Le Négus a disparu

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Au bar « Au Rendez-vous des copains », tous les soirs, les mêmes personnes se réunissent pour taper la belote jusqu’au bout de la nuit.


Aussi, lorsque l’un d’eux surnommé le Négus fait des infidélités au groupe, sans prévenir, le journaliste de la bande ne tarde pas écrire un article dans le journal qui l’emploie, titré : « Le Négus a disparu ».


Malgré la banalité de l’histoire, devant l’oisiveté ambiante des criminels, le célèbre inspecteur Gonzague GAVEAU alias « Le Professeur » est chargé de l’enquête.


Mais le policier est tellement exceptionnel que, face à lui, même le cas le plus insipide se mue en « affaire sensationnelle » !...


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EAN13 9782373477313
Langue Français

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LE S E NQUÊ TE S DU P ROFE SSE UR
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LEGUSADISPARU
de René BYZANCE
C HAPITREPREMIER
« AU RE NDE Z-VOUS DE S COP AINS »
C'était un tout petit bar de la rue Montmartre. Un tout petit bar avec un comptoir de zinc, trois tables, un vieux Bottin et une arrière-boutique grande comme un mouchoir de poche. Le patron, Arthur Symia n servait lui-même les bocks et un liquide noir et boueux baptisé du nom d e café. Une servante bigle, bancale et un tantinet bossue le secondait. Elle ré pondait au nom d'Yvonne Le Penven et c'était une Bretonne bretonna nte. Les habitués l'appelaient Vénus. Aux heures creuses, Arthur étai t remplacé par une grande femme rousse, violemment fardée et qui avait de bea ux restes : Adeline, sa maîtresse ou, si l'on adoptait son vocabulaire un p eu spécial, sa « régulière ».
L'affaire était bonne. Le bar« Au Rendez-vous des copains » était achalandé par une clientèle nombreuse, fidèle et fo rt hétéroclite. La liaison était presque faite entre les travailleurs de l'aube et c eux de la nuit. Les balayeurs chargés de procéder à la première toilette de Paris se rencontraient avec les mitrons qui avaient sorti la dernière fournée. Vena it ensuite la troupe pressée des employés, des vendeuses, des midinettes en rout e pour le bureau, le magasin ou l'atelier qui avalaient en vitesse un ve rre de « jus » dont la chaleur les réconfortait mieux que l'arôme. Le milieu de la matinée marquait une trêve relative. De petits bourgeois venaient lire les gaz ettes ou combiner des pronostics pour le P. M. U. ou les books. C'est alo rs qu'Adeline descendait en savates et en robe de chambre mauve pour permettre au patron de goûter quelque repos. De complexion peu nerveuse, Arthur S ymian avait la faculté assez rare de dormir à volonté, n'importe où, sur u ne chaise comme dans un lit. Parfois, quand elle servait elle-même un coup de bl anc, Adeline laissait son peignoir bâiller sur ses appas restés robustes. La vision qu'elle offrait alors constituait un supplément gratuit de la consommatio n et les buveurs pour le même prix avaient les délices du palais et des rêve s voluptueux.
Le rite sacré de l'apéritif marquait un gros coup d e feu. Les attardés, peu pressés de retrouver une épouse acariâtre, n'étaien t pas partis qu'arrivaient les pensionnaires des restaurants et « bouillons » vois ins pressés de couronner par un liquide bouillant ou par une lampée d'alcool leu r maigre pitance. Symian faisait ensuite une petite sieste. Il revenait à so n comptoir vers dix-sept heures pour ne plus le quitter jusqu'à trois heures du matin et parfois plus tard encore.
La vie nocturne est active rue Montmartre. Des fill es de fort légère vertu se retrouvaient devant le zinc d'« Au rendez-vous des copains », avec des crieurs de journaux aphones, des agents faisant une ronde, des spectateurs des théâtres et cinémas voisins. Les travailleurs de la Presse venaient se désaltérer en coup de vent ! La rue du Croissant où se groupen t les usines de papier
imprimé étant toute proche. Souvent, sur un coin de table, un reporter ou un critique griffonnaient leur article. Toutes les cla sses sociales, toutes les conditions se mêlaient fraternellement et, malgré s a vogue, le bar avait conservé une physionomie familiale. C'était vraiment le rend ez-vous des copains.
Bien entendu, il avait des clients que Symian et Ad eline traitaient en privilégiés et qui de copains avaient été promus au titre d'intimes. « On change plus facilement de religion que de café », a écrit le profond philosophe Georges Courteline. Les fidèles du bar communiaient dans un goût commun pour les boissons fortes et pour la belote. Arthur Symian lui-même, vers le coup d'une heure du matin, daignait manier les cartes et , gagnant ou perdant, il offrait une tournée générale.
La vérité nous force à confesser que les amis du pa tron n'étaient pas tous d'une suprême distinction. Symian lui-même ne se ta rguait pas de manières raffinées. Les mauvaises langues insinuaient qu'il avait commencé sa fortune en exploitant un commerce assez spécial que la morale réprouvait, mais que la police tolérait naguère. La belle Adeline aurait ap partenu, en qualité de pensionnaire, à la « maison ».
Les trois mousquetaires étaient quatre. Le nombre d es intimes de Symian les dépassait d'une unité. Rapidement, nous allons présenter ces personnages avant de frapper les trois coups pour le premier ac te du drame. Chacun d'eux était connu par son état civil régulier et par un s obriquet précisant son caractère.
Benoît Ceton aurait pu passer pour un négociant cos su s'il n'avait accentué la somptuosité de sa tenue. La cinquantaine bien so nnée, il s'habillait comme un jouvenceau de complets aubergine, de feutres mastic clair, de souliers assortis dont le cuir était un chef-d'œuvre de marqueterie, de cravates de soie rutilantes. Ses doigts étaient chargés de bagues ; des chaînes d'or massif brinquebalaient sur son ventre rondelet de propriétaire. Si un indi scret l'interrogeait sur la nature de sa profession, il répondait qu'il était dans les affaires. En réalité, il prenait des paris pour les courses, trafiquait, servait d'inter médiaire plus ou moins régulier dans d'obscures histoires de marché noir. Enfin, il se débrouillait et fort bien, semblait-il. Pour rendre hommage à cette réussite e t mettre en évidence sa prédilection pour la race chevaline, ses amis l'app elaient le crack.
François Gourju, un grand dépendu à la face de pier rot lunaire, ne cachait pas, lui, l'origine de ses ressources. Doué d'un ba gout intarissable, il vendait à la sauvette, sur les boulevards ou dans les couloirs d u métro, des fixe-chaussettes d'un modèle inédit, de la pâte à reluire ou des bar res de chocolat. Sa journée achevée, il sortait de toutes ses poches des masses de billets sales. Sa soif était inextinguible, mais, comme disent les marins, il tenait parfaitement la toile. Il était surnommé « vingt-deux », d'après la locuti on populaire « vingt-deux v'là les flics ».
René Tonnet portait...