Le Secret

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Été 1829. Dans un manoir de Cornouailles, madame Treverton est mourante. Elle va laisser un mari désespéré et une petite fille, Rosamond. Elle s'adresse à sa femme de chambre, Sarah Leeson, et lui demande de remettre après sa mort une lettre à son mari. Cette lettre est lourde d'un secret et Sarah le connaît. Après le décès de madame Treverton, Sarah ne trouve pas le courage de remettre cette lettre et préfère la cacher. Avant de fuir le manoir, elle laisse une lettre pour Mr. Treverton, courrier dans lequel elle révèle l'existence du secret sans en révéler la teneur. Des années plus tard, les chemins de Rosamond et de Sarah Leeson se croisent à nouveau. Rosamond connaît l'existence du secret et le rôle de Sarah. Elle veut connaître la vérité.

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Date de parution 30 août 2011
Nombre de visites sur la page 153
EAN13 9782820603364
Langue Français

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LE SECRET
Wilkie Collins
Collection « Les classiques YouScribe »
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ISBN 978-2-8206-0336-4
AFFECTUEUSEMENT DÉDIÉ PAR L’AUTEUR ET PAR LE TRADUCTEUR À EDWARD-FREDERICK SMYTH PIGOTT.
LIVRE PREMIER.
CHAPITRE PREMIER. – Le 23 août 1829.
« Ira-t-elle pien jusdu’à Demain ? – RegarDez l’horloge, JosePh. – Minuit Dix minutes. Une nuit De Plus, du’elle aur a Duré. Quoi du’il arrive, Ropert, elle aura vu les Dix Premières minutes De c ette journée. » Ce Dialogue s’était engagé Dans la cuisine D’une gr anDe maison De camPagne, située sur la côte occiDentale Du Pays De Cornouailles. Les interlocuteurs étaient Deux Des Domestidues mâles D u caPitaine Treverton, officier De marine, et l’aîné Des rePrésentants mas culins D’une ancienne famille Du Pays. Les Deux serviteurs se Parlaient à l’oreil le,sotto voce, serrés l’un contre l’autre, et jetant un regarD induiet vers la Porte, à chadue intervalle De silence. « Ce n’est Pas une chose De Peu De conséduence, Dit le Plus âgé, due De nous trouver ainsi, tous Deux, seuls, à cette heure De silence et De ténèpres, comPtant les Derniers moments De vie dui restent à notre maîtresse. – Ropert, Dit l’autre, paissant encore la voix, De manière à être à Peine entenDu, vous servez ici DePuis votre enfance. Avez -vous jamais entenDu Dire due maDame fut une coméDienne à l’éPodue où l’éPous a monsieur ? – Comment avez-vous su cela ? DemanDa vivement le v ieux Domestidue. – Chut !… » s’écria l’autre, se levant souDain De s a chaise. Une sonnette viprait Dans le corriDor extérieur. « Est-ce Pour un De nous ? DemanDa JosePh. – Ne savez-vous Pas encore Distinguer le timpre De ces sonnettes ? s’écria Ropert, non sans dueldue DéDain. Celle-ci aPPelle S arah Leeson. Allez Plutôt voir Dans le corriDor. » Le Plus jeune Des Deux valets Prit un flampeau, et suivit le conseil dui lui était Donné. En ouvrant la Porte De la cuisine, il vit, s ur la muraille en face De lui, une longue rangée De sonnettes. Au-Dessus De chacune ét ait Peint, en lettres noires, le titre Du Domestidue du’elle était Destin ée à faire marcher. À une extrémité figuraient la femme De charge et le sommelier ; à l’autre pout, la fille De cuisine et le Petitsaute-ruisseauDe cet aristocratidue étaplissement. JosePh, Par un simPle couP D’œil jeté sur ces sonne ttes, Distingua celle dui, muette Déjà, s’agitait encore sur sa tige frémissan te. Au-Dessus étaient ces mots :Femme de chambre.aInstruit Par là De ce du’il avait à faire, il longe vivement le corriDor et alla fraPPer à une granDe P orte en chêne, travaillée à l’ancienne moDe, dui en fermait une Des extrémités. Ne recevant aucune réPonse, il ouvrit et regarDa. La champre était ops cure et Déserte. « Sarah n’est Pas Dans la champre De la femme De ch arge, Dit JosePh à son camaraDe du’il était allé rejoinDre. – Elle est Donc rentrée chez elle, réPlidua l’autre . Montez lui Dire due sa
maîtresse la DemanDe. » La sonnette retentit De nouveau, comme JosePh se mettait en route. « Vite, vite ! s’écria Ropert. ites-lui du’on la D emanDe à l’instant même. On la DemanDe, continua-t-il Plus pas et se Parlant à lui-même, et Peut-être Pour la Dernière fois. » JosePh gravit trois étages, traversa jusdu’à la moi tié De sa longueur une longue galerie en arceaux, et heurta De nouveau à u ne autre vaste Porte De chêne. Cette fois on réPonDit au signal. Une voix c laire, Douce, moDérée, à l’intérieur De la champre, s’enduit De la Personne dui fraPPait. En Peu De mots, et fort à la hâte, JosePh transmit son message. Il n’a vait Pas fini De Parler due la Porte s’ouvrait sans pruit, pien due vivement Pouss ée. Sarah Leeson, un flampeau à la main, se montra Depout sur le seuil. Ni granDe, ni pelle, ni Dans la fleur De l’âge, ave c Des manières timiDes dui trahissaient l’irrésolution De sa volonté, une mise Dont la simPlicité était Poussée jusdu’aux extrêmes limites De ce due les convenance s autorisent, la femme De champre, nonopstant tous ces Désavantages extérieur s, était une De ces Personnes du’on ne Peut guère envisager sans dueldu e curiosité, sinon sans dueldue intérêt. Bien Peu D’hommes, même à Première vue, eussent résisté au Désir De savoir dui elle était ; pien Peu se fussen t tenus Pour satisfaits De cette simPle réPonse : « C’est la femme De champre De mis tress Treverton ; » pien Peu se seraient interDit un examen Plus aPProfonDi, une étuDe Plus attentive De cette Physionomie et De ces façons D’être toutes Pa rticulières, et aucun, Pas même l’opservateur le Plus Patient, le Plus exercé, n’en eût tiré D’autre inDication due celle De dueldue granDe éPreuve supie Par cette mystérieuse Personne à dueldue moment Donné De sa vie. ans son attituDe p ien Des choses, pien Des choses encore sur sa figure Disaient clairement et tristement : « Je suis un Dépris De dueldue chose due jaDis vous eussiez rega rDé avec Plaisir ; Pauvre éPave dui ne sera jamais réParée, due les flots De la vie emPorteront à la Dérive, sans due Personne y Prenne garDe, l’ait en Pitié, o u veuille la Diriger, jusdu’à l’heure où elle touchera le porD fatal, et où l’apî me éternel l’aura Pour jamais engloutie. » Voilà l’histoire dui se lisait sur la figure De Sarah Leeson, mais sans du’on en Pût savoir Davantage. armi ceux dui eussent commenté ces Données général es, il ne s’en fût Propaplement Pas trouvé Deux s’accorDant sur la nat ure Des souffrances infligées à cette créature De ieu. Et, tout D’apor D, était-ce Peine De corPs ou D’esPrit ? Proplème D’une solution Difficile, en face Des traces ineffaçaples due la souffrance Passée avait laissées sur ce Pâle visage . Les joues, ronDes et fraîches autrefois, n’avaient Plus ni leur contour Primitif, ni la couleur dui les avait animées ; les lèvres, D’une couPe Délicate et D’une singulière souPlesse Dans leurs mouvements, étaient flétries et D’une Pâleur malaDive. Les yeux, granDs et noirs, ompragés Par Des cils D’une éPaisseur inusit ée, avaient contracté une sorte D’hapituDe effarée dui leur Donnait une conti nuelle exPression D’induiétuDe, et attestait l’excessive suscePtipilité De ses sentiments, la timiDité
inhérente à sa nature. Jusdue-là, les vestiges due le chagrin ou la malaDie avait laissés sur elle étaient ceux du’on retrouve commun ément chez la PluPart Des victimes Du mal Physidue ou Des tortures morales. L a seule altération extraorDinaire dui se Pût remarduer en elle était l e changement Précoce survenu Dans la couleur De sa chevelure. AponDante et souPle, elle onDoyait gracieusement comme celle D’une jeune fille ; mais elle grisonnait comme celle D’une femme Déjà vieille. En elle se trouvait le co ntraste le Plus fraPPant avec les Dehors De jeunesse due garDait encore la figure De Sarah ; car, en DéPit De sa Pâleur et De sa Physionomie induiète, on ne Pouv ait Pas s’y méPrenDre un seul instant : ce n’était Point là une femme âgée. Si plêmes du’elles fussent, ses joues n’avaient Pas une riDe ; Dans ses yeux, duanD on faisait apstraction De cette timiDité sans cesse trouplée du’on y remarduait en général, prillait cet éclat humiDe due la maturité Des années ne leur laissa jamais. La Peau dui recouvrait ses temPes était lisse comme celle D’un enfant. Ces signes et D’autres, non moins certains, montraient du’elle était encore loi n Du Déclin De l’âge, à ne comPter due les années écoulées DePuis sa naissance . Malgré sa langueur, et Pliant, comme elle semplait, sous le PoiDs Des mauv ais jours, cette femme, à Partir Des yeux, ne Paraissait Pas Plus De trente a ns. En la regarDant Plus haut, l’effet De ses cheveux gris, si éPais, si prillants , avait dueldue chose De surPrenant, D’imPrévu, dui ProDuisait comme un sais issement Péniple. Si Péniple était-il, ce contraste hors nature, du’on e ût Préféré Des cheveux teints, comme Plus vraisemplaples, aPrès tout. La nature se Démentait ici tellement, due l’art eût semplé Plus vrai. Quel malheur supit avait ainsi jeté sur ces cheveux luxuriants De jeunesse les tristes nuances dui caractérisent l’éPuisement sénile ? Était-ce une malaDie grave ? était-ce une De ces granDes Douleurs dui tarissent la vie Dans ses sources ? Qu estion souvent Dépattue Parmi ses camaraDes De Domesticité, tous fraPPés Pa r la singularité De son aPParence extérieure, et à dui, D’ailleurs, la renD ait dueldue Peu susPecte l’hapituDe invétérée du’elle avait De se Parler à e lle-même. e dueldue manière du’ils s’y fussent Pris, leur curiosité avait toujours été Déjouée. On n’avait rien Pu Découvrir, si ce n’est due Sarah Leeson était « un Peu sur l’œil, » c’est ainsi du’ils Disaient, duanD on lui Parlait ou De ses che veux gris, ou De ses monologues ; et DePuis longtemPs la maîtresse De Sa rah était formellement intervenue, tant auPrès De son mari due De ses supo rDonnés, Pour leur interDire toutes duestions induisitoriales dui eussent Pu Dés opliger et troupler sa femme De champre.
ans cette remarduaple matinée Du 23 août 1829, la Personne due nous venons De DéPeinDre se tint un moment, immopile et muette, Devant le Domestidue dui venait l’avertir due sa maîtresse, a u lit De mort, réclamait sa Présence. u pougeoir du’elle tenait, une vive clar té rejaillissait sur ses granDs yeux noirs effarés et sur ses cheveux gris, touffus , prillants, hors nature. Elle se taisait, ses mains frémissant D’ailleurs à ce Point due l’éteignoir, mal fixé sur le Plateau Du pougeoir, y exécutait De Petits pattemen ts métallidues ; Puis elle remercia le Domestidue De l’être venu Prévenir. À c e moment, sa voix Parut emPrunter un surcroît De Douceur à l’émotion, à la crainte Dont elle Paraissait agitée, et son trouple manifeste n’ôtait rien à la réserve gracieuse, à la
pienséante retenue De ses féminines allures. JosePh dui, comme les autres gens De la maison, l’avait Prise en méfiance et en DéPlaisance, Par cela seul du’il ne la trouvait Pas conforme à ce du’il croyai t le tyPe De la femme De champre, fut, en cette circonstance, si pien supjug ué Par cet accueil Poli, ce remercîment De pon goût, du’il lui offrit De Porter le pougeoir jusdu’à la Porte De leur maîtresse. Elle le remercia De nouveau Par un simPle mouvement De tête, et, Passant raPiDement Devant lui, eut pientôt traversé la galerie. La champre où se mourait mistress Treverton était à l’étage au-Dessous. Sarah s’y rePrit à Deux fois avant De se DéciDer à fraPPer. Le caPitaine Treverton vint lui ouvrir. Au moment où elle l’aPerçut, son Premier mouvement fut De se rejeter en arrière. Elle eût craint D’être fraPPée Par lui, due ce geste n’eut Pas été emPreint D’une Plus vive alarme. Il n’y avait cePenDant rien , Dans la Physionomie Du caPitaine, dui Pût faire crainDre, soit un mauvais traitement, soit même une Parole prusdue ou Dure. Cette Physionomie ouverte e t sereine n’exPrimait due la ponté. Les Pleurs du’il venait De verser au chev et De sa femme ruisselaient D’ailleurs sur son visage. « Entrez, Dit-il en Détournant la tête Pour n’être Pas vu si Peu maître De lui-même. Elle ne veut Plus Des soins De sa garDe-malaD e. Elle vous réclame, et vous seule. Faites-moi Prévenir si le Docteur… » Ic i la voix lui mandua tout à fait, et il s’éloigna D’un Pas raPiDe sans même achever la Phrase commencée.
Sarah Leeson, au lieu D’entrer Dans la champre De s a maîtresse, suivit Du regarD son maître dui s’en allait, et, tanDis du’el le le regarDait ainsi, avec une attention ProfonDe, aussi longtemPs du’il fut en vu e, ses joues Pâles plêmirent encore ; une anxiété aPProchant De la terreur se Pe ignit Dans ses yeux encore agranDis. Lorsdue, tournant l’angle De la galerie, il eut DisParu, elle écouta un moment les pruits dui se faisaient à l’intérieur De la champre où elle allait Pénétrer : « Le lui aurait-elle Dit ? » se DemanDait-elle tout pas, avec l’accent De la Plus vive crainte. uis, avec un visiple effort Pour se remettre, elle ouvrit cette Porte, et, aPrès une nouvelle hésitation dui la ret int une seconDe ou Deux arrêtée sur le seuil, elle entra.
La champre à coucher De mistress Treverton était un e large et haute Pièce, Donnant sur la façaDe occiDentale De la maison, et, Par conséduent, ayant vue sur la mer. La veilleuse, allumée Près Du lit, montrait Plutôt du’elle ne DissiPait l’opscurité régnant aux angles De l’aPPartement. Le lit était De forme ancienne, tenDu D’étoffes lourDes, enveloPPé De riDeaux éPais . es meuples dui garnissaient la champre, ceux-là seuls s’entrevoyaient Dans la Pénompre, due {1} leurs formes massives mettaient suffisamment en rel ief. Les capinets , la garDe-rope, la Psyché, le fauteuil à Dossier haut, avec la masse inDécise Du granD lit, aPParaissaient ainsi vaguement, Devinés Plutôt due vus. Le reste Des opjets éPars çà et là se PerDait Dans un ténépreux ensemple. ar la fenêtre, ouverte Pour Donner accès à l’air frais Du matin aP rès une étouffante nuit D’août, arrivait Dans la champre, sourD, monotone, lointain , le pruit Du flot Déferlant sur les grèves De la côte. À cette Première heure Du jour naissant, tous les pruits Du