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Le Non de Ntomba

De
150 pages

Avoir le courage en tant qu’individu d’exprimer un point de vue positif qui s’oppose à celui du groupe et de poser un acte paradoxal qu’on sait capable d’attirer sur soi un tollé général, voire une sanction punitive, n’est pas monnaie courante. Au moment où les « Apirizalom » (clan du chef Buli) exerçaient leur sujétion sur les « Tomnyolo » (clan de Ntomba), alors même que les dominés désemparés ne pouvaient entrevoir la possibilité de renversement des rapports de force, l’étoile de Ntomba se leva et illumina le cheminement de la communauté « Tomnyolo » vers des lendemains enchantés, bien que tumultueux. Il faudrait apprendre à résister aux forces du mal, le salut est au bout de cet effort.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-13251-5
© Edilivre, 2017
Prologue
La menace de Buli d’envoyer l’oncle de Ntomba en prison à Mantoum allait se réaliser le jour où Edjoé, représentant de l’autorité administrative, décida de faire une tournée de prise de contact en vue de collecter les informations relatives aux populations devant payer l’impôt dans son ressort territorial. Ce jour-là, l’ordre fut donné d’arrêter Ntonga. Ntomba s’y opposa à sa façon. Il exprimait ainsi spontanément son mécontentement à l’égard des arrestations arbitraires dont été victimes les membres de son clan. Il décida de s’attaquer à l’administrateur en personne. Car, il lisait une complicité entre Buli et lui. Pour lui, s’attaquer au représentant de l’administration Edjoé, c’était attaquer le mal à la racine. C’était lui, Edjoé, qui cautionnait les actes d’injustice et de discrimination de Buli. Un incident arriva, qui allait produire plus de peur que de mal et révolutionner l’organisation administrative du village Yéyé. Celui-ci éclata en deux : Yeye-Osu et Yeye-Bè, dirigés respectivement par Buli et Ntomba. Cependant, le manque d’unité et d’entente durables entre les Tomnyolo allait mettre à mal l’existence du village Yéyé-Bè qui perdit son autonomie administrative obtenue à haut risque. Peuples d’Afrique et du monde, sachons préserver nos acquis derrière nos leaders politiques. Evitons la discorde et la querelle stérile. Elles favorisent l’incompréhension mutuelle et la guerre qui vient anéantir le progrès déjà réalisé. Soyons tolérants, patients en attendant notre tour de gouverner car « aucune condition n’est permanente ». De plus, aucun gouvernement ne peut faire l’unanimité. Sachons donc composer avec les autres pour une meilleure gouvernance. Respectons nos lois, bien qu’elles soient mauvaises, elles restent perfectibles.
I
Exaspéré, le jeune Ntomba se leva et se dirigea hardiment vers le représentant de l’administration Edjoé. Il lui administra une gifle sur la joue gauche avec toute la vigueur d’un jeune de son âge, sous le regard ahuri de son père, du chef Buli et de ses notables. L’émoi était à son comble. La stupeur s’empara de tous les habitants de Yéyé. De mémoire de patriarches, pareil événement ne s’y était jamais produit. Ils s’attendaient à la réplique sévère des gendarmes vis-à-vis de tous. Eux qui avaient des matraques et des armes à feu n’allaient-ils pas s’en servir pour punir tout le village pour avoir préparé une surprise aussi désagréable à la haute hiérarchie ? Une telle ignominie publique ne méritait-elle pas une sanction exemplaire pour décourager à jamais toute velléité allant dans le sens du mépris de l’administration ? La pensée des habitants présents dont certains avaient déjà un pied à la fuite était que les forces de l’ordre présentes allaient s’en prendre à l’assistance. Mais la riposte des hommes en tenue fut professionnelle, proportionnelle à l’acte posé et dirigée vers son auteur. Ntomba savait bien que cet acte lui vaudra une sanction exemplaire et même périlleuse, mais il ne put s’empêcher de le poser. Il avait perdu la maîtrise de soi car, la goutte d’eau venait de déborder le vase. Un défèrement à la prison de Mantoum où l’avaient précédé ses nombreux autres cousins et oncles ne lui faisait plus peur. Son vif désir était de voir l’état des choses changer ; même s’il ne changeait rien, il avait la conviction qu’un jour ça changera. Et il avait montré l’exemple à suivre. Un exemple à améliorer peut-être, mais il ne pouvait plus supporter. Alors que les gendarmes couraient vers lui pour l’arrêter, Ntomba s’écria avec un ton plein de rage, les poings fermés tel un boxeur et prêt à affronter quiconque aurait l’intention de l’attraper : –J’en ai marre, j’en ai marre… « Pouvez-vous imaginer de nos jours un adolescent qui, lors d’un rassemblement populaire présidé par une autorité administrative dans un village, aurait l’outrecuidance de poser un acte aussi scandaleux devant une foule de personnes et sans peur de la présence des forces de l’ordre ?! C’était ce que fit Ntomba. L’expression du ressentiment qu’il avait contre les injustices que subissaient les Tomnyolo était forte. Paradoxalement à la lecture que la foule fit de ce mauvais geste, Edjoé allait en avoir une interprétation différente. A ce moment-là, le village Yéyé-Bè n’avait pas encore une existence légale. Il était encore dans les entrailles de Yéyé tel que légué par le chef Zambo et nul n’entrevoyait la possibilité de son avènement. Seul le démiurge savait que Ntomba venait de poser là un acte révolutionnaire. La procédure conduisant à l’autonomie des Tomnyolo était ainsi déclenchée. La révolte de Ntomba avait été préparée inconsciemment en amont par son père Tsala. Il lui avait conté tous les conflits qui avaient déjà jalonné les rapports entre Apirizalom et Tomnyolo. Il était convaincu que son fils avait besoin de connaître son passé pour bien comprendre le présent et envisager l’avenir. Il devait connaître la façon dont les Tomnyolo étaient arrivés à Yéyé. Comme leur implantation faisait déjà problème dans les esprits de certains Apirizalom, il fallait se préparer à mieux se défendre un jour, si jamais on était contraint de comparaître en justice pour motif de troubles de jouissance. Il devait apprendre à protéger ses droits et à défendre la mémoire de ses ancêtres. Tsala avait le devoir d’éclairer son fils sur l’histoire des possessions terriennes du village. Car certaines indiscrétions révélaient que les Apirizalom se proposaient de les chasser de Yéyé. Ce que Tsala ne savait pas, c’était que les faits relatés à son fils le conditionnaient psychologiquement. Ils exacerbaient sa colère et le poussaient à vouloir refouler son dépit sur un adversaire. Tsala dans leur conversation lui rapporta : «Fils, je veux que tu t’appropries l’histoire de ton clan. Tu dois aussi connaître ta culture car un homme sans culture est comme un zèbre sans rayures.Un enfant doit rester lié à sa tradition car elle véhicule le savoir, le savoir-être et le savoir-faire de ses ancêtres. Il faut
savoir préserver son originalité pour éviter le déracinement culturel qui est souvent fatal. Abandonner sa culture appauvrit le patrimoine culturel universel. Ntomba, mon fils, l’histoire des relations entre les « Mvog-Zambo ou Apirizalom » et nous n’est pas un long fleuve tranquille. Les conflits entre eux et nous remontent à l’époque de tes arrières-grands parents. Tout le monde connaît dans ce village que notre ancêtre c’est Oléa. Ce dernier était venu trouver asile chez le chef Zambo. Il fuyait la guerre civile qui s’était déclenchée dans son pays d’origine. Mais, ce que les gens oublient, c’est que des décennies après et puisqu’Oléa avait épousé la fille de Zambo et que ce dernier lui avait cédé des terrains que nous avions grandement mis en valeur à la suite de nos ancêtres, les Apirizalom ne peuvent plus nous chasser d’ici ; même les lois de ce pays ne le leur permettent pas. Ils ne cessent de nous appeler des envahisseurs alors que ce sont eux qui cherchent à nous réduire au silence pour s’emparer de nos biens. De connivence avec Buli le chef, ils ne cessent de nous envoyer en prison injustement pour rester avec nos femmes, contrôler nos exploitations agricoles et vendre nos terrains. Et, le représentant de l’administration Edjoé soutient même Buli qui ne cesse de lui donner des chèvres (et nos chèvres !) quand il vient en tournée. » D’après les déclarations du père de Ntomba, leurs aïeux étaient arrivés dans le village au moment où les terrains n’appartenaient véritablement à personne. Même Zambo ne montrait que les arbres tels que les baobabs pour déterminer les limites avec ses voisins. Les forêts étaient encore vierges. Il fallait une hache bien tranchante et la force des muscles pour les conquérir. Or, maintenant que ces espaces hostiles étaient devenus des exploitations agricoles rentables, les Apirizalom voulaient les arracher. On s’installait où on voulait à l’époque. Beaucoup d’autres personnes après Oléa avaient trouvé des espaces dans le village de Zambo. Mais les Apirizalom ne se plaignaient pas de celles-là. La haine était viscérale entre les deux clans Apirizalom et Tomnyolo. Un jour,le père de Ntomba, il eut une bagarre entre son père et une famille raconta Apirizalom composée de trois frères. La cause de cette lutte était le fait de laisser les porcs et les chèvres en divagation dans le village. La plupart de ces animaux multipliaient les chiques qui déformaient les orteils des enfants. Le chef Buli donnait l’impression de prohiber ce phénomène de divagation des animaux. Mais seulement, on constatait que les membres de sa famille ne semblaient pas être concernés par cette loi. Pour un même délit, il appliquait deux mesures différentes : lorsqu’une chèvre Apirizalom allait détruire les tiges de manioc d’un Tomnyolo, Buli exigeait que le Tomnyolo fasse une haie tout autour de son champ. Par contre, si c’est une chèvre d’un Tomnyolo qui allait piller un champ d’un Apirizalom, il demandait aux Tomnyolo d’attacher leurs chèvres. Par conséquent, les animaux des Apirizalom continuaient de causer la plupart des dégâts à travers le village. Ils disaient qu’il n’était pas question d’interdire à leurs animaux de divaguer. Le faire reviendrait à interdire à eux les Mvog-Zambo, de se promener chez-eux. La truie du grand-père de Ntomba, sortie un jour de son enclos, fut transpercée par une flèche dans le but de faire respecter la volonté du chef. L’Apirizalom qui posa cet acte soutenait que nul n’était au-dessus de la loi. La truie en question venait de mettre bas. Elle laissa errant dans la nature, ses porcelets. S’étant plaint à la chefferie en avançant l’argument d’après lequel l’animal fut abattu pendant qu’on le poursuivait pour le remettre dans son enclos, le chef fit la sourde oreille. Il menaça même le grand-père de Ntomba, disant qu’il était de ceux qui étaient à l’origine de la famine dans son village. Deux mois après, c’était au tour du grand-père de Ntomba d’attraper sous son avocatier un cochon qui errait appartenant à l’un des trois frères Apirizalom. Avec son groin, le dit cochon avait déterré les sillons de patate des petits – fils du grand-père de Ntomba. Ce dernier ordonna l’arrestation de l’animal. Comme les enfants aimaient ce genre d’exercice, ils l’attrapèrent. Il fut attaché à la tige de l’avocatier, à côté du champ dévasté. Dès que les frères Apirizalom l’apprirent, ils firent une expédition punitive chez le grand-père de Ntomba, avec l’intention d’emporter de force leur animal. Une bagarre éclata entre le grand-père de Ntomba et eux. Et pendant qu’il était aux prises avec deux d’entre eux, le troisième alla
calmement détacher l’animal omnivore, le posa sur ses épaules et l’emmena chez eux. Les bagarreurs prirent la fuite et rejoignirent eux aussi leur domicile. Lorsque le grand-père de Ntomba alla se plaindre devant le tribunal de Buli, ce dernier dit qu’il n’y avait pas de preuve que le plaignant allait amener le porc litigieux devant sa juridiction. Il conclut qu’en attachant le porc, il y avait là la preuve que le grand-père de Ntomba voulait se rendre justice. Le grand-père de Ntomba souleva devant le tribunal de Buli le fait que ses adversaires avaient violé son domicile. Buli répliqua qu’il n’y avait pas violation car les frères Apirizalom en question étaient dans leur village. L’homme montra les blessures qu’il avait reçues de la part de ses agresseurs. Il lui fut avancé la raison d’après laquelle les deux parties se donnaient des coups et que les grands dommages à l’issue des combats ne se trouvent pas forcément du côté du camp minoritaire. Buli faisait toujours tout pour disculper les siens. N’y-avait-il pas des témoins oculaires? Demanda Ntomba à son père Pour faire quoi ? Pour certifier que la bagarre s’était passée dans notre concession et établir la preuve de la violation de domicile.Répondit Ntomba. Est-ce qu’il voulait des témoignages ou des preuves de violation de domicile ? Au contraire il encourageait ses gens à nous attaquer, disant que nous sommes chez eux et que nous devons libérer.Explicita encore Tsala. Je mettrai un terme à cela.Lâcha Ntomba presque instinctivement. Son père considéra ces propos comme venant de la part d’un enfant qui parlait sans savoir de quoi il parlait. « Avant de mettre fin à cela, écoute encore cette autre histoire dont je me rappelle bien comme si elle s’était passée hier : Au cours de la fête de première communion de ton frère aîné. Les Apirizalom, habitués qu’ils étaient de troubler nos réjouissances, étaient venus renverser les assiettes de nourriture de nos invités. Ils disaient qu’ils étaient fâchés parce que nous avions organisé cette rencontre sans la permission de Buli. Ils prétendaient que la fête ne devait se poursuivre qu’avec l’autorisation de Buli. Ils interrompirent la fourniture d’énergie électrique. Pendant que nous voulions encore comprendre les raisons d’un tel comportement devant la présence de nos invités, ils décidèrent de donner des coups de pieds aux assiettes de nourriture servies à ces étrangers. Je me saisis par reflexe d’un bâton qui servait à éloigner les chiens. J’assénai un bon coup au tibia de l’un d’entre eux. Il eut une fracture. L’infortuné s’écroula et se mit à supplier. Il voulut s’enfuir comme ses frères mais son pied ne le lui permettait plus. Je lui dis que toutes les enquêtes viendront nous trouver sur place. Il nous suppliait de l’emmener à l’hôpital parce qu’il ressentait de vives douleurs. Ou alors, dit-il, qu’on permette à ses frères de venir le porter pour l’hôpital. Ces derniers, pourchassés par nos invités et nous-mêmes s’étaient enfuis en laissant derrière eux des paires de babouches et chaussures. Ils ne pouvaient même pas revenir sur leurs pas. Nous commencions à interroger le vilain agresseur, lui demandant si c’était son chef qui les avait envoyés. Il avoua qu’ils n’avaient pas été envoyés par Buli mais qu’ils avaient seulement voulu troubler pour avoir leur part de nourriture. Son cas fut emmené à la gendarmerie. Buli alla intervenir en sa faveur, soutenant qu’il devait d’abord subir les traitements de fracture chez un tradi-praticien… Les Apirizalom,Tsala, continua étaient allés dire aux parents de Metila, la femme de l’un de tes oncles envoyé à Mantoum que leur fille était devenue la risée de tout le monde ici. Qu’elle souffrait car n’ayant pas moyen de s’acheter le moindre savon. Leur vrai objectif était de faire partir cette femme dans sa famille d’origine, afin qu’ils partent lui faire la cour là bas. Car, ils savaient que ses parents étaient friands d’argent. Les parents de Metila vinrent un jour pour l’emporter. C’était une délégation de quatre hommes musclés. Ils arrivèrent quand les Tomnyolo étaient qui au champ, qui en ville. Ils forcèrent leur fille à faire sa valise. J’envoyais la nouvelle de l’arrivée de ces étrangers à travers le tam-tam à mon père. Il vint tenter de les dissuader d’emporter Metila. Ils refusèrent et nous aussi, nous décidâmes de défendre notre femme. Je combattais, seul, deux hommes plus forts que moi. Papa ne
pouvait rien pour affronter les autres gaillards. Nous avions tenté d’empêcher cet enlèvement sous le regard complice des Apirizalom… Les Apirizalom avaient déjà tenté une fois de nous arracher cette colline Yéyé car ses versants sont fertiles. Les plantes à tubercules y produisent abondamment. Cela nous attire leur jalousie. Lors de nos affrontements avec eux sur ces lieux une fois, nous leur avions infligé une sévère correction, allant jusqu’à attacher leurs combattants sur les tiges d’arbres. Les autorités administratives étaient venues sur le terrain constater que nous avions mis en valeur depuis nos espaces. Elles leur avaient interdit de venir empiéter sur nos terrains. Depuis cette affaire qu’ils avaient perdue, ils sont devenus nos ennemis jurés. Ils ne cessent de multiplier des actes ignobles contre nous : vol de tubercules dans les champs de nos femmes, vol de notre bétail, enlèvement de nos enfants, agressions sexuelles, tentatives d’enlèvement de nos épouses avec la présentation dessommes d’argent, envoi après des fausses accusations ou faux prétextes de nos populations à la prison de Mantoum. L’accusation la plus fréquente qu’ils présentent à l’administration est que nous refusons de payer l’impôt. Ils s’organisent en équipes d’agresseurs pour venir s’attaquer à nous chez nous, alors que nous ne leur demandons rien. – Père, je t’assure cela finira un jour puisque chaque chose à son temps. Dit Ntomba à son père qui ne comprenait rien des assurances que ne cessait de lui donner son fils alors qu’il voulait qu’il se rende compte seulement de la gravité du phénomène ; quant aux réactions de vengeance, il ne pouvait rien attendre de lui, du moins pour l’heure. Que pouvait d’ailleurs faire un enfant qui attend tout de ses parents devant une telle situation ? Un jour, Ntomba fut témoin d’une arrestation faite à quatre heures du matin de la femme de son oncle Ntonga, sous la conduite d’un Apirizalom qui se chargeait comme à l’accoutumé, de montrer les domiciles des Tomnyolo qui étaient recherchés pour non paiement d’impôt. Le coq venait de chanter dans la maison de Ntomba pour rappeler l’heure des préparatifs pour le départ au champ qui était un peu éloigné. Peu après ce chant, on entendit frapper à la porte centrale. Ntonga, maître des lieux, demanda qui c’était. Une voix lui répondit que c’était son oncle maternel du village d’Azégué. L’oncle de Ntomba ne reconnut pas en la voix qui lui parlait le timbre vocal de son oncle maternel en question. Néanmoins, il se leva pour aller voir qui pouvait bien avoir le courage de venir hardiment le perturber à une telle heure. En guettant à travers un trou de sécurité de sa maison, il vit un Apirizalom qu’il connaissait bien, accompagné de deux hommes qui arboraient la tenue des gendarmes. De l’intérieur de sa maison, Ntonga appela cet Apirizalom par son nom et lui demanda ce qu’il pouvait faire pour lui. Ce dernier lui demanda de venir lui ouvrir la porte, ne sachant pas que Ntonga les avait déjà identifiés. L’oncle de Ntomba voulut savoir s’il était seul. Il lui affirma que c’était le cas. Ntonga lui dit qu’il ne pouvait pas lui ouvrir la porte, car il n’arrivait pas à voir où les enfants avaient gardé les clés la veille. Du coup, les gens de l’extérieur se mirent à forcer l’entrée dans la maison, en donnant des coups de pieds et de gourdins sur la porte. Ntonga avait dans sa maison sur pilotis « une antenne du baobab ». Les Tomnyolo avaient conçu un système d’évasion spectaculaire. A l’intérieur d’une futaie se dressait un baobab plus élancé que tous les arbres. Ses branches touffues constituaient de bons refuges pour les Tomnyolo. Dans leur jargon, ils pouvaient parler de premier étage, deuxième, troisième étage sachant eux, de quoi ils parlaient. C’était dans ces étages qu’ils allaient se blottir lorsqu’ils fuyaient ceux qui les pourchassaient pour l’impôt. D’excellents grimpeurs Tomnyolo avaient eu l’ingéniosité de couper et de raccorder une espèce de liane sauvage. Ils en faisaient des cordes solides qu’ils attachaient discrètement au tronc du baobab. C’étaient ces lianes qu’ils traînaient jusqu’à leurs maisons, de sorte que lorsqu’ils étaient pourchassés, ils se servaient de ce moyen de locomotion et s’envolaient en direction du baobab. Et ceux qui les poursuivaient constataient leur disparition sans trop savoir comment ils avaient fait. Ceux qui avaient ces lianes dans leur demeure étaient surtout ceux qui résistaient au paiement de l’impôt. Et on disait qu’ils avaient des antennes. Seule la communauté Tomnyolo savait ce que signifiait avoir une antenne dans
sa maison. Ntonga était donc de ceux qui disposaient d’une antenne. Il était un excellent grimpeur. Il allait d’une branche à une autre comme le ferait un singe. C’était cette antenne qui lui permit de s’évader ce matin là, lors de la visite inopinée de l’Apirizalom et des hommes en tenue. Ils étaient là pour le paiement des frais d’impôt. Ntonga s’agrippa tout simplement sur sa liane et se laissa emporter vers la direction du deuxième étage du baobab. Ceux qui étaient à sa recherche ne surent comment il avait fait pour se dissoudre dans sa maison alors même que l’Apirizalom confirmait que c’était bien sa voix qu’il avait suivie. Cependant, sa femme fut arrêtée à sa place. Ntomba tenta de convaincre les hommes en tenue qui avaient réussi à enfoncer la porte. Il leur dit que Ntonga n’était pas là et que c’était lui qui leur parlait et non Ntonga. On ne crut pas à sa parole. C’était d’ailleurs faux puisque la voix suivie il y avait quelques minutes avait changé. «La voix d’un adulte n’est pas semblable à celle d’un enfant »: lui avait-on dit. L’Apirizalom confirmait qu’il avait bien suivi la voix de Ntonga et non celle de Ntomba. Il eut une discussion au sujet des voix suivies entre l’Apirizalom d’une part, la femme de Ntonga et Ntomba d’autre part. Les hommes en tenue semblaient perdus dans cette discussion, eux qui ne maîtrisaient pas les timbres vocaux des uns et des autres. Ils prirent cependant la résolution d’emmener à la place du mari fugitif, son épouse. La femme tenta de se défendre en disant qu’ils ne s’étaient pas encore mariés pour qu’elle puise répondre des fautes commises par son mari. Les gendarmes lui sortirent le raisonnement d’après lequel, elle devrait en répondre au nom du plaisir partagé du lit conjugal. Madame Ntonga trouva ce prétexte ridicule et léger pour justifier son arrestation. On lui dit qu’on l’arrêtait pour que son amant soit obligé, lorsqu’il apprendra qu’on l’avait emportée de venir payer l’impôt exigé. Ntomba, intérieurement, regretta le fait qu’il soit encore un enfant. Il eut envie de déclencher la guerre avec ces ravisseurs de la femme de son oncle. L’idée de prendre une machette qui était à l’angle de la porte pour affronter ses adversaires lui vint à la tête. Mais, tout de suite il se ravisa car, trouva-t-il, il ne pouvait rien contre des hommes armés, et en plus majoritaires. Mais il ne put s’empêcher de leur demander s’ils n’avaient pas honte d’arrêter la femme à la place de l’homme, quand on sait que la femme, tout comme l’enfant sont à protéger dans toute circonstance par la société. «Honte de quoi, petit ? »lui demanda l’Apirizalom. Et un homme en tenue ajouta : Nous nous servons d’elle seulement comme appât pour attirer ton oncle qui a fui. – Quelle fuite ? Ne voulez-vous pas comprendre qu’il n’était pas là ? Et puis même, s’il avait fui comme vous le dites, vous ne comprenez pas qu’ils ne sont pas encore unis par le mariage, pour qu’elle puisse répondre des fautes de son mari ? Comment pouvez-vous punir Paul à la place de Pierre ? Petit, tu ne nous apprends pas notre travail,répliqua l’autre gendarme. Travail ? Vous appelez ça travail ?Demanda arrogamment Ntomba. Vas te faire voir ailleurs, petit !dit l’Apirizalom qui était content intérieurement de la Lui décision que les hommes en tenue prenaient, car elle allait en droite ligne avec leur plan diabolique qu’ils avaient adopté contre les Tomnyolo. Tout ça finira un jour ; je vous dis bien que ce que vous faites là finira un jour »leur dit Ntomba en colère. – Qu’est-ce-qui finira, petit ?Lui répliqua avec dédain un gendarme. C’est la caisse. Répondit Ntomba. Ce matin là, en plus de la femme de Ntonga, les hommes en tenue avaient aussi arrêté un autre oncle de Ntomba, Nkada, qui était un des grands planteurs de cacao du village. Ils lui dirent : Même toi, grand planteur du village, n’as-tu pas honte de te faire arrêter pour une petite histoire d’impôt ? Que fais-tu avec...