disparaissait par-delà la mer, laissant d errière lui de grandes traînées rougeâtres. Le vent commença à souffler et à se rép andre en hurlements sinistres à travers les remparts. Elizabeth sentit une présence et se retourna. Elle sursauta en apercevant le visage fermé d’Isadora Marshall, la g ouvernante au service d’Henry. Sa mine patibulaire était renforcée par ses traits mar qués et son menton carré. Elle avait pour habitude de rabattre ses cheveux en un chignon strict qui s’associait à merveille avec l’éternelle robe noire qu’elle portait. — Le dîner est servi et Sir Gordon Smith vous deman de, indiqua-t-elle d’un ton froid. — Dites-lui que je n’ai pas faim, et que je passera i le voir dans sa chambre, plus tard, répondit Elizabeth en soutenant un regard dan s lequel elle percevait de l’hostilité. Elle avait toujours détesté cette femme acariâtre, dévouée corps et âme à Henry. Elle était certaine que s’il lui avait ordonné de s e jeter à l’eau, cette vieille harpie se serait précipitée dans les flots depuis le haut de la falaise. Isadora Marshall s’éclipsa. Elizabeth observa à nou veau la mer. Elle l’entendit se
déchaîner sur les rocs abrupts. Elle se pencha pour apercevoir l’écume des vagues, encore visible dans la semi-obscurité. Et elle pens a que c’était elle qui finirait par s’y jeter, si elle continuait à vivre cette existence s ans espoir. *** Dans la galerie qu’elle emprunta pour aller à la ch ambre de son époux, elle croisa le docteur William Dover, qu’elle salua distraitement. Henry était assis à son fauteuil, face à la fenêtre , et buvait un verre de cognac. La porte grinça lorsque Elizabeth pénétra dans la pièc e. Elle se concentra pour ne pas grimacer. Elle ne supportait plus son odeur. Henry passait la plupart de son temps dans son laboratoire, au milieu de ses plantes. La botan ique était sa passion et Dieu seul savait ce qu’il pouvait bien y fabriquer à longueur de journée. L’unique distraction qu’il s’octroyait était un piano qu’il avait installé dan s le salon. Souvent, lors de ses insomnies, il se levait et s’y traînait pour jouer laSonate au Clair de Lune, de Beethoven. Il avait été bel homme. Il portait une barbe élégan te et avait conservé un regard vif. Mais la maladie l’avait rongé, petit à petit, et l’ avait prématurément vieilli. Il marchait parfois avec difficulté et était même devenu apathi que. Régulièrement, le docteur Dover venait s’enquérir de son état de santé et s’assurer d’un traitement qui permettrait de limiter les syndromes. Rien n’était sûr concernant la pathologie dont souffrait Henry, 1 * même si le médecin parlait de chorée . Le vieil aristocrate n’adressa pas un mot à Elizabe th lorsqu’elle se posta à côté de lui pour engager la conversation. — Comment allez-vous, Henry ? — Seriez-vous soucieuse de mon bien-être ? maugréa- t-il sans la regarder. Vous ne prenez même plus la peine de dîner en ma compagnie. — Je n’ai pas d’appétit et j’étais lasse aujourd’hu i. — Isadora m’a rapporté qu’elle vous voyait souvent vous promener sur les remparts du château et que vous y passiez des heures entière s. Elizabeth ragea. Cette vieille chouette épiait ses moindres faits et gestes. — Il m’étonne qu’Isadora reste à m’observer pendant tout ce temps, avec les tâches qui lui incombent. Je la pensais plus soucieuse de son travail. Après un court moment de silence, Henry daigna tourner la tête vers elle. — J’ai bien conscience que la vie à Londres vous ma nque. Mais le mal qui me ronge réclame la plus grande tranquillité. Imaginez-vous recevoir la bonne société et que je me mette à trembler devant tout le monde ? Ici, c’e st le château de mes ancêtres et je veux que vous vous y sentiez à votre aise. Pourquoi ne pas inviter des villageoises du bourg voisin pour des œuvres de charité, auprès des plus démunis ? — Vous avez raison, Henry, j’y songerai. Elle se contenta de lui sourire. Intérieurement, el le avait envie de hurler. — Désirez-vous que je vous tienne compagnie un mome nt ? demanda-t-elle. — Non. Puisque vous êtes fatiguée, allez vous couch er, je vous en prie.
Il lui prit la main qu’il baisa, puis, elle se déga gea de son étreinte et lui souhaita bonne nuit, avant de quitter la chambre. Dans le couloir, elle aperçut Isadora qui s’apprêta it à gravir l’escalier qui menait à la mansarde qu’elle occupait. Elizabeth s’arrêta et la fixa. — Où allez-vous, Isadora ? La vieille femme, surprise, se retourna. — Je monte me coucher, madame. — Auparavant, vous irez nettoyer l’argenterie. Je l a veux étincelante. Je compte inviter les épouses de quelques notables des enviro ns, prochainement. La gouvernante demeura impassible, contrôlant le mé pris qu’elle pouvait ressentir. — Bien, madame. *** Dans sa chambre, Elizabeth enfila sa chemise de nui t et s’assit à sa coiffeuse. Elle éprouva un sentiment amer en considérant son visage . Elle avait à peine trente ans et était dans tout l’éclat de sa beauté, avec ses long s cheveux bruns et ses yeux bleus. Et pourtant, elle avait cette impression triste que sa vie s’achevait déjà. — Seigneur, que vais-je devenir ? soupira-t-elle, à voix haute. Du rez-de-chaussée, elle percevait vaguement laSonate au Clair de Lune, jouée par Henry sur son piano. La jeune femme ne supportait p lus cet air. Elle l’avait en horreur. Un bruit la fit sursauter et elle se leva précipita mment de sa chaise. L’un des lourds rideaux de velours qui encadrait la fenêtre bougeai t. Elle en était certaine. Elizabeth n’était pas de nature craintive et ne croyait pas a ux fantômes. Elle s’approcha. — Qui est là ? demanda-t-elle. Au bout de quelques secondes, une voix masculine lu i répondit de derrière la tenture. — C’est l’esprit qui hante ce château, venu te tourmenter ! Elle l’avait reconnu. Et elle s’énerva devant tant d’imprudence. — Tu es fou, William ! L’homme, de stature et corpulence moyenne, mais bie n fait, s’empressa de la saisir par la taille et de la renverser sur le lit. Il lui déposa des baisers dans le cou et elle ne put s’empêcher de rire. — Arrête donc ! dit-elle en le repoussant. Il s’allongea à côté d’elle et ils regardèrent le p lafond parsemé de grosses poutres en bois, abîmées par l’humidité. — Je ne supporte plus cet endroit lugubre, déclara-t-elle, d’une voix ferme. — Patience, cela ne sera plus très long. Avec ce qu e je lui administre, cela sera rapide. — Combien de temps, encore, à demeurer entre ces mu rs obscurs ? — Un mois. Deux, peut-être. Elizabeth se redressa, contrariée. — Deux mois ? Je ne tiendrai plus ! Je préférerais me suicider ! Tu n’imagines pas
ce que je dois endurer ici. Henry vit reclus comme un ermite. Quant à cette mégère d’Isadora, elle passe ses journées à m’espionner ! — Elle ne se douterait pas un instant que tu es en si bonne compagnie, n’est-ce pas ? répondit-il en glissant sa main doucement le long de ses jambes. — Attention, William. Tuer Henry ne sera pas diffic ile. Mais ne pas éveiller les soupçons après sa mort sera une autre affaire. Surt out dans les mois qui suivront, lorsque notre liaison sera affichée au grand jour. Ce meurtre doit être parfait. — Il le sera, répliqua-t-il, sur un ton assuré. Pou r commencer, mon constat de décès mentionnera une mort due à la maladie. Personne ne le remettra en cause. C’est l’un des avantages que ton amant soit médecin, n’est-ce pas ? Elle le contempla. Ses cheveux blonds et les traits réguliers de son visage lui donnaient un air angélique. Elle en était folle amo ureuse et cette passion était réciproque. Henry mort, elle toucherait l’héritage et pourrait épouser William. Ils vivraient loin duWorbarrow Bay Castle. Mais elle ne serait pas aussi patiente pour que leu r projet se concrétise. 12 octobre Malgré l’automne qui s’installait, Elizabeth contin uait de se promener régulièrement dans le parc attenant au château. Elle aimait senti r l’odeur des feuilles mortes, puis retrouver la chaleur de la cheminée en rentrant. La jeune femme empruntait toujours le même itinéraire, ne se risquant pas à marcher jusqu ’au mausolée familial dont les pierres étaient envahies par le lierre. L’édifice é tait flanqué de deux statues de chiens. Deux sentinelles gardiennes d’un passage vers l’au- delà, qui la faisaient frissonner et qu’elle évitait d’observer trop longtemps lorsqu’el le déambulait dans les allées. Lorsqu’elle regagna le salon, elle constata la prés ence de son époux qui venait de recevoir les soins de William. Le jeune médecin la salua, sans même la regarder, a vant de se tourner vers son patient. — Je vous conseille, en plus de votre traitement, d e prendre l’air. Profitez du soleil lorsque le temps est clément. Il vous faut de la lu mière. Ce que vous n’avez guère en restant enfermé dans ce château. — Cela ira, monsieur Dover. Vous pouvez disposer, d it Henry d’un ton sec, comme si William avait été l’un de ses domestiques. Le docteur rangea son matériel, ramassa sa serviett e, puis enfila son manteau et s’éclipsa. Une fois qu’il fut parti, Henry s’adressa à Elizabe th. — Ce monsieur Dover m’insupporte. J’ai l’impression qu’il me traite parfois comme un enfant. — Il est là pour votre bien, Henry. Je dois avouer que je n’apprécie pas non plus cet individu, mentit la jeune femme. — Je vous ai vue vous promener dans le parc, tout à l’heure. Vous paraissiez